Cet épisode de C dans l'air, diffusé à la veille des élections de mi-mandat américaines, fait le point sur la campagne de Donald Trump, dont le parti risque de perdre la Chambre des représentants et peut-être le Sénat. Les invités, journalistes et spécialistes des États-Unis, analysent l'impopularité du président, la guerre en Iran, la hausse du coût de la vie et les accusations de conflits d'intérêts visant son entourage.
Ils discutent aussi des risques de contestation du scrutin, de la montée d'une nouvelle génération de candidats démocrates et des fractures au sein du mouvement MAGA. Les auditeurs découvrent ainsi les enjeux concrets de ce scrutin et les différentes lectures qu'en font les experts.
Dans cet épisode Caroline Roux, Anne Deysine, Christine Ockrent, Gallagher Fenwick, Lucas Menget, Éliana Bonas
Cette transcription de l'épisode sur les midterms américains a été réalisée avec la technologie qu'utilise HappyScribe pour sa prise de notes IA.
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Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans « C dans l'air ». Donald Trump a arpenté les terres américaines jusqu'au dernier jour de la campagne. À 24 h du vote, les sondages annoncent une vague démocrate lors de ces élections de mi-mandat, mais le chef de la Maison-Blanche multiplie les sorties pour annoncer sa victoire. Dans des meetings où il alterne les blagues racistes, les allusions graveleuses, le portrait d'une Amérique toute-puissante, quand il n'instrumentalise pas les violences du mouvement social en France. Donald Trump, qui pourrait bien faire face à une déroute électorale, veut faire de ce scrutin un choix entre lui et les communistes, comme il dit.
Ses adversaires démocrates anticipent déjà une contestation du vote si le camp Trump perd la main à la Chambre des représentants et peut-être même au Sénat. Il faut dire que le président a affirmé qu'il respecterait le vote « s'il est honnête », ce sont ses mots, et a proposé 1 million de dollars à toute personne qui signalera une fraude électorale. Midterms J-1 : Trump peut-il encore éviter la débâcle ? C'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir : Gallagher Fenwick, vous êtes éditorialiste de Politique internationale, ancien correspondant à Washington.
Avec nous ce soir : Lucas Monget, vous êtes grand reporter, spécialiste des relations internationales. Je rappelle votre dernier documentaire sur France 5, « Israël : une démocratie en péril », disponible sur la plateforme de France Télévisions. Avec nous ce soir : Christine Ockrent, vous êtes journaliste, spécialiste des relations internationales. Vous présentez l'émission « Affaires étrangères » sur France Culture. Je rappelle votre livre « Le Trump de A à Z » aux éditions Denoël. Enfin, avec nous ce soir : Anne Désine, vous êtes juriste, politologue, spécialiste des États-Unis. Votre dernier livre, « La Cour suprême des États-Unis : droit, politique et démocratie », est publié chez Delhauze.
Bonsoir à tous les quatre.
Bonsoir.
Merci de participer à ce « C dans l'air » en direct de Donald Trump. En général, les prédécesseurs américains n'en s'engageaient pas beaucoup dans les élections de mi-mandat, parce qu'on considère qu'elles sont difficiles. Ce n'est pas le cas de Donald Trump. On va commencer cette émission par un extrait d'un meeting. Il veut faire de ces midterms un référendum pour ou contre lui.
Pour cette élection, je vous demande de faire comme si j'étais moi-même sur le bulletin de vote, si vous le voulez bien. Parce que lorsque je suis candidat, ce sont des statistiques faciles à retenir. Chaque fois que j'ai été candidat, nous avons fait un carton lors des élections de mi-mandat, parce que les gens se sont mobilisés. Ils voulaient voter pour Trump, et ils sont tous allés voter.
Il est encore le seul qui peut sauver la partie pour les Républicains. Donald Trump, c'est ce qu'il semble dire ?
En tout cas, c'est ce qu'il croit. Et il a tellement personnifié cette élection et fait en sorte que ce soit... C'est lui qui a fait en sorte que ce soit un référendum, quasiment. C'est moi ou le chaos. Donc, il est persuadé que ça peut marcher. Ça a marché dans le passé, pas à toutes les élections, mais ça a marché dans le passé. Il donne un peu l'impression, quand même, que ses recettes commencent à être un peu usées, et que même les Américains les plus partisans de Donald Trump trouvent que la ficelle est un peu grosse.
30 meetings dans 12 États. Il n'a pas ménagé ses efforts, Donald Trump. C'est vrai qu'en débutant cette émission, je rappelais, peut-être pour les gens qui nous regardent, je parle sous votre contrôle aux uns et aux autres, mais c'est vrai qu'on dit que les midterms, de toute façon, c'est toujours difficile pour le président en place. Donc, qu'est-ce qu'il va faire dans cette galère ?
Oui, oui. C'est-à-dire qu'en fait, j'enfonce une porte ouverte en disant qu'il cherche une victoire dont il réclamera de manière exclusive la paternité. Mais si on prend les dix dernières élections de mi-mandat, de Reagan en 82 jusqu'à Biden en 2022, il n'y a que deux présidents, donc en exercice, qui remportent des sièges à la Chambre : Clinton dans les années 90 et Bush en 2002, parce qu'il y a un effet drapeau après le 11 septembre 2001.
Donc, il se dirige très vraisemblablement vers une défaite. La question est de savoir : est-ce que ce sera une défaite avec un d minuscule ou avec un D majuscule ? Il faut voir les dimensions et la profondeur de cette défaite. Il joue, en quelque sorte, son va-toute, parce que si c'est une défaite avec un D majuscule, c'est le début de la fin de Trump. Pas forcément du trumpiste, mais en tous les cas de Trump, et ça, il le sait.
Pour les gens qui nous regardent ce soir, quand on parle des élections de midterms, et on va peut-être là poser les enjeux de ce qui se joue demain avec vous, Anne Désine, on dit : « La Chambre des représentants pourrait basculer, il pourrait perdre la main au Sénat. » Qu'est-ce qui se joue demain ? Qui va voter ?
Alors, tous les Américains inscrits sur les listes électorales qui auront vite à se déplacer. Et a priori, malgré ce que dit Trump, pas d'immigrants sans papiers qui ne sont pas inscrits sur les listes et qui n'ont pas le droit de voter. C'est écrit dans le Code des États-Unis. Et ils vont voter pour beaucoup de gens. Ils vont voter pour les 435 membres de la Chambre, pour un tiers des sénateurs, un tiers des gouverneurs, et puisqu'on oublie souvent en France des centaines de postes au niveau local : bureaux des écoles, shérifs, juges, juges des États, et au niveau de l'État, les représentants, l'équivalent des représentants et des sénateurs au niveau des États.
Donc, ça fait beaucoup de noms, sans oublier les projets de référendum d'initiative directe. Est-ce qu'on veut un impôt sur la fortune en Californie ? Est-ce qu'on veut une commission qui s'occupe du découpage électoral pour empêcher le découpage ? Est-ce qu'on veut telle et telle chose ? Voilà, tout un tas de choses.
Et est-ce qu'on veut du foie gras à Washington DC ? Il y a un référendum là-dessus.
Ah oui ?
Oui, mais c'est... Voilà. Enfin, pardon, Anne.
Non, mais c'est vrai. C'est à peu moins important que l'impôt, mais c'est quand même pas mal.
Et pourquoi l'enjeu de cette élection est énorme pour l'Amérique et pour Donald Trump ? Quand on dit : « La Chambre des représentants pourrait basculer », quand on dit : « Il pourrait perdre la main au Sénat », qu'est-ce que cela signifie pour Donald Trump ?
Alors, sur le papier, beaucoup de choses. Mais comme ce monsieur ne respecte ni le droit ni la Constitution...
Oui, on va en parler.
Voilà. Mais sur le papier, la Chambre détient deux pouvoirs gigantesques. Elle déclare avec le Sénat la guerre et elle vote le budget. Donc, déclaration de guerre. Trump est allé en Iran sans déclaration de guerre. Et il y a une résolution de guerre de 1973 qui dit : « Si le président a jugé qu'il y avait une urgence et qu'il a envoyé des troupes, il dispose de 60 jours pour obtenir a posteriori l'aval du Congrès. » Évidemment, il ne l'a pas fait. Et budgétaire, ça veut dire qu'une majorité démocrate, mais il faut se rappeler qu'ils vont commencer à siéger seulement début janvier.
Donc, il ne va peut-être rien se passer d'ici là, si ce n'est qu'ils vont essayer de faire adopter ce type de choses, et on verra comment les Républicains vont réagir. Et du côté du Sénat, alors ça, c'est un pouvoir très important de confirmation. Donc, à partir du moment où le leader républicain Mitch McConnell a refusé même d'auditionner le candidat qu'a nommé Obama en 2016 au décès du juge Scalia, les démocrates vont dire : « Nous utilisons le précédent McConnell et on refusera de confirmer n'importe quel juge, et surtout un juge à la Cour suprême, jusqu'aux élections.
