Transcript of Henriette d'Angleterre, la princesse au destin tragique

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Episode summary

This episode of Au Cœur de l'Histoire traces the life of Henriette d'Angleterre, an English princess who became Duchess of Orléans at Louis XIV's court. Franck Ferrand covers her exile in France, her strained marriage, and the rumoured attachment to the king.

Historian Jean-Christian Petitfils joins him to discuss her secret diplomatic mission to England for her brother Charles II. The episode then examines her sudden death at 26 in 1670, weighing contemporary accounts of poisoning against the autopsy evidence.

Listeners will learn how a princess became a political negotiator.

In this episode Franck Ferrand, Jean-Christian Petitfils

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Speaker 100:00:01

Europe 1.

Speaker 200:00:05

Vous allez écouter un épisode d'Au Cœur de l'Histoire, raconté par Franck Ferrand, issu des Archives d'Europe 1. Bonne écoute.

Speaker 100:00:20

Europe 1, 14 h-15 h, Au Cœur de l'Histoire.

Speaker 200:00:28

Franck Ferrand.

Franck Ferrand00:00:32

Été 1646. Sur un bateau, au milieu de la Manche, imaginez une femme accompagnée d'un enfant fragile, un enfant de 2 ans seulement. On peut imaginer son soulagement alors que les côtes françaises finissent par approcher. Pour elle, le cauchemar va finir. Comme d'autres, à cette époque, elle est en train de fuir l'Angleterre. Je vous ai dit qu'on est en 1646, le pays est en pleine guerre civile, les choses sont en train de tourner mal pour le roi Charles Ier, un Stuart qui fait face à l'armée parlementaire en révolte.

Mais notre voyageuse n'est pas tout à fait comme les autres fugitifs. Elle a une responsabilité particulière, car l'enfant qu'elle a avec elle n'est autre que la dernière fille du roi, prénommée Henriette, dont elle est la gouvernante. Pour quitter l'Angleterre, elle a dû se grimer en campagnarde, elle a dû faire passer Henriette pour un petit garçon. On connaît toutes ces histoires de fuite pendant les révolutions et les guerres civiles. Alors, elle est en train maintenant de poser le pied sur le sol français, cette gouvernante en fuite, et le danger peut sembler derrière elle.

Elle n'a plus qu'à rejoindre la reine d'Angleterre, Henriette Marie de France, qui, elle, est exilée depuis plusieurs mois dans son pays d'origine. Quand Henriette Marie voit arriver sa petite fille, sa petite Henriette, avec la gouvernante, elle n'est pas enchantée. Pour tout vous dire, elle aurait voulu, semble-t-il, qu'elles restent toutes deux en Angleterre. Il faut dire que la situation en France d'Henriette Marie n'est pas simple non plus. Bien entendu, en tant que tante du petit roi Louis XIV, elle a été reçue par la famille royale, mais elle sent bien que sa présence sur le territoire français embarrasse tout le monde.

Et pour ne rien arranger, au fil des mois, Charles Ier a vu sa défaite se préciser. Et n'oubliez pas qu'en France, on ne va pas tarder à connaître nous aussi une crise terrible, avec la fronde, bien entendu. C'est ainsi, d'une certaine façon, que la reine d'Angleterre et sa petite fille, ayant fui une guerre civile, vont se retrouver au milieu d'une autre. Or, quand, en 1649, Anne d'Autriche — Anne d'Autriche, c'est évidemment la mère de Louis XIV, la régente du royaume — quand Anne d'Autriche se voit obligée, par les désordres, à organiser la fuite de la famille royale de Paris, elle ne prend pas le temps d'aller prévenir les deux Henriettes.

Inutile de vous le dire. Simone Vertier raconte : « On les oublie au fond du Louvre, où elles passeront tout le siège de Paris sans ressources, trouvant à peine de quoi manger, incapables d'acheter le moindre fagot. Pour ne pas mourir de froid, la fillette restait nuit et jour enfouie dans son lit sous les couvertures. Les deux femmes étaient seules à Paris lorsque leur parvint, avec 10 jours de retard, la nouvelle de la mort de Charles Ier, le mari de l'une et le père de l'autre.

