Cet épisode de C dans l'air réunit Nathalie Schuck, grand reporter au Point, pour analyser la fragilité du bloc central à l'approche de la présidentielle. Les sondages placent Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en tête d'un duel de plus en plus probable, tandis que plusieurs candidats du centre et de la droite réclament une primaire.
Selon l'invitée, les discussions en coulisses, les réticences d'Édouard Philippe et les calculs autour d'une éventuelle candidature de Christine Lagarde dessinent un paysage très incertain. Elle évoque aussi les tensions entre Gabriel Attal, David Lisnard et Élisabeth Borne, ainsi que le rôle d'Emmanuel Macron en fin de mandat.
Les auditeurs y trouveront une lecture des enjeux politiques, présentée à travers les analyses de l'invitée.
Dans cet épisode Nathalie Schuck
Cette transcription de l'épisode sur la primaire du bloc central et les projets de Christine Lagarde a été réalisée grâce à la technologie de l'AI notetaker de HappyScribe.
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Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans « C dans l'air ». Les sondages sonnent comme une alerte pour le bloc central : le duel Le Pen-Mélenchon s'installe, Édouard Philippe-Gabriel Attal, Bruno Retailleau s'écharpe sur la possibilité d'une primaire, alors que, faute de champion indiscutable, une petite musique s'installe sur les projets de Christine Lagarde qui a écourté son mandat à la BCE. Nous en parlons ce soir avec Nathalie Schuck, bonsoir.
Bonsoir.
Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes grand reporter au service politique du journal « Le Point ». Votre dernier article s'intitule « À droite et au centre : les désolantes chicahias sur la primaire ». On va en parler ce soir. Un mot avec vous, quand même, pour débuter cette interview, sur cette petite musique Christine Lagarde. J'ai l'impression qu'à chaque présidentielle, il y a le moment Lagarde. Alors là, elle a écourté son mandat à la BCE. Je voudrais juste qu'on commence cet entretien avec un extrait de ce qu'elle a dit.
« Comme je l'ai expliqué à mes collègues, aux membres du personnel et au gouverneur, je veux avoir la liberté de parole, la liberté d'expression, et la liberté de m'engager sur des sujets qui ne relèvent pas de la politique monétaire. »
Qu'est-ce qu'elle veut faire de cette liberté, Nathalie Schuck ?
On va le voir, mais force est de constater qu'aujourd'hui, les propositions de candidature sur l'arc de la droite et du centre ne conviennent visiblement pas aux électeurs. On le mesure dans les sondages. Pour l'instant, personne n'imprime, personne ne se démarque. Donc, dans toutes les campagnes où on ne trouve pas, comme ça, de débouché, on cherche un monsieur ou une madame X. Donc, on parle beaucoup en ce moment aussi, à droite, de David Lisnard, qui est une candidature qui émerge. On parle de Christine Lagarde en se demandant si elle pourrait faire partie des possibles. Bon, après, vous savez très bien qu'une fois qu'on est candidat, ce qui est difficile, c'est l'entrée dans l'atmosphère.
Donc, à partir du moment où Christine Lagarde serait hypothétiquement candidate, on irait regarder son CV, on se demanderait si elle n'a pas passé un petit peu trop de temps hors de France. Ça paraît difficile d'imaginer à si brève échéance. En revanche, elle peut avoir une utilité profonde dans cette campagne, c'est qu'elle a une connaissance extrêmement fine de tous les processus économiques et financiers. La France, tous les politiques nous le disent aujourd'hui, et tout le monde se demande si on va avoir une crise financière avant même l'élection présidentielle. Elle peut avoir des messages très forts. Je crois que c'est son intention, notamment sur le Rassemblement national, pour dire : « Attention à ne pas aggraver l'ardoise de la France.
»
À vos yeux, ça n'est pas plus que cela. Elle avait dit dans une interview à La Croix, le 30 septembre : « En gros, ce ne serait pas forcément une bonne idée que je sois candidate. Ce n'est pas le même métier. » Il y a d'abord une question de vitalité, d'énergie, de force. Il y a aussi le sens du sacrifice inéluctable dans ce type d'engagement. « Et j'ai 70 ans. »
Je comprends que son intention est plus de passer des messages très forts dans la campagne que d'être candidate après. Si elle le souhaitait l'être, je pense qu'elle aurait toute sa place.