» Parce que ce qu'avait dit McConnell, c'est : « Il faut que les électeurs puissent se prononcer. »
On parle de débâcle, de défaite pour Donald Trump. Avec vous, Christine Ockrent, les sondages sont très alarmistes, alarmants pour Donald Trump.
Oui, les sondages.
Alors, ils se trompent souvent aux États-Unis.
C'est ce que j'allais dire. Ils se trompent souvent, mais là, il y a deux phénomènes. Il y a les sondages qui sont assez unanimes, et puis il y a les sites de paris en ligne. C'est devenu une véritable folie aux États-Unis qui, eux aussi, vont dans le même sens. Mais je crois que ce qu'il faut prendre en compte dans tout cela, il y a les institutions, il y a les habitudes, comme l'a rappelé Gallagher. Les élections de mi-mandat, c'est toujours un référendum pour ou contre le pouvoir en place. Mais là, on a affaire à Trump.
Et ça change quoi ?
Et Trump ne peut pas perdre. C'est ontologique pour lui. Lui, il ne perd jamais, il n'a jamais rien perdu. Enfin, tout ça, c'est évidemment de la fichesse. Mais souvenez-vous, le 6 janvier 2021, ce président-là continue de dire qu'il a gagné l'élection présidentielle de 2020, contre évidemment l'évidence des faits. Et tous les gens autour de lui, le premier cercle, tous ses ministres, tous les hiérarques du parti républicain qu'il a complètement asservis, ils ont souscrit à ce mensonge-là.
« Oui, monsieur le président, bien sûr, vous avez gagné en 2020. » Donc, cet homme-là, si à la Chambre des représentants, les sondages paraissent quand même très, très unanimes, le parti démocrate peut gagner beaucoup de sièges. Au Sénat, ça risque d'être beaucoup, beaucoup plus serré. Et donc, il faut s'attendre à ce que Donald Trump, qui a déjà essayé par tous les moyens d'entraver le libre accès au bureau de vote, au vote par correspondance, là, ce sont les cours de justice qui l'ont empêché de sévir, mais on craint toujours que demain, il y ait les milices masquées de Haïs qui aillent effrayer des électeurs qui, peut-être, n'auraient pas trop envie de risquer d'avoir à montrer leurs papiers.
Enfin, un climat de menace qui continue, me semble-t-il, de peser sur ces élections législatives.
C'est pour ça qu'il commence à dire... Pardonnez-moi. J'espérerai bien sûr de comprendre sa stratégie. C'est pour ça qu'il continue de dire dans tous ses meetings : « Nous avons une chance de l'emporter, nous allons l'emporter. » Il anticipe déjà sur le fait que, vous nous dites, il ne peut pas perdre, sur le fait qu'il contestera le résultat au lendemain du vote.
Il a surtout affirmé depuis des mois qu'évidemment, il y aurait de la triche de la part de ces démocrates, de la part de ces communistes, de la part de tous ces djihadistes. Il n'arrête pas de mettre en cause, en fait, les institutions de son pays, à commencer par le système électoral.
Et on va poursuivre cette discussion sur ce qui pourrait se passer au lendemain du vote. Et puis, on sera en direct dans un instant avec la correspondante à Washington de France Télévisions. Mais j'aimerais qu'on voie quelques images de cette campagne, puisque Donald Trump termine cette campagne en se démultipliant sur le terrain, persuadé qu'il est le seul à pouvoir faire le plein du vote des Républicains. Vous me direz dans un instant s'il a raison ou s'il a tort. En tout cas, tout est bon pour tenter de faire mentir les sondages qui le donnent battu, les blagues graveleuses comme l'instrumentalisation de la colère sociale. En France, Magalie Lacroze et Christophe Roquet.
Donald Trump, en campagne en 2026, fait plus que jamais du Donald Trump.
On va faire élire beaucoup de gens.
Ces dernières semaines, le président a parcouru l'Amérique, enchaînant les meetings et les compliments à lui-même.
Est-ce qu'il y a des personnes âgées parmi vous ? Moi, je ne suis pas vraiment une personne âgée, non. J'ai la quarantaine. Je me sens comme un 40 ans.
Il y met beaucoup d'énergie dans ces élections de mi-mandat qui s'annoncent catastrophiques pour les Républicains. Alors, il a décidé d'en faire un référendum. Ce sera pour ou contre lui, et ses collaborateurs sont priés de jouer le jeu.
La mission la plus importante de tout président est d'assurer votre sécurité et celle de votre famille. Et aucun président n'y est arrivé mieux que lui.
Sur scène et sur le tarmac, le président décoche ses flèches contre les démocrates ou les journalistes.
Vous êtes malades avec vos questions. Vous êtes malades. Les démocrates sont fous. Ils veulent supprimer le pétrole et le gaz naturel, anéantir toutes vos économies, mettre votre famille en faillite, vous confisquer vos armes.
Et plus un adversaire est en vogue dans les sondages, comme le candidat démocrate du Michigan, plus il est la cible des attaques verbales présidentielles.
Je suis ici pour empêcher un membre djihadiste des Frères musulmans de devenir sénateur des États-Unis. Et c'est un fait.
Et décidément, personne n'échappera aux commentaires douteux. Pas même ses soutiens comme la chanteuse Nicki Minaj.
En fait, j'ai déjà admiré un sacré beau cul, celui de Nicki Minaj. Difficile de ne pas le remarquer.
Le camp de Donald Trump peut-il encore gagner ces élections ? Les sondages semblent sans appel et les Républicains s'en inquiètent.
Les tours de douane ont fait beaucoup de mécontents chez nous, dans le Midwest. J'ai essayé de le dire au président lorsque je l'ai vu. Cela augmente le coût des marchandises. Ce sont les consommateurs qui paient.
Un vent de panique qui n'a pas échappé à l'ancien président démocrate qui, lui aussi, s'engage pleinement dans la campagne et se moque des manies du président.
Est-ce que quelqu'un pense vraiment que ce type passe beaucoup de temps à se concentrer sur les sujets qui vous tiennent à cœur ? Ce type est en train de construire une salle de balle plus grande que la Maison-Blanche et il y a de l'or partout.
Alors, pour faire oublier ses problèmes nationaux, Donald Trump parle de la France et instrumentalise les violences du 17 octobre pour promouvoir ses idées.
Quand vous voyez des clochers en feu et des incendies qui font rage en France, rappelez-vous simplement que c'est exactement ce que les démocrates radicaux veulent faire subir à l'Amérique. Je l'avais bien dit au président Macron : « Fermez vos frontières. » Je lui ai dit dès notre première rencontre.
Est-ce l'effet de la campagne ? Le président a décidément une conception particulière de la politique, comme le raconte vendredi un chanteur américain.
L'autre jour, je suis avec Trump au golf. Macron l'appelle, ils se parlent. Trump lui dit : « Je suis avec le chanteur Kid Rock. » Comme si Macron savait qui j'étais. Il me dit : « Vas-y, dis-lui bonjour. » Il me donne son téléphone, je lui dis : « Bonjour, monsieur le président. » Et Trump s'en va. Il s'en va. Il s'en va.
Et c'est en pleine fête d'Halloween ce week-end, entouré d'amis costumés, que Donald Trump laisse entendre qu'une nouvelle intervention militaire en Iran serait proche.
On a neutralisé leurs installations nucléaires. Il nous reste encore, je dirais, un ou deux sites à régler. Mais on peut y arriver en dix minutes. Dix minutes. On a donc ce plan.
Selon la presse américaine, la reprise des bombardements en Iran serait prévue dès le lendemain du scrutin, le 4 novembre.
Alors, nous allons revenir dans un instant sur ce qui pourrait se passer en Iran, mais peut-être une réaction à ces images qu'on vient de voir de cette façon qu'a Donald Trump toujours de faire campagne avec des outrances nous vues d'ici, ça nous paraît évidemment assez spectaculaire. Est-ce que ça marche encore ?
En fait, à chaque fois que je vois ces images, notamment où il annonce un potentiel retour à la guerre en Iran sur fond de gens costumés à Mar-a-Lago dans une fête d'Halloween, et puis les propos vulgaires, misogynes, outranciers qu'il tient en campagne, je pense que ça va très, très mal vieillir, mais que ça marquera l'histoire. C'est quand même un moment de rupture pour nous, rupture dans la vie politique des États-Unis. Et ce sont des images et des sorties qui vont très mal vieillir.
Parce que cet annonciateur, je crois, de temps qui sont quand même sombres, pas que pour les Américains, mais pour nous également, dans les conséquences géopolitiques que cela a. Après, est-ce que les Américains vont choisir de faire déverser une vague bleue, comme on l'a entendu dans le reportage, pour punir Donald Trump ? À la Chambre, c'est très probable. En revanche, il faut le dire, si Donald Trump parvient à une situation d'égalité mathématique, 50 démocrates, 50 républicains au Sénat, ou qu'il préserve ne serait-ce qu'une petite majorité, ce sera une victoire.
Il y a 435 sièges à la Chambre. Pour l'instant, il y a une courte majorité des Républicains de 219 sièges.
