Transcription de 5 novembre : les syndicats s'en mêlent, la pression monte... - L'intégrale -

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Résumé de l'épisode

Cet épisode de C dans l'air revient sur la journée de mobilisation nationale du 5 novembre, organisée par les syndicats pour défendre les salaires et le pouvoir d'achat, alors que lycéens et gilets jaunes se joignent au mouvement. Les invités, Bruno Jeudy, Antoine Oberdorf, Audrey Goutard et Martial You, analysent la hausse du SMIC réclamée par la CFDT et la CGT, la marge budgétaire très réduite du gouvernement et la conférence sociale annoncée à Matignon.

Ils évoquent aussi l'évolution du dialogue social, l'affaiblissement de l'influence syndicale et le rejet du budget 2027 par les députés. Les analyses restent toutefois divergentes sur l'issue du mouvement, et l'émission aide à comprendre les enjeux économiques et politiques d'une fin de quinquennat sous tension.

Dans cet épisode Caroline Roux, Antoine Oberdorf, Audrey Goutard, Bruno Jeudy, Martial You

Cette transcription de C dans l'air consacrée à la mobilisation syndicale du 5 novembre a été réalisée grâce à la technologie HappyScribe, qui sert aussi à rédiger un compte rendu de réunion avec l’IA.

Caroline Roux00:00:00

Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans « C dans l'air ». C'est un scénario que redoute le gouvernement : l'addition des colères, la convergence des revendications. Ce jeudi est une journée-test, une première depuis le début de ce mouvement social. Les syndicats unis, les lycéens, les gilets jaunes ont défilé ensemble, chacun ses revendications, mais tous se retrouvent sur une urgence : le pouvoir d'achat, la vie chère. Pour l'instant, à part quelques tensions à Lyon et Marseille et un lycée incendié à Toulouse, la journée s'est déroulée dans le calme. La CGT évoque déjà un succès de mobilisation et fait monter la pression sur Sébastien Lecornu.

Les syndicats attendent des annonces sur le SMIC, sur les salaires, qui devraient intervenir dans les jours qui viennent, avec une question qui est désormais posée : est-ce que cet exécutif, à bout de course, va parvenir à désamorcer un mouvement social qui s'installe et qui prend de l'ampleur ? Avec les chiffres de la journée : 600 000 manifestants en France selon le ministère de l'Intérieur, 1,6 million selon la CGT. 5 novembre : les syndicats s'en mêlent, la pression monte, c'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir, Bruno Jody, vous êtes directeur délégué et éditorialiste à La Tribune dimanche.

Avec nous ce soir, Antoine Oberdorf, vous êtes journaliste politique à L'Opinion, en charge du suivi de la gauche. Je cite votre article, Emmanuel Macron, vu par Françoise Dequoi : « Les SMS d'un président en détresse ». Audrey Goutart est avec nous, vous êtes grand reporter à France Télévisions, spécialiste des faits de société. Enfin, Marcia Liou, vous êtes éditorialiste-cheffe du service Économie, social et éducation à RTL. Votre livre, « Les dindons, comment on vole les classes moyennes », est publié chez Robert Laffont. Bonsoir à tous les quatre.

Intervenant 200:01:32

Bonsoir.

Caroline Roux00:01:33

Merci de participer à ce « C dans l'air » en direct. Je donnais les chiffres, il y a toujours beaucoup d'écarts : 600 000 selon Beauvau, 1,6 million selon la CGT. On peut dire, comme Sophie Binet qui le disait dès ce matin, c'est un succès de mobilisation, Bruno Jody ?

Intervenant 200:01:47

Oui, Caroline, c'est un succès de mobilisation, une manifestation, comme on dit, intersyndicale, donc c'est tous les syndicats appelant à une manifestation unitaire. C'est un succès qui est très important pour eux, très important aussi pour la mobilisation, et qui n'a rien à voir avec cette même manifestation qui avait été organisée fin septembre, un peu dans l'anonymat. Je crois que peu de Français avaient su qu'il y avait une manifestation. Et là, cette fois-ci, évidemment, entre-temps, il y a eu les jeunes, les lycéens, il y a eu les gilets jaunes, il y a eu plusieurs mouvements, trois samedis de manifestations qui se sont, pour certains, bien passés, pour d'autres très mal passés, on se souvient du 17 octobre.

Et là, c'est un succès, parce qu'en plus, c'est vrai qu'il y a eu des dégradations à Toulouse, notamment dans deux lycées, à Rennes. Ici ou là, il y a eu quelques éléments perturbateurs dans le tracé.

Caroline Roux00:02:39

À Lyon, il y a eu des tensions également.

Intervenant 200:02:40

Oui, dans le parcours parisien, mais globalement, j'allais dire, c'est une manifestation qui se passe bien pour les manifestants et pour l'exécutif aussi. Maintenant, il va falloir répondre aux attentes des syndicats, mais déjà, cette journée est passée, et j'allais dire, des deux côtés, il y a une sorte de ouf de soulagement, parce que maintenant, il va falloir passer aux réponses, et comment on traite ça pour que ça ne dure pas.

Caroline Roux00:03:03

Est-ce que ça veut dire, quand on voit ces images qu'on vient de voir de mobilisations qui se déroulent dans le calme, vous disiez « ouf », c'est aussi parce qu'on n'a plus les images de violence en marge des cortèges ? À ce stade, les cortèges ne sont pas terminés. Ça veut dire, je me tourne peut-être vers vous, Audrey Goutart, ça veut dire qu'il y a désormais une prise de conscience de la part du gouvernement de la colère, mais aussi des dispositifs à mettre en place pour protéger, au fond, c'est ça le sujet, pour protéger les manifestants ?

Intervenant 300:03:33

Protéger les manifestants, d'ailleurs, c'est la première mission des forces de l'ordre dans une manifestation. Ils sont là pour protéger les manifestants et leur permettre de manifester normalement. Alors là, je dirais que c'est un peu le savoir-faire à la française, tant du côté des forces de l'ordre que du côté des syndicats. C'est-à-dire que les syndicats ont démontré qu'ils étaient tout à fait capables, non seulement de mobiliser, mais aussi de cadrer, d'organiser. Je vous rappelle qu'ils ont des services d'ordre qui sont à la manœuvre en amont des manifestations avec les forces de l'ordre et avec le ministère de l'Intérieur. Tout ça, c'est discuté, ça a été des négociations, des négociations qui se sont bien passées.

Et tout s'est fait, si vous voulez, sur le tapis, au bon moment, avec une vraie organisation et une vraie stratégie développées de part et d'autre. Contrairement aux manifestations précédentes, où, vous l'aviez compris, tout s'était passé sur les réseaux sociaux, avec des mouvements spontanés, extrêmement difficiles à apprécier, à anticiper. Et le ministre Laurent Nunez s'était clairement fait déborder par la puissance de ces manifestations-là, qui étaient des manifestations, entre guillemets, « clandestines » à la base.

Caroline Roux00:04:34

Ça veut dire qu'on revient à un rapport de force, entre guillemets, classique pour le gouvernement, entre une contestation sociale organisée, tenue, y compris par les syndicats eux-mêmes ? Est-ce qu'on rentre dans cette séquence-là, ou ça ne veut pas dire que dans 15 jours, on ne reprenne pas une poussée de colère, peut-être moins maîtrisée ?

Intervenant 200:04:56

Non, je pense que c'était important, justement, que cette journée soit un succès, précisément pour retrouver la chorégraphie habituelle du dialogue social et pour légitimer ceux qui sont les interlocuteurs classiques du pouvoir. Rappelez-vous, après le 17 octobre, il y a une réunion de l'intersyndicale pour savoir s'ils vont suivre la manifestation suivante, un week-end plus tard. Et l'intersyndicale, unanimement, y compris la CGT, dit : « On n'y va pas », parce que les syndicats ne voulaient pas être associés au risque de débordement qu'on avait vécu au 17 octobre.

Donc, il y a eu un enseignement, il y a un avant et un après 17 octobre, évidemment. Du côté du pouvoir en place, ils avaient largement sous-estimé la mobilisation du 17, donc ils se sont préparés pour avoir, en face des manifestants, une organisation digne de ce nom. Et du côté des syndicats, aujourd'hui, c'est un succès. C'est important, parce qu'il y a un côté un peu voiture-balai dans l'appel d'aujourd'hui, c'est-à-dire que tout le monde est contre la vie chère. Vous n'avez pas un ciment qui fermente et qui satellise tout le monde. Là, c'est très ouvert, comme appel de manifestation, mais malgré tout, ça ramène du monde.

Et les syndicats démontrent aujourd'hui qu'ils savent faire. Donc, demain et dans les jours qui viennent, on va pouvoir discuter avec des interlocuteurs qui sont légitimes pour dire : « Maintenant, on parle des revendications. On arrête de parler des casseurs, on parle revendications, vraiment. »

Caroline Roux00:06:18

Mais est-ce qu'on parle de l'addition des colères, etc. ? Est-ce qu'il y a une addition possible des revendications, Antoine Oberdorf ? Parce que les lycéens, ils sont toujours sur leurs revendications, sur Parcoursup, sur des professeurs, sur des livres. Est-ce qu'à un moment donné, c'est chacun ses revendications ? Est-ce que les syndicats arrivent avec la feuille de route des lycéens ou chacun se débrouille dans son rapport de force avec l'exécutif ?

Intervenant 200:06:40

Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, la convergence des luttes, c'est plutôt un fantasme. Vous avez vu les images, sans doute, d'étudiants qui sont allés aux abords de l'usine Renault essayer d'aller susciter quelque chose chez les ouvriers et créer des points de jonction entre les ouvriers d'un côté, les étudiants et les lycéens de l'autre. Bon, c'est très attendrissant, on a l'impression d'être dans « La Chinoise » de Godard, mais je ne suis pas sûr que ça débouche. En revanche, ce qui est vrai, c'est que sur la dernière phase du mouvement lycéen, on a observé une montée en généralité et en radicalité, avec des slogans de plus en plus confus.

Par exemple, « plus de dignité dans l'enseignement », « plus de moyens », « 10 milliards », mais sans qu'on précise le fléchage de ces milliards, alors même que, côté exécutif, on avait consenti à la refonte de Parcoursup et qu'on espérait que ça suffise à ce que tout le monde regagne les établissements. Finalement, on est passé de situations où il y avait des blocus à des barrages filtrants. Il y a la voix également des parents d'élèves qui ont commencé à se faire entendre parce qu'inquiets pour la scolarité de leurs enfants et la perte de certains enseignements. Donc, on a vu quand même que ce mouvement lycéen s'est étiolé, mais en même temps, les éléments les plus déterminés sont restés à la manœuvre, et notamment du côté de l'Union syndicale lycéenne.