» On a tranché le col du père de la petite Henriette. L'Angleterre est en train de devenir une république. La petite princesse, inutile de vous le dire, politiquement ne pèse vraiment plus grand-chose. Or, en France, la fronde finit par être vaincue par le pouvoir royal, mais au prix d'une guerre épuisante contre un certain nombre de seigneurs révoltés. Et puis, la guerre qui se poursuit contre l'Espagne, bien entendu. Il faut que nous ménagions Cromwell, le nouveau maître de l'Angleterre. Il faut absolument que l'Angleterre reste neutre. Si jamais elle allait s'allier avec nos ennemis, vous imaginez ce qui se passerait.

Ça signifie ne pas aider trop ouvertement les restes de la famille royale anglaise. Ce qui fait que nos deux Henriettes, décidément, ne sont pas bien traitées. La reine Anne d'Autriche essaie quand même d'être gentille, elle leur offre l'asile, bien sûr. Et la reine d'Angleterre, déchue, pauvre maintenant, s'installe chez les visitandines de Chaillot. C'est là que la petite Henriette, qui au passage est devenue catholique, notez-le bien, va recevoir une éducation absolument parfaite. Chez les visitandines, on reçoit une éducation soignée.

Ça ne veut pas dire une éducation riante, c'est autre chose. Les années passant, Henriette devient une petite fille un peu maigrelette. Elle a tendance à être un peu déconsidérée, disons-le, lorsqu'elle paraît à la cour. Louis XIV, qui lui est devenu un beau et fier jeune homme, méprise un petit peu cette cousine. C'est un peu la cousine gênante, vous savez. « Ah ben oui, elle est là. » En 1655, lors d'un bal privé, nous raconte Simone Vertier, voilà-t-il pas que le roi s'avise d'inviter en premier lieu la duchesse de Mercure, au lieu de commencer, selon les rangs, par la princesse d'Angleterre.

Franck Ferrand00:04:59

Colère d'Anne d'Autriche, intervention d'Henriette Marie, donc l'ancienne reine d'Angleterre, qui prétend que sa fille a mal au pied et ne peut danser, menace de suspendre le bal. Finalement, Louis fit danser sa cousine. Mais le soir, en privé, il répliqua aux reproches de sa mère qu'il n'aimait pas les petites filles. Elle avait 11 ans, mais lui, en avait déjà 17, et il les aimait bien, les jeunes filles, en revanche. À vrai dire, on ne sait pas trop quoi faire de cette petite princesse, vous l'aurez compris. Elle est quand même fille de roi. Dans les faits, l'avenir qui lui était promis a disparu complètement, en même temps que la couronne familiale.

Et si sa mère veut continuer à croire à une union avec Louis XIV, la réalité, c'est que même un mariage moins brillant que cela sera difficile à conclure pour la jeune fille. Du moins, jusqu'à un retournement de situation. Parce qu'en 1658, Cromwell meurt, et c'est le frère d'Henriette qui monte sur le trône d'Angleterre. C'est le roi Charles II. C'en est fini de l'éphémère république anglaise. Revoilà la monarchie, 1660.

Soudain, la petite adolescente redevient, évidemment, un parti intéressant pour recréer des liens entre Stuart et Bourbon. L'affaire ne tarde pas à être conclue. Henriette ne va pas épouser Louis XIV lui-même, qui, d'ailleurs, est en train d'épouser à l'époque l'infante d'Espagne. Mais on va lui donner la main du frère de Louis, de Philippe, Philippe d'Orléans. La jeune fille, qui a 16 ans à l'époque, se dit que c'est un retournement inespéré. C'est la joie, c'est la gloire.

Oh là là là là, si elle savait ce qui l'attend.

Speaker 200:06:38

Europe 1, Au Cœur de l'Histoire.

Speaker 100:06:41

Franck Ferrand. Et cet après-midi, Franck, vous nous parlez d'Henriette d'Angleterre. C'est la fille du roi Charles Ier Stuart, morte décapitée. Elle a grandi en exil en France, vous venez de nous le raconter. Et voilà que son frère est rétabli sur le trône, ce qui lui permet, à 16 ans, en mars 1661, d'épouser donc le frère de Louis XIV, Philippe d'Orléans. Ce Philippe, avant de continuer l'histoire, j'ai quand même une question à vous poser. C'est un personnage qu'on croise de temps en temps dans vos récits.

