Transcription de Michel Picon - Jeudi: La grève générale...et le rdv des colères?

11:04 9 min de lecture 3 vues Publié il y a 5 jours

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Résumé de l'épisode

Cet entretien de C dans l'air réunit Michel Picon, président de l'U2P, l'Union des entreprises de proximité, alors que des blocages et un appel à la grève générale se profilent. Il revient sur le moral des petites entreprises et des commerçants touchés par les violences urbaines du 17 octobre, sur l'annonce de l'ouverture dominicale des commerces et sur les pertes de chiffre d'affaires évoquées par la Chambre de commerce.

Le dirigeant se dit favorable à une hausse modérée du SMIC, juge irréalistes les demandes salariales des syndicats et plaide pour une trêve politique le temps du budget.

Dans cet épisode Michel Picon

Cette transcription de l'épisode sur la grève générale et la hausse du SMIC a été réalisée avec la technologie de HappyScribe derrière son IA prise de note.

Intervenant 100:00:00

Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans « C dans l'air ». Après 2 semaines de vacances de la Toussaint, les lycéens et les étudiants reprennent le chemin des cours, mais aussi celui des blocages pour certains, des blocages qui se poursuivent en attendant la grande manifestation intersyndicale et l'appel à la grève générale, ce jeudi 5 novembre. Et pendant ce temps-là, les discussions budgétaires tournent à la cacophonie à l'Assemblée nationale. Nous en parlons ce soir avec Michel Picon, bonsoir.

Michel Picon00:00:25

Bonsoir.

Intervenant 100:00:26

Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes président de l'U2P, c'est l'Union des Entreprises de Proximité, première force patronale du pays, qui représente 3,5 millions de TPE/PME, soit les deux tiers des entreprises françaises. Ce n'est donc pas fini, la contestation sociale, on l'a bien compris. Je parlais du 5 novembre avec une nouvelle épreuve pour le gouvernement, une nouvelle mobilisation, appel à la grève générale. Est-ce que vous redoutez que c'est, au fond, ce qu'on annonce depuis très longtemps, c'est-à-dire une forme d'addition des colères, celle des syndicats, sur la question du salaire des salariés, la colère des lycéens, la colère des gilets jaunes ?

Est-ce que c'est ça que vous redoutez ?

Michel Picon00:01:05

Oui, bien sûr. On redoute des mouvements sociaux qui perturbent l'activité économique du pays. On redoute aussi le feuilleton qui va se reproduire ou qui se reproduit déjà depuis 15 jours, une fois par semaine, voire deux peut-être cette semaine, et toutes les conséquences que cela donne, parce que la manifestation sociale, l'expression des difficultés, elle est tout à fait compréhensible et légitime, mais tout ce qui se passe autour est insupportable.

Intervenant 100:01:32

Et impacte l'économie ?

Michel Picon00:01:34

Et impacte l'économie de proximité, tout particulièrement. C'est-à-dire que les centres-villes, aujourd'hui, non seulement ils sont, pour certains commerces, brisés, et d'autres qui ne sont pas dans un périmètre dangereux, j'allais dire, n'ont pas de clients, parce que qui va faire ses courses le samedi dans un commerce, avec le risque de se faire embarquer dans des affaires qui ne les concernent pas ?

Intervenant 100:01:55

Vous êtes d'accord avec ce que dit Roland Lescure, le ministre de l'Économie ? L'économie est à l'arrêt, vous le ressentez, ça ?

Michel Picon00:02:00

Ah oui, complètement. Je viens d'avoir les chiffres, encore, du troisième trimestre. Ils sont catastrophiques, aussi bien en activité qu'en volume de chiffre d'affaires, et tout particulièrement dans les petites entreprises. Les petites entreprises, c'est près de 90 % du tissu économique de notre pays, et c'est un recul. D'ailleurs, on voit bien les conséquences dans l'emploi. Le chômage augmente, et l'ensemble de l'économie, oui, est en ralentissement, voire à l'arrêt, et une croissance qui, pour deux trimestres, est négative.

On frôle le troisième trimestre, peut-être.

Intervenant 100:02:37

Avec assez peu de perspectives, on va y revenir dans un instant, la Chambre de commerce et d'industrie France estime à 80 % la baisse du chiffre d'affaires des commerces situés en centre-ville, et selon la Chambre de commerce, le coût pour l'économie pourrait s'élever à 1,5 milliard par week-end. C'est vrai que là, on se dit que si ça dure jusqu'à Noël, les conséquences risquent d'être catastrophiques.

Michel Picon00:02:57

Catastrophiques, d'abord, parce que nous étions dans une situation économique difficile, situation financière du pays, et à cette difficulté économique dont nous avons déjà parlé, se rajoute le sujet du moment, qui est celui d'une contestation sociale qui risque de mettre le pays à plat.

Intervenant 100:03:17

Alors, et maintenant qu'on s'est dit ça, qu'est-ce que vous attendez du gouvernement ? On a appris aujourd'hui que le gouvernement allait donner instruction au préfet d'organiser l'ouverture des commerces le dimanche sur leur territoire, notamment trois dimanches de plus d'ici à Noël. Ça va plutôt dans le bon sens ?

