Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le Logement, présente son livre « Plus personne à la rue, c'est possible et c'est un choix ». L'épisode revient sur la colère sociale qui s'exprime dans la rue à l'approche de la présidentielle, alors que des manifestations pour les salaires et contre la vie chère sont prévues dans plusieurs pays européens.
L'invité estime que le logement est devenu le premier poste de dépense des ménages et s'appuie sur une enquête sur le pouvoir d'achat. Il critique la faible place accordée au logement dans les politiques publiques ainsi que les coupes dans les aides au logement, et appelle les candidats à en faire une priorité.
Dans cet épisode Christophe Robert
Cette transcription de l'épisode sur le logement et les salaires en Europe a été réalisée avec la technologie HappyScribe, la même que celle qui sert aux comptes rendus de réunion automatiques.
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Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue dans « C dans l'air » : la colère des lycéens va-t-elle rejoindre celle des salariés ? En tout cas, aujourd'hui, l'ensemble des syndicats, du public et du privé, ont appelé à une journée d'action, notamment sur le pouvoir d'achat. 600 000 personnes ont défilé en France, selon le ministère de l'Intérieur. Christophe Robert est avec nous ce soir. Bonsoir.
Bonsoir.
Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes le délégué général de la Fondation pour le Logement des Défavorisés, autrefois Fondation Abbé Pierre. Vous publiez « Plus personne à la rue, c'est possible et c'est un choix », aux éditions First. Vous alertez très régulièrement sur la colère sociale et sur le pouvoir d'achat. Christophe Robert, est-ce que vous aimeriez avoir 20 ans aujourd'hui ?
Oui.
Oui ?
Un petit personnel. Mais non, je mesure ce que ça signifie aujourd'hui. Je le vois tous les jours. On le voit tous les jours à la Fondation : les enjeux sociaux, les enjeux écologiques, la géopolitique, la déconnexion entre ce que vivent les gens et les responsables politiques. Moi, je comprends les souffrances de la jeunesse. On l'a vu très fort au moment du Covid, avec des souffrances. On voit aussi l'inquiétude sur la santé mentale, qui est très, très forte chez cette jeunesse. Donc non, simplement, j'ai hyper envie qu'on aide les jeunes à pouvoir enfin espérer et reprendre confiance en l'avenir.
Et ça, c'est de la responsabilité collective.
Et la journée d'aujourd'hui, elle est singulière. Je le disais rapidement : on a les jeunes, on a les syndicats, Syndicats Unis dans la rue aujourd'hui, on a une partie des Gilets jaunes qui appellent d'ailleurs à poursuivre le mouvement demain et après-demain. On est à six mois d'une présidentielle. Avec l'expérience qui est la vôtre de la colère sociale dans le pays, de ce qui est parfois un chaudron, la France, est-ce que ça vous semble, au fond, assez inédit d'avoir une colère sociale au moment où on devrait dire à un pays : « On se donne rendez-vous dans six mois et on va voter » ?
Je pense que c'est quelque part une bonne nouvelle. Je mets de côté les violences qui sont inacceptables, d'où qu'elles viennent, parce que c'est réjouissant d'entendre tous ces jeunes avoir complètement conscience des enjeux du moment, des enjeux sociaux, écologiques, démocratiques, et de dire : « Mais nous, ce n'est pas ça qu'on veut. » On ne veut pas étudier et avoir froid ou chaud l'été. Il y a froid l'hiver et chaud l'été. On ne veut pas une sélection comme celle-ci. On veut du partage.
On veut du partage des richesses. On veut avoir des perspectives. Et je trouve que le discours qui est tenu par les jeunesses aujourd'hui dans ce mouvement est réjouissant, parce qu'enfin, on parle des sujets, des vrais sujets, ceux qui inquiètent nos concitoyens tous les jours. Donc, d'une part, je ne suis pas surpris. Par contre, je suis surpris de la manière dont il a pu occuper l'espace public depuis maintenant sept semaines. Et pourquoi c'est extrêmement important ? Parce que si on ne discute pas de ça, on discute d'autre chose. Et si on ne discute pas de ça, on ne s'occupe pas de ces sujets-là, ces sujets qui comptent pour le quotidien de nos concitoyens jour après jour.