Franck Ferrand00:07:07

C'est quelqu'un qu'on appelle Monsieur.

Speaker 100:07:07

Voilà. Mais si je ne m'abuse, et avec mes souvenirs, il n'a pas le profil du mari idéal.

Franck Ferrand00:07:12

Mais je vois que vous avez regardé la série Versailles, en fait.

Speaker 100:07:15

Oui, j'ai adoré, d'ailleurs, l'actrice qui joue Henriette.

Franck Ferrand00:07:18

Ça dépend de quel point de vue. D'abord, c'est un très haut personnage. C'est un homme très intelligent, très cultivé, tout à fait séduisant. C'est un très beau garçon, bien qu'il soit assez petit, avec des yeux noirs absolument magnifiques. Le problème, c'est que Monsieur n'aime pas les filles et qu'il adore les garçons. Donc ça, ça ne facilite évidemment pas un mariage. En plus, c'est un personnage, j'allais dire, exubérant. C'est peut-être un peu excessif, mais en tout cas assez hors du commun et très, très égocentrique. Il ne pense qu'à lui, qu'à ses plaisirs, à ses bijoux, à ses rubans, et puis à ses mignons, bien entendu.

Il a autour de lui toute une cour de galants, ce qui ne l'empêche pas d'assurer consciencieusement son devoir conjugal. Qu'est-ce que vous voulez dire ? Il est prince de France, néanmoins. Alors, évidemment, ce qu'on attend de Monsieur et de la nouvelle Madame, c'est qu'ils agrandissent la famille royale. Après son mariage, Madame, qui entre parenthèses est la troisième dame de la cour, juste après la reine Marie-Thérèse, qui vient juste d'épouser Louis XIV, et puis la reine mère, Anne d'Autriche, bien entendu, qui va vivre jusqu'en 1666. Mais donc, Madame est la troisième dame de la cour.

Elle devient, disons-le, la première dans les divertissements. Elle est tellement plus brillante que les deux autres, incontestablement. On peut dire que le papillon est sorti de sa chrysalide. Elle n'est pas d'une beauté régulière, selon les canons de l'époque. Henriette, notamment, elle est un petit peu svelte, un petit peu frêle, si vous voulez. On aime les filles un peu plus en chair à l'époque. Mais elle a un charme. Elle avait les yeux noirs, vifs et pleins du feu contagieux que les hommes ne sauraient fixement observer sans en ressentir l'effet, dit un certain abbé de Choisy, dont nous parlions l'autre jour avec Evelyne Levert.

Ses yeux paraissaient eux-mêmes atteints du désir de ceux qui les regardaient. J'adore cette expression. Jamais princesse ne fut si touchante, ni n'eut autant qu'elle l'air de vouloir bien que l'on fût charmé du plaisir de la voir. C'est une séductrice, disons les choses. Henriette aime plaire. Elle possède, du reste, l'esprit qu'il faut pour cela. Elle est agréable, elle est fraîche, piquante quand il le faut. Elle sait parfaitement animer une conversation. On ne s'ennuie jamais en sa présence. Et croyez-moi, à la cour, où l'on s'ennuie tellement, qui est la capitale de l'ennui, quand même, évidemment, c'est très important d'être avec une personne qui sait animer les choses.

Alors, il y a quelqu'un qui a totalement changé d'avis à propos d'Henriette, qui, au début, ne la traitait de petite fille, vous vous rappelez, mais c'est Louis XIV. Le roi et sa belle-sœur deviennent de plus en plus complices en ce printemps 1661. Quand je dis de plus en plus, ça devient même un peu gênant, cette affaire. Il y a une espèce de jeu entre eux, de jeu de galanterie que tout le monde voit, bien entendu, car ils sont, j'allais dire, sous les projecteurs, vous m'excuserez, cet affreux anachronisme.

Ils vont partager de plus en plus de voyages, de jeux. Il y a quelque chose qui se crée. Vous savez, il leur manque, à l'un et à l'autre, beaucoup de charme dans leur mariage. Vous imaginez, pour le roi Louis, la reine qui peine à faire sa cour n'a vraiment pas de quoi enflammer son cœur. Quant à Henriette, bon, vous avez bien compris que Monsieur ne la regarde pas beaucoup. Donc, on peut comprendre qu'une affection se développe entre le roi et sa belle-sœur.