Et ceux-là, ils sont assez précisément déterminés à opérer un ralliement avec les forces de la CGT, avec, pourquoi pas, les gilets jaunes, parce que le fait nouveau, c'est que des acteurs institutionnels classiques tels que la CGT, la CFDT, ont établi des contacts avec la coordination des gilets jaunes. Un des coordinateurs, par exemple, des gilets jaunes, me disait que pour la première fois, alors qu'il y avait une forme de défiance quand même, il y avait des contacts entre la coordination des gilets jaunes et, par exemple, le cabinet de Sophie Binet. Ça, c'est quelque chose que nous n'avions pas vu par le passé.

Caroline Roux00:08:22

Frédéric Souillot, secrétaire général de FO, lui dit : « Aujourd'hui, les gilets jaunes souhaitent des organisations syndicales dans leurs manifestations. » Il y a quelque temps encore, on n'était pas les bienvenus parce qu'on était soi-disant inféodés au pouvoir. Donc, ça, ça a changé, du coup.

Intervenant 200:08:35

Oui, absolument, parce qu'on a arrêté, en réalité, de se regarder en chien de faïence en voyant la mainmise, soit des syndicats, soit des partis, même si le soupçon d'instrumentalisation peut toujours exister, mais on a arrêté de le voir majoritairement comme une concurrence ou une potentielle rivalité. Du côté des gilets jaunes, encore une fois, vous avez quelqu'un comme Benjamin Balle, l'une des figures de la coordination de ce mouvement, qui dit : « Il faut absolument que l'on converge massivement pour faire gonfler nos effectifs. »

Intervenant 300:09:03

Oui, mais pour l'instant, ça ne marche pas trop, en vérité, parce qu'on voit bien que Frédéric Souillot, on avait en interview dimanche dans « La Tribune », j'étais très surpris, lui-même dit : « Il ne faut pas compter sur nous pour manifester tous les samedis », d'ici le premier tour. Il ne veut pas d'une présidentielle qui se passe dans la rue. Lui, il veut un dialogue social carré.

Caroline Roux00:09:20

Un débat.

Intervenant 300:09:20

Un débat, une conférence sociale comme l'a annoncé le Premier ministre lundi. Ils iront, ils discuteront. Peut-être que la CGT, elle, sans doute la CGT, effectivement, voit les gilets jaunes comme, j'allais dire, la CGT, elle voit déjà un peu plus loin. Elle est un peu attirée aussi par le discours mélenchoniste sur le côté « le Rassemblement national, possiblement à gagner ». Vous savez, tout ça, beaucoup ont intériorisé l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, et beaucoup se disent : « On négocie aujourd'hui pour obtenir des choses, maintenant, parce que peut-être qu'on n'aura rien après le premier tour.

» Et il y a ça, quand même, dans la tête de beaucoup des gens qui manifestent, pour différentes raisons, et qui, pour certains, n'ont pas envie de faire le premier tour dans la rue, et d'autres ont décidé clairement, peut-être, de faire le premier tour dans la rue.

Caroline Roux00:10:03

En tout cas, c'est une démonstration de force dans toute la France. Les salariés du privé, du public ont rejoint les lycéens et les gilets jaunes, on l'a dit, pour une journée de mobilisation sur la vie chère, sur le pouvoir d'achat, avec 70 000 forces de l'ordre déployées dans des cortèges qui sont calmes, on l'a dit pour l'instant, et qui ont débuté à Paris ou à Marseille par une minute de silence en hommage à la victime de l'attentat raciste de Trappes. Théo Mandval, Mathieu Lignaud et Dominique Lemarchand.

Intervenant 400:10:31

La foule a de nouveau rempli les rues. À Marseille, Nantes, Bordeaux, Lyon ou Paris, cet après-midi, cortège dense et satisfaction des syndicats après le bras de fer avec les autorités sur les parcours autorisés jusqu'aux toutes dernières heures.

Intervenant 500:10:48

Ce que je veux dire au gouvernement et à Emmanuel Macron, c'est : la répression, ça ne marche pas. Vous avez voulu interdire les manifestations. Il y a eu encore plus de manifestants et de manifestantes.

Intervenant 400:11:00

À Marseille, Rennes et dans la capitale, les rassemblements ont commencé par une minute de silence en hommage aux victimes de l'attentat de Trappes, avant des cortèges mélangeant lycéens, étudiants, fonctionnaires, rejoints par des salariés du secteur privé.

Intervenant 500:11:14

Il y a un réveil. Merci, d'ailleurs, aux lycéens de nous avoir réveillés.

Intervenant 600:11:19

Je trouve cette jeunesse ultra courageuse, volontaire. Pour moi, c'est une touche d'espoir.

Intervenant 700:11:26

Moi, je suis cadre. Je n'ai pas trop à me plaindre, mais ce que je ne supporte pas aujourd'hui, c'est le sacrifice qu'on fait de nos enfants et de l'Éducation nationale.

Intervenant 800:11:33

On galère de plus en plus, quoi. Pourtant, mon mari travaille à l'hôpital et moi, je travaille à l'université. On a du mal à boucler les fins de mois. On est obligés de faire des choix sur nos loisirs. On est obligés de faire des choix sur nos vacances.

Intervenant 400:11:44

Pour l'heure, aucune des propositions du gouvernement ne parvient à calmer les angoisses. Les prix du carburant ont bien commencé à baisser dans les stations-service après le déblocage de 10 millions de barils de gazole, des stocks stratégiques de l'État.

Intervenant 900:11:58

Le gazole concerné a été acheté avant la flambée des cours. Il sera mis à disposition au prix de revient de ces stocks.

Intervenant 400:12:06

La principale revendication des syndicats désormais : une augmentation du SMIC d'au moins 100 euros. Jusqu'ici, Bercy envisageait tout juste d'anticiper la hausse automatique prévue en janvier prochain pour suivre l'inflation. Finalement, un coup de pouce supplémentaire est bien envisagé, du jamais vu depuis 14 ans.

Intervenant 200:12:27

Il y a deux sujets sur le SMIC : il y a combien et quand. Et ces deux sujets, ils sont sur la table aujourd'hui. Je pense qu'on pourra annoncer quelque chose dans les jours qui viennent.

Intervenant 400:12:35

Hier, Sébastien Lecornu a aussi évoqué un possible relèvement du taux de rémunération du livret A.

Intervenant 700:12:40

On va le faire au mois de février.

Intervenant 400:12:42

Mais pour ça, comme pour le SMIC, la marge de manœuvre sera mince. La prévision de dérapage du déficit public pour cette année vient de s'alourdir : 5,4 % du PIB au lieu des 5 % initialement espérés. Et le budget 2027 s'annonce impossible à négocier, constat amer hors micro d'élu du camp présidentiel.

Intervenant 500:13:04

On n'a ni argent, ni majorité.

Intervenant 200:13:06

Répondre aux jeunes par de nouvelles dépenses et donc du déficit, c'est donner d'une main ce qu'on leur reprendra de l'autre quand ils devront payer l'addition.

Intervenant 400:13:13

Le coût de la vie s'impose en tout cas chaque semaine un peu plus, comme le thème central de la campagne présidentielle : appel musclé à gauche à mettre à contribution les plus grandes fortunes.

Intervenant 300:13:23

Si vous voulez qu'on aille chercher de l'argent, on va aller en trouver. Moi, je vais aller prendre Emmanuel Macron à l'Élysée par les pieds, je vais le secouer, et puis vous allez voir que l'argent, il va tomber. Nous sommes le deuxième pays au monde à distribuer le plus de dividendes après les États-Unis.

Intervenant 400:13:37

À droite, Bruno Retailleau ressuscite, lui, le « travailler plus pour gagner plus ».

Intervenant 1000:13:42

L'angoisse sociale, la colère, je les comprends, bien sûr. Je dis simplement qu'aujourd'hui, il y a plus de sous dans les caisses et qu'il y a une élection présidentielle, et qu'il faut que chacun mette sur la table des propositions. Moi, j'en ai mis sur la table. Par exemple, deux mois de salaire en travaillant 30 minutes de plus par jour, ça n'est pas rien.

Intervenant 400:14:00

Ce soir, le Premier ministre annonce réunir syndicats et patronats à Matignon lundi prochain pour une conférence sociale sur le pouvoir d'achat et les salaires.

Caroline Roux00:14:10

Alors, on disait depuis le début de cette émission : c'est une mobilisation réussie. Il y a eu du monde dans la rue. Il n'y a pas eu de casse. Encore une fois, à ce stade, il est presque 18 h, c'est ça ? 17 h 58. Est-ce que le gouvernement va entendre cette mobilisation-là ? C'est ça, le sujet aujourd'hui pour Sébastien Lecornu. Les syndicats font leur job et manifestent comme ils l'ont fait aujourd'hui.

Intervenant 300:14:34

Alors, d'abord, il y a eu une préparation en amont des deux côtés. Le ministre du Travail est en contact avec les syndicats, le cabinet de Matignon aussi. Donc là, pour le coup, il y a eu une préparation, j'allais dire, comme l'a dit tout à l'heure Martial, de manière assez classique, on revient un peu à ce qu'était le dialogue social. Il faut quand même expliquer aussi à nos téléspectateurs que depuis 10 ans, c'est quand même quelque chose qui a été oublié, puisqu'Emmanuel Macron s'était assis sur les corps intermédiaires, et donc le modèle classique de la discussion, de la conférence sociale, c'était quelque chose dont il ne voulait pas entendre parler. Là, il y aura une conférence sociale lundi.

C'est l'annonce qu'a faite Sébastien Lecornu sans attendre la fin des manifestations.

Caroline Roux00:15:11

Qu'est-ce que ça veut dire pour les gens qui nous regardent ? Parce qu'on a l'impression que des conférences sociales, il y en a très régulièrement et qu'il ne se passe pas grand-chose.

Intervenant 300:15:15

D'abord, il n'y en a pas eu tant que ça pendant 10 ans. Là, il y en a une. En fin de mandat, effectivement, on peut se demander à quoi ça sert. Ça permet de mettre trois sujets sur la table au minimum. Premier sujet, le SMIC. Deuxième sujet, les négociations par branche, c'est-à-dire par branche professionnelle. Vous savez qu'aujourd'hui, il y a un certain nombre de branches où les gens, le salaire minimum n'est même pas au SMIC. Donc ça, c'est une discussion. Puis troisième point, globalement, c'est ce qu'on appelle, alors peut-être que certains téléspectateurs connaissent ça, ce qu'on appelle les négociations annuelles obligatoires, les fameux NAO, qui permettent peut-être au gouvernement, non pas de pouvoir peser sur le salaire que versent les patrons dans le privé, mais de discuter comment on peut défiscaliser, désocialiser des primes, des choses comme ça.