Il y a un point commun dans toutes ces revendications, que ce soit les Gilets jaunes, que ce soit les étudiants, que ce soit les syndicats : c'est la question du pouvoir d'achat, de la vie chère. Je voudrais vous livrer cette enquête de la Fondation Jean Jaurès. Un Français sur deux estime avoir des difficultés à vivre dignement. 35 % disent ne pas pouvoir compter sur suffisamment de personnes en cas de coup dur. 59 % des sondés s'inquiètent du prix de l'énergie pour les prochaines années. On peut ajouter aussi la question du logement. Quand on voit ces chiffres-là, on se dit quoi ?
La France s'appauvrit ?
Cette enquête, c'est celle qu'on a sortie hier avec le pack du pouvoir de vivre dont la Fondation est membre. Je suis un des porte-paroles. On l'a fait avec la Fondation Jean Jaurès, justement pour donner à voir la réalité du vécu de nos concitoyens, c'est-à-dire de vous dire... Je vous prends juste un exemple. On sait aujourd'hui qu'on a un taux de pauvreté qu'on n'avait jamais atteint depuis 30 ans, 15,4 %. Et vous l'avez rappelé, une personne sur deux craint de ne pas pouvoir s'en sortir. Pourquoi ? Parce qu'en fait, le taux de pauvreté donne une indication au niveau des ressources qui est en dessous de tel niveau de ressources.
Mais ça ne dit pas ce que consomment les gens. Alors, quand on voit flamber les prix de l'énergie, quand on voit flamber les prix liés à la mobilité, quand on voit flamber les prix du logement, en fait, on a un nombre de personnes qui sont aujourd'hui en situation de fragilité, de pauvreté ou de crainte de basculement dans la précarité qui est beaucoup plus important que ce que dit la statistique publique. C'est pour ça qu'on a fait cette enquête-là et qu'on a sorti hier ces chiffres, pour dire au gouvernement, pour dire dans le projet de loi de finances, par exemple, aujourd'hui, ou pour dire au candidat à la présidentielle de demain, de dire : « C'est ça, les sujets qui comptent.
» Bien sûr, il y a la géopolitique.
C'est ça, le sujet qui compte. Dedans, vous mettez aussi... Alors, on va parler du logement, évidemment, qui est majeur dans un instant, mais là-dedans, on met aussi le fait de ne pas suffisamment bien vivre de son travail. Le gouvernement annonce une conférence sociale lundi sur la question notamment des salaires. C'est ça aussi qui se joue ?
Complètement. Complètement. Et d'ailleurs, dans les données que nous avons publiées hier avec la Fondation Jean Jaurès, on voit très bien que beaucoup sont inquiets sur leurs conditions de travail. Donc, ça rejoint la question du salaire, mais pas seulement. Aussi le nombre d'heures, quand on est à temps partiel subi, quand on doit multiplier les prestations à droite à gauche pour essayer de s'en sortir. Ça suscite énormément d'inquiétudes et on peut comprendre.
Et vous, vous dites qu'au fond, le point de départ de tout ça, l'une des dépenses qu'on craint, des contraintes les plus subies, c'est la question du logement. En France, la part des revenus consacrés au logement s'élève à 28 %. Elle n'était que de 11 % dans les années 60. On précise que c'est une problématique qui heurte en Europe. On a vu ce qui s'est passé notamment en Espagne. Dans l'Union européenne, les prix des logements ont bondi de plus de 60 % entre 2010 et 2025 et ceux des loyers de 29 %. Ça, c'est dans les terreaux de la colère.
C'est de la folie. C'est de la folie, si vous voulez. Vous venez de citer les chiffres. On va dire 28 à 30 % du budget des ménages en moyenne, mais pour beaucoup, c'est 40, 50, 60 % de leur budget, puisque c'est une moyenne qui intègre les riches, les très, très riches. Donc, on voit bien à quel point ça vient amputer le pouvoir d'achat, nous, ce qu'on appelle le pouvoir de vivre. Donc, c'est le premier poste de dépenses des ménages. Donc, c'est le premier sujet de préoccupation. Avec quelque chose qui s'est ajouté depuis cinq, six ans, c'est la flambée des charges. Donc, des gens qui n'arrivent pas à se chauffer, des gens qui n'arrivent pas à changer de logement si la famille veut s'agrandir, des couples qui se séparent, qui n'arrivent pas à trouver de logement ou qui restent le temps de trouver une solution, ou qui vont s'éloigner de leur lieu de travail avec des impacts environnementaux très, très forts.