Tout ça va vite, bien entendu. C'est très visible. On commence à murmurer. Est-ce que Louis XIV est allé au-delà des bornes de la simple amitié ? Voilà ce que nous dit Jean-Christian Petitfils, qui est d'ailleurs avec nous dans ce studio, qui va pouvoir le confirmer dans un instant. On jase derrière les éventails. La reine s'émeut. Monsieur, qui n'a pourtant guère de leçon de morale à donner, avec son parterre de mignons à guichets, s'indigne de ses promenades à cheval dans la forêt, avec la jeunesse de la cour, ivre de plaisir, couverte de plumes et de beaux habits, de ses parties sur le canal, de ses bains de minuit dans la Seine.

Et qu'est-ce qui se passe pendant les bains de minuit ? Vous imaginez, Louis et Henriette vont susciter le scandale, il faut bien le dire. Alors, pour essayer de dissiper les choses, il faut faire croire que le roi s'est amouraché d'une demoiselle d'honneur d'Henriette. Comme ça, on comprendrait pourquoi il passe son temps avec sa belle-sœur. C'est parce qu'en fait, il courtise la dame d'honneur, qui est une jolie, frêle et délicate jeune fille. Elle s'appelle Louise de la Vallière. Sauf que le roi va se prendre au jeu. Et qu'à force de faire semblant d'être amoureux de Louise, eh bien, il va le devenir, figurez-vous.

L'amourette, sans doute assez innocente, entre Louis et Henriette, va très vite s'achever parce que Madame est supplantée par sa propre dame d'honneur. Et disons-le, Henriette le vit assez mal. Elle se sent abandonnée. On la voit se réfugier dans d'autres galanteries qui ne sont pas moins scandaleuses que la première. On la voit s'étourdir dans des intrigues sans doute un peu légères. Et notamment, elle laisse un favori de son mari, qui donc normalement est là pour faire la cour au prince, faire la cour à la princesse.

Il y a des gens comme ça que ça ne dérange pas. Disons-le, ça n'arrange pas ses rapports avec Monsieur, qui donc devient jaloux de sa femme. Ça ne s'invente pas. Henriette, de son côté, supporte très mal l'emprise d'un certain nombre des petits amis de son mari. Et l'un d'eux, le chevalier de Lorraine, un être assez trouble, mais d'une beauté tout simplement extraordinaire, ce chevalier de Lorraine agace particulièrement Henriette parce qu'il se croit tout permis. Henriette finit par obtenir du roi la disgrâce du jeune homme, son éloignement, de quoi susciter chez Monsieur une colère noire.

Lui qui se sentait agacé par son épouse et qui était même un peu jaloux d'elle, voilà que d'un seul coup, il se met à la haïr, littéralement. Or, Henriette souffre de tout cela. Et sa santé, je vous l'ai dit, sa santé qui est un peu chancelante, va en subir le contrecoup, bien entendu. Les grossesses que la princesse doit enchaîner n'arrangent rien. Huit grossesses en neuf ans, qui toutes ne sont pas menées à terme, comme souvent à l'époque. Puis encore une fois, je vous l'ai dit, elle n'est pas d'une constitution vraiment solide. En plus, on la voit enlaidir, il faut le dire.

À 25 ans, ce n'est pas ce qui s'est passé. C'est comme si d'un coup, sa beauté avait disparu. Et ses dents, notamment, deviennent affreuses. Vous savez que c'est l'un des points faibles des gens de l'époque. Savoir garder une belle dentition, tellement difficile au XVIIe siècle. Henriette n'en est pas moins la reine des divertissements, évidemment, à la cour de Saint-Germain. Elle peut compter sur un entourage fourni, sur le soutien de son frère Charles II, avec qui elle maintient des liens étroits par courrier. Louis XIV, de son côté, va lui confier des missions.

Elle va faire figure d'intermédiaire utile et discret entre le roi de France et celui d'Angleterre pour négocier une alliance délicate avec l'Angleterre contre les Provinces-Unies. On est là à la fin des années 1660. Finalement, vous comprenez ce qui va se passer. Henriette, qui a eu tant de problèmes et de rebuts dans tous les domaines, est en train de devenir une femme politique.