C'est ce qu'a fait Emmanuel Macron, notamment en 2018, lorsqu'il a essayé de sortir des gilets jaunes. Ils vont mettre ça sur la table. Après, le gros problème du gouvernement, c'est qu'il n'a pas beaucoup d'argent, parce que dans la cinquième, quand il y a une grosse crise sociale.

Caroline Roux00:16:08

On sort le chéquier.

Intervenant 300:16:09

On sort le chéquier. Le général de Gaulle, en 68, il augmente les salaires de base de 35 %. Ça aide. Emmanuel Macron, quand il veut sortir des gilets jaunes, il fait un chèque de 17 milliards en décembre 2018. Là, ils ne pourront pas. Donc, il faut calibrer des pistes, des propositions qui permettent aux syndicats de retourner vers leur base en disant : « On a obtenu ça. Est-ce que ça calme jusqu'aux élections ? » Puis après, c'est aux candidats présidentiels de prendre le débat.

Caroline Roux00:16:37

Martial, sur la réponse que peut apporter le gouvernement, on rappelle juste que la CFDT demande 100 euros net d'augmentation du SMIC, notamment.

Intervenant 200:16:43

Oui, ce qui correspond en gros, pour donner un ordre d'idée à ceux qui nous regardent, au double de ce que devrait être l'augmentation naturelle du SMIC. Le SMIC, vous savez, suit l'inflation. L'inflation aujourd'hui, elle est à 3,4 %. Ça veut dire qu'en gros, si vous faites plus 3,4 % sur le SMIC aujourd'hui, vous avez 50 euros de plus par mois net. Donc, 100, c'est le double. Mais c'est très important, ce que disait Bruno, c'est la théâtralité dans les relations sociales. Et ce n'est pas juste du spectacle, ce n'est pas la commedia dell'arte. C'est-à-dire qu'il y a une règle évidente dans la relation sociale, c'est ne jamais insulter l'avenir et son adversaire.

Et là, ce qu'on a vécu aujourd'hui, c'est ça. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on va pouvoir asseoir autour de la table des gens qui, côté syndicats, savent qu'en face, il n'y a pas beaucoup d'argent, et du côté du pouvoir en place, savent qu'il faut que les syndicats puissent retourner voir leur base en disant : « On a quand même obtenu et le dialogue social et une écoute de la part de l'exécutif. » Voilà où on en est. Parce qu'effectivement, sinon, il n'y a pas beaucoup d'argent dans les caisses, on le sait. Et surtout, on est dans une situation économique très compliquée, ce qu'on appelle la stagflation.

Le mot est caché jusqu'à maintenant, mais ça fait très peur, c'est le pire des scénarios. La stagflation, c'est une économie à plat, ce qui est le cas, on n'a pas de croissance depuis le début de l'année, et une inflation, c'est-à-dire des prix qui montent. C'est exactement le scénario dans lequel on est. Et donc, quand vous avez ça, vous n'avez aucune marge de manœuvre, ni du côté des entreprises, ni du côté du pouvoir. Donc, il va falloir trouver, effectivement, un dialogue et des gages au moins de respect des uns vis-à-vis des autres pour pouvoir avancer un tout petit peu jusqu'à la présidentielle.

Caroline Roux00:18:15

Cette augmentation du SMIC, ce coup de pouce au SMIC est contesté par certaines oppositions. Marine Le Pen dit qu'elle refuse d'obliger les entreprises de faire une augmentation du SMIC de manière autoritaire. Cela reviendrait à changer de régime. Et en entrée dans l'URSS, voilà ce qu'elle dit. Édouard Philippe y est opposé, tout comme Bruno Retailleau, qui considère que ça n'est pas la bonne réponse à apporter. Il y avait cette question qui nous était posée. Ça fait plus de deux mois que la contestation sociale a commencé. Le gouvernement a-t-il entendu que la rue était en colère ?

Intervenant 800:18:43

Je pense que c'est arrivé jusqu'à leurs oreilles. Néanmoins, il faut bien reconnaître qu'ils sont absolument privés de marge de manœuvre et que, par ailleurs, le spectacle qui se joue, le spectacle désolant qui se joue actuellement du côté de l'Assemblée nationale, on en dira sans doute un mot, ne permet pas d'inscrire la moindre ligne de crédit dans le budget. Donc là, il y a une tentative de faire, avec cette conférence convoquée lundi, de faire rentrer dans la pièce, en plus des syndicats, les organisations patronales, parce que tout ce petit monde, en fait, discutait par tribune interposée.

Donc, vous aviez le matin Sophie Binet et Marylise Léon qui allaient accuser le patronat de procéder à une forme de chantage.

Caroline Roux00:19:24

La CGT et la CFDT.

Intervenant 800:19:25

Et absolument, CGT et CFDT qui accusaient le patronat d'être dans une forme de chantage et d'être dans ce mythe du ruissellement qui ne vient jamais depuis 10 ans, etc. On connaît la rhétorique par cœur. Et de l'autre, des patrons qui, notamment dans une tribune dans Les Échos ce matin, disent que chaque euro qui sera versé en plus de cotisation, c'est des euros qui ne pourront pas se retrouver sur la fiche de paie de leurs salariés. Parce que ces patrons ont bien conscience que dans le budget, dans la copie, en tout cas telle qu'elle a été présentée, il y a des gels considérables sur les baisses de cotisations qui leur étaient octroyées, et que donc, ils ont fait leur calcul : par salarié et par an, ça serait 550 euros de plus.

Donc, ces patrons, ils disent : « Nous, on ne peut plus. On ne peut plus. » Donc, au moins, en prenant à témoin tout le monde, en faisant effectivement rentrer de nouveau tout le monde dans la pièce, le gouvernement se donne les moyens d'avancer.

Caroline Roux00:20:13

Vous voulez ajouter quelque chose ?

Intervenant 800:20:14

Oui, je voulais ajouter. Vous parliez de cette colère de la rue. La colère de la rue, elle est composée effectivement de ces gens qui souffrent du pouvoir d'achat, de la vie chère, et les syndicats et les patrons et le gouvernement vont certainement se réunir pour discuter de cela. Mais dans cette rue, dans ces manifestations, il y a une autre colère aussi qui est beaucoup plus difficile à cerner. C'est la colère psychologique, c'est-à-dire l'incertitude face à l'avenir, l'incertitude face à notre société qui est une société violente, assez brutale, l'incertitude face à ce que le gouvernement et les syndicats ne peuvent rien y faire.

C'est la situation internationale, l'explosion du prix du carburant. Ça n'est pas de la faute ni des syndicats, ni du gouvernement, ni des partis. Donc, cette colère-là et cette incertitude et cette grande angoisse qui existe aujourd'hui dans la société française, eh bien, il va falloir la transformer, la transformer peut-être en un message, peut-être en une ligne directrice. Est-ce que les élections ne sont pas faites pour cela ?

Caroline Roux00:21:10

Logiquement, oui.

Intervenant 800:21:11

Et logiquement, oui. Et pour le moment, ce qui est très inquiétant, et quand on interviewe effectivement les gens dans la rue et dans les manifestations, c'est qu'ils ont l'impression qu'aucun candidat n'incarne cet espoir pour une vie meilleure et une vie plus sûre.

Caroline Roux00:21:26

Et je voudrais rebondir sur ce que vous disiez à l'instant. On a bien compris que la chorégraphie entre les syndicats et le gouvernement est assez calibrée. Il y a, il reste, dans la mobilisation des lycéens et la mobilisation des gilets jaunes, cette colère sur l'avenir et sur les conditions de la vie aujourd'hui et l'absence de perspectives pour la jeunesse. Je voudrais que vous regardiez ce qui se passe en ce moment sur TikTok. Ça s'appelle une trend, une mode. Ils font, ces jeunes, vous allez le voir, une sorte de concours pour savoir celui qui allumera le chauffage le plus tard.

Regardez.

Intervenant 1100:22:02

Roh, mais le chauffage, c'est trop cher aujourd'hui. Il fait 16 degrés chez moi, OK ? 16 degrés. Et voilà comment je suis habillée. Et c'est mort, je ne le mets pas avant début décembre. Non, mais en fait, non, on ne peut pas allumer le chauffage dans cette France. Bref, est-ce que vous avez déjà allumé votre chauffage ? Si non, vous comptez l'allumer quand ? Bref, je n'allumerai pas. S'il faut, je rajouterai un troisième plaid sur moi.

Caroline Roux00:22:20

Voilà. Donc, en fait, il y a toutes les négociations sur le SMIC, etc. Et puis il y a ça. Et puis il y a des jeunes qui disent : « En fait, on fait un concours parce qu'on ne peut pas allumer le chauffage, parce qu'on préfère avoir froid. On n'a pas tellement le choix jusqu'au mois de décembre. »

Intervenant 200:22:33

C'est vrai qu'à chaque fois qu'il y a des jeunes dans la rue, on vit dans la fantasmagorie de mai 68, etc. Ça n'a rien à voir avec cette époque-là. C'est-à-dire que tout à l'heure, on s'interrogeait pour savoir est-ce qu'il peut y avoir une convergence des luttes. En vérité, les lycéens qui sont dans la rue sont les fils des gilets jaunes et les filles des gilets jaunes. C'est-à-dire qu'il y a, en 1968, vous aviez des jeunes plutôt bien nés qui voulaient quitter le monde d'avant, celui de la France gaullienne. Aujourd'hui, vous avez des jeunes qui galèrent et qui ont peur d'entrer dans le monde d'après.

C'est complètement différent comme approche. C'est-à-dire que là, on est non seulement face à des perspectives des classes moyennes, moi je les appelle les dindons, parce que c'est le sentiment qu'ils ont.

Caroline Roux00:23:15

Qu'est-ce qu'ils veulent qu'ils vivent ?

Intervenant 200:23:16

De se faire avoir depuis 40 ans, mais qui regardent la situation et qui, à l'inverse des années 70, 80, pouvaient espérer avoir une situation meilleure pour leurs enfants que la leur, parce qu'ils avaient cette idée d'une croissance pour tout le monde et qui, aujourd'hui, n'est plus là. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, c'est cette angoisse de l'avenir aussi qu'on évoquait, qui fait très, très peur et qui peut faire aussi coaliser des inquiétudes, parce qu'on est au-delà des revendications habituelles sociales. Et ça, ce qu'on voit, c'est ça que ça traduit. Vous avez leurs parents qui s'inquiètent quand ils sont chauffés au fioul du coût de ce que va représenter le fait de mettre le fioul dans la cuve pour cet hiver, parce que c'est 1 500 euros de plus qu'il y a un an, un plein de cuves de fioul cette année.