Il faut plus 4 nets, à la fois à la Chambre et à la fois. C'est-à-dire qu'il faut que les démocrates n'en perdent pas et qu'ils en gagnent 4 à la Chambre pour avoir la majorité simple, et pareillement au Sénat.
Juste, ce serait quoi une vague bleue ?
Une vague bleue, ce serait, par exemple, Barack Obama en 2010, il perd 63 sièges à la Chambre. Contrairement à ce que disait Donald Trump, en 2018, lui, il en perd une quarantaine. Donc, quand on a des chiffres qui se mesurent par dizaines à la Chambre, c'est une vague. Et au Sénat, Barack Obama avait perdu, je crois, six sièges à l'époque. C'est lourd, ça fait beaucoup.
Nous allons aller à la Maison-Blanche dans un instant, oui. Allez-y.
Non, juste pour revenir sur ce que l'on vient de voir. Le style, c'est ce qui a marché avec Trump, c'est ce qui a surpris contre Hillary Clinton dès la campagne de 2015. Mais c'est le génie de Trump. C'est un homme de spectacle. Il a convaincu et connu l'Amérique profonde parce qu'il animait un reality show. Et donc, le spectacle est tel qu'il doit, lui, être au centre de ce spectacle. Donc, the show must go on.
Est-ce que l'on peut craindre, et on en voit, me semble-t-il, aussi des effets miroirs jusque dans nos mœurs politiques à nous, c'est que cette hystérisation du pouvoir, cette incroyable capacité à assurer encore une fois un spectacle qui n'a rien à voir avec les faits, mais de moins en moins, il est dans un autre monde. Et il dit : « Mais on vit l'âge d'or, mais vous êtes riches, regardez comme je suis riche. » Tout cela, me semble-t-il, va continuer à imprégner les mœurs politiques, en tout cas aux États-Unis.
Et au-delà de ça, si on pense à ces élections-là, certains observateurs, certains sondeurs se sont trompés, certains observateurs qui jugent que ce show à la Trump est complètement outrancier et hors des clous et hors de la réalité, parfois, ça marche. Et parfois, on a été surpris par des victoires électorales de Donald Trump où on se disait : « C'est quand même pas possible. » Et au final, il s'en sortait avec cette stratégie-là. Est-ce que ça marche encore ?
C'est ce qu'on va savoir dans 48 heures. On va bien voir dans 48 heures si ça marche encore. Moi, la réserve que je mets à ce que vous disiez à l'instant, Christine, c'est que j'ai l'impression quand même que ce spectacle fascinant de Donald Trump commence à fatiguer même les Américains. C'est-à-dire que le cirque, à un moment, épuise. Et c'est vrai qu'on a tous des réactions quand on voit ces images, les images de Mar-a-Lago, on en rit, on trouve ça pathétique. En fait, il y a quand même quelque chose de profondément grave et de très triste dans ce qui est en train de se passer. C'est-à-dire de parler de bombardement d'un pays au milieu d'un bal costumé, ça va avec le...
Quand Trump énonce des contre-vérités, ça passe. Quand il annonce des frappes contre l'Iran au milieu d'une fête d'Halloween, ça passe. Sauf que peut-être, mais peut-être que j'ai cet espoir et que je me trompe, peut-être que j'ai l'impression quand même que le corps électoral américain est un peu fatigué aussi de cette omniprésence permanente, comme si le clown au milieu du cirque avait commencé par épuiser un peu son spectacle.
Vous parlez de l'Iran, mais on ne s'habitue pas non plus aux blagues misogynes et graveleuses qu'il fait en permanence sur l'ensemble de ses meetings.
Et maintenant, on n'a plus des hommes. Ça, c'est faux, parce que les dames, on savait. Mais là, les hommes.
Corentin Sénin est venu cette nuit dans C dans l'air pour dire, et je pense qu'il a raison, que parler du postérieur d'une femme ou d'un homme, ça évite de parler de l'inflation, ça évite de parler de la guerre en Iran, ça évite de parler du galon de diesel qui est à 6 dollars et du coût de la vie qui ne baisse pas.
Et nous sommes avec Éliana Bonas, correspondante à Washington pour France Télévisions. Vous êtes à la Maison-Blanche. Est-ce qu'il y a de la fébrilité dans l'entourage de Donald Trump ou à la Maison-Blanche à la lecture des sondages qui sont finalement assez mauvais pour les Républicains ?
Alors, un des meilleurs exemples de cette fébrilité, c'est le nombre de déplacements qui ont été effectués par Donald Trump. Il en a fait, rendez-vous compte, 30 en 32 jours. Rien qu'hier, il était dans deux États différents, l'Iowa et le Kansas. Donc, vraiment, il essaye d'être absolument omniprésent. Il a 80 ans et même lui, qui n'est pas forcément réputé pour dormir beaucoup, a fini par reconnaître hier que ses cordes vocales étaient fatiguées, qu'il avait besoin un petit peu de dormir. Donc, vraiment, on sent en tout cas la fébrilité à travers cette volonté de se battre jusqu'à la dernière minute, parce qu'effectivement, aujourd'hui, vous l'avez rappelé, les sondages donnent une victoire démocrate a priori à la Chambre des représentants.
Au Sénat, c'est au coup d'à-coup. Je voudrais quand même apporter une nuance, effectivement, sur ces estimations. On sait qu'aux États-Unis, le vote républicain, et notamment le vote MAGA, est assez souvent sous-estimé, assez souvent sous-représenté, notamment parce qu'ils ne répondent pas forcément très régulièrement au téléphone. Donc, voilà, il faut avoir cette petite prudence-là. Lors des élections présidentielles de 2024, par exemple, le nombre de votes pour Donald Trump avait été largement sous-estimé, notamment dans les États pivots, donc qu'on appelle les swing states, qui ont été largement remportés par Donald Trump, alors qu'ils étaient donnés pour certains gagnants pour Kamala Harris.
À la veille du scrutin, alors d'ailleurs que dans certains États, le vote a commencé. Ça se passe comme ça aux États-Unis. Est-ce que l'ambiance de cette campagne est délétère ? Est-ce qu'il y a de la brutalité ? Est-ce que dans le camp démocrate, tous les coups sont permis aussi ?
Absolument. Vous avez mentionné, effectivement, quelques coups d'éclat assez outranciers de la part de Donald Trump. J'en ajoute un, puisque vous avez parlé du candidat Abdul El-Sayed dans le Michigan au poste de sénateur, que le président américain a qualifié, je cite, de djihadiste. Et donc, en raison de sa confession, puisqu'il est de religion musulmane. Mais effectivement, côté démocrate, il y a aussi ce côté un petit peu « tous les coups sont permis ». Je vais vous donner deux exemples qui peuvent potentiellement, d'ailleurs, leur porter préjudice. Le premier, c'est dans l'Alaska, selon des révélations du New York Times, les équipes de la candidate démocrate auraient recruté un candidat du nom, effectivement, du nom de Dan Sullivan, qui, en fait, s'avère être le même nom que le candidat républicain qui est leur adversaire.
C'étaient des allégations qui étaient portées par le camp Trump jusqu'alors. Et il y a quelques jours, le New York Times a publié des informations selon lesquelles ce serait avéré. Autre élément qui peut potentiellement porter préjudice aux démocrates, c'est le fait qu'une candidate dans l'Ohio se soit montrée aux côtés du candidat adversaire républicain, alors que, pardon, excusez-moi, dans le Michigan, on parlait d'Abdul El-Sayed, c'est dans le Michigan, la candidate qui a perdu les primaires face à Abdul El-Sayed s'est montrée hier aux côtés de Mike Rogers, donc qui est le candidat républicain.
Merci beaucoup d'avoir été en direct avec nous. Je rappelle que vous êtes correspondante à Washington pour France Télévisions. Vous vouliez ajouter quelque chose tout à l'heure, Anne Désine ?
Oui, concernant les sondages qui risquent de se tromper, il y a aussi d'autres éléments, mis à part les paris en ligne. Il y a le fait que lorsque Trump va à ses meetings, et il a quand même une bonne santé pour son âge, les meetings sont un peu vides. Les salles, les amphithéâtres ne sont pas pleins comme ils l'étaient auparavant. Ensuite, ce qui est intéressant, c'est de voir dans quels États il va. Et il va dans des États qui sont rouges, qui sont républicains, dans lesquels, théoriquement, il n'aurait pas besoin de se déplacer, dans lesquels il n'y aurait pas besoin d'injecter des millions de dollars. Cela veut dire que même dans ces États rouges, et l'un de ceux-là, c'est la Caroline du Sud, qui est rouge comme c'est rouge, mais parce que Trump a voulu comme candidate la petite sœur ou la petite nièce, je ne sais plus, du candidat qui est décédé.
La sœur.
C'est la sœur, oui. Elle est plus jeune, elle a 15 ans. Enfin bref. Et elle n'y connaît rien. Quand il lui a parlé de l'Iran, elle a dit : « Vous savez, moi, la politique étrangère... » Et ça finit par jouer. Et la dernière chose qui va jouer, c'est que les démocrates, avec une certaine intelligence, ont renoncé aux questions identitaires, aux transgenres.
On va en reparler.
