Cet épisode de C dans l'air du 5 novembre 2026 réunit quatre experts autour de la montée des tensions sociales en France. Les échanges portent sur les revendications syndicales, notamment la demande de hausse du SMIC, la question des branches professionnelles dont les minima sont inférieurs au salaire minimum, et la possibilité d'un coup de pouce gouvernemental.
Les intervenants discutent aussi de l'absence de majorité à l'Assemblée, de la relation d'Emmanuel Macron avec les corps intermédiaires et des prochaines journées de mobilisation. Ils évoquent enfin la marge de manœuvre budgétaire, le relèvement du plafond du livret A et l'éventualité d'une tutelle du FMI.
Les auditeurs découvriront les arguments avancés par chacun, qui divergent sur plusieurs points.
Dans cet épisode Antoine Oberdorff, Audrey Goutard, Bruno Jeudy, Martial You
Cette transcription de l'épisode sur la mobilisation syndicale et le SMIC a été réalisée grâce à la technologie HappyScribe pour la transcription automatique d’enregistrements.
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Question d'André, en Moselle : « Lorsque les revendications s'agrègent, pourquoi attendre pour les régler ? Les politiques sont-ils à ce point déconnectés de la société ? » Le retard à l'allumage, dans le fait de prendre en compte les colères.
Je crois surtout... je crois surtout qu'en fait ils ne sont pas dans la capacité de répondre. En fait, quand bien même, admettons qu'ils soient connectés, pour reprendre le mot de votre téléspectateur, le problème c'est qu'il n'y a pas de majorité. Donc on est quand même sur une situation politique où ils n'arrivent pas à passer de texte à l'Assemblée. C'est quand même la réalité. Et ce qui se joue aussi dans la présidentielle, au-delà de la présidentielle, c'est... et les marchés, je reviens sur ce qu'on a un petit désaccord avec Martial, c'est que les marchés, ce qui les inquiète le plus, c'est l'instabilité politique. Si on élit un président qui n'a pas de majorité derrière, alors ça, ce sera vraiment...
ce sera vraiment la marque d'un pays qui a plongé dans l'instabilité, bien au-delà de la dissolution. Donc c'est quand même... on voit bien que la fragmentation du paysage politique français... Alors, on a dit : « Emmanuel Macron, il a créé la tripartition. » Et maintenant, le problème, c'est que même à l'intérieur de chaque camp, il y a de la division énorme. La gauche est divisée comme jamais, le bloc central est divisé, la droite se demande si les Républicains seront... s'ils auront un candidat. Donc c'est ça qui est difficile. Et donc, du coup, ils sont peut-être déconnectés, mais ils sont surtout impuissants.
Impuissants. Il y a cette question de Jacques. On y verra quelques mois. Les élections, quel est le vrai but des syndicats face à un gouvernement qui n'a ni majorité ni argent ? Ils le savent, ça, les syndicats.
Ils le savent. Pour rappeler les ordres de grandeur, ce qui est demandé par la CFDT, c'est 100 euros d'augmentation sur le SMIC, CGT, 150 euros, et la SMIC...
130 euros pour les fous.
Absolument. Et ce qui est évoqué à date, c'est plutôt quelque chose de l'ordre de 15 euros. C'est ça, le coup de pouce.
Non, c'est 150.
Non, en fait c'est...
Il y a deux choix.
Oui, c'est 15.
En fait, c'est 15 en plus de l'augmentation des 50.
De l'indexation sur l'inflation qui est anticipée.
Et avec anticipation au 1er décembre. Bon. Donc évidemment qu'il n'y a pas de grand soir possible dans ces conditions. Mais les témoignages que l'on a entendus de vieux de la vieille et du syndicalisme démontrent que parfois, eh bien, des petites avancées, les petits pas valent mieux que d'échanter et revenir devant ses administrés ou devant ses adhérents sans rien. Donc c'est ça, je pense que les syndicats, aujourd'hui, attendent du gouvernement, et surtout ne pas retomber dans les gadgets et les parodies de dialogue social, tel que l'évoquait ce matin Marylise Lion pour la CFDT, typiquement le Conseil national de la refondation.
Ça, les syndicats en ont soupé. Ils n'ont plus envie de ce genre de numéro de claquettes.
Mais quand même, il faut être précis, parce que si jamais lundi, bon, le gouvernement... ce n'est pas arrivé depuis 14 ans, quand même. S'il y a le coup de pouce en plus de l'augmentation, j'allais dire le mécanisme d'augmentation, et on arriverait à 50 euros, comme l'a rappelé Martial, ce n'est quand même pas rien. Surtout si... vous savez, il y a 88 branches professionnelles, ça parlera à nos téléspectateurs, où il n'y a pas le SMIC.
Mais ça fait longtemps qu'ils en parlent. Ça fait longtemps que la CFDT le demande.
Les emplois de service, ils n'ont pas le SMIC. Si jamais ça... Alors maintenant, est-ce qu'on... Alors l'année dernière, dans le budget, le fameux budget l'année dernière, a été voté une disposition rendant obligatoire. Donc là, le gouvernement qui était contre l'année dernière va peut-être être content de la trouver pour la rendre un peu obligatoire.
Je ne sais pas, j'ai l'impression qu'on en parle depuis très longtemps, de ces branches qui sont sous du SMIC.
On court dans des branches derrière le SMIC. C'est-à-dire que là, si on modifie, on en aura 122, plus 88, 122 des branches qui seront sous le SMIC.
Allez, question de Jean-Pierre : « En quoi le relèvement du plafond du livret A pourrait-il permettre aux Français de boucler les fins de mois ? » N'est-ce pas hors sujet ?