Donc, évidemment que ça crée des angoisses.

Caroline Roux00:23:58

Et ça, c'est difficile d'y répondre quand on est à la place de Sébastien Lecornu.

Intervenant 200:24:01

Exactement. Et quand vous êtes Premier ministre ou Président, vous ne pouvez pas répondre à ça.

Caroline Roux00:24:04

En tout cas, son budget, on va en reparler dans un instant, mais juste, je voudrais vous parler des classes moyennes, je voudrais vous parler des cadres avec cette enquête qui a été publiée aujourd'hui par l'Association pour l'emploi des cadres. La baisse des salaires des cadres de 1,8 %, c'est une première depuis 2010. C'est ça aussi dont il est question dans cette humeur générale du pays ?

Intervenant 200:24:25

Oui, bien sûr. On touche les limites d'un modèle français qui est en train de reculer. La France aujourd'hui, globalement, en Europe, a reculé de pas mal de places. C'est un modèle social qui coûte très cher, qui est financé à crédit. Et longtemps, la France, finalement, ce qu'on expliquait tout à l'heure, c'est que les crises sociales, finalement, on les réglait à coups d'argent public. Et aujourd'hui, on arrive à un moment où on ne peut plus les régler à coups d'argent public. On ne peut les régler qu'à partir de deux façons. Soit on est dans un modèle où on essaie encore, c'est le modèle que propose Jean-Luc Mélenchon, de mettre tout ça par terre et finalement continuer avec de l'argent public dont on ne sait pas où il va le trouver.

Et puis un modèle qui consiste plutôt, alors je ne parle pas de celui d'IRN, mais du modèle qu'Emmanuel Macron a échoué, mais que d'autres veulent essayer de reprendre, qui est plus travailler, repousser l'âge de départ à la retraite, faire en sorte de créer de la croissance, tenter plus pour pouvoir redonner des marges de manœuvre à un pays qui n'en a plus. Parce que là, ce qui est très important, c'est que la conférence sociale de lundi, et Martial dit quelque chose d'important, c'est que dans le social, on ne trahit pas la parole. En politique, on peut, ils mentent. Des choses comme ça, les Français sont habitués.

Caroline Roux00:25:33

C'est vous qui le dites ?

Intervenant 200:25:34

Mais bien sûr. Ils racontent actuellement, vous avez un candidat sur deux qui raconte n'importe quoi sur les retraites. J'allais dire, les Français le savent. Les Français, ils ne sont pas idiots. Ils savent bien qu'on ne va pas pouvoir continuer à avoir la retraite à 60 ans ou 62 ans. Pour ceux qui n'ont pas des métiers pénibles, je le dis tout de suite, mais pour les autres, évidemment, il va falloir travailler plus, puisque de toute façon, il n'y a aucun autre pays au monde où ça existe. Mais ce n'est pas grave, c'est la politique, les Français le savent, ils font avec. En social, les syndicats et les ministres, ils ne peuvent pas mentir. Parce que là, c'est sonnant et trébuchant ce que va engager le Premier ministre ou le ministre du Travail et ce que vont entendre les syndicats.

Ils vont se retourner vers leur base et il faudra dire : « Ça et ça, le SMIC, ce sera ça. Éventuellement, les NAO, ce sera ça, les par branche, la prime carburant, éventuellement la prime RSA, parce que ça aussi, c'est à la main du gouvernement. Est-ce qu'il y en aurait une, la prime de Noël ? Vous savez, la fameuse prime de Noël. C'est 400 millions au passage, s'ils la font. Mais on ne peut pas mentir là. Donc, lundi, c'est la vérité des prix.

Caroline Roux00:26:29

C'est étonnant que ça se passe maintenant, non ?

Intervenant 200:26:31

Ce qui est étonnant, c'est que ça se passe maintenant, à moins de six mois d'une présidentielle, alors que ça, ça aurait dû avoir lieu au printemps ou je ne sais pas quand. Et c'est ça que paye le gouvernement aujourd'hui. Et c'est ça que paye peut-être le pouvoir macroniste depuis des années, parce qu'il y a eu des crises, il a reporté à plus tard, il a cru qu'il pouvait faire sans. En 2018, avec les gilets jaunes, il a cru qu'un chèque suffirait. Et ils ont lâché.

Intervenant 800:26:53

Et puis c'est notre modèle social. Juste, c'est notre modèle social aussi, quand on parle des cadres. C'est-à-dire que les cadres, il y a encore trois, quatre ans, ils étaient en plein emploi, ce qui est toujours un peu le cas d'ailleurs. Ils n'ont pas de difficulté majeure à trouver du travail, même si le marché se retourne un tout petit peu. Et surtout, on a perdu le statut cadre. Moi, mon père, il est devenu cadre. Quand il est rentré à la maison le soir, il a dit : « Je suis cadre. Ce n'est pas tellement plus d'argent, mais c'est mieux pour la retraite. » Il y avait un statut cadre il y a 40 ans. Il existe beaucoup moins aujourd'hui. Vous sortez d'école de commerce, vous entrez votre premier job, vous êtes cadre.

Pourquoi ? Parce qu'on va pouvoir vous faire travailler sans avoir à besoin de respecter les 35 heures. Donc, vous voyez, mais c'est le côté pervers de notre modèle social aussi.

Caroline Roux00:27:32

On parlait des programmes des uns et des autres dans ce moment de tension sociale. On a bien vu que dans les enquêtes d'opinion, en tout cas, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon semblaient profiter plutôt de ce moment politique et social. Il s'est passé quelque chose cet après-midi dans les cortèges. Une question de René : « Que comprendre de l'accueil qui a été réservé à Raphaël Glucksmann dans le cortège des manifestants ? » On peut peut-être raconter ce qui s'est passé.

Intervenant 200:27:55

Raphaël Glucksmann a été viré, exfiltré après un peu plus d'une heure passée dans le cortège des manifestations. On sait que ces dernières semaines, il s'était tenu à l'écart des manifestations, précisément parce qu'il est devenu, Raphaël Glucksmann, probablement à cause de son positionnement anti-la France insoumise, la bête noire de toute une partie de l'extrême gauche. Et il est vrai qu'il ne peut plus faire 100 mètres sans être interpellé, parfois plus, par des militants qui viennent lui dire, alors qu'il appartiendrait tantôt à la fausse gauche, tantôt que ce serait un traître.

Mais c'est plus que ça, parce que la sociale trahison, la sociale traîtrise à gauche, c'est un leitmotiv. C'est très ancien. Mais là, la tonalité nouvelle qui s'exprime notamment depuis le 1er mai 2024, où Raphaël Glucksmann avait été de nouveau viré des cortèges à Saint-Étienne, c'est qu'il est chassé au cri de sioniste. C'est le positionnement de Raphaël Glucksmann sur ce qui se passe à Gaza, le conflit à Gaza et son refus précisément de, notamment, prononcer le mot de génocide, qui lui vaut véritablement d'être voué aux gémonies par toute une partie de la gauche.

Caroline Roux00:29:04

Ça peut générer.

Intervenant 200:29:05

Donc, ça dit, pour répondre à la question simplement de, je crois, René, c'est ça ?

Caroline Roux00:29:08

Oui.

Intervenant 200:29:09

Ça dit simplement la progression du sectarisme dans une partie de la gauche qui ne supporte pas qu'il y ait des nuances et précisément les fossés de ce que Manuel Valls appelait les gauches irréconciliables, semble-t-il, se sont creusés au point qu'il n'est même plus possible de défiler dans une manifestation parisienne.

Caroline Roux00:29:25

Ça veut dire que cette partie-là de la gauche, que le bloc central, n'est pas audible par ce mouvement social qui s'est installé et qui, on l'a vu aujourd'hui, mobilise 800 000, 600 000 personnes selon Beauvau et 1,6 million selon la CGT. Ils ne sont pas audibles par ce qui est en train de se passer ?

Intervenant 200:29:45

Une grande partie des gens qui sont dans la rue, oui. Les représentants des syndicats considèrent que Jean-Pierre Farandou, le ministre actuel du Travail et des Affaires sociales, est un bon interlocuteur. Il l'estime crédible. Il faut rappeler à nos téléspectateurs que c'est l'ancien patron de la SNCF, qui a plutôt pratiqué le dialogue social et réussi même le dialogue social dans son entreprise. Il a même une relation relativement apaisée avec la CGT, dont on sait aujourd'hui qu'elle est un opposant farouche au gouvernement. Mais globalement, c'est un interlocuteur accepté.

Ça ne veut pas dire que les gens de la rue considèrent que, de toute façon, le résultat est attendu. Ce sera insuffisant ce qui sera sur la table. C'est une évidence de le dire. Mais encore une fois, déjà d'être autour de la table, de discuter de choses, c'est déjà ça. Ce qui est presque trop tard, trop peu, mais dans une France au bord de la ruine, ce n'est peut-être pas si mal.

Caroline Roux00:30:43

On va parler dans un instant du budget. La question que se posent sans doute les gens qui vous regardent ce soir, c'est : est-ce que ça va durer et qu'est-ce qui peut se passer après cette journée que vous avez commentée les uns les autres ? En tout cas, aujourd'hui, ce sont les syndicats, et on l'a bien compris, qui ont fait entendre leur voix, alors que la colère a depuis des semaines le visage des lycéens. Françoise et Alain sont, eux, dans les manifestations, dans les cortèges depuis des années, des syndicalistes qui ont vu émerger des revendications multiples où chacun vient aussi avec son slogan, avec sa colère. Anne Maquignon, Léo Seux, Marion Deauvauchelle et Dominique Lemarchand les ont rencontrés.

Intervenant 300:31:20

Descendre dans la rue pour crier sa colère, manifester pour défendre ses droits, une histoire française, presque une tradition. Pour en parler, nous sommes allés voir deux syndicalistes. Françoise Larreur et Alain Barrot militent depuis plus de 40 ans. Elle à la CFDT, lui chez Force Ouvrière, acteur et témoin de l'évolution des mouvements sociaux.

Intervenant 400:31:51

Les cortèges, de par le passé, étaient festifs, étaient responsables. On se souvient d'une époque où, en fait, les manifestations étaient encadrées par deux, trois, quatre membres de la police nationale en scooter. Et il n'y avait aucun débordement, aucune difficulté.