Ils se basent sur le coût de la vie, mais ils l'ont lié à la corruption, en disant : « Si vous, vous souffrez, c'est parce que Trump et ses petits camarades sont en risque. »
Et on va en parler, justement, de sur quoi se fait cette campagne. Juste, vous avez évoqué les montants dépensés pendant la campagne. 12 milliards, tous partis confondus. Il paraît que c'est la plus chère de l'histoire des États-Unis.
La plus chère que la dernière présidentielle.
Voilà. On mesure l'enjeu. Et Elon Musk, tout seul, a mis 446 millions de dollars.
Un demi-milliard. Plus que tous les donateurs.
Voilà, exactement. On parlait des enjeux de cette campagne. On a bien compris ce qui se joue. Sur quoi elle se joue ? Elle ne peut pas se jouer sur ces petites phrases uniquement qu'on a entendues dans les meetings. Quelles sont vos préoccupations ? Quand on demande ça aux Américains, c'est un sondage Fox News, ils mettent en 1, la corruption. 88 %, la corruption. En 2, l'inflation. Et en 3, le prix de l'essence. Ça, c'est nouveau, la corruption.
Oui, mais elle est à ciel ouvert. Le clan Trump, d'après le Financial Times, se serait enrichi de près de 4 milliards de dollars. Et l'un des fils Trump, Éric, le numéro 2, un journaliste l'interroge en disant : « Mais c'est quand même très embarrassant. Quand on est poli, on dit conflit d'intérêts. » Et le fils dit : « Oh, vous savez, pendant le premier mandat, on a été très réglo.
On ne nous a pas du tout félicités. Donc maintenant, voilà. » Et c'est véritablement à ciel ouvert. C'est-à-dire qu'il y a non seulement la famille, mais il y a tous les affidés, tous les amis, les barons de la tech. Et je crois que le décalage qui est invraisemblable entre le 1 % des plus riches, à cause de l'accélération de l'intelligence artificielle en particulier, et cette classe moyenne qui doit payer son essence, son diesel, ses œufs, sa nourriture, etc., même dans les États du milieu qui sont archi-conservateurs, on voit des déplacements, on verrait fier si ce sont des déplacements de vote, mais des déplacements dans l'état d'esprit de ces gens, avec toujours la religion qui joue un rôle de ciment très important, et surtout pour la secte MAGA, mais il y a véritablement un phénomène.
Et même si le Sénat ne devient pas démocrate à un ou deux sièges près, parce qu'il suffit de quatre sièges, enfin, quatre plus un, en tout cas, la carte électorale des États-Unis est déjà profondément bouleversée.
Luca Manget, à part dire : « C'est l'âge d'or de l'Amérique, j'ai réussi, les Américains vivent mieux. » Et puis d'ailleurs, tiens, si on gagne les élections, on vous donnera à tous ceux qui ont voté 5 000 dollars, parce qu'on l'a oublié, mais c'est quand même ce qu'il avait promis aux Américains. Sur quoi a-t-il encore des cartes à jouer, Donald Trump ?
Il n'en a plus beaucoup, justement. C'est-à-dire qu'à part faire des promesses comme ça, de dire : « Je vais distribuer de l'argent », et qui va d'ailleurs avec cette histoire de corruption, et c'est là-dessus que les démocrates ont été malins, j'allais dire, enfin, c'est qu'ils sont sortis d'un certain nombre de leurs propres contradictions pour attaquer Trump là où ça faisait mal, c'est-à-dire l'argent, son argent à lui et le peu d'argent des Américains, le coût de la vie. Mais Trump, lui, en dehors de ça, il ne peut plus parler de l'Iran sérieusement, puisque, y compris autour de lui, y compris un certain nombre de candidats républicains aujourd'hui dans plusieurs États, n'évoquent absolument pas le sujet de peur que ça leur retombe dessus, parce qu'ils ne sont pas fous.
C'est bien que les Américains, en dehors de la petite base fanatique autour de Trump, c'est bien qu'il n'a pas gagné la guerre. Autant l'opération du Venezuela, il aurait pu, j'allais dire, l'utiliser pendant des mois et des mois comme une victoire pas possible de l'armée américaine, autant l'Iran, il ne peut pas dire grand-chose. Donc, à part faire une sorte de déclaratif permanent et de dire : « On a gagné sur tous les tableaux », en fait, il n'offre rien. Il n'offre rien à part cette histoire de chèque et à part de dire : « Croyez-moi, on est les meilleurs, on est les plus riches et on vit beaucoup mieux que sous Obama et Biden », qui est son obsession permanente du fait qu'Obama et Biden étaient le diable en personne par rapport à lui.
Mais en fait, si on écoute ses discours, il ne promet plus rien. C'est tout en opposition. Si ce n'est pas moi, c'est le chaos et le chaos, c'est des djihadistes, des communistes, des socialistes, c'est-à-dire la manière dont il essaie d'englober le parti démocrate aujourd'hui et les opposants. Sauf que les démocrates, localement, ils ont fait campagne sur le coût de la vie, sur l'échec de la guerre en Iran, sur le coût des œufs, sur le coût de l'essence, sur toutes ces questions-là et sur l'absence de retraites, tout ce qui, au final, touche vraiment les Américains. On verra si ça se traduit dans les urnes. Ce n'est pas du tout dit, mais enfin, ils sont sortis d'une campagne idéologique pour faire une campagne.
Ils ont fait, en fait, ce que Trump avait réussi à faire il y a deux ans.
Et nous les entendrons à la fin de cette émission, puisque nous avons envoyé les équipes de C dans l'air, justement, auprès de cette nouvelle génération aussi d'élus démocrates. Vous dites : « L'Iran, il ne peut pas revendiquer le fait d'en faire une victoire. » Il ne cesse de dire, et il l'a redit encore vendredi, la seule raison pour laquelle je n'ai pas encore fini avec l'Iran, c'est que je veux être gentille, mais nous allons devoir, à un moment donné, leur donner un coup de massue. Ce week-end, encore, lors d'un meeting, il est revenu sur l'idée de la force vis-à-vis de l'Iran.
Il pense que peut-être ça peut peser dans cette campagne.
C'est pour ça que tout à l'heure, je parlais d'heure sombre. Je pense que Donald Trump, il a conscience que cette guerre idiote, illégale et inutile est tout ce dont, avec les outrances et la vulgarité, la plupart des historiens consigneront et se souviendront de ce second mandat qui est absolument désastreux, parce qu'autant il y avait une certaine ambivalence, y compris côté démocrate, par rapport à la menace d'une guerre emmenée par le camp adverse, celui de Donald Trump et des républicains, aujourd'hui, il y a un quasi-consensus pour dire que c'est un désastre et que les répercussions, elles se font ressentir.
Je parlais des prix à la pompe, mais dans le coût de la vie et dans les relations avec le reste du monde. À part Donald Trump et Benjamin Netanyahou, qui souhaitent un retour à la guerre de haute intensité avec l'Iran ? Et à quelle fin ? Avec quels objectifs ? C'est-à-dire qu'il n'a pas arrêté de dire que la guerre, il l'avait emportée, et pourtant, il doit y retourner. Et pour faire le lien avec la question précédente qui est : qu'est-ce qu'il reste à Donald Trump ? Il reste la fiction. Parce que ce que Donald Trump essaie de faire, c'est de dire aux gens : « En fait, vous ne voyez pas ce que vous voyez et vous ne vivez pas ce que vous vivez.
» Et il faut reconnaître que Joe Biden avait commis une erreur comparable sur l'inflation. Joe Biden avait minimisé l'inflation. Mais quand vous couplez le fait de mentir aux gens sur la réalité de leurs conditions de vie et les fins de mois qui sont difficiles à boucler, avec le luxe ostentatoire dans lequel lui et ses affidés, ses séides, les membres de sa famille s'affichent, au bout d'un moment, en politique comme à la guerre, tout le monde a un point de rupture. Et je pense que pour certaines et certains qui lui ont été fidèles, ce point, il est dépassé.
Mais ça veut dire qu'après une éventuelle défaite, il pourrait quand même avoir la tentation, puisqu'il y avait cette question : s'est-on déjà autant inquiété en France et probablement en Europe des résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis ? C'était la question qui nous est posée. On se dit : « Après une éventuelle défaite, peut-il avoir la tentation de repartir dans une guerre, même en Iran ? » Pourquoi je vous pose la question ? Parce que Tucker Carlson, ancien présentateur de Fox News, a dit : « Sous la pression du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, l'administration Trump pourrait, dans les jours à venir, lancer une frappe nucléaire contre l'Iran.
»
Non, mais Tucker Carlson, il ne faut pas non plus prendre au sérieux tout ce qu'il raconte. Et il est maintenant plutôt, comment dire, anti-Trump. Mais il est certain qu'entre Benjamin Netanyahou, qui peut jouer l'Union nationale au moment où la composition d'un nouveau gouvernement en Israël va être très difficile à réussir, et un Trump blessé comme un vieil animal narcissique, si véritablement il prend une double claque à partir de demain, non seulement il peut contester les résultats, mais si la marge de la victoire démocrate est suffisamment grande, ce sera très difficile de contester, quelle que soit son ardeur à toujours contester le réel, comme l'a très bien dit Gallagher.