Donc oui, c'est l'un des quatre, cinq sujets prioritaires de la nation aujourd'hui, de nos concitoyens d'abord, de la nation. Il faut en faire un des quatre, cinq sujets prioritaires de l'action publique aujourd'hui dans le projet de loi de finances et demain dans la campagne présidentielle.
C'est un sujet, je le disais, qui est européen. Il y a quand même une journée de manifestations coordonnées dans toute l'Europe les 20, 21, 22 novembre sur le logement.
Oui.
Pourquoi c'est dans tous les pays ? Ils n'ont pas eu tous les mêmes politiques publiques. Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, ce sujet, il est transversal en Europe ?
Alors, deux choses : la charité, l'augmentation considérable des coûts du logement. Vous l'avez dit, avant, c'était l'alimentation le premier poste. Aujourd'hui, c'est le logement et le fait que les gens ne s'en sortent pas. Et la réponse dans pas mal de pays, et ça a été le cas en France avec la loi de M. Casbarian, c'est de dire : « Quand vous ne pouvez pas payer, vous quittez le logement. Plus de prévention, moins de prévention quand on rencontre des difficultés, etc. » Et donc, le truc avec le logement, c'est que tout le monde en a besoin. Les riches, les pauvres, en milieu rural, en milieu urbain, dans les métropoles.
Et donc, ça devient un sujet majeur. C'est devenu un sujet majeur en Allemagne, en Espagne, en Italie, en France, évidemment, depuis longtemps. Donc, il faut qu'on arrive à faire que les responsables politiques se penchent réellement sur ce sujet, malgré sa complexité.
Ils le font. Vous avez dit : « Le logement est rarement au cœur de l'action publique et des prises de parole dans les campagnes électorales et dans le débat médiatique. »
C'est vrai.
Mais Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Bruno Retailleau, Gabriel Attal ont déjà tous fait des propositions et présenté des plans pour le logement. Vous considérez que ça ne passe pas le mur du son, que ça n'arrive pas à créer de débat dans la société française ? Qu'est-ce que vous regrettez ? Au fond, pourquoi vous avez sorti ce livre pour interpeller les politiques ?
Parce que la vie, ce n'est pas simple, et les politiques publiques non plus. Et la question du logement, ça demande un effort constant sur tous les sujets. La protection des plus fragiles. Je pense à ces questions plus personnes à la rue.
Plus personnes à la rue. Et vous dites : « C'est possible et c'est un choix. »
Mais oui, c'est possible et on sait comment faire. Donc, on pourra en discuter si on a le temps. Mais la question du logement, en fait, elle a un impact sur la question de la scolarisation. C'est ça qu'il faut se dire. Elle a un impact sur la question de l'emploi. Elle a un impact sur la manière dont la ville se construit. Elle a un impact sur le pouvoir d'achat, on l'a dit. Et donc, il faut qu'un ministre du Logement ait sa juste place dans un gouvernement. Donc, on peut en discuter parfois dans les campagnes, pas toujours bien. Je suis désolé, Marine Le Pen veut supprimer la loi Essireux, elle veut supprimer les aides aux ménages à la rénovation thermique. Franchement, ce n'est pas comme ça qu'on va s'en sortir.
C'est son plan, elle. Jean-Luc Mélenchon prévoit un plan d'investissement massif et un plan de construction de 700 000 logements. Bruno Retailleau, il met l'accent sur la protection de la propriété privée. Gabriel Attal préconise de simplifier les règles d'urbanisme. Chacun a ses propositions.
Oui, et c'est très bien. Enfin, je veux dire, c'est ça.
C'est le débat présidentiel.
Après, il faut tenir le cap aussi. Donc, c'est là où je dis : vous avez souvent des ministres du Logement qui sont à la dernière roue du carrosse. C'est en fait souvent piloté à Bercy pour des raisons financières, mais parce qu'on ne met pas le logement à sa juste place. Si jamais on mesure son impact sur la santé, sur le pouvoir d'achat, sur la scolarisation, etc., on se dira : « En fait, il faut... » Un peu comme c'était à l'époque avec Jean-Louis Borloo, un ministre d'État...