Intervenant 500:32:11

Aujourd'hui, je pense que c'est plus difficile de se faire entendre. Et je pense que les organisations syndicales, les corps intermédiaires, font partie de ceux qui peuvent encore mobiliser les personnes.

Intervenant 300:32:26

Tous les deux racontent avoir vu le dialogue social s'effriter, notamment depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron.

Intervenant 500:32:34

Je pense qu'il y a eu un froid à un moment donné, au démarrage d'il y a dix ans. Il y a eu une certaine forme de mépris, effectivement, parce que je pense que le président a voulu aller vite et qu'il n'a pas forcément compris tous les tenants et aboutissants du dialogue social.

Intervenant 400:32:54

Il y a une volonté d'écarter les organisations syndicales de salariés. Nous avions hier des représentants de l'État via les préfets qui nous recevaient régulièrement sur analyser le tissu économique et social, analyser les évolutions et autres.

Intervenant 300:33:13

En 50 ans, les syndicats ont perdu en influence, moins d'adhérents, moins de confiance. 64 % des Français les jugent inefficaces au niveau national. Aujourd'hui, les cortèges sont fragmentés avec la naissance de collectifs indépendants comme les gilets jaunes, une façon différente de se mobiliser.

Intervenant 400:33:32

Nous, c'était nos banderoles, nos drapeaux. Alors aujourd'hui, il faut être customisé. Et ce qui est intéressant, c'est justement l'expression populaire de ces dernières manifestations. C'est : les personnes viennent individuellement. Dans le cas d'une manifestation collective, elles ont préparé en amont leurs pancartes avec ce qui, pour eux, est essentiel. Et donc, ça donne une myriade d'expressions revendicatives. Et c'est donc à l'image de la société.

Intervenant 300:34:02

Des revendications multiples, souvent impossibles à satisfaire entièrement. Pour les syndicats, difficile de convaincre de la nécessité d'un compromis.

Intervenant 500:34:11

Il y a des revendications qui sont légitimes, elles sont toutes légitimes. Et en face, on est dans une situation économique aujourd'hui qui ne permet pas d'avoir toutes les réponses tout de suite. Ce n'est pas possible. Et qu'il y a sans doute un certain nombre de réformes qu'il faut entamer, qu'il va falloir entamer, qui ne feront sans doute pas plaisir à tout le monde, mais qui vont permettre l'avenir.

Intervenant 300:34:38

Parmi les manifestants, le sentiment grandit sans que battre le pavé ne sert plus à rien. Illustration en 2023, manifestation contre la réforme des retraites, plus d'un million de personnes dans les rues, mais le gouvernement ne lâche rien.

Intervenant 400:34:54

On peut, bien sûr, penser que ça aggrave une forme de radicalité comportementale dans le verbe et en termes de violence. Il y a une idée qui laisse à penser qu'il faudrait casser pour obtenir. Oui, à force que les gouvernements successifs n'entendent pas, que les entreprises n'entendent pas, ça attise certains comportements en réaction tout à fait légitime au plan humain.

Intervenant 300:35:21

Les deux syndicalistes ont manifesté aujourd'hui, convaincus qu'un sursaut massif est possible. Pour eux, seule la force du nombre pourra peut-être faire réagir le gouvernement.

Caroline Roux00:35:33

Il était intéressant, ce témoignage.

Intervenant 200:35:34

Très intéressant. Très intéressant parce qu'à la fois, ces deux personnes qui ont quasiment 40 ans de contestation sociale.

Intervenant 400:35:42

C'est les représentants de syndicats constructifs. La CGT aussi, ils sont constructifs d'une certaine manière, même s'ils sont plus radicaux. Mais on voit que c'est un peu un monde qui existe de moins en moins et qui, quand même, je le redis, a été balayé peut-être par cette vision qu'avait Emmanuel Macron en arrivant au pouvoir de se passer, au fond, des partenaires sociaux, le point d'orgue ayant été... Alors, il n'avait pas caché qu'il voulait une réforme des retraites, et ça, on ne pourra jamais le lui reprocher. Mais en même temps, il n'a pas réussi à aboutir avec les syndicats, et ça a été un échec.

Et c'est vrai qu'arriver à une conférence sociale, le couteau sous la gorge, au mois de novembre, 160 jours avant un premier tour de la présidentielle, alors ça a été dit ici plein de fois, c'est du jamais vu, ça ne devrait pas se passer. Au mieux, elle aurait dû avoir lieu en septembre, lorsque les syndicats ont manifesté. Sans doute étaient-ils moins nombreux, il n'y avait pas encore eu les lycéens, mais au mieux, ça aurait dû être à ce moment-là.

Intervenant 600:36:38

Et je pense que ce qu'ils disent, les deux témoignages qu'on vient de voir, c'est à peu près ce que doivent penser ceux qui nous regardent ce soir. C'est-à-dire qu'ils sont tout à fait réalistes. Ils disent : « On a des revendications légitimes d'un côté et on a un pouvoir en face qui n'a pas des masses de marge de manœuvre. » Donc, il faut bien discuter, parce qu'il n'y a pas tant de possibilités de sortie de crise que ça.

Caroline Roux00:36:57

La question qui est posée maintenant, c'est : est-ce que tout ce qu'on s'est dit là, c'est-à-dire la conférence sociale, cette mobilisation à la fois massive mais qui s'est mieux déroulée, est-ce que ça suffit à faire en sorte que le mouvement s'éteigne petit à petit et qu'on passe à un débat politique avant la présidentielle ?

Intervenant 700:37:15

Moi, j'ai l'impression que la limite de l'exercice, quand on voit ce qui se dit dans ces manifestations et quand on voit les manifestations partout ailleurs en Europe, ça n'est pas qu'en France, on voit bien que les syndicats, il va y avoir cette conférence sociale, chacun va se mettre autour de la table et va discuter et va donner ses points de vue et le bras de fer va commencer. Mais le bras de fer, il va commencer, vous parliez de notre système social, autour de notre système social, mais les revendications aujourd'hui, elles dépassent complètement notre système social, finalement. Comme je le disais tout à l'heure, elles sont sur d'autres critères.

L'environnement, où est-ce qu'on va parler d'environnement ? Le logement ? Mais pardon, mais ce n'est pas...

Caroline Roux00:37:51

On en parlait tout à l'heure avec Christophe Robert.

Intervenant 700:37:53

C'est un élément passionnant. On voyait à quel point le logement est un handicap pour tous les foyers aujourd'hui en France.

Caroline Roux00:37:59

Et en Europe.

Intervenant 700:38:00

Et regardez, en Europe, les manifestations en Espagne sont sur le logement. Donc, en fait, on est aujourd'hui dans une économie globale et ces manifestations, selon moi, sont des manifestations contre cette économie globale, plus que contre notre système social aujourd'hui qui est tellement remis en cause. Mais je ne suis pas sûre que ce soit la principale revendication, finalement.

Caroline Roux00:38:22

Antoine Hambertov, ce que dit Audrey Goutard est intéressant peut-être à analyser et à poursuivre. C'est vrai que quand on dézoome un peu, on se rend compte qu'en Espagne, en Belgique, en Italie, en Suisse aussi, il y a eu des mobilisations qui sont des revendications de la jeunesse, mais pas seulement, et avec, effectivement, le logement, la vie chère, etc.

Intervenant 600:38:42

C'est vrai. Quand on se compare, on se console et en même temps, ça a des limites. C'est-à-dire que, par exemple, en Espagne, Pedro Sanchez, qui est un modèle à bien des égards pour une partie de la gauche, notamment social-démocrate française, qui aimerait renaître de ses cendres, sauf erreur de ma part, de l'autre côté des Pyrénées, la retraite est toujours à 67 ans. Et il y a des réformes très courageuses qui ont été entreprises par l'Espagne, notamment après la crise qu'ils ont connue en 2012-2013. Le logement était chez eux une problématique considérable qui a conduit à ce que des familles espagnoles entières se regroupent parfois sous le même toit pour deux, trois générations.

Donc, c'est ça qui, demain, nous attend si l'élection présidentielle ne remplit pas la fonction qui est la sienne, à savoir celle d'une catharsis. Parce que quand vous disiez : « Est-ce qu'il y a une possibilité, au fond, que ces mobilisations, ces tiroles, qu'on les mette sous l'été noir d'une certaine manière ? » Je crois que ce n'est même pas souhaitable, parce que les frustrations qui, aujourd'hui, ne trouveraient pas un débouché ne feront que nous revenir en boomerang au moment de l'élection présidentielle, avec des options très tranchées et très radicales qui sont celles de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen.

Mais ce seront sans doute les options plébiscitées si les frustrations actuelles ne sont pas traitées. Les propos de Marine Le Pen aujourd'hui au salon Euronaval sont très intéressants, d'une part, parce que dans une tentative aussi de conciliation avec les milieux d'affaires et le patronat, elle dit qu'une augmentation brutale des salaires et le choc que ça constituerait en matière de coûts du travail entraînerait mécaniquement une destruction des emplois. Marine Le Pen, en allant sur ce terrain-là, attention quand même à ce qu'à un moment donné, ça ne finisse pas par déconcerter sa base populaire aussi.

Et avec Jean-Luc Mélenchon, en revanche, les choses sont beaucoup plus simples, parce que vous avez une échelle mobile des salaires, parce que vous passez le SMIC à 1 600 euros d'un claquement de doigts et parce qu'en bout de course, vous annulez la dette.

Caroline Roux00:40:34

Donc, au fond, il est très difficile, à l'heure où nous sommes, de faire de la météo sociale, non, mais de dire : « Est-ce que ça peut continuer ? Est-ce que les lycéens vont dire : « Très bien, les syndicats, vous avez fait votre affaire avec le gouvernement, mais nous, nos revendications sont ailleurs ? » Idem pour les gilets jaunes, dont on voit bien que les passerelles sont quand même très difficiles à trouver avec les syndicats. Est-ce que cette mobilisation d'aujourd'hui veut dire qu'on est à la fin de quelque chose ? Quelle lecture vous en faites, Martialiau ?

Intervenant 600:41:04

Non, c'est-à-dire qu'il y a deux... C'est multicouche, ce qui est en train de se passer. C'est-à-dire qu'à la fois, il y a effectivement une colère, une angoisse existentielle qu'on retrouve partout. C'est celle du climat, c'est celle d'un modèle social global de capitalisme qui est peut-être à bout de souffle, en tout cas qui ne redistribue plus tel qu'on pouvait l'imaginer pendant les 50 dernières années. Donc, vous allez retrouver ça dans tous les pays. Et effectivement, en Espagne, ça se traduit par le problème le plus frappant qui est le logement. Vous allez avoir d'autres problèmes en Belgique, d'autres en Allemagne.