À ce moment-là, il faut s'attendre au pire, parce qu'il ne s'est jamais préoccupé ni de la Constitution de son pays, ni du Congrès. Donc, même si le Congrès est entièrement démocrate, ce qui reste à voir, eh bien, il va continuer à élargir par décret le champ de la victoire.
Mais ça veut dire, pardonnez-moi, on va parler de la contestation des élections, etc., mais juste pour être bien sûre de vous comprendre, un Trump défait est un Trump plus dangereux ?
Oui, parce qu'il...
Alors allez-y, vous avez le droit de ne pas être d'accord. Allez-y, Anne-Lise.
Parce qu'il est tellement égocentrique, tellement narcissique que c'est une claque. Quand Obama avait perdu les 60 sièges, il a dit : « J'ai pris une énorme claque. » Il n'était pas très content, mais bon, il a accepté, c'est allé à réalité. Et là, le problème, c'est que si on prend l'hypothèse où même les démocrates ont les deux chambres, sur le papier, ils ne peuvent pas faire grand-chose, parce que Trump, ne respectant, je répète, ni le droit, ni la Constitution, tant qu'il aura de l'argent pour mener sa guerre, en plus, son ministre qui veut se faire appeler ministre de la Guerre est un va-t-en-guerre. Donc, Netanyahou, qui veut sauver sa peau, soyons clairs, et ne pas être poursuivi pour corruption, et Excet qui veut y aller, la seule bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a pas trop d'argent.
Donc, s'il n'y a pas un nouveau vote de budget militaire, que se passe-t-il ? Et puis, il n'y a plus tellement de munitions non plus. Ils ont utilisé tellement de munitions dans les deux phases de la guerre contre l'Iran que ça, c'est le principe de réalité qui s'invite.
Un tour de table rapide. Serait-il plus dangereux s'il perd les élections ?
Il ne faut pas oublier qu'il y a des militaires quand même. Trump a viré beaucoup de gens dans l'armée, mais il y a quand même des militaires à l'état-major qui, par exemple, sur le délire de Tucker Carlson, s'y opposeraient. Et Trump ne peut pas faire absolument ce qu'il veut d'un point de vue militaire. De la même manière que le week-end dernier en Israël, le chef d'état-major de l'armée israélienne s'est violemment opposé à Benjamin Netanyahou alors que c'est un de ses proches politiquement, en disant : « Il est hors de question de faire une opération en Iran sans ordre écrit, justifié. » Et clairement, ce chef d'état-major israélien a eu peur de l'histoire dont parlait Gallagher.
Et il est possible qu'aux États-Unis, on peut espérer en tout cas que s'il y avait ce genre de délire, un certain nombre de militaires de l'état-major diraient : « Stop. »
On peut l'espérer, mais Donald Trump, il est commandant en chef des armées. La question qu'on peut se poser, pourquoi Tucker Carlson mentirait sur ces informations ? Il a un accès direct à des responsables de premier plan aux États-Unis, dans tous les États du Golfe et en Russie. Je pense que Tucker Carlson fait de la politique. Ce qui est extrêmement triste, voire tragique, c'est qu'on ne peut pas affirmer de manière définitive un personnage comme Donald Trump, avec tout le début de l'émission qu'on vient de faire, où on a commenté son attitude et sa rationalité, voire son irrationalité, qu'il n'a pas envisagé d'utiliser une arme tactique contre le monde de la pioche et que Tucker Carlson est en train de dire : « Si vous faites ça, sachant que nous, les Américains, sommes le seul pays au monde à avoir ouvert cette botte de Pandore, qui serons-nous pour dire aux Russes de ne pas l'utiliser en Ukraine ?
Qui serons-nous pour dire aux Indiens de ne pas les utiliser contre le Pakistanais ? Qui serons-nous pour dire aux Iraniens de ne pas développer la leur pour les utiliser contre les Israéliens et contre les États du Golfe ? » Donc, voilà pourquoi tout à l'heure, je disais que ces images, elles vont mal vieillir et que Donald Trump, je le redis, oui, est potentiellement dangereux. Je suis d'accord avec tout ce qui a été dit. Plus dangereux s'il perd les élections, plus dangereux parce qu'il sera défait ?
Il est ontologiquement dangereux. Pourquoi est-ce qu'il est dangereux sur l'Iran ? Précisément parce qu'il a gagné, pense-t-il, au Venezuela. C'est ça qui l'a rendu dangereux sur l'Iran. Si l'opération militaire au Venezuela s'était mal passée, je ne pense pas que Donald Trump serait allé avec autant de légèreté s'attaquer au régime des Mollahs. Donc, se dire qu'un Donald Trump qui garde le Sénat, voire qui, contre toute attente, garde la chambre, est un Donald Trump apaisé qui ne fait rien, ça me paraît être un pari hasardeux.
En tout cas, Donald Trump en difficulté dans les sondages, c'est pouvoir compter sur une base de fidèles qui défendent encore bec et ongles son bilan à la Maison-Blanche, persuadés que l'Amérique est plus forte que jamais. Et vous allez les entendre, certains d'entre eux se préparent déjà, on en a un peu parlé, à contester une éventuelle défaite qui ne pourrait être que le résultat de fraude des démocrates, selon eux. Reportage dans Pennsylvanie de Juliette Perrault et Ariane Morrison.
Son amour de l'Amérique, Bill Allen l'affiche partout et en parle tout le temps.
J'ai installé ce drapeau en hommage à l'Amérique.
Face à cette idéologie libérale qui veut se débarrasser de notre drapeau, de notre Constitution et réécrire notre histoire, je veux que les gens sachent que je tiens bon.
Ancien salarié d'un géant de la sidérurgie, le retraité de 73 ans est un fidèle soutien de Donald Trump depuis sa première élection, convaincu que le président honore sa promesse de rendre sa grandeur à l'Amérique.
Sur les droits de douane, regardez ce qui s'est passé avec Macron. Quand Trump a dit : « Hey, je vais taxer votre vin et votre champagne », tout à coup, Macron a dit : « D'accord. » Il redonne du pouvoir d'achat à la classe moyenne. Il relance l'industrie américaine et donc la possibilité de reconstruire une classe moyenne.
Une interprétation très personnelle de l'actualité économique.
Regardez, c'est Trump.
La passion de Bill pour Donald Trump est presque sans limite.
Nous transférons le pouvoir depuis Washington DC pour vous le rendre, à vous, le peuple.
Qu'importe l'inflation et la hausse des prix de l'essence aux États-Unis.
Je pense que si les gens allaient en Europe, ils se rendraient compte que le prix de l'essence chez nous n'est vraiment pas si élevé. Les gens devraient arrêter de se plaindre et prendre conscience qu'on vit bien ici, qu'on a plus de liberté qu'ailleurs dans le monde.
La liberté, au cœur de la rhétorique trumpiste, associée, entre autres, au droit de porter une arme. Ces tireurs partagent un point commun : tous sont d'ardents défenseurs du second amendement.
C'est de la protection. On a le droit de protéger nos familles. De se protéger nous-mêmes. C'est tout simplement quelque chose qui fait partie de nous. C'est ancré dans notre Constitution, notre pays. Ce que disent les démocrates sur le sujet est effrayant.
Une Amérique qui craint pour sa survie. Cet après-midi-là, une poignée de supporters MAGA se sont donné rendez-vous pour échanger sur la campagne. Sheila est obnubilée par la question de l'immigration.
Si tu sais que tu n'as pas ta place dans ce pays, alors pourquoi tu t'accroches ? L'immigration est un enjeu important, car cela nous coûte de l'argent. Ce sont des ressources qui ne sont pas consacrées aux services publics et aux familles qui en ont besoin.
Bill, lui, est animé par une autre peur viscérale : se faire voler les élections de mi-mandat, comme la présidentielle de 2020, dit-il. Pour lui, la violence est toujours du côté démocrate.
Tout le monde se souvient du 6 janvier au Capitole. Si vous y étiez, vous vous en souvenez. Moi, j'y étais. Je me souviens d'un policier qui a enjambé la clôture et a donné un coup de poing au visage d'une femme. Je l'ai aidée à se relever. Elle s'est remise debout, puis il est revenu et l'a frappée à nouveau. J'ai peur que les démocrates provoquent de nouvelles émeutes. J'ai peur qu'ils tentent à nouveau de limiter notre droit de vote et de fausser le résultat, car rien n'a été réglé depuis l'élection de 2020.
Une certaine vision de l'histoire. Aujourd'hui, moins de 20 % des Américains se réclament du mouvement MAGA.
Qui sont les MAGA qui ont déserté le trumpisme ?
Tucker Carlson, par exemple, vous en parliez, qui lui dit qu'en réalité, le MAGA, c'est une fiction, ça n'a jamais existé. D'ailleurs, Donald Trump dit lui-même : « MAGA, c'est moi. » Ce qui veut dire que s'il est défait, notamment dans ce mandat, eh bien, c'est, voilà, la matière même MAGA qui est défaite. Juste pour comprendre, Tucker Carlson, c'est rien que sur X, c'est 17,9 millions de followers. Emmanuel Macron, c'est 11, c'est dans l'air, c'est 124 000. Donc, vous voyez là tout de suite la puissance.
