Cet épisode de C dans l'air reçoit l'écrivain américain Douglas Kennedy à la veille des élections de mi-mandat aux États-Unis, un scrutin présenté comme un référendum sur Donald Trump. Il y est question du Congrès et du Sénat, du poids de chaque État, et du coût de la vie, notamment le prix de l'essence.
L'invité explique que la colère économique de la classe moyenne pourrait peser sur le vote. Il qualifie Donald Trump de gangster et de misogyne, des jugements qu'il présente comme les siens, et revient sur une séquence où le président commente le physique d'un candidat républicain.
Il évoque enfin l'idée qu'un Congrès démocrate limiterait la marge d'action du président. Les auditeurs découvriront une lecture personnelle de la campagne, à confronter aux analyses des sondages et des experts du plateau.
Dans cet épisode Douglas Kennedy
Cette transcription de l'entretien sur les élections de mi-mandat américaines a été réalisée avec la technologie qui alimente le compte rendu de réunion IA de HappyScribe.
Les publicités de cet audio diffèrent du texte. Touchez la phrase que vous entendez pour suivre.
Synchronisé : le texte suit maintenant l'audio.
Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans « C dans l'air ». Les Américains votent, et le monde entier retient son souffle : Donald Trump annonce sa victoire, les sondages prédisent plutôt une claque, et pour le coup, une victoire des démocrates. Nous en parlons ce soir avec un écrivain américain aux 15 millions de livres vendus à travers le monde, fin d'observateur de l'Amérique et grand voyageur. Bonsoir, Douglas Kennedy.
Bonsoir, Caroline.
Merci d'avoir accepté cette invitation et de nous faire l'honneur de votre présence sur ce plateau, en ce jour si particulier. Je cite votre dernier livre, « L'homme qui n'avait pas assez d'une vie », aux éditions Belfond, et votre dernière chronique dans « La Tribune Dimanche », une élection à qui tout double, publiée ce dimanche dernier. Donald Trump a qualifié cette élection comme étant « la plus importante de la vie des Américains ». Est-ce que c'est aussi pour vous, personnellement, la plus importante, cette élection de mille termes ?
C'est hyper important. Je déteste les choses mélodramatiques, oui. Peut-être que la démocratie va tomber après cette élection. Mais la vérité, pour moi, en 16 et 24, j'étais sûr que Trump va gagner. Le truc, Biden a perdu la classe moyenne, et Trump a dit : « Tout tombe en fait, je vais diminuer l'inflation. » En fait, l'essence aux États-Unis, c'est l'obsession. C'est comme le pain pendant la Révolution française.
Et il y a 3 ans, pendant Biden, c'était 2,80 $ par 4 litres, un gallon, en France. Maintenant, c'est entre 4,50 $ et 6 $.
C'est ça qui se joue aussi dans cette élection.
Et ça, c'est immense. Et aussi, la classe moyenne de plus en plus pense : « Oui, on est cuits. »
On est cuits, et ils se sentent trahis par Donald Trump ?
Tout à fait. Et la corruption de Trump est extraordinaire. Comme le deuxième mandat de Trump, de temps en temps, je pense qu'on a un président qui a le syndrome de Tourette, qui parle en fait de manière bizarre. Il y a quelques semaines, dans Caroline du Nord, en fait, les démocrates vont gagner, mais Trump était en face du candidat républicain pour le Sénat, et il a dit : « Ce mec, il a des fesses magnifiques. »
Alors justement, ça vous... Je sais que cette séquence-là, elle vous a marqué, parce qu'on est habitués aux outrances, aux sorties de route parfois, et au style de Donald Trump. Mais effectivement, on va revenir sur cette scène. Il avait commenté déjà le physique de Nicki Minaj, et il a commenté le physique du sénateur John Huston, donc candidat républicain. Regardez.
J'étudie son corps. Je n'avais jamais étudié le corps d'un homme avant. Ce n'est pas mon truc. Mais j'ai regardé ses fesses, et ensuite j'ai regardé ses jambes, et je me suis dit : « Ses fesses, c'est comme un tas de muscles. » Et j'ai regardé ses jambes, et je me suis dit : « Mec, mais c'est vraiment gros. » Puis j'ai regardé ses épaules, je lui ai tapé sur l'épaule, et ça m'a blessé la main. C'est comme de l'acier. Ce mec est un monstre.