À chaque fois, ça met le doigt, et c'est là la deuxième couche dont je parlais, ou la deuxième lame, comme on veut, c'est sur le doigt spécifique national. Nous, c'est un problème d'ordre social, de pouvoir d'achat, parce qu'effectivement, on est sans doute un des derniers pays occidentaux à ne pas avoir fait les réformes de fond que les autres ont faites, c'est-à-dire les retraites, le marché du travail, etc. Tout ça a été fait en Allemagne, en Italie, en Grèce, en Espagne ou au Portugal. Nous, on ne l'a pas fait, donc on a ça devant nous. Eux, ils l'ont derrière.

Caroline Roux00:42:03

Et ça, les Français le comprennent, ils le savent.

Intervenant 600:42:05

Et donc, ce que je veux dire par là, c'est que c'est difficile de savoir comment ce mouvement social va évoluer, parce qu'on va répondre ponctuellement, sans doute, à la mousse de la grogne sociale actuelle, mais on ne va pas pouvoir, là, dans les trois prochains jours ou dans les trois prochains mois, répondre à ce qui est, au fond, le vrai problème existentiel de tout le monde en ce moment.

Caroline Roux00:42:26

Et qui sera peut-être tranché au moment de la présidentielle.

Intervenant 600:42:29

En tout cas, ça doit être un enjeu.

Caroline Roux00:42:30

C'est ça, ça peut être un enjeu. En tout cas, dans ce climat de tension, le gouvernement bataille avec un projet de budget qui tourne au supplice. Les mesures d'économie ont été supprimées lors des dix jours de débat dans un hémicycle souvent vide. Hier soir, c'est à l'unanimité que les députés ont rejeté le volet recettes du projet de finances du jamais vu. Magali Lacroze et Christophe Roquet.

Intervenant 300:42:55

23 h 15 hier soir, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

Intervenant 800:43:01

Pour 0 contre 458, l'Assemblée n'a pas à voter.

Intervenant 300:43:06

Pas une seule voix pour. La partie recettes du projet de loi de finances du gouvernement, largement amendé par les députés, est donc rejeté à l'unanimité. Historique.

Intervenant 900:43:16

Nous avons donc quelques semaines pour dessiner un compromis indispensable. Pas davantage. Le pays a besoin d'un budget avant la fin de l'année et les prochaines semaines seront décisives pour la France. On ne peut pas être tellement hypnotisé par l'élection présidentielle qu'on ne verrait pas le sol qui se dérobe sous nos pieds.

Intervenant 300:43:35

Un nouveau revers pour l'exécutif, que c'est empressé de souligner la candidate RN à l'élection présidentielle.

Intervenant 1000:43:43

Manuel Macron, il aura vraiment enregistré tous les records, y compris le record de voir un budget rejeté sans une seule voix pour, quand même. Même pas ses propres députés. Je vais me permettre que c'est quand même une fin de règne qui est un peu pathétique.

Intervenant 300:43:59

Que s'est-il passé ces trois dernières semaines à l'Assemblée ? Les débats sur le budget 2027 n'ont pas vraiment passionné les députés, largement absents en séance et comme résignés d'avance.

Caroline Roux00:44:11

Monsieur le ministre, je ne sais pas vers quoi nous nous dirigeons, mais je vous invite vraiment à maintenir cette mesure dans le texte final. Merci.

Intervenant 300:44:19

Depuis 2022, en l'absence de majorité, les gouvernements successifs ont fait adopter chaque budget par 49-3. Alors, certains parlementaires font part de leur lassitude à la presse sans dévoiler leur identité.

Intervenant 1100:44:34

Je suis incapable de m'investir sur un budget qu'on ne votera jamais. Pourquoi rester piégé pour rien alors que tu peux passer ton temps en circonscription auprès de tes électeurs ?

Intervenant 300:44:44

À six mois de l'élection présidentielle, le blues parlementaire s'installe et chacun fait voter des amendements qui serviront à son camp. À gauche, une taxe Zucman sur les multinationales. Au RN, un prêt immobilier à taux zéro pour les jeunes couples. Une Assemblée sans majorité où les alliances de circonstance sont dénoncées par les adversaires.

Intervenant 1200:45:08

Renforcer le rehaussement des tranches hautes du barème de l'impôt sur le revenu. Le RN n'en veut pas, les purs macronistes non plus. Soumettre à l'impôt sur le revenu les revenus logés dans les holdings. Le RN n'en veut pas, les macronistes non plus. Augmenter les contributions exceptionnelles et différentielles sur les ménages riches. Le RN n'en veut pas, les macronistes non plus.

Intervenant 600:45:28

Le tour que prennent les choses avec cette alliance qui se répète presque jour après jour entre la France insoumise, le Parti socialiste, les écologistes, le Rassemblement national, cette alliance de surenchères fiscales est en train d'asphyxier le pays.

Intervenant 300:45:43

Mais voilà, avant le vote, le rapporteur de la commission des finances lui-même estimait que le budget était déjà caduque.

Intervenant 1300:45:51

Le budget a été construit sur des hypothèses de 1 % de croissance en 2027. On ne les aura probablement pas. Sur un baril à 80 dollars, le baril, il sera probablement plus haut. Je crains que le budget soit, en tout cas, que les hypothèses sur lesquelles on est construit soient caduques. Donc, c'est pour ça qu'il faut...

Caroline Roux00:46:08

Il faut faire quoi ? Le gouvernement était trop optimiste ?

Intervenant 1300:46:11

Oui, probablement.

Intervenant 300:46:12

Et déjà, certains s'inquiètent.

Intervenant 1400:46:15

Si on n'a pas de budget, les marchés financiers qui regardent effectivement cette indiscipline française, parce que c'est de ça dont il s'agit, mettent une prime de risque sur la France. Et cette prime de risque, ça veut dire des taux d'intérêt beaucoup plus élevés. On le sait, aujourd'hui, on est pratiquement à 5 %.

Intervenant 300:46:28

Thierry Breton, comme la présidente de l'Assemblée nationale, incite le Premier ministre à utiliser le 49-3 plutôt que les ordonnances pour faire passer son budget en décembre.

Caroline Roux00:46:42

C'est dans ce contexte social qu'on se retrouve dans cette situation-là, avec un budget qui est rejeté à l'unanimité.

Intervenant 600:46:47

Oui, c'est vrai que là, je crois que je ne sais pas si ça s'est déjà produit. Je crois que non. L'année dernière, il y avait une seule voix pour. Elle a disparu entre-temps. Il faut dire que l'élu en question est devenu maire, donc il n'est plus député. Oui, c'est presque caricatural, ridicule. En même temps, ce n'est pas une surprise. On savait que le budget ne passerait pas en première lecture à l'Assemblée. Il va aller au Sénat, on va faire court, ça va tourner en rond et on va arriver au bout des 70 jours légaux de discussion budgétaire. Et à ce moment-là, le gouvernement a le choix entre passer en force, comme on dit, avec le 49-3, et il ne va probablement pas tenter ça, ou sinon, il passe par les ordonnances, qui permettent de faire adopter le budget initial au début de l'année, parce qu'il y a quand même un petit consensus parmi les candidats à la présidentielle, Marine Le Pen comprise, ce qui est quand même à signaler, ce n'est pas d'habitude, c'est que tout le monde, en gros, tout le monde veut que ce budget existe sans le voter.

Donc, les ordonnances, c'est le moyen d'avoir un budget, parce que.

Caroline Roux00:47:47

Ça arrange tout le monde.

Intervenant 600:47:47

Parce que si vous n'avez pas de budget en 2027, le prochain président ou la prochaine présidente, il va devoir faire un budget avant de préparer le budget de 2028. Et en gros, ces premières semaines, voire ces premiers mois, il ne fait que ça, sous la lumière des marchés qui vont regarder tout ça de très, très près, et donc dans une situation financière très tenable. Donc, ils ont plutôt intérêt à ce qu'il y ait un budget, parce que si vous voulez corriger le budget, il faut qu'il y en ait un.

Caroline Roux00:48:11

Donc, il faut qu'il y ait un budget. Est-ce que ce budget dont nous parlons prendra en compte ce que va devoir annoncer là le gouvernement pour répondre à cette colère sociale ?

Intervenant 600:48:22

Alors, techniquement, il peut tout à fait. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de choses qui vont être annoncées, qui seront faites par décret. Donc, ça, le SMIC, tout ça, c'est du décret. Ce qui relève, par exemple, de ce qui a été promis aux lycéens, notamment, il y a des choses, il faut que ça soit dans le budget. Donc, ça, on peut faire un texte à côté avec des ordonnances pour pouvoir le prendre en compte. Mais le plus important pour le gouvernement, c'est que le budget initial, c'est celui où il y a les économies, ce qui permet au marché d'avoir quand même les économies, parce que la France va devoir emprunter pour payer les salaires des fonctionnaires, pour payer les retraites.

Et si les créanciers ne vous prêtent pas, parce qu'il n'y a pas de budget, eh bien là, la France, elle sera vraiment dans la panade. Et c'est ça qui est important dans l'histoire. Pour dire, pour faire simple.

Caroline Roux00:49:05

Dans ce budget qui va être voté dans les circonstances un peu lunaires que vous venez de nous décrire, dans ce budget-là, il y a de quoi rassurer les marchés qui surveillent aussi la colère sociale en France ?

Intervenant 600:49:18

Non, c'est un marché dupe.

Caroline Roux00:49:19

Ah bon ?

Intervenant 600:49:20

C'est un marché dupe. C'est-à-dire que pour l'instant, on le voit d'ailleurs dans les commentaires que font les agences de notation depuis quelques semaines. Si vous lisez les petites lignes, comme dans les bons contrats d'assurance, vous apercevez qu'ils ne croient absolument pas au fait qu'on puisse faire les économies qu'on annonce. Ils annoncent un déficit qui augmente. La dernière agence, Fitch, annonce que le déficit ne va pas passer de 5,4 à 5, comme le promet le budget, mais de 5,4 à 5,5, donc ce qui sera une catastrophe. On sera les seuls en Europe à faire ça.