Totalement. Totalement. C'est... Alors ça, c'est vraiment la mesure. Moi, je... C'est-à-dire qu'en gros, aujourd'hui, vous avez l'essentiel des livrets A qui ne sont pas au plafond. Donc c'est, je crois, la moyenne, je dis ça de mémoire, à peu près 7 000 euros. Donc qu'est-ce que ça va changer à ceux qui ont 7 000 euros sur leur livret A de passer de 22 à 30 000 de plafond ? Rien du tout. Donc c'est vraiment la mesure politicienne qui envoie une espèce de message qui n'a aucun...
Quel message ?
À part le message de dire : « Si vous avez beaucoup d'argent, vous allez pouvoir en mettre un peu plus sur votre livret A. »
Un peu plus sur épargne.
C'est tout. C'est-à-dire que vous allez pouvoir épargner un peu plus.
« Pourquoi une telle colère sociale quand s'arrêtera-t-elle ? » Pierre, dans le Pas-de-Calais, vous posez cette question.
Bonne question. La météo sociale est quand même difficile à prévoir. Il y a une manif... Alors, il y a un rassemblement qui est prévu le 20 et 21 novembre à l'appel d'un groupement d'organisations syndicales européennes, vendredi-samedi.
Vendredi-samedi à l'appel des Gilets jaunes qui disent : « Nous, on continue vendredi-samedi. »
On peut imaginer que...
Oui, samedi.
Alors, les Gilets jaunes ont posé une demande de manifestation pour samedi. On verra si elle est autorisée. Mais on va dire que mouvement syndical classique, ça pourrait être le 20-21.
« Augmenter les salaires, est-ce encore possible sans fragiliser davantage l'économie française ? » Gilles, dans le Val-de-Marne.
C'est compliqué. On voit bien que les marges de manœuvre sont complexes. C'est ce que je disais tout à l'heure. Quand vous avez une économie qui stagne, ça veut dire que les entreprises gagnent moins d'argent, enfin, en tout cas, n'ont pas des progressions de chiffre d'affaires comme lorsque vous avez une vraie croissance. À partir de là, si les entreprises ne gagnent pas plus d'argent, elles ont du mal à mettre plus dans les salaires. C'est assez logique.
Regardez cette question de Dan dans le Doubs. Il nous dit : « Je ne suis pas maso, mais devant l'incurie de nos politiques, j'en viens à souhaiter une mise sous tutelle de la France par le FMI. » Il faut quand même se rappeler ce que c'est.
Il n'a pas vu ce que le FMI avait fait en Amérique du Sud, par exemple. La mise sous tutelle par le FMI, ça veut dire que vous vous retrouvez dans une situation qui n'est pas du tout notre France actuelle. C'est-à-dire que je ne pense pas qu'on soit au niveau de cette situation pour avoir le FMI sur le dos. Et avoir le FMI sur le dos, c'est tout notre modèle social qui.
Baisse des pensions de retraite.
On n'est pas plus bas, mais... mais on est peut-être plus près de la graisse de papa Andréou lorsqu'elle a vraiment coulé. On n'en est pas là.
On n'a pas les gouvernements corrompus, etc. Il n'y a pas les mêmes problèmes structurels.
On arrive encore à lever l'impôt en France, et ça, on sait faire.
On est très endettés.
Question de Florent dans le Cher. « Emmanuel Macron ne paie-t-il pas aujourd'hui le fait d'avoir trop longtemps méprisé les corps intermédiaires ? » Vous vous disiez un peu.
Cette fin de règne est ironique pour Emmanuel Macron, parce qu'il a tellement moqué notamment son prédécesseur, François Hollande, pour justement ces séances de palabres avec les syndicats, ce dialogue social qu'Emmanuel Macron méprisait, parce que ce n'était pas conforme à la philosophie qu'il se faisait de son action, d'un idéal de start-up nation. Mais il y a beaucoup de touches qui sont ironiques sur cette fin de règne, même les confidences qu'il a faites à une journaliste et qui donnent lieu aujourd'hui à un livre. Quand on repense à « Un président ne devrait pas dire ça » et ce livre de François Hollande, même si ce n'est pas la même chose, c'est très ironique.
Allez, y aura-t-il d'autres journées de mobilisation nationale en novembre et en décembre ?
Maintenant qu'on voit qu'on peut organiser une mobilisation même en passant par Snapchat, Internet, les réseaux sociaux, TikTok, tout est possible.
« La France a de la fièvre, va-t-elle réussir à se soigner sans séquelles ? »
Pour l'instant, elle est bien malade, en tout cas.
Bien malade, mais elle ne sera pas soignée encore engagée. Elle ne sera pas soignée d'ici la présidentielle.
En tout cas, merci à tous les quatre. Demain, vous retrouvez Aurélie Cas en direct pour un nouveau « C'est dans l'air ». N'oubliez pas que « C'est dans l'air » commence à 17 h 25 avec « C'est dans l'air » l'invité. Puis vous pouvez nous retrouver quand vous le souhaitez en replay et en podcast. Belle soirée. Retrouvez nos podcasts sur toutes les plateformes d'écoute. Et pour le replay vidéo, c'est sur france.tv, bien évidemment. À bientôt.
C dans l’air du 5 novembre 2026 - 5 novembre : les syndicats s'en mêlent, la pression monte...
Nos experts :
- Bruno JEUDY - Directeur délégué et éditorialiste - La Tribune Dimanche
- Antoine OBERDORFF - Journaliste politique - L’Opinion
- Audrey GOUTARD - Grand reporter - France Télévisions, spécialiste des faits de société
- Martial YOU - Editorialiste économie – RTL