Oui, mais ils sont très puissants, ceux-là.
Tout n'est pas qu'une affaire de quantité, évidemment, mais c'est juste pour illustrer la force de frappe médiatique et numérique qu'il a quand il véhicule des messages. Donc, il est clairement en train d'en véhiculer. Je pense qu'il cherche à infliger justement une claque majeure à Donald Trump, parce qu'il estime, et j'en termine par là, qu'il a trahi les promesses MAGA.
Sur quoi ?
Le coût de la vie. Pas de guerre au Proche-Orient. Et ensuite, Tucker Carlson est très actif sur le sujet du génocide à Gaza. Et ça, c'est une manière aussi de secouer la gauche démocratique et de chambouler.
Le soutien à Israël, oui.
Voilà, les fractures traditionnelles qu'il y avait entre les deux camps, mais aussi à l'intérieur même des camps.
À l'époque, on faisait beaucoup d'émissions sur l'affaire Epstein. Ça a laissé des traces aussi. Vous le mettez dans les sujets qui ont pu, à un moment donné, créer une forme de divorce.
Il y avait une époque où « C'est dans l'air » et, à juste titre, traitait cette affaire deux à trois fois par semaine. Elle est immense. Où sont les réponses ? Où est toute la lumière ? Beaucoup des électeurs MAGA, pour des raisons d'identification avec certaines des victimes, restent très attachés à ce que la lumière soit faite. C'est une promesse qui n'a pas été tenue. Les guerres interminables au Proche-Orient, promesse non tenue. Réduire le coût de la vie, et notamment celui de l'essence, promesse non tenue, non seulement non tenue, mais aggravée par les guerres interminables au Proche-Orient.
Et les droits de douane. Je peux poser une question ? Est-ce que l'immigration... Parce que je vous sens enthousiaste. Je vais vous donner la parole dans un instant. L'immigration, par exemple, ICE, on en a beaucoup parlé. Ces officiers de l'ICE qui allaient à la sortie des supermarchés, etc. Est-ce que ça, c'est encore soutenu par l'électorat trumpiste ? Est-ce que c'est encore une carte qu'il peut jouer ?
C'est beaucoup moins soutenu. Encore une fois, l'espèce de base presque fanatique religieuse autour de Donald Trump, pour eux, de toute façon, quoi que fasse Trump, c'est bien. En revanche, par exemple, des électeurs qui ont été très importants dans la dernière élection présidentielle pour Trump, ce qu'on appelle les Hispanos, les Hispaniques, les électeurs d'origine des pays d'Amérique centrale ou d'Amérique du Sud, là, visiblement, d'après les premières indications du vote par correspondance, 54 millions d'Américains ont déjà voté, dont Donald Trump, qui est très confronté.
Et le pape.
Et le pape, bien entendu. Mais les hispanophones se sont massivement rendus au vote par correspondance, beaucoup plus que les dernières fois, ce qui pourrait indiquer... En tout cas, les instituts de sondage montrent que les Hispaniques ont été extrêmement choqués par les méthodes de ICE. Tout simplement parce que certains d'entre eux ont vu des gens de leur famille qui étaient là depuis 10 ans, tout d'un coup, renvoyés par avion charter au Nicaragua. Enfin, je dis avion charter, quand ils avaient de la chance, c'était souvent des avions militaires au Nicaragua, dans des pays...
Pire.
Ou pire. Donc, il y a quand même eu toutes les dérives de ICE. C'est ces images qu'on a commentées aussi ici, de ces policiers de ICE arrêtant des gamins dans la rue, tuant des gens à Minneapolis. Enfin, ce n'est quand même pas rien. Il y a eu des meurtres faits par erreur et qui ont, d'ailleurs, subi très peu d'enquêtes. Donc, le monde républicain... Je termine juste là-dessus. Il y a un autre personnage, on a parlé de Tucker Carlson, c'est Steve Bannon, qui est l'un des grands théoriciens de Donald Trump. C'est quand même celui qui a...
Premier mandat.
Du premier mandat, mais l'intellectuel, on va dire, autour, qui est un idéologue de l'extrême droite, très important. Il annonçait il y a quelques jours, je crois que c'est dans The Economist, si je ne dis pas de bêtises, qu'au lendemain de cette élection, le parti républicain allait se déchirer entre, justement, les extrémistes pro-Trump et un parti républicain plus ancien, plus reaganien, qui ne veut pas de toutes ces dérives et que notamment ICE a été une grande ligne de fracture.
On entendait à la fin de ce reportage ce trumpiste qui disait : « Au fond, de toute façon, on est très, très inquiets parce qu'il va y avoir une fraude électorale. » Lorsqu'on interroge Donald Trump sur le sujet, est-ce que vous respecterez le scrutin, les résultats du scrutin ? Il dit : « Oui, s'il est honnête. » Et il dit : « En cas d'échec électoral, je deviendrai probablement monsieur veto. » Et on a cette question ce soir de Catherine : s'il perd les élections de mi-mandat, Donald Trump va-t-il encore crier au complot ?
Oui, c'est clair. Il a crié préventivement. Depuis même son élection, il explique qu'il y a de la fraude tout le temps, que les non-citoyens votent. Alors que, je répète, il y a des études sérieuses qui montrent que le nombre d'inscriptions par erreur sur les listes électorales, c'est 0,00, je ne sais plus combien de zéros. On parle d'une personne sur 500 000 électeurs. Et le risque, c'est que ça va priver de droit de vote des gens qui ont peur, qui ont peur de toutes ces menaces. Donc, non seulement il crie à la fraude, mais il utilise, il instrumentalise le ministère de la Justice pour menacer les personnels électoraux en disant : « Et si vous faites telle chose, vous irez en prison.
» Et puis, il a même... Enfin, il fait des procès. C'est-à-dire qu'il se sert du ministère de la Justice, qui est censé protéger le droit de vote et être impartial, pour poursuivre ses buts. Donc, il fait intenter au ministère de la Justice et au ministre de la Justice qui est à ses ordres, Todd Blanch, une action en justice contre l'Alaska. Et à cause de ces deux noms dont on a parlé, préventivement, il dit : « Il ne faudra pas certifier l'élection si on pense que certaines personnes ont été induites en erreur à cause des deux. » Sauf qu'un juge, hier, a dit : « Non, non, non, pas question.
Il ne pourra pas faire cela. » Même chose en Californie. Le département de la Justice a envoyé un petit disque dur en disant : « Voilà, là, il y a 20 000 personnes, on pense qu'ils ne sont pas citoyens, ils ne devraient pas voter, vous devez vérifier. » La Californie a refusé. Là aussi, un juge a dit : « Vous aviez raison. »
Donc, il enjambe le scrutin en disant : « On verra s'il y a des malversations, des fraudes. » Et dans le même temps, il dit : « De toute façon, même si je perds, je serai monsieur veto. » Ça veut dire quoi, ça ?
Il sera de toute façon. Il ne peut rien faire pour les élections.
Pardon.
Le champ du pouvoir exécutif, donc du pouvoir du président, a été très élargi par la Cour suprême, où il y a une majorité de juges conservateurs, puisque Trump, un, en avait nommé trois lors de son premier mandat. Mais encore une fois, ce qu'on voit depuis le début de ce second mandat, c'est un président qui déborde, enfin, qui outrepasse, qui ne respecte pas les institutions de son pays. Donc, il est évident que même si les démocrates gagnent la Chambre des représentants, ce qui est probable, et peut-être même, peut-être même le Sénat, Donald Trump continuera à faire du Trump, et en particulier vis-à-vis de l'Ukraine et vis-à-vis de l'Europe.
Et c'est là où, pour répondre à la question d'un téléspectateur tout à l'heure : « Pourquoi est-on tellement préoccupé ou inquiet de ces élections ? » C'est parce qu'on a vu à quel point Donald Trump est totalement désinhibé et qu'il y a, encore une fois, cette menace d'une nouvelle guerre.
Dans le camp démocrate, on en a un petit peu parlé ensemble tout à l'heure, on voit émerger dans cette campagne une nouvelle génération d'élus plus offensifs sur les problématiques du quotidien des Américains, persuadés que les questions identitaires et du wokisme en général font désormais moins recette dans les urnes. Reportage dans le New Jersey, Juliette Perrault et Ariane Morrison.
Le New Jersey, un État qui vote traditionnellement à gauche et où de nouvelles figures politiques émergent. Adam Hamaoui incarne la nouvelle génération de démocrates, un novice en politique, jusque-là plutôt habitué à sauver des vies.
À l'origine, j'étais chirurgien de guerre au sein de l'armée américaine. Et après mon service, je suis venu m'installer ici. J'ai aussi travaillé comme bénévole partout dans le monde, dans des zones de guerre.
Un profil atypique.
Salut. Comment ça va, les gars ? Merci d'être venus.