Un super ministre.
Eh bien oui, parce que ça a des impacts différents et il faut une articulation entre les différents ministères pour mener une politique comme ça.
Emmanuel Macron...
Mais on peut le faire.
Emmanuel Macron, vous vous en souvenez certainement, il en avait fait une priorité du logement en 2017. Il avait dit : « Je ne veux plus, d'ici à la fin de l'année, avoir des femmes, des hommes dans les rues, dans les bois. C'est une question de dignité. »
Oui.
Ils ont tous, les uns et les autres, pris des engagements.
Monsieur Jospin à l'époque, Monsieur Sarkozy à l'époque. Emmanuel Macron, il a fait une politique du logement d'abord pour essayer de faire que les gens qui sont... Les personnes qui sont à la rue aujourd'hui puissent accéder à un logement plus durable et digne, plutôt qu'à un hôtel d'urgence qui n'est pas adapté pour les personnes et qui est coûteux pour les finances publiques. Mais parallèlement, qu'est-ce qu'il a fait ? Il a coupé comme on n'a jamais coupé sur les APL, sur le logement social, qui sont les deux leviers de la protection sociale dans le domaine du logement dans notre pays. Donc, si vous voulez, si vous faites une politique à un moment qui a son intérêt et qui permet de sortir des personnes sans domicile, qu'il faut faire monter en puissance, mais de l'autre, vous fragilisez tous les ménages modestes, les classes moyennes inférieures dans le logement via les coupes APL ou les coupes sur le logement social, vous n'avez pas du tout résolu le problème.
Et je crois que là, on peut tirer un certain nombre d'enseignements pour la prochaine campagne.
Et vous allez vous faire entendre dans cette campagne, Christophe Robert.
Il faut.
C'est ce que je comprends. Il faut ?
Il faut.
Plus personne à la rue. Pardon ?
Les souffrances sont trop importantes, sincèrement. Des personnes à la rue jusqu'à ceux qui n'arrivent même plus à se chauffer. C'est trop dur. C'est trop dur. Il faut que les gens entendent. Il faut que nos responsables politiques agissent.
Je ne sais pas que vous nous ayez entendus. Les téléspectateurs de C dans l'air vous ont entendus. Plus personne à la rue, c'est possible et c'est un choix. Et c'est publié aux éditions First. Merci beaucoup d'être venus sur ce plateau. Dans un instant, on poursuit un peu notre discussion avec les experts de C dans l'air. À tout de suite.
Si vous n'êtes pas devant votre écran, vous savez que vous pouvez également nous écouter, nous réécouter en podcast.
C dans l’air l'invité du 5 novembre 2026 avec Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le Logement, qui publie "Plus personne à la rue, c'est possible et c'est un choix", aux éditions First.
Aujourd'hui la colère sociale s'exprime à nouveau dans la rue. Les manifestations pour les salaires avaient rassemblé à la mi-journée des centaines de milliers de personnes hors région parisienne, mettant le gouvernement sous pression pour concéder une hausse importante du Smic. Une mobilisation massive, à l'appel de la quasi-totalité des syndicats avec le soutien des organisations de jeunesse, après celles très importantes des 17, 24 et 31 octobre.
La mobilisation n'est pas seulement française, mais va prendre une dimension européenne, alors que des syndicats et associations de sept pays européens appellent à manifester contre la vie chère les 20, 21 et 22 novembre prochains. Ils espèrent rassembler "des millions" de personnes dans cette mobilisation commune inédite, dont les principales revendications sont "une garantie du droit au logement" et "le contrôle des prix du logement".
Des mobilisations qui interviennent dans une France qui compte 9,8 millions de personnes pauvres, soit 15,4 % de la population, et plus de 350.000 sans domicile fixe, un chiffre qui a quadruplé en 25 ans. "Nous lançons un appel pour que les responsables politiques s’engagent solennellement à tout faire pour que demain, personne ne soit contraint de vivre à la rue. Que cet objectif ne se limite pas à un slogan mais devienne une réalité", écrit notre invité, Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le Logement, qui souhaite peser dans le débat pendant la campagne présidentielle.