Speaker 200:14:17

Europe 1, Au Cœur de l'Histoire.

Speaker 100:14:20

Franck Ferrand. Et nous sommes cet après-midi au Cœur de l'Histoire d'Henriette d'Angleterre, Franck Ferrand. Et cette jeune femme qui finalement devient un petit peu moins jolie, qui est délaissée par son mari Philippe d'Orléans, va devenir une femme politique.

Franck Ferrand00:14:32

Eh oui, exactement. Et en 1670, au printemps 1670, le roi Louis XIV lui confie donc une mission très sensible. Elle va devoir partir pour l'Angleterre. Elle va rencontrer son frère Charles II. Et l'idée, c'est d'achever de convaincre le roi d'accepter, le roi d'Angleterre, d'accepter l'alliance avec la France. Ce qui n'est pas du tout évident dans le contexte de l'époque, même si je ne vais pas entrer dans les détails. On le fera si vous voulez tout à l'heure avec Jean-Christian Petitfils. Alors, Henriette est une négociatrice. Ça, c'est incontestable. La diplomatie française l'entoure et l'encadre, bien entendu.

Tout le terrain a été préparé. Mais néanmoins, ça fait partie, vous savez, de ces missions très importantes. Moi, je crois beaucoup à la diplomatie psychologique et personnelle, le rôle des êtres humains dans ces affaires, vous savez. Et là, on peut dire qu'elle joue un rôle très intéressant. En plus, elle est très fière que le roi Louis XIV, que son beau-frère, lui ait accordé son estime et sa confiance. Et il y en a un qui, lui, n'est pas content du tout, c'est Monsieur. Parce que Monsieur n'est pas au courant au départ de ce qui se trame. Mais il comprend bien qu'il y a des cachotteries entre le roi et Henriette.

Il voit qu'elle entreprend un voyage sans lui. Il en éprouve une forme de jalousie. C'est un des traits de caractère, hélas, de ce monsieur, par ailleurs assez rigolo et sympathique. Mais franchement, il est volontiers jaloux. Et malgré tous ses différends, malgré une immense faiblesse physique qui souvent la saisit, Henriette n'en accomplit pas moins sa mission avec un vrai brio. On la voit quitter la cour. Elle rejoint Douvres à la fin du mois de mai 1670. Charles II lui réserve un accueil affectueux. Henriette participe à toutes les festivités de la cour de Saint-James.

Elle a même droit à une pièce de Molière, un auteur qu'elle adore. Enfin, un auteur, un homme de théâtre qu'elle adore et qu'elle a souvent défendu. Et côté négociation, tout se passe pour le mieux sur les principales clauses de l'accord qui finit par être conclu entre le royaume d'origine d'Angleterre et son royaume d'Henriette, pardon, et son royaume d'adoption. Elle profite quelques jours de la douceur anglaise. Et pour tout vous dire, lorsqu'elle doit quitter son cher frère le 12 juin, elle est en larmes. Six jours plus tard, au terme d'un voyage qui, pour elle, va se révéler épuisant.

Ce n'était pas facile de traverser la Manche à l'époque, croyez-moi. Ça n'est toujours pas si facile que ça, d'ailleurs. Enfin, maintenant, on prend Eurostar. Elle rejoint donc la cour de Saint-Germain. Saint-Germain-en-Laye, vous savez, où se trouve la cour de France à l'époque. Et lorsqu'elle arrive, c'est pour constater que son mari est encore plus furieux qu'elle n'aurait pu l'imaginer. Son époux est tout de même venu à sa rencontre, nous dit Simone Berthier. Mais dès le lendemain, il s'offusque de ses deux longs entretiens avec Louis XIV, dont il est exclu.

Il s'irrite de sa gloire toute neuve. C'est quand même invraisemblable, cette histoire. Et c'est dans une ambiance exécrable que le couple retrouve sa résidence de Saint-Cloud. Il n'y a entre eux que des disputes. Et quelques jours plus tard, le 29 juin, en fin d'après-midi, Henriette, qui physiquement n'est plus que l'ombre d'elle-même, veut se désaltérer. Elle prend un verre d'eau de chicorée. Elle le boit. Elle est prise d'un spasme terrible, violent. On ne sait pas ce qui se passe.