Oui, oui, oui.
C'est son filtre. C'est son filtre.
Oui, mais ça, c'était déjà le cas avant. Juste, vous considérez que là, c'est un candidat en roue libre, ou est-ce qu'il y a toujours cette idée que Donald Trump a une forme de stratégie, de style, de façon de faire de la politique ? Est-ce que ça plaît encore aux Américains, à une partie des Américains, ce genre de sortie dans une campagne ?
Selon les sondages, non. Et on verra. C'est très tendu. La vérité, avec le système américain, OK, c'est les mille élections, c'est pour le Congrès et aussi le Sénat. Le Sénat, c'est crucial, parce que le Congrès peut passer certaines lois, mais le Sénat doit approuver des lois. Le Congrès, en fait, c'est plus de 460 sièges par population, mais le Sénat, c'est 2 sénateurs par État.
Donc, un sénateur de Montana, avec 1,1 million d'habitants, a le même pouvoir qu'un sénateur de...
Ça, on va en parler dans un instant, de ce qui se joue à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat, dans un instant, avec les experts de « C dans l'air ». Je veux profiter de votre présence à vous, qui connaissez cette... Vous avez appelé cette Amérique qu'on survole, ces Américains qu'on ne rencontre pas, parce que quand on est, comme vous, romancier, on va parfois de New York au Maine en allant à Los Angeles. Cette Amérique-là, aujourd'hui, est-ce qu'elle peut encore être séduite par ce côté fantasque de Donald Trump, ou est-ce qu'il est allé trop loin ?
Non, mais mon point avec le Sénat, parce que c'est important...
Oui.
Regardez, il y a 7 sièges importants ce soir. Le Texas, qui était toujours un État républicain, et maintenant, peut-être, Talarico va gagner contre Paxton, qui est un homme républicain et complètement corrompu. La même chose en Alaska, la même chose dans l'État où je vis, le Maine, où notre sénateur, Susan Collins, c'était 36 ans. Pourquoi ? Clairement, la plupart des Américains, l'Amérique profonde, elle est menée par Trump maintenant ?
Parce que c'est une question, franchement, du fric.
Du fric ?
Oui, c'est une question...
De pouvoir d'achat ?
Oui, en fait, quand on fait les courses, c'est hallucinant. Quand le fait qu'en fait, l'essence, qui est l'obsession américaine, c'est 50 % plus cher qu'à l'époque de Biden, ça va changer tout. Mais aussi, en même temps, j'espère, je ne sais pas, mais j'espère de plus en plus, tout le monde commence à penser : « Ce mec n'est pas stable. »
Vous pensez vraiment ? Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
Honnêtement, quand je parle avec mes voisins dans le Maine, et je vis dans un village qui est moitié démocrate, moitié républicain, même si les républicains comprennent qu'en fait, honnêtement, il n'est pas très stable, mais aussi, il est un trahison, aussi. Le fait qu'il ait dit : « Avec moi, l'économie va augmenter, en fait, vos courses vont diminuer. » Absolument pas.
Je retiens de ce que vous dites, Douglas Kennedy, pardon, je vous coupe, mais au fond, c'est lui qui a perdu. Ce n'est pas les démocrates qui ont gagné. Ce n'est pas exact. Alors, le vote n'a pas eu lieu, il ne faut pas s'emballer. On va voir ce que vont donner les résultats. Souvent, les sondeurs se sont trompés aux États-Unis.
Non, je pense que ça, ce n'est pas simplement comme ça. Les démocrates sont très malins maintenant. Il a des candidats... OK, il y a quelques candidats centre-gauche ou démocrate-socialiste, mais un démocrate-socialiste ici sera un républicain en France.
Oui, bien sûr.
OK, c'est complètement différent. Il y a des... comme Mamdani, en fait.
Le maire de New York.