Et simplement, quand je dis que c'est un marché dupe, c'est qu'ils vont attendre effectivement la présidentielle pour voir ce que fera le nouvel élu ou la nouvelle élue. Parce que vous pouvez voter le budget tel qu'il est écrit aujourd'hui. Si vous avez quelqu'un en mai qui déclare que finalement, la retraite, on la met à 60 ans, vous foutez par terre tout ce qui a pu être mis en place pendant 4, 5 mois. Donc, en gros, pendant 4, 5 mois, il ne se passera rien. On aura juste un cadre légal pour pouvoir payer les fonctionnaires et éviter d'avoir...

Intervenant 1400:50:19

Sauf à beaucoup dépenser pendant ce temps-là. C'est que si le gouvernement se mettait à beaucoup dépenser, là, à ce moment-là, il y aurait...

Caroline Roux00:50:24

À beaucoup dépenser pour éteindre la colère sociale, notamment. C'est ça que je dis.

Intervenant 600:50:27

Et donc, du coup, vous vous retrouverez vraisemblablement, les marchés sont comme ça, ils vont attendre l'issue de la présidentielle, et là, ils sanctionneront s'ils s'aperçoivent que la politique est en retard.

Caroline Roux00:50:36

Juste, on rappelle, et vous l'avez dit rapidement pendant l'émission, que les lycéens, ils demandent pour certains 10 milliards, ils considèrent qu'ils continueront tant qu'ils ne les ont pas obtenus, que certains syndicats demandent le dégel du point d'indice des fonctionnaires. Ça vous fait combien ?

Intervenant 600:50:49

3,7 milliards.

Caroline Roux00:50:50

3,7.

Intervenant 600:50:51

Et si vous amenez ça au niveau de l'inflation, c'est 4,2 milliards, puisque c'est ce que demande, par exemple, Force Ouvrière.

Caroline Roux00:50:56

Donc, le gouvernement a intérêt à éteindre la colère sociale ce lundi ?

Intervenant 600:50:59

Oui.

Caroline Roux00:51:01

Allez-y, je vous en prie.

Intervenant 600:51:02

En sachant que nous ne parvenons déjà pas, avec l'Assemblée nationale telle qu'elle se présente, à obtenir, par exemple, des députés qui votent les sous-indexations de retraite qui devraient nous rapporter 5,5 milliards. On n'arrive déjà pas à ça. Donc là, en fait, l'illustration de ce qui s'est passé hier soir à l'Assemblée nationale, c'est le phénomène du crétinisme parlementaire. Il n'y a pas d'autre mot. C'est-à-dire que, comme le disait Bruno, il y a une forme de lâcheté qui aboutit à ce que personne ne veuille se salir véritablement les mains, tout en sachant que des mesures impopulaires de redressement des comptes sont nécessaires.

Mais tant qu'on n'est pas au pouvoir, le confort de l'opposition, il faut en profiter jusqu'au bout. Et puis surtout, on a le sentiment d'être tombé dans une forme de faille spatio-temporelle, avec Éric Coquerel qui monte à la tribune pour nous expliquer qu'il faut une taxation des hauts patrimoines. On y revient sur la taxe Zucman. Le chiffre des aides aux entreprises de 211 milliards, dont il y aurait beaucoup à dire et redire, qui sort du Sénat, d'une commission d'enquête sénatoriale, on vous le rabâche sans cesse pour vous dire qu'il y a de l'argent, il suffit d'aller le chercher. Enfin, vraiment, c'est un jeu de rôle dont le gouvernement ne viendra jamais à bout, sauf par les ordonnances.

Caroline Roux00:52:08

Il y a cette question de Michel dans l'héro : « À quoi jouent nos parlementaires ? » J'avoue ne plus rien comprendre. C'est normal qu'ils ne comprennent pas ?

Intervenant 600:52:13

Non, c'est parfaitement normal qu'ils ne comprennent pas. Et ça va contribuer, à la fin des fins, à ce que le gouvernement prenne un acte d'autorité qui n'a jamais été pris sous la cinquième, à savoir les ordonnances. Et vous aurez des députés, 577 voix, pour hurler à la mort et dire combien c'est une forfaiture démocratique.

Caroline Roux00:52:28

Alors qu'ils seront, au final, ravis de la façon dont la chose se termine.

Intervenant 600:52:31

Évidemment, le lâche soulagement.

Caroline Roux00:52:32

Juste, on a appris cet après-midi que Jordan Bardella avait réclamé le vote en urgence de l'inscription de la règle d'or dans la Constitution. Pourquoi là, maintenant ?

Intervenant 600:52:39

Oui, ça peut paraître curieux. Alors, c'est lié, évidemment, au déplacement de Marine Le Pen cet après-midi. Je pense à Euronaval. Et donc, dans une tribune à l'Opinion, Marine Le Pen avait exposé ce qu'elle attendait de cette règle d'or budgétaire. Elle souhaitait passer par un référendum pour l'inscrire dans la Constitution. Là, pourquoi Jordan Bardella le fait ? C'est pour dire essentiellement que, d'une part, ils ne voudraient pas hériter du manche s'ils arrivaient au pouvoir avec une situation trop dégradée. Et c'est par cette forme d'orthodoxie budgétaire, un gage de réassurance qui est donné au marché.

C'est de la com', très franchement.

Caroline Roux00:53:13

Je voulais dire, parce que c'est vrai que quand on entend parler de ces débats qui s'éternisent, qui s'enlisent, des parlementaires, que font-ils, etc., finalement, pas de budget, c'est très concret. Quid de la lutte contre les incendies de forêt, l'augmentation des budgets, l'environnement, l'augmentation des budgets, les violences sur les enfants ? Souvenez-vous de toutes ces lois qui sont prévues avec de l'augmentation de budget, l'augmentation des budgets pour aussi aider le logement, etc. Tout ça, en fait, c'est paralysé, c'est gelé, c'est séché. S'il n'y a pas de budget. S'il n'y a pas de budget.

Donc, tout ce qui a été annoncé, c'est du concret. Ça veut dire qu'il n'y aura pas ces progrès-là. Les prochains incendies de forêt, on dira : « Écoutez, désolés. » Avec des mesures qui sont contestées aussi dans ce budget, notamment sur la question des APL, etc., puisque vous parliez du logement.

Intervenant 600:53:57

Ce qui a pleuré dans ce qu'on est en train de vivre, c'est qu'on arrive au terme d'une séquence où, pendant trois ans, on nous a dit : « On vote un budget, il est nul, mais c'est mieux que pas de budget du tout. » Bon, là, on arrive à : « On va vous passer un budget que personne ne veut, mais au moins, ça arrange tout le monde, parce qu'il n'y aura pas à se prononcer, c'est les ordonnances. » Mais on ne s'arrête pas là dans le délire. C'est-à-dire que moi, j'ai des hommes politiques assez importants qui me disent : « Mais on ne s'en sortira pas économiquement s'il n'y a pas la tutelle de la BCE qui nous impose des mesures terribles et drastiques de rigueur qu'on sera obligés d'appliquer en disant : « Ce n'est pas nous, c'est Francfort ou Bruxelles.

» Vous voyez, on est dans un... C'est-à-dire qu'on a une classe politique qui a baissé les bras et qui ne pense plus qu'elle est en mesure de changer la vie des choses, la vie des gens et l'ordre des choses. Moi, ça me désespère de voir ce qu'on est en train de vivre.

Caroline Roux00:54:47

Je crois qu'on l'a bien entendu, ce désespoir martiallié et peut-être partagé par un député du Bloc Central qui est cité par France Info ce matin, qui n'a pas voulu donner son identité. C'est du off, comme on dit, mais je vous le livre quand même. On n'a ni argent, ni majorité, et la présidentielle est dans six mois. Je pense qu'il n'a pas tellement le moral, lui non plus. On vient maintenant à vos questions. Question d'André en Moselle : « Lorsque les revendications s'agrègent, pourquoi attendre pour les régler ?

Les politiques sont-ils à ce point déconnectés de la société ? » Le retard à l'allumage dans le fait de prendre en compte les colères.

Intervenant 600:55:27

Je crois surtout qu'en fait, ils ne sont pas dans la capacité de répondre. En fait, quand bien même, admettons qu'ils soient connectés, pour reprendre le mot de votre téléspectateur, le problème, c'est qu'il n'y a pas de majorité. Donc, on est quand même sur une situation politique où ils n'arrivent pas à passer de texte à l'Assemblée. C'est quand même la réalité. Et ce qui se joue aussi dans la présidentielle, au-delà de la présidentielle, et les marchés, je reviens à ce qu'on a un petit désaccord avec Martial, c'est que les marchés, ce qui les inquiète le plus, c'est l'instabilité politique. Si on élit un président qui n'a pas de majorité derrière, alors ça, ce sera vraiment la marque d'un pays qui a plongé dans l'instabilité, bien au-delà de la dissolution.

Donc, on voit bien que la fragmentation du paysage politique français, on a dit : « Emmanuel Macron, il a créé la tripartition. » Et maintenant, le problème, c'est que même à l'intérieur de chaque camp, il y a de la division énorme. La gauche est divisée comme jamais, le Bloc Central est divisé, la droite se demande si les Républicains seront, s'ils auront un candidat. Donc, c'est ça qui est difficile. Et donc, du coup, ils sont peut-être déconnectés, mais ils sont surtout impuissants.

Caroline Roux00:56:32

Impuissants. Il y a cette question de Jacques en Isère : « À quelques mois des élections, quel est le vrai but des syndicats face à un gouvernement qui n'a ni majorité ni argent ? » Ils le savent, ça, les syndicats.

Intervenant 600:56:43

Ils le savent. Pour rappeler les ordres de grandeur, ce qui est demandé par la CFDT, c'est 100 euros d'augmentation sur le SMIC, CGT, 150 euros, et là...

Intervenant 300:56:50

130 euros pour les fous.

Intervenant 600:56:52

Absolument. Et ce qui est évoqué à date, c'est plutôt quelque chose de l'ordre de 15 euros. C'est ça, le coup de pouce.

Intervenant 300:56:59

Non, c'est 150.

Caroline Roux00:57:01

En fait, c'est...

Intervenant 600:57:02

Oui, c'est 15. En fait, c'est 15 en plus de l'augmentation des 50.

Caroline Roux00:57:06

De l'indexation sur l'inflation qui est anticipée.

Intervenant 600:57:08

Avec anticipation au 1er décembre. Bon, donc, évidemment qu'il n'y a pas de grand soir possible dans ces conditions, mais les témoignages que l'on a entendus de vieux de la vieille, du syndicalisme, démontrent que parfois, eh bien, des petites avancées, les petits pas, valent mieux que déchanter et revenir devant ses administrés ou devant ses adhérents sans rien. Donc, c'est ça, je pense que les syndicats, aujourd'hui, attendent du gouvernement, et surtout ne pas retomber dans les gadgets et les parodies de dialogue social, tel que l'évoquait ce matin Marylise Léon pour la CFDT, typiquement le Conseil national de la refondation.