Franck Ferrand00:17:47

Mais que se passe-t-il ? Mais que se passe-t-il ? Mais il se passe qu'elle va tomber très malade. À 23 h, on pense qu'elle est perdue. Et à 2 h 30 du matin, elle est morte. Nous devrions être assez convaincus de notre néant, dira évidemment Bossuet. Mais il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de l'amour du monde. Celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! Ô nuit effroyable où retentit tout à coup comme un éclat de tonnerre cette étonnante nouvelle !

Madame se meurt ! Madame est morte ! Énormément de questions, cher Jean-Christian Petitfils, à vous poser. Bonjour. Donc, nous nous retrouvons dans un instant.

Speaker 200:18:31

Au Cœur de l'Histoire.

Speaker 100:18:33

Sur Europe 1. Franck Ferrand, vous recevez cet après-midi pour évoquer Henriette d'Angleterre, Jean-Christian Petitfils, historien, écrivain, auteur de plusieurs ouvrages dans lesquels Henriette d'Angleterre est évoquée, comme par exemple ses biographies de Louis XIV.

Franck Ferrand00:18:46

Eh oui. Alors, Jean-Christian, il faut que vous éclairiez notre lanterne. Madame vient de mourir à une vitesse foudroyante, extraordinaire. D'ailleurs, Bossuet le dira dans sa célèbre oraison. Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa propre famille ? demande le prédicateur royal. Et c'est vrai qu'on ne s'attendait pas. Bien sûr que Madame était très fragile, qu'elle était fatiguée, qu'elle était en but à une hostilité assez générale dans l'entourage de son mari.

On l'a bien compris tout ça. Mais comment expliquer qu'à la suite de cette... pardon, de l'ingestion de ce verre d'eau de chicorée, elle finisse par disparaître comme ça aussi vite ? Certains ont dit qu'elle avait été empoisonnée.

Jean-Christian Petitfils00:19:34

Alors, c'est un des grands mystères de l'histoire. En fait, Henriette d'Angleterre a été persuadée d'avoir été empoisonnée.

Franck Ferrand00:19:42

Elle, elle le pensait.

Jean-Christian Petitfils00:19:43

Elle l'a dit. Elle criait. Alors, on lui disait : « Non, c'est une collyre. » Les médecins arrivaient autour d'elle.

Franck Ferrand00:19:48

Les médecins de l'époque ont su ce qu'ils font penser.

Jean-Christian Petitfils00:19:50

Elle a réclamé du contrepoison. Alors, on lui a donné de la poudre de vipère, parce que c'était de la... Mais ce n'est pas ça qui a provoqué sa mort, bien sûr. On a donné d'autres substances dont on n'a pas le détail. Louis XIV est extrêmement inquiet. Et après le décès de sa belle-sœur et cousine, il dit : « Celui qui aura pris part à ce crime périra dans les plus atroces tourments. » Donc, évidemment, une grande inquiétude de la part du roi, des autorités, parce que ce traité secret qui vient d'être négocié peut se trouver remis en cause par ce décès subit, et surtout s'il y a eu empoisonnement.

Franck Ferrand00:20:31

Et s'il y a des soupçons, vous imaginez. Oui, c'est ça, à la cour d'Angleterre. On peut imaginer.

Jean-Christian Petitfils00:20:35

La cour d'Angleterre était très, très, très inquiète. Et l'ambassadeur Montaigu a essayé au départ de noyer le poisson, comme on dirait aujourd'hui.

Franck Ferrand00:20:45

De son métier d'ambassadeur.

Jean-Christian Petitfils00:20:46

Mais le roi a exigé une autopsie, qui a eu lieu le lendemain, devant plusieurs médecins venus de Paris, des sommités comme Bourdelot, le médecin du prince de Condé, Braillère, en présence de l'ambassadeur, d'un médecin anglais qui s'appelle Chamberlain, et puis d'un chirurgien anglais qui s'appelle Pauchet. Il y avait presque 100 personnes dans la chambre.

Franck Ferrand00:21:10

Incroyable.