Et un programme qui se veut pragmatique pour couper court aux accusations de wokisme qui visent le parti.
Quand on vous posera des questions sur moi, dites bien que je suis un ancien combattant, un médecin, un père de famille, que je me bats pour les soins de santé, contre les bombes, pour abolir l'ICE et pour rétablir l'économie.
Ici comme ailleurs, pas besoin d'aller bien loin pour trouver des Américains en quête de réponse à leurs problèmes quotidiens.
Je suis venu ici pour faire le plein, car c'est beaucoup moins cher qu'ailleurs. Ouais, c'est dingue. L'argent devrait servir à aider les gens d'ici, pas à provoquer de nouvelles guerres qui font grimper les prix de l'essence. Ça, c'est clair. Moi, j'ai voté Trump, mais il a menti. J'ai voté pour lui et depuis, j'ai retenu la leçon. Aujourd'hui, on ne m'y reprendra pas. Bonjour. Comment allez-vous ?
Moi, ce qui me préoccupe, c'est l'ICE et ses répercussions sur les membres de notre communauté. Je suis enseignante et je travaille avec beaucoup d'élèves issus de familles d'immigrés ou qui sont eux-mêmes immigrés. C'est une période angoissante pour les enseignants. Ces deux dernières années, j'ai été déçue par bon nombre de campagnes démocrates, parce qu'ils ne combattent pas de façon assez concrète les idées auxquelles je suis opposée. Une critique comprise et même partagée par Adam Hamaoui.
Les demi-mesures et les tentatives de jouer sur différents tableaux n'ont pas porté leurs fruits au fil des ans. Et c'est pour ça que nous prenons du retard. Rien ne se passe si on n'essaie pas vraiment d'être audacieux et d'aller de l'avant.
Le parti démocrate a gauche toute, incarné par de nouveaux visages : Abdoul El-Sayed, Ilan Omar ou encore le maire de New York, Zohran Mamdani. Des personnalités politiques soutenues par un courant, les démocrates socialistes.
Bienvenue à l'Assemblée générale des socialistes démocrates d'Amérique. Est-ce qu'on peut applaudir les nouveaux venus ?
Ce soir-là, ils sont une cinquantaine réunis pour parler des questions internationales.
La situation en Palestine et plus largement au Moyen-Orient est effroyable, dévastatrice, et nous voulons agir concrètement.
Mais aussi de la stratégie à adopter pour conquérir de nouveaux électeurs. Pour Cheyenne, vendeuse de 28 ans, cela ne se fera pas forcément sur la question des valeurs. Pour regagner la confiance de la classe ouvrière, il faut d'abord leur montrer que nous sommes comme eux. Regardez mes mains. Je travaille tous les jours, je fais partie de cette classe ouvrière. Nous défendons les mêmes choses : une meilleure qualité de vie, plus d'équité, un système de santé accessible à tous et une justice qui protège les citoyens plutôt que de les punir. En résumé, nous voulons tous les mêmes chances de vivre dignement.
Et c'est en leur disant ça qu'on peut convaincre les gens. Un discours qui a d'ores et déjà convaincu Oscar, qui s'engage pour la première fois dans une campagne.
Vous savez, moi, j'ai 31 ans. J'ai été témoin des attentats du 11 septembre, j'ai traversé la pandémie de Covid-19 et la crise de 2008. Le rêve américain n'a été un rêve que pour les riches, pour le travailleur moyen qui se débat pour joindre les deux bouts. Les sacrifices qu'il faut consentir sont inhumains.
Une jeunesse animée par un besoin viscéral de changement et qui compte bien s'émanciper de l'establishment démocrate.
Il est intéressant ce reportage. Trump 1 et Trump 2, c'était le pouvoir d'achat. Il parlait à cette Amérique qui avait du mal à boucler les fins de mois. Aujourd'hui, les démocrates arrivent à toucher cet électorat-là ?
Parce que je crois, par effet miroir, c'est mon analyse, qu'il y a un parallèle à faire avec ce qu'on a appelé le Tea Party en 2010, qui était l'opposition radicale de droite qui a préparé le chemin pour l'arrivée d'un candidat national populiste comme Donald Trump, en s'opposant fermement aux mesures économiques de Barack Obama et en sémant la zizanie à l'intérieur du parti républicain. Ils ont chamboulé le parti républicain de l'intérieur en le phagocytant.
La différence, c'est qu'il y a moins de candidats dits « DSA », donc les socialistes comme ceux qu'on a vus aujourd'hui. Mais on voit se dessiner une ligne de fracture comparable. Et effectivement, la compréhension qu'il y a des connexions qui peuvent être faites entre l'argent dépensé à l'étranger, soutien financier à Israël, guerre interminable, complexe militaire industriel et les fins de mois qui sont difficiles à boucler, c'est le mot d'ordre de ces gens qui disent : « Mais est-ce qu'on ne peut pas juste financer nos écoles, nos routes et une couverture santé universelle ?
»
Mais le centre de gravité, le parti démocrate, ce n'est pas un parti à la française, quoi qu'on pense de l'état de nos propres partis politiques. C'est un grand chapiteau, ce qu'ils appellent le « big tent », avec plusieurs courants, historiquement plusieurs courants qui sont d'accord en général.
On l'a connu ça aussi au PS, les courants, les...
Mais dans la tradition du parti démocrate, et là, ce qu'on voit, il y a effectivement cette aile gauche qui, générationnellement, représente un renouveau avec le vieux Bernie Sanders comme figure de proue, mais vous avez un électorat centriste représenté en particulier par ce James Talarico, qui est un ancien étudiant en théologie presbytérienne au Texas, qui, lui, se bat justement sur l'enjeu de la corruption, etc.
Ce n'est pas du tout le même genre que ce qu'on vient entendre là. Et vous avez des démocrates encore beaucoup plus centre-droit, dirions-nous, qui se présentent aussi. Donc, c'est très, très différent, même si les figures qui émergent, dans certains cas, comme El Sayed dans le Michigan, sont nettement plus à gauche que le centre de gravité du parti démocrate.
Ce qu'on entendait aussi dans ce reportage, c'est l'idée de dire : « On va se concentrer sur les problèmes des Américains et peut-être prendre un petit peu de distance avec cette campagne qu'avaient pu faire les démocrates sur les questions identitaires qu'on va appeler le wokisme. »
C'était l'échec de la campagne de Kamala Harris, en fait, qui a elle-même cru à ce wokisme, enfin, à cette campagne centrée sur les questions de genre, sur les questions d'identité culturelle, qui était très loin des préoccupations des Américains. C'était des préoccupations très californiennes, en fait, ramenées à Washington. Elle était elle-même élue de Californie et poussée par un certain nombre de démocrates, d'ailleurs, qui, depuis, ont fait leur mea culpa. La sénatrice de l'État de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, qui a elle-même dit, alors qui est un peu l'égérie d'une partie de ce mouvement-là, et qui a dit : « On a fait une erreur.
» Et le fait d'admettre cette erreur a aussi permis de libérer la parole et surtout d'avoir des candidats qui sont assez différents. Parce que Christine Occren vient d'en citer, il y a aussi, par exemple, une femme en Arizona qui s'appelle Joanna Mendoza, ancienne marine, marine au sens militaire, pardon, américaine, 17 ans de carrière en Irak, en Afghanistan, qui elle-même est mère célibataire, qui est queer, qui l'assume et qui a grimpé dans les sondages comme ça, très loin du centre du parti démocrate. Mais en fait, d'avoir laissé des personnalités émerger un petit peu comme ça, localement, a montré qu'il y a différents courants au sein...
Ils vont avoir, s'ils gagnent, énormément de mal à réunir tout ce qu'on a autour d'une table.
Dernière question. Est-ce que ça veut dire qu'il y a des personnalités qui émergent avec des singularités que vous avez bien expliquées les uns les autres ? Est-ce qu'il y a une figure qui est en train d'émerger dans cette campagne, une figure qui pourrait incarner les démocrates ?
Peut-être Janosov et Talarico, mais c'est un petit peu tôt pour le dire. Peut-être Oussor aussi.
C'est qui ?
Alors, Oussor est en Géorgie, il a été élu. Il doit... He's running for reelection. Il essaie de se faire réélire. Il est bien parti. Et lui aussi fait campagne sur le coût de la vie, les liens avec la corruption. Il est assez confortable pour parler de religion. Ce qui est intéressant, c'est qu'on a plusieurs candidats démocrates qui sont capables de parler de leur relation avec la foi, alors que les démocrates étaient dépeints par les républicains comme étant d'épouvantables laïcs qui détestaient et Dieu et la religion.
Nous revenons maintenant à vos questions. Ça vous fait déjà rire, la question, parce que vous l'avez vue s'afficher. Question de Jean-Paul dans le Var. J'ai le même âge que Donald Trump. Comment fait-il pour être en forme ? C'est vrai qu'il est en forme. 80 ans ?
Parce qu'il a des problèmes psychologiques graves. Il perd un peu la boule, le président des États-Unis. C'est quand même très, très frappant. Il s'endort en réunion. Alors, les gens dans le courant vert...
