Cet épisode de C dans l'air, consacré à la défaite de Donald Trump aux élections de mi-mandat, examine ce qui reste possible au président américain après ce revers. Les invités, spécialistes de la politique américaine, reviennent sur la nature du vote, la place des milliardaires comme Elon Musk, les marges du Congrès face à la politique étrangère, notamment vis-à-vis de l'Iran, ainsi que sur les conséquences possibles pour l'Ukraine et le Groenland.
Ils abordent aussi la question d'un remaniement gouvernemental et le retour possible du dossier Epstein. Enfin, la discussion s'élargit à la montée ou au recul des populistes en Hongrie, au Brésil et aux États-Unis.
Les auditeurs y trouveront surtout des analyses prudentes, présentées comme les opinions des intervenants.
Dans cet épisode Barbara Stec, Corentin Sellin, James Andre, Laure Mandeville, Nicole Bacharan
Cette émission consacrée à la défaite de Donald Trump aux midterms a été transcrite avec la technologie derrière l'outil de prise de notes pour les réunions de HappyScribe.
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Question de Sam : « Est-ce un vote anti-Trump ou un vote pour les démocrates ? »
Alors, la réponse est simple : c'est un vote exclusivement, ou presque, d'abord anti-Trump. Et il y a quelque chose de très intéressant : les sondages sortis des urnes, les deux partis, démocrates et républicains, sont vus défavorablement par une majorité d'Américains. Simplement, les démocrates sont vus un peu moins défavorablement.
Les milliardaires qui ont soutenu Donald Trump ont-ils personnellement du souci à se faire ?
Oui.
Oui ? James Andrey ?
Oui. Notamment, je pense à Elon Musk, par exemple, parce que là, il va y avoir des questions sur son importance au niveau du Pentagone. On peut s'attendre à ce que, effectivement, les démocrates aillent vraiment mettre leur nez dans les contrats qu'il peut avoir avec la NASA. En fait, il y a déjà une montée de critiques sur la manière dont il est imbriqué avec l'État et avec la défense américaine. Mais ça, c'est un exemple, il y en a d'autres. Et puis, il faut voir qu'il y a fort à parier que les démocrates vont essayer de mettre un coup de frein sur le développement de l'IA, et notamment créer des moratoires, poser des barrières réglementaires.
Mais Donald Trump peut intervenir ou pas ? Parce qu'il a dit, avant-hier, je crois, qu'il avait le pouvoir de gracier et qu'il protégerait Elon Musk si, justement, il y avait des enquêtes contre lui.
Alors, s'il y a des enquêtes de ce type-là, mais par contre, ce qu'il ne pourra pas faire, c'est s'il y a des contrats qui sautent, s'il y a des accords qui sont défaits au niveau des entreprises d'Elon Musk, s'il y a, par exemple, une poussée pour que la NASA reprenne en main une partie de ses lancements, etc. Tout ça, l'aspect business, ça va être plus difficile à contrôler.
C'est intéressant quand même le fait que l'État puisse revenir. Ça fait penser un peu à l'époque Roosevelt, que l'État, tout d'un coup, revienne mettre son nez, ou en tout cas revienne comme arbitre face à des oligarques qui détiennent cette matière éminemment extraordinaire mais éminemment dangereuse, qui est l'intelligence artificielle.
Question de Marc, en Savoie : « Quelles mesures de politique intérieure Donald Trump ne pourra-t-il plus mettre en œuvre ? »
En fait, il n'a pas beaucoup de projets. L'essentiel des lois qu'il a voulu faire passer, c'est déjà passé. Donc, il va y avoir surtout des bagarres autour du budget, puisque le budget définit la politique, mais il n'y a pas vraiment un grand projet de Donald Trump qui va se heurter à l'opposition démocrate.
Question de Jean-Pierre en Mayenne : « Donald Trump va-t-il remanier son équipe après cette défaite ? »
Oui, alors, vraisemblablement oui, parce que c'est la tradition. De toute façon, il y a toujours un cycle de deux ans dans toutes les présidences américaines, surtout après une défaite aux midterms. Et encore une fois, Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, c'est vraiment celui qui est le plus...
C'est le maillon faible.
C'est le maillon faible actuel, on va dire ça comme ça.
Question de Jean-François : « La réunion avec la victoire des démocrates, la faîte Epstein va-t-elle revenir sur le tapis ? »
C'est bien possible.