Ça, les syndicats en ont soupé. Ils n'ont plus envie de ce genre de numéro de claquettes.

Intervenant 300:57:48

Mais quand même, il faut être précis, parce que si jamais lundi, le gouvernement... Ce n'est pas arrivé depuis 14 ans, quand même. S'il y a le coup de pouce, en plus de l'augmentation, j'allais dire le mécanisme d'augmentation, et on arriverait à 50 euros, comme l'a rappelé Martial, ce n'est quand même pas rien. Surtout si, vous savez, il y a 88 branches professionnelles, ça parlera à nos téléspectateurs, où il n'y a pas le SMIC.

Caroline Roux00:58:07

Mais ça fait longtemps qu'ils en parlent. Ça fait longtemps que la CFDT le demande.

Intervenant 300:58:10

Les emplois de service, ils n'ont pas le SMIC. Si jamais ça... Alors maintenant, l'année dernière, dans le budget, le fameux budget l'année dernière, a été voté une disposition rendant obligatoire. Donc là, le gouvernement qui était contre l'année dernière va peut-être être content de la trouver pour la rendre un peu obligatoire.

Caroline Roux00:58:24

Je ne sais pas, j'ai l'impression qu'on en parle depuis très longtemps, de ces branches qui sont au-dessus du SMIC.

Intervenant 600:58:29

On court dans des branches derrière le SMIC. C'est-à-dire que là, si on modifie, on en aura 122, plus 88, 122 des branches qui seront sous le SMIC.

Caroline Roux00:58:36

Allez, question de Jean-Pierre : « En quoi le relèvement du plafond du livret A pourrait-il permettre aux Français de boucler les fins de mois ? » N'est-ce pas hors sujet ?

Intervenant 600:58:42

Totalement. Totalement. Alors ça, c'est vraiment la mesure. C'est-à-dire qu'en gros, aujourd'hui, vous avez l'essentiel des livrets A qui ne sont pas au plafond. Donc, c'est, je crois, la moyenne, je dis ça de mémoire, à peu près 7 000 euros. Donc, qu'est-ce que ça va changer à ceux qui ont 7 000 euros sur leur livret A de passer de 22 à 30 000 de plafond ? Rien du tout. Donc, c'est vraiment la mesure politicienne qui envoie une espèce de message qui n'a aucun...

Caroline Roux00:59:10

Quel message ?

Intervenant 600:59:10

À part le message de dire : « Si vous avez beaucoup d'argent, vous allez pouvoir en mettre un peu plus sur votre livret A. »

Intervenant 300:59:15

Vous pouvez sur-épargner.

Intervenant 600:59:16

C'est tout. C'est-à-dire que vous allez pouvoir épargner un peu plus.

Caroline Roux00:59:18

« Pourquoi une telle colère sociale qu'on s'arrêterait-elle ? » Pierre, dans le pas de caleb, il vous pose cette question.

Intervenant 300:59:23

Bonne question. La météo sociale est quand même difficile à prévoir. Il y a une manif... Alors, il y a un rassemblement qui est prévu le 20 et 21 novembre à l'appel d'un groupement d'organisations syndicales européennes, vendredi-samedi.

Caroline Roux00:59:39

Vendredi-samedi à l'appel des Gilets jaunes qui disent : « Nous, on continue vendredi-samedi. »

Intervenant 300:59:42

On peut imaginer que...

Caroline Roux00:59:43

Oui, samedi.

Intervenant 300:59:44

Alors, les Gilets jaunes ont posé une demande de manifestation pour samedi. On verra si elle est autorisée. Mais on va dire que mouvement syndical classique, ça pourrait être le 20-21.

Caroline Roux00:59:55

« Augmenter les salaires, est-ce encore possible sans fragiliser davantage l'économie française ? » Gilles, dans le Val-de-Marne.

Intervenant 601:00:01

C'est compliqué. On voit bien que les marges de manœuvre sont complexes. C'est ce que je disais tout à l'heure. Quand vous avez une économie qui stagne, ça veut dire que les entreprises gagnent moins d'argent, enfin, en tout cas, n'ont pas des progressions de chiffre d'affaires comme lorsque vous avez une vraie croissance. À partir de là, si les entreprises ne gagnent pas plus d'argent, elles ont du mal à mettre plus dans les salaires. C'est assez logique.

Caroline Roux01:00:22

Regardez cette question de Dan dans le Doubs. Il nous dit : « Je ne suis pas maso, mais devant l'incurie de nos politiques, j'en viens à souhaiter une mise sous tutelle de la France par le FMI. » Il faut quand même se rappeler que c'est ce que ça est.

Intervenant 401:00:34

Il n'a pas vu ce que le FMI avait fait en Amérique du Sud, par exemple. La mise sous tutelle par le FMI, ça veut dire que vous vous retrouvez dans une situation qui n'est pas du tout notre France actuelle. C'est-à-dire que je ne pense pas qu'on soit au niveau de cette situation pour avoir le FMI sur le dos. Avoir le FMI sur le dos, c'est tout notre modèle social qui explose.

Caroline Roux01:00:53

Baisse des pensions de retraite.

Intervenant 301:00:55

On n'est pas plus bas que l'Audrey, mais...

Intervenant 401:00:57

Mais on est peut-être plus près de la graisse de Papeau de Léoud lorsqu'elle a vraiment coulé. On n'en est pas là.

Caroline Roux01:01:03

On n'a pas les gouvernements corrompus, etc. Il n'y a pas les mêmes problèmes structurels. On arrive encore à lever l'impôt en France, et ça, on sait faire.

Intervenant 301:01:12

On est très endettés.

Caroline Roux01:01:14

Question de Florent dans le Cher : « Emmanuel Macron ne paie-t-il pas aujourd'hui le fait d'avoir trop longtemps méprisé les corps intermédiaires ? » Je vous disais un peu.

Intervenant 601:01:21

Cette fin de règne est ironique pour Emmanuel Macron, parce qu'il a tellement moqué notamment son prédécesseur, François Hollande, pour justement ces séances de palabres avec les syndicats, ce dialogue social qu'Emmanuel Macron méprisait, parce que ce n'était pas conforme à la philosophie qu'il se faisait de son action, d'un idéal de start-up nation... Mais il y a beaucoup de touches qui sont ironiques sur cette fin de règne, même les confidences qu'il a faites à une journaliste et qui donnent lieu aujourd'hui à un livre. Quand on repense à « Un président ne devrait pas dire ça » et ce livre de François Hollande, même si ce n'est pas la même chose, c'est très ironique.

Caroline Roux01:01:54

Allez, il y aura-t-il d'autres journées de mobilisation nationale en novembre et en décembre ?

Intervenant 401:01:58

Maintenant qu'on voit qu'on peut organiser une mobilisation, même en passant par Snapchat, Internet, les réseaux sociaux, TikTok, tout est possible.

Caroline Roux01:02:06

« La France a de la fièvre, va-t-elle réussir à se soigner sans séquelles ? »

Intervenant 601:02:11

Pour l'instant, elle est bien malade, en tout cas.

Intervenant 301:02:13

Bien malade, mais on ne la verra pas soignée.

Intervenant 601:02:16

Elle ne sera pas soignée d'ici la présidentielle.

Caroline Roux01:02:17

En tout cas, merci à tous les quatre. Demain, vous retrouvez Aurélie Cas en direct pour un nouveau C dans l'air. N'oubliez pas que C dans l'air commence à 17 h 25 avec C dans l'air invité. Puis vous pouvez nous retrouver quand vous le souhaitez en replay et en podcast. Belle soirée.

Intervenant 201:02:35

Retrouvez nos podcasts sur toutes les plateformes d'écoute.

Caroline Roux01:02:38

Et pour le replay vidéo, c'est sur France.tv, bien évidemment. À bientôt.

Description de l'épisode

C dans l’air du 5 novembre 2026 - 5 novembre : les syndicats s'en mêlent, la pression monte...

Plus de deux mois après le début du mouvement lycéen, la colère sociale ne retombe pas. Une nouvelle journée de mobilisation nationale contre la vie chère était organisée ce jeudi 5 novembre, cette fois à l’appel des organisations syndicales. Beaucoup de monde était présent dans les cortèges pour défendre les salaires, le pouvoir d’achat, les services publics, mais aussi pour apporter son soutien à la jeunesse : de nombreux salariés du public et du privé, des retraités, des lycéens, des étudiants et des Gilets jaunes.

À Paris, où un cortège massif s’est élancé de la place de la République, la secrétaire générale de la CFDT a déploré que le gouvernement ait « trop tardé à répondre aux revendications » et a réclamé une hausse du SMIC de « 100 euros net supplémentaires par mois ». « Il faut augmenter tous les salaires et augmenter le SMIC de 10 % », a renchéri la secrétaire générale de la CGT. « Il n’y a jamais eu autant de travailleurs pauvres et, dans le même temps, les milliardaires n’ont jamais été aussi riches », a poursuivi Sophie Binet avant de marteler : « Rien ne nous arrêtera. »

Les syndicats font ainsi leur retour en première ligne du mouvement social. Le Premier ministre a indiqué qu’il les recevrait lundi avec le patronat. Alors quel rôle peuvent-ils jouer face à la crise ? Nos journalistes ont rencontré deux syndicalistes, de la CFDT et de Force ouvrière. Ils analysent l’évolution du dialogue social, du syndicalisme et la montée de l’individualisation des revendications.

Dans ce contexte de fortes tensions sociales, les députés ont rejeté, mercredi 4 novembre, la première partie du projet de loi de finances (PLF) pour 2027, par 458 voix contre, aucune voix pour et deux abstentions. Le texte sera examiné en séance publique au Sénat à partir du vendredi 20 novembre.

Nos experts :

- Bruno JEUDY - Directeur délégué et éditorialiste - La Tribune Dimanche
- Antoine OBERDORFF - Journaliste politique - L’Opinion
- Audrey GOUTARD - Grand reporter - France Télévisions, spécialiste des faits de société
- Martial YOU - Editorialiste économie – RTL

PRESENTATION : Caroline Roux - Aurélie Casse - REDIFFUSION : du lundi au vendredi vers 23h40.

PRODUCTION DES PODCASTS: Jean-Christophe Thiéfine

RÉALISATION : Nicolas Ferraro, Bruno Piney, Franck Broqua, Alexandre Langeard, Corentin Son, Benoît Lemoine

PRODUCTION : France Télévisions / Maximal Productions

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