Il fait 30 meetings en 32 meetings en 10 jours.
Avant cette campagne. Donc, c'est sidérant. Comme il a transformé le bureau ovale en studio télé, donc on le voit en direct, il s'endort. Alors, les gens derrière lui font semblant de ne pas voir qu'il s'endort. Il y a des scènes tout à fait sidérantes. Néanmoins, c'est vrai qu'il est très en forme. C'est un encouragement pour tous les vieux.
Ça m'est déjà arrivé de m'endormir en réunion.
Oui, mais vous n'êtes pas encore président des États-Unis.
Non, bien sûr.
Et vous êtes capable de faire des preuves.
Allez-y, allez-y. Non, non, juste pour dire que moi, je pense que ce n'est pas un secret que je ne suis pas un grand fan de Donald Trump. Je pense qu'il est dangereux, mais il faut constater qu'il est biologiquement au-dessus de beaucoup de normes établies pour des gens qui ont son âge et surtout son style de vie.
La Chambre des représentants pourrait-elle basculer dans le camp des démocrates ?
Oui, presque certain. La seule question, c'est petite majorité ou grande majorité.
Que risque personnellement Donald Trump en cas de défaite aux élections de mi-mandat ?
Rien.
Rien a priori, sauf des procédures, s'il perdait largement la Chambre des représentants et le Sénat, des procédures, y compris des procédures d'impeachment, mais qui sont extrêmement longues et qui, d'une certaine manière, vont le galvaniser. Donc, il n'est même pas sûr que les démocrates les lancent parce que ça le remettrait au centre du jeu. Mais il ne risque rien d'autre que de quitter le pouvoir dans deux ans par la petite porte.
Il a d'ores et déjà dit qu'il protégerait Elon Musk si les démocrates lancent des enquêtes contre lui.
C'est le ministre de la Guerre, le fameux excès de la testostérone, etc. Lui, il est clairement dans la ligne de mire des démocrates.
Et en plus, question d'Annick.
À Trump, pardon, parce que ça lui permettrait de faire porter la responsabilité de l'échec de la guerre en Iran.
Question d'Annick. L'enrichissement de Donald Trump et de ses proches depuis deux ans est-il pris en compte par les Américains ou est-ce considéré comme une chose normale ?
Non, c'est pris en compte. Vous l'avez cité, Fox News, et ça a été très remarqué et commenté, note qu'une des premières préoccupations, sinon la première dans ce sondage en particulier, c'est la corruption. Parce que les fins de mois sont difficiles, que le galon de diesel, il est à 6 dollars, que la dette du pays, elle est à 40 000 milliards, bientôt 42, et qu'en attendant, il y en a. Donald Trump et ses proches et Christine Occren t'as rappelé ce chiffre qui est monstrueux et qui est en milliards, qui s'en mettent plein les poches. Il n'y a pas très longtemps sur C dans l'air et j'en termine par là, on commentait le fait qu'un des fils se faisait payer son mariage par un oligarque russe sous sanctions.
C'est un exemple parmi énormément. Et au bout d'un moment, ça fait trop pour pas mal de monde.
Question de Didier. Dans l'Ain, on annonçait la défaite de Benjamin Netanyahu aux dernières élections en Israël et il n'a pas perdu. La même chose est-elle envisageable pour Donald Trump ?
Oui, c'est un peu différent, parce que d'abord, Netanyahu n'a pas gagné non plus. Il n'a pas perdu, mais il n'a pas gagné. On va voir dans les jours qui viennent comment se constitue un gouvernement en Israël. Il a quand même perdu beaucoup de sièges à la Knesset, donc c'est plus difficile pour lui. Mais effectivement, il faut faire très, très attention aux sondages dans des élections très particulières qui, encore une fois, comme vous le rappeliez, englobent tellement de sujets qu'il est possible que la victoire des démocrates à la Chambre soit trop petite pour qu'il y ait un vrai changement.
Est-ce qu'il y a des États qu'il va falloir vraiment surveiller ?
Oui, il y en a. Bien sûr, le Kansas, l'Iowa, la Louisiane, le Texas.
Le Michigan.
Le Michigan.
Le Maine.
L'Alaska.
Bon, ok, on va surveiller tout ça. Question de...
Il y a un commentateur américain, un grand analyste politique qui a dit : « Pour cette élection, toute l'Amérique est un swing state. » Je trouve que c'est assez intéressant.
Si son parti perd le contrôle du Congrès, Donald Trump pourra-t-il intervenir en Iran pour détruire le régime actuel comme il le promet ?
Théoriquement, les démocrates pourraient agir, mais déjà, ils vont commencer à siéger qu'en janvier. Et en fait, le problème, Gallagher le dit bien, il est commandant en chef et s'il décide d'utiliser ses dernières cartouches, si j'ose dire, et d'attaquer l'Iran, il peut le faire. Je ne vois pas... Le Congrès n'a pas le moyen d'emprisonner Exet ou de confisquer.
Il tient les commandements rouges.
Et les militaires. C'est vrai que les militaires qui avaient le plus de bouteilles ont été limogés. Et même en les menaçant de cour martiale, peut-être vont-ils obéir.
Question de Jonathan dans le Rhône. Donald Trump passe déjà par-dessus les institutions et il est contre-pouvoir. Sa défaite ne changerait rien. Pire, il pourrait s'énerver.
Oui, il va s'énerver. On le voit déjà. Il est déjà dans l'anticipation de cet énervement.
Merci à tous les quatre. C'est la fin de cette émission. On se retrouve demain en direct pour un nouveau C dans l'air. N'oubliez pas que C dans l'air commence avec C dans l'air l'invité à 17 h 25. Et puis, vous pouvez nous réécouter quand vous le souhaitez. Retrouvez nos podcasts sur toutes les plateformes d'écoute.
Et pour le replay vidéo, c'est sur france.tv, bien évidemment. À bientôt.
C dans l’air du 2 novembre 2026 - Midterms : Donald Trump peut-il perdre ?
Près de 250 millions d'Américains sont appelés aux urnes pour les élections de mi-mandat décisive pour les Etats-Unis mais pas seulement. L'avenir du second mandat de Donald Trump se joue alors que son parti pourrait perdre le contrôle du Congrès.
Car le président des États-Unis, qui, il y a deux ans, défendait un nouvel âge d’or de l’Amérique dans son discours prononcé depuis la Rotonde du Capitole, promettant aux Américains d’être riches à nouveau, connaît une impopularité historique — 60 % selon un sondage publié dimanche par NBC News — dans une Amérique durement touchée par la flambée des prix de l’énergie déclenchée par la guerre avec l’Iran. Alors, pour tenter de déjouer les enquêtes qui donnent son parti en très mauvaise posture, Donald Trump s’est démultiplié ces dernières semaines à travers le pays. Hier, il était dans l’Iowa et au Kansas, deux États où les candidats qu’il soutient sont menacés. Et, comme souvent dans cette campagne, le président des États-Unis a multiplié les provocations, maniant l’injure, la vulgarité et la menace, avec un objectif : mobiliser sa base MAGA, alors que celle-ci semble de plus en plus traversée par les divisions. Guerre en Iran, coût de la vie, affaire Epstein : plusieurs sujets mettent à l’épreuve l’unité du mouvement réuni autour de Donald Trump. Nos journalistes sont allés en Pennsylvanie à la rencontre des soutiens du président des États-Unis, bien décidés à voter pour lui ce 3 novembre.
Côté démocrate, c’est l’espoir qui domine. Les sondages de ces dernières semaines montrent en effet une forte progression de leurs candidats, y compris dans des États marqués à droite. Et si l’ampleur de la vague bleue reste incertaine, notamment en raison du redécoupage des circonscriptions électorales encouragé par Donald Trump, les démocrates espèrent ravir la Chambre des représentants. Au Sénat, en revanche, le suspense reste entier. Une chose est sûre : plusieurs candidats démocrates dans des États traditionnellement républicains se sont déjà fait remarquer. C’est le cas de Jon Ossoff, sénateur sortant de Géorgie, de James Talarico, candidat au poste de sénateur du Texas, ou encore d’Abdul El-Sayed, candidat dans le Michigan. Trois personnalités symboles d’une nouvelle génération de démocrates qui a émergé pendant cette campagne.
Nos experts :
- GALLAGHER FENWICK - Éditorialiste de politique internationale
- LUCAS MENGET - Grand reporter, spécialiste des relations internationales
- CHRISTINE OCKRENT - Journaliste, productrice de l’émission Affaires étrangères - France Culture
- ANNE DEYSINE - Juriste et politologue, spécialiste des États-Unis, auteur de La Cour suprême des États-Unis. Droit, politique et démocratie
PRESENTATION : Caroline Roux - Aurélie Casse - REDIFFUSION : du lundi au vendredi vers 23h40.
PRODUCTION DES PODCASTS: Jean-Christophe Thiéfine
RÉALISATION : Nicolas Ferraro, Bruno Piney, Franck Broqua, Alexandre Langeard, Corentin Son, Benoît Lemoine
PRODUCTION : France Télévisions / Maximal Productions
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