Michel Picon00:03:33

Oui, oui, c'est ce que nous avions demandé au ministre du Travail et au ministre des PME. C'était sur la base du volontariat, puisque le travail du dimanche est encadré, avec une majoration du salaire, avec un jour de récupération, de pouvoir sauver ce qui pouvait l'être. Ça ne rattrapera pas, parce que les clients qui annulent dans un salon de coiffure le samedi, ce n'est pas sûr qu'ils aient envie d'y aller le dimanche. Mais peut-être aussi, parce que si ça dure jusqu'à la fin, il faut d'ailleurs tout tenter pour essayer de récupérer.

Intervenant 100:04:04

Vous avez des interlocuteurs au sommet de l'État, naturellement. Est-ce que vous les sentez dépassés ?

Michel Picon00:04:10

Dépassés, je ne sais pas si c'est le mot, mais un peu surpris par l'ampleur de ce mouvement. Mais tout le monde est surpris, en fait. Nous aussi, nous sommes surpris, responsables patronaux, parce qu'au fond, lorsqu'il n'y a pas d'échappatoire démocratique, je peux comprendre le fait de se dire : « Bon, il faut se mobiliser, parce que ça va durer cinq ans comme ça. » Là, dans six mois, l'ensemble des Français, l'ensemble de ceux qui ont envie d'exprimer quelque chose pourront l'exprimer dans les urnes.

Pourquoi tout casser aujourd'hui ?

Intervenant 100:04:44

Et aujourd'hui, ils contestent, notamment les salariés demandent de pouvoir bien vivre de leur travail. Vous l'entendez souvent, cette revendication qui est légitime. Et pour répondre à la tension sociale, le gouvernement étudie une hausse du SMIC, une hausse de 0,6 point en plus de la hausse légale qui est prévue, d'indexation sur l'inflation. Est-ce que ça, c'est une piste de travail qui vous paraît possible, souhaitable, acceptable ?

Michel Picon00:05:09

Oui, mais revaloriser le travail, c'est indispensable. Et d'ailleurs, nous, ça nous préoccupe aussi, parce que dans notre pays, le financement de la protection sociale pèse trop et la rémunération du travail ne donne pas assez de pouvoir d'achat et de capacité à vivre aux salariés. Comme aux indépendants, d'ailleurs, c'est la même chose. Le SMIC, ça concerne 12 ou 13 % des salariés de ce pays. Donc oui, revaloriser le SMIC à hauteur de 1,5 %, moi, je n'y suis pas opposé.

Ensuite, après, les réclamations ou les demandes qui sont portées par les organisations de salariés, CGT, CFDT, des 15, 16 %, 10 %, enfin, selon la surenchère entre les organisations, ça, c'est juste pas possible, parce que ça enverra au tapis des milliers et des milliers d'entreprises.

Intervenant 100:06:00

Vous parliez des perspectives pour l'avenir. La question budgétaire est au centre des débats, puisque le gouvernement essaie de passer son budget, et on voit bien qu'évidemment, les discussions patinent. La semaine dernière, la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, une des mesures phares du gouvernement, a été torpillée par une alliance qui allait du Rassemblement national à Renaissance. La gauche a fait adopter la taxe Zuckmann. On a entendu le ministre du Budget, David Hamiel, des Comptes publics, dire qu'en fait, avec des taux à 5 %, il faudra faire encore plus que 43 milliards d'efforts supplémentaires.

On se dit, au fond, qu'on est dans une situation... On a le choix entre crise économique ou crise sociale.

Michel Picon00:06:40

Oui, c'est vrai, et puis crise politique aussi.

Intervenant 100:06:44

On y est déjà, non ?

Michel Picon00:06:45

Oui, on y est déjà, et c'est peut-être une des conséquences des deux, même si on est dans un environnement géopolitique qui nous dépasse et qui dépasse la volonté des uns et des autres. Mais tout de même, la classe politique, elle doit se reprendre. Elle doit permettre, pendant six mois, de gérer ce pays dans la paix sociale.

Intervenant 100:07:09

À qui vous adressez ce message ?

Michel Picon00:07:11

Moi, je m'adresse à tous. À tous. Quand je vois aujourd'hui les comportements à l'Assemblée nationale qui n'ont, finalement, de finalité que de se positionner pour l'élection présidentielle sans vraiment prendre en compte la situation, la gravité de la situation, on doit pouvoir arriver à trouver un chemin commun pendant six mois pour apaiser ce pays. Alors, l'augmentation du SMIC, c'est la raison pour laquelle j'y suis favorable. Je pense que...

Intervenant 100:07:36

Ça pourrait apaiser ?

Michel Picon00:07:37

J'espère que ça pourrait apaiser, mais pas dans les réclamations qui sont faites, parce que je le dis à Madame Binet, je le dis à Madame Léon : « Attention, on va créer des déceptions terribles que vous-mêmes n'arriverez pas à récupérer. » Parce que 150 euros de plus net sur le SMIC, les entreprises, pas les plus grosses, pas forcément celles que je ne représente pas, mais en tout cas les petites entreprises, ça sera fatal pour elles. Il faut que tout le monde prenne conscience de ça. Et donc, oui, il faut que la classe politique, elle trouve le chemin commun, d'un bord comme de l'autre, pour faire en sorte que la France ait un...