Bruno Le Maire a dit qu'il était enthousiaste. Il pense qu'elle a évidemment les compétences pour jouer ce rôle-là. Et vous avez commencé par là. Ça révèle, d'une certaine manière, le vide. En tout cas, le fait qu'il n'y ait pas un candidat naturel dans ce spectre politique qu'on appelle le bloc central. Le dernier sondage Ifop pour LCI, qui donne au fait tous ces candidats-là, Retailleau, Attal, Édouard Philippe, en dessous de 10...
Redoutable.
Et redoutable. Il sonne comme une alerte ?
Alors, ce qui sonne comme une alerte, c'est ce sondage. Plus encore, je dirais, c'est ce qui s'est passé les 17 et 18 octobre en France, avec ces scènes d'émeutes, de pillages en marge des manifestations des lycéens, qui ont été une sorte d'électrochocs. Je voyais Gabriel Attal il y a quelques heures, avant de venir sur votre plateau, qui a une expression que je trouve intéressante. Il dit : « C'est papivoise, fois 1000. » Pour rappeler à vos téléspectateurs qu'il aurait oublié, papivoise, c'était ce retraité qui, pendant la campagne présidentielle de 2002, avait été roué de coups, tabassé à son domicile. C'était deux ou trois jours avant le premier tour, et ça avait favorisé fortement Jean-Marie Le Pen.
Et aujourd'hui, on voit bien que ces événements, dans l'imaginaire des Français, ça renforce encore la tenaille, la possibilité d'un second tour entre le Rassemblement national et LFI. Donc, il faut un électrochoc pour sortir de là, parce que personne ne se démarque.
Si on parle de cette crise sociale, c'est peut-être intéressant de s'y arrêter un instant. On les voit, effectivement, les deux qui en profitent, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui en profitent parce qu'ils sont en train de monter toujours dans les sondages. Une vraie stabilité dans l'électorat de Marine Le Pen, mais qui prend quelques points dans ce sondage. Pareil pour Jean-Luc Mélenchon, il s'impose dans ce duel-là. Ça veut dire qu'aucun des autres ne passe le mur du son sur ces problématiques que sont l'avenir de la jeunesse ou la question de la stratégie du maintien de l'ordre et tous les sujets qui ont été posés sur la table avec le 17 octobre ?
Pour l'instant, ce qui est extrêmement violent à vivre pour les candidats de ce qu'on appelle l'arc central, c'est qu'ils ont le sentiment d'être totalement invisibilisés et totalement inaudibles. C'est-à-dire qu'ils font des propositions, ils multiplient les propositions. On en a une quantité, on ne connaît pas la quasi-intégralité de leur programme, mais presque, mais on ne les entend pas.
Alors, la question maintenant qui leur est posée à tous, puisqu'ils sont au-dessous de 10 %, c'est la question de la primaire. Gabriel Attal s'accroche à l'idée d'une primaire. Certains d'ailleurs considèrent que c'est le chant du cygne, parce que sa campagne n'a pas décollé. Édouard Philippe n'en veut pas. Bruno Retailleau dit : « Pourquoi pas, si Édouard Philippe, il va ? » Comment ça se termine, cette histoire-là ?
Pendant longtemps, on pensait que c'était ce qu'on appelle un serpent de mer en politique. On avait parlé de la primaire, qu'il n'y aurait jamais de primaire. C'était une sorte de fantasme qui avait été lancé par David Lisnard, par Laurent Wauquiez aussi, à droite. Tous deux proposaient ce système. Mais comme Édouard Philippe n'en voulait pas, comme les autres disaient : « Oui, mais alors, il faudrait inviter Éric Zemmour, et pourquoi pas mettre Raphaël Glucksmann ? » Il n'y avait pas d'accord, ni sur le calendrier, ni sur le périmètre. Donc, on se disait : « C'est impossible. » Sauf que ça a quand même beaucoup bougé ces derniers jours. Il y a une semaine pile, Gabriel Attal a relancé l'idée aux 20 h de TF1 en proposant qu'il y ait une grande primaire, en associant pourquoi pas les sociaux-démocrates, en l'occurrence, je voulais dire Raphaël Glucksmann, qui a fait savoir que...