Oui, très possible qu'ils aient envie de ressortir ce dossier. Question de Raphaël en Loire-Atlantique : « Suite à cette défaite, Donald Trump ne va-t-il pas passer sa colère sur le reste du monde, en commençant par l'Ukraine ? »
Je ne suis pas certaine. Comme je le disais tout à l'heure, je pense que pour les Ukrainiens, c'est plutôt une bonne nouvelle, en fait, ce qui se passe aujourd'hui. Alors, c'est vrai que Trump a toujours à disposition son fameux couple hallucinant de Monsieur Vitkoff et Jared Kushner, mais peut-être, justement, les démocrates vont-ils parvenir à un peu limiter leurs prérogatives sur ce dossier ?
En tout cas, le Kremlin a réagi et espère que Donald Trump poursuivra ses efforts de médiation. Voilà. Je ne sais pas ce qu'il faut en tirer comme leçon, mais je vous le livre. Le Groenland et le Canada sont-ils rassurés ? Tous ces pays dont le Canada, dont il voulait faire, on s'en souvient aussi, ce n'est pas si vieux, quand même. 51e État américain.
Non, non, bien sûr, je pense qu'ils sont rassurés. Après le Groenland, il a passé son accord, dont il considère lui-même que ça y est, il possède le Canada, c'est fait. Pardon, pas le Canada, le Groenland. Oui, bien sûr que c'est rassurant, c'est évident. Mais la question, maintenant, c'est qu'il a mis cette idée sur la table, et moi, je ne suis pas certain que cette idée disparaisse à terme.
Elle pourrait être reprise par les républicains.
Par les républicains et...
Par les successeurs de Donald Trump. « Donald Trump sera-t-il contraint de faire la paix avec l'Iran ? Le Congrès sera-t-il en position de lui forcer la main ? » On l'a un peu évoqué tout à l'heure.
Non.
Non.
En fait, non, il n'est pas...
En politique étrangère, il continue à faire ce qu'il veut.
Oui, évidemment. Comme on l'avait dit, le Congrès peut demander des auditions, demander des comptes financiers, donner son avis, mais le contraindre, non. Et la pire contrainte pour Donald Trump, c'est qu'il n'a pas d'interlocuteur iranien pour négocier quoi que ce soit.
Mais par exemple, vous avez parlé de Jared Kushner et de Steve Witkoff, les émissaires de Donald Trump. Eux, ils peuvent continuer ? Ça ne change rien.
Non. Là, par contre, parce qu'ils n'ont pas de vrais postes. Ce sont des envoyés personnels. Donc, il peut être convoqué au Congrès et sommé de s'expliquer, et ça rendrait leur tâche, disons, très compliquée.
Corentin Salam ?
Oui, oui, non, mais je partage complètement. Je n'ai rien à rajouter.
Très bien, alors j'avance. Question de François : « Hongrie, Brésil, États-Unis, le vent sera-t-il en train de tourner pour les populistes ? »
Oui.
Corentin Salam ?
Alors, oui, justement, mais en fait, il tourne à deux conditions, c'est-à-dire que les populistes soient suffisamment au pouvoir pour justement perdre l'énergie de la dénonciation des élites traditionnelles et devenir à leur tour des politiciens ordinaires et ne pas avoir assez perverti les institutions pour toujours devoir rendre des comptes devant le peuple. Et effectivement, là, on est dans ce scénario où les institutions fonctionnent, il y a la sanction démocratique et on a un président qui est un populiste et qui n'a pas tenu ses promesses, et donc il est sanctionné comme un politicien ordinaire.
Merci à tous les quatre. On se retrouve demain. N'oubliez pas, dès 17 h 25, car « C'est dans l'air », ça commence avant « C'est dans l'air », avec « C'est dans l'air » l'invité. Et puis, vous pouvez nous retrouver quand vous le souhaitez, en replay et en podcast. Belle soirée. Retrouvez nos podcasts sur toutes les plateformes d'écoute. Et pour le replay vidéo, c'est sur france.tv, bien évidemment. À bientôt.
C dans l’air du 4 novembre 2026 - Trump battu...Peut-il encore imposer sa loi ?
Nos experts :
- James ANDRE - Grand reporter à France 24
- Nicole BACHARAN - Historienne et politologue, spécialiste des États-Unis, autrice de Requiem pour le monde libre
- Laure MANDEVILLE - Grand reporter - Le Figaro
- Corentin SELLIN - Historien et spécialiste des États-Unis, auteur de Une histoire de la politique étrangère américaine
- Barbara STEC (en duplex du Texas) - Grand reporter pour C dans l'air.