Intervenant 100:08:15

Qui a un débat.

Michel Picon00:08:16

Qui a un débat, mais le vrai débat, il sera à l'occasion de l'élection présidentielle. Jusque-là...

Intervenant 100:08:23

Donc, il y ait au moins un budget pour gérer l'urgence, y compris si ça passe par ordonnance. Certains le réclament en disant qu'on en finisse.

Michel Picon00:08:30

Ils utilisent les outils qu'ils souhaitent, mais qu'on apaise le pays. Le pays a besoin d'être apaisé. La jeunesse a besoin d'être apaisée et d'avoir des perspectives aussi. Elle n'a peut-être pas été suffisamment entendue au début de son mouvement, et tout ça est en train de s'enflammer et échappera à tous, y compris ceux qui sont contents du chaos parce qu'ils pensent qu'ils vont y trouver un avantage. Eh bien, ça se retournera contre tous.

Intervenant 100:08:57

Pourquoi vous dites ça ? Parce qu'ils n'auront pas les marges de manœuvre ?

Michel Picon00:09:00

Parce que personne n'aura les marges de manœuvre avec 3 500 milliards de dettes, avec des taux d'intérêt auxquels on nous prête à hauteur de 5 %. Les marges de manœuvre, elles n'existent pour personne. Et donc, il n'y a rien de pire, je crois, que de laisser penser que tout ira mieux dans la contestation et dans le choc, alors que ça ne sera pas le cas.

Intervenant 100:09:20

Je voulais vous poser une dernière question. Que ce soit les commerçants que vous avez pu croiser, qui ont été victimes de saccages, de pillages, ces entreprises qui ont du mal. On rappelle qu'il y a eu 10 370 défaillances d'entreprises au second trimestre 2026. Quel est l'état d'esprit ? C'est quoi ? C'est de la tristesse ? C'est du dépit ? C'est une forme de colère ?

Michel Picon00:09:41

Oui, il y a une colère forte, avec le risque de faillite, de disparition, et puis le risque aussi, si l'État ne les protège pas. Et moi, je le dis depuis, et croyez-moi, je ne l'encourage pas, je leur dis : « Ne faites pas ça », à se protéger eux-mêmes. Et ça, c'est un véritable danger. Je sais que le ministre de l'Intérieur en a pris conscience. Il appelle tout le monde à ne pas se faire justice soi-même, à ne pas se protéger soi-même.

Mais vous savez quand le travail de toute une vie est détruit comme ça sous vos yeux et que l'État semble impuissant, est impuissant, moi, je comprends leur colère et parfois leur envie de se défendre eux-mêmes.

Intervenant 100:10:28

C'est terrible de dire ça.

Michel Picon00:10:29

Oui, c'est terrible, parce que c'est une faillite de l'État, mais de l'État...

Intervenant 100:10:33

Vous le comprenez, mais vous ne l'encouragez pas. C'est important peut-être de le préciser, bien sûr, Michel Picon.

Michel Picon00:10:38

Évidemment.

Intervenant 100:10:38

Merci d'être venu sur ce plateau. Dans un instant, on va aller aux États-Unis pour voir comment se déroule la campagne américaine, puisque le vote, c'est demain. Donald Trump peut-il éviter cette défaite qui est annoncée ? On en parle avec les experts de C dans l'air. À tout de suite.

Intervenant 300:10:56

Si vous n'êtes pas devant votre écran, vous savez que vous pouvez également nous écouter, nous réécouter en podcast.

Description de l'épisode

C dans l’air l'invité du 2 novembre 2026 avec Michel Picon, président de l'U2P, l'Union des entreprises de proximité.

En réponse à une demande des commerçants éprouvés par les violences urbaines du 17 octobre et la crainte de leur réitération en marge des mobilisations sociales du samedi, le gouvernement va donner l’instruction aux préfets d’organiser l’ouverture des commerces le dimanche sur leur territoire, a annoncé lundi 2 novembre le ministre du commerce, Serge Papin sur RTL. Selon le ministre, le 17 octobre « 3 000 magasins » ont été touchés par des violences et « presque 400 » ont été pillés. Mais « l’ordre a été tenu » samedi 31 octobre, avec 20 magasins touchés et un seul pillé, a-t-il précisé. D'après les estimations de CCI France, la perte en chiffre d'affaires subie par les commerçants atteindrait 1,5 milliard d'euros chaque week-end. Alors que les chiffres de la croissance révélés vendredi par l'Insee font état d'une légère contraction du PIB (-0,1% au troisième trimestre), et que les discussions sur le budget sont en cours, quel est l'état d'esprit des patrons des petites entreprises, et notamment des commerces et de l'artisanat ? Nous en parlerons avec notre invité, Michel Picon, président de l’U2P.