Ça ne l'intéressait pas, qu'il avait déjà fait sa primaire.
Une primaire, ça va, peut-être pas deux. Mais cette idée était relancée. Et surtout, en fait, il faut voir ce qui se passe en coulisses. C'est ça qui est le plus intéressant.
Allez-y.
En coulisses, vous avez des discussions très poussées entre Gabriel Attal, donc pour le parti Renaissance, Gérard Larcher, qui est président du Sénat, donc supposément indépendant, une seule peau institutionnelle, qui est aussi très proche de Bruno Retailleau, c'est un républicain, vous le savez, Gérard Larcher. Donc, tous ces gens-là discutent, Bruno Retailleau aussi, pour dire : « Bon, le darwinisme sondagier, qui consiste à penser que ce sont les sondages qui vont déterminer qui est le mieux placé dans notre famille politique pour y aller, ça ne marche pas. Donc, il faut absolument qu'on ait une solution si, d'ici Noël, personne ne se détache.
» Et l'idée, c'est que Gérard Larcher commence à travailler sur une charte des valeurs communes, sur une primaire qui serait, d'après ce qu'explique son entourage, une primaire ouverte, ça veut dire ouverte à tous les sympathisants, donc à tous les électeurs de la droite et du centre, et pourquoi pas sociaux-démocrates, qui se tiendrait en janvier ou tout début février.
Ce n'est pas trop tard ?
Ce n'est pas forcément trop tard. On est à deux mois de l'élection présidentielle, pourquoi pas. De toute façon, il faut effectivement...
Mais qu'est-ce qui pourrait pousser Édouard Philippe, dont on sait qu'il a un peu de tempérament, qui dit : « Cette primaire n'aura pas lieu » ? Il a été ferme en disant : « J'ai un projet à défendre vis-à-vis des Français, je vais tracer ma route et que le meilleur gagne. » Qu'est-ce qui peut le pousser, à un moment donné, à se plier à cet exercice de la primaire ?
C'est vrai que lui, pour l'instant, il dit : « Les primaires, c'est de la division. » La division, on l'a déjà aujourd'hui, force est de constater. Qu'est-ce qui pourrait le pousser ? Si vous prenez du point de vue d'un Gérard Larcher, d'un Bruno Retailleau, d'un Gabriel Attal ou d'un David Lisnard, qui sont tous maintenant favorables à la primaire, c'est le fait qu'ils chutent dans les sondages. C'est-à-dire qu'ils font le pari suivant. Ils se disent : « D'ici Noël, Édouard Philippe ne sera peut-être plus à l'étiage où il se trouve aujourd'hui dans les sondages. » Il a déjà chuté pour partie de son piédestal, puisqu'Édouard Philippe était le seul dans cet arc politique à pouvoir revendiquer, se qualifier au second tour.
Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Eux se disent : « S'il continue à baisser, il n'aura plus le choix. »
Élisabeth Borne se mêle aussi à ce débat. Dans « Le Parisien », ce matin, elle dit : « Je ne crois absolument pas en une primaire du bloc central, jusqu'à David Lisnard, qui, lui, veut l'union des droites et éliminer le centre. » C'est-à-dire qu'on ne parle pas juste de personnalités, il y a des idées derrière ça. Et effectivement, David Lisnard, il incarne une droite qui n'est pas franchement forcément compatible avec ce que peut représenter un Gabriel Attal ou une Élisabeth Borne.
C'est peu de le dire. Effectivement, quand vous discutez avec David Lisnard, il explique qu'il trouve beaucoup de mérite à Sarah Knafo, au sein de Reconquête, et pourquoi pas, s'il était président de la République, en faire une Première ministre. Ça, ça n'est évidemment absolument pas la tasse de thé d'un Gabriel Attal. Mais quand vous en parlez à Gabriel Attal, qui a donc relancé cette idée, il dit : « À tout prendre, je préfère affronter Bruno Retailleau et David Lisnard dans une primaire que me retrouver avec Marine Le Pen à l'Élysée. »
Quel rôle va jouer Emmanuel Macron ?