De ma ville natale, mais il est centre-gauche. Mais de plus en plus, on a des démocrates modérés qui ont parlé, franchement, de l'Amérique profonde. Et on est mieux avec des choses économiques. Et historiquement, ça, c'est la vérité. Tout le monde a pensé : « Les républicains, c'est le parti du business, on est avec, en fait, monsieur tout le monde, etc. »
Ils se sont aussi concentrés, les démocrates, sur la vie quotidienne des Américains, et c'est pour ça qu'ils retrouvent un peu d'oxygène. On rappelle encore une fois que ce sont des projections, et puis que le vote aura lieu ce soir. Quand vous regardez encore aujourd'hui des images de Donald Trump, est-ce qu'il y a quelque chose, malgré tout ce que vous avez pu dire sur lui, qui vous fascine encore chez lui ? Quand vous voyez qu'il a pu faire 30 meetings, il a 80 ans, est-ce qu'il y a des choses où vous lui reconnaissez une forme de mérite, ou même pas ?
Non, je pense que c'est un gangster.
Un gangster ?
Un gangster, oui. Un gangster, oui, toujours. Mais c'est dans une grande tradition romanesque américaine. Sinclair Lewis a écrit un roman pendant les années 30 où il a inventé un personnage comme Trump, qui devient président et qui devient fasciste. La vérité, Trump, c'est quelqu'un qui vend tout le temps. Ça, c'est son truc. C'était en fait le monde du mobilier au début, en fait, des casinos, etc., etc., mais toujours des dettes, toujours, en fait, des mensonges.
Aussi, c'est un misogyne total. Et ça, c'est très important. Pendant, en fait, la campagne de Harris et aussi de Clinton, j'ai pensé : « Ce sera une catastrophe, parce que c'est une femme. » Je suis très féministe, mais la vérité, aux États-Unis, jamais sous-estimée, en fait.
Il reste un fond de misogynie aux États-Unis ?
En misogynie, oui. Mon père, quand j'avais 13 ans, OK, il m'a dit : « La raison pour laquelle Douglas, on ne peut pas avoir une femme comme président, imaginez, elle aura des cruelles nucléaires pendant ses règles. » Donc, son point de vue est partout maintenant. Regardez monsieur Trump. Donc, ça, c'est là-bas. Le pays, ce n'est pas noir et blanc. Oui, en fait, c'est très mixte. Et honnêtement, je pense qu'il y a une nouvelle génération plus progressiste.
Je suis assez optimiste. Ce sera serré ce soir. Mais si on gagne le Sénat et le Congrès, on va émasculer Trump.
Carrément ?
Oui.
Lui, il dit : « J'aurai un véto, et puis au fond, ça ne m'arrêtera pas. »
Oui, mais comme tous les hommes, en fait, machos et misogynes, un homme émasculé est l'homme le plus dangereux.
Oui. Merci beaucoup, Douglas Kennedy, d'être venu sur ce plateau pour vos commentaires sur cette élection qui a lieu ce soir. Je signale la sortie le 20 novembre de votre nouveau roman. Il s'appelle « First Draft » sur la plateforme Substack, et c'est à lire en français. Donc, c'est une démarche nouvelle du romancier que vous êtes. Merci sincèrement d'être venu sur ce plateau. À très bientôt, et on va retrouver les experts de « C dans l'air ». On va poursuivre cette conversation. À bientôt. Si vous n'êtes pas devant votre écran, vous savez que vous pouvez également nous écouter, nous réécouter en podcast.
C dans l’air l'invité du 3 novembre 2026 avec Douglas Kennedy, écrivain américain, auteur de L'Homme qui n'avait pas assez d'une vie, aux éditions Belfond et chroniqueur.
Aujourd'hui les Américains sont appelés aux urnes, et le monde retient son souffle. Des midterms, élections de mi-mandat, qui se transforment en un scrutin crucial à valeur de référendum sur Donald Trump, l'opposition démocrate espérant remporter une double majorité au Congrès et limiter ainsi l'action de l'homme qui bouleverse depuis dix ans tous les codes politiques des Etats-Unis. De son côté, Donald Trump promet de faire mentir les sondages... Quels sont les enjeux de ce scrutin ? Les 250 millions d'électeurs potentiels vont-ils faire payer à Donald Trump la hausse du coût de la vie, aggravée par la guerre contre l'Iran ? Avec quelles conséquences sur le monde ? Nous en parlons avec l'écrivain américain préféré des Français, Douglas Kennedy.