Très bonne question. Emmanuel Macron, c'est Cronos. C'est-à-dire qu'on considère qu'il dévore toujours un peu ses petits, vous savez. Donc, est-ce qu'il a vraiment envie que quelqu'un de sa famille politique lui succède ? Pas sûr.
En tout cas, la fin de règne est difficile pour le chef de l'État.
Il y a un livre de Françoise de Gouy qui sort, qui s'intitule « Vous êtes tous trop durs avec moi », chez Robert Laffont. Et c'est un florilège d'échanges, de textos, de messages qu'elle a eus avec le président. Et on voit un chef de l'État qui parle très librement, puisque c'est censé être un échange privé. Alors, ils commentent les uns les autres, ils distribuent les bons et les mauvais points. Quel échange vous a le plus marqué dans ce que vous avez pu lire ? Ils distribuent surtout les baffes, quand même. Ils passent tout le monde en revue en disant : « Gabriel Attal, on lui a tout donné, beaucoup trop.
» Un de ses parents politiques, Alain Minck, se prend aussi une paire de gifles. Il dit : « En gros, moi, ce qui m'a frappé, c'est le langage très cru du président de la République, qui parle pourtant à une journaliste. » Donc, il doit se douter quelque part que ces échanges ne vont pas rester dans un téléphone portable, qu'ils ont vocation potentiellement à être publiés, qu'il parle de maboules, qu'il dit que les gens qui le critiquent après l'avoir adoré sont des salopards. C'est quand même un... On sait qu'Emmanuel Macron n'a pas un langage de premier de la classe, mais là, ça nous...
Ça lui est parfois reproché d'avoir un langage...
Assez cru.
Parfois, oui.
Assez cru, ne marquant pas les négations dans ses phrases. Et ça montre surtout un président qui refuse d'admettre qu'il a pu faire des erreurs, en particulier celle de la dissolution, et qu'en gros, qui continue à s'expliquer un peu enfermé dans une forme de...
Avec cette phrase : « Démissionner. » Elle l'interroge sur le fait qu'il lâche ses fonctions. « Démissionner. Jamais. Je ne compte pas déserter. J'avance. »
Alors ça, c'est d'autant plus intéressant qu'une petite musique revenait à bas bruit, compris au sein de la macronie, disant : « Finira-t-il son mandat ? » Eh bien, on a la réponse dans ce livre.
Merci beaucoup, Nathalie Schuck, d'être venue sur ce plateau. Je rappelle votre article qu'on peut retrouver sur le site du Point, qui s'intitule « À droite et au centre, les désolants chicayas sur la primaire. » Dans un instant, on retrouve les experts de « C dans l'air » et on va revenir sur la défaite de Donald Trump. À tout de suite.
Si vous n'êtes pas devant votre écran, vous savez que vous pouvez également nous écouter, nous réécouter en podcast.
C dans l’air l'invité du 4 novembre 2026 avec Nathalie Schuck, grand reporter à l'hebdomadaire Le Point.
Le bloc central dégringole dans les récents sondages, alors que la perspective d’un duel Marine Le Pen – Jean-Luc Mélenchon est de plus en plus envisageable. Selon une récente enquête de l’Ifop, la candidate du RN et le candidat de LFI creusent l’écart avec le reste des candidats. Dans ces conditions, certains, comme Gabriel Attal, appellent à une primaire du bloc central.
Une idée qu’a tout net refusée Édouard Philippe, qui estime que « cette primaire n’aura pas lieu » et que « chacun prendra ses responsabilités ». Pour départager les candidats, certains prônent même un sondage XXL, qui donnerait une photographie précise du candidat qui se détacherait.
Alors que le bloc central semble ankylosé, l’annonce du départ anticipé de Christine Lagarde de la Banque centrale européenne (BCE), en février prochain, a relancé les spéculations sur ses intentions. « J’espère avoir bien compris qu’elle reviendra dans le débat politique et qu’elle jouera un rôle dans les années qui viennent. Si elle revient, c’est sans doute qu’elle aspire à plus. Je le souhaite aussi pour mon pays », a ainsi commenté l’ancien ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire sur LCI.