Jean-Christian Petitfils00:21:12

Alors, il faut entrer dans quelques détails un peu macabres, évidemment, pour essayer de comprendre ce qui s'est passé. On a ouvert le corps immédiatement. Une puanteur épouvantable envahit la pièce. « Extremely offensive », dit Chamberlain. Une odeur épouvantable. On trouve les intestins en putréfaction. Le foie jaune tombant en miettes. La vésicule biliaire énorme. Et puis, partout, la bile épaisse dans l'estomac.

Franck Ferrand00:21:41

Mais l'estomac, vésicule, foie, tout ça très esquinté. Ça laisse entendre une nature extrêmement angoissée. Cette femme devait être dans l'anxiété permanente.

Jean-Christian Petitfils00:21:50

Voilà. Et puis, on trouve aussi un poumon, le poumon gauche, qui adhère au côté, probablement. Donc, c'est un signe de tuberculose. Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce qu'il y a eu empoisonnement ? Quels sont les auteurs de cet empoisonnement éventuel ? Quand on lit Saint-Simon, les mémoires de Saint-Simon.

Franck Ferrand00:22:07

Saint-Simon en est convaincu, lui.

Jean-Christian Petitfils00:22:08

Et la princesse Palatine, donc la seconde madame.

Franck Ferrand00:22:10

C'est-à-dire que ce qu'il faut bien expliquer, c'est que les deux grands témoins de l'époque, madame qui est, si j'ose dire, le successeur de la princesse.

Jean-Christian Petitfils00:22:18

Exactement.

Franck Ferrand00:22:19

Et puis Saint-Simon, qui écrira beaucoup plus tard, mais qui est quand même très informé des affaires de la cour, l'un comme l'autre sont convaincus que madame a été assassinée.

Jean-Christian Petitfils00:22:26

Voilà. Alors, pour Saint-Simon, l'empoisonnement a eu lieu par l'eau de chicorée. Elle a été empoisonnée. Et il donne un nom. C'est le marquis des Fia, premier écuyer de monsieur, qui est aussi son favori, avec la complicité du comte de Beuvron, qui est un autre familier de monsieur, et un personnage un peu trouble qui s'appelle Morel de Volonne, qui a apporté le poison venu d'Italie, car l'instigateur de ce crime serait le chevalier de Lorraine. Le chevalier de Lorraine est arrêté en janvier 1670 à la demande d'Henriette.

Franck Ferrand00:22:58

Juste avant sa mission à Rome.

Jean-Christian Petitfils00:22:58

Louis XIV l'envoie au château d'If. Et puis ensuite, l'exil en Italie. Il est à Rome. Et à Rome, on peut facilement se procurer du poison. Donc, tout cela est invraisemblable. Et la Palatine, également, corrobore ce récit, ajoute que ce n'est pas l'eau de chicorée qui a été empoisonnée, mais le verre. En effet, on voit au cours du récit de la mort d'Henriette qu'une des femmes de chambre va prendre l'eau de chicorée, parce que c'est elle qui a préparé la boisson, et va en boire.

Et elle ne meurt pas. On en donne même à un chien qui, lui non plus, ne meurt pas. Ça se porte très bien.

Franck Ferrand00:23:35

Donc, ce n'est pas l'eau qui est incriminée en tant que telle.

Jean-Christian Petitfils00:23:37

Ce n'est pas l'eau, ça serait...

Franck Ferrand00:23:38

On aurait empoisonné le verre, ce qui était une méthode italienne.

Jean-Christian Petitfils00:23:41

Oui, c'est ce qu'on dit. Donc, madame Palatine insiste beaucoup là-dessus. Est-ce que c'est vrai ? Alors, c'est là où les historiens ont été partagés.

Franck Ferrand00:23:50

Mais tout le monde n'est pas d'accord sur le sujet.

Jean-Christian Petitfils00:23:52

Les médecins se sont emparés aussi du sujet, parce qu'on a les rapports d'autopsie, et puis même les opinions divergentes ou complémentaires des médecins. Pas de brûlure dans la gorge au moment de la boisson. Pas de goût amer, c'est important aussi. Pas de diarrhée. Pas de vomissements abondants. Alors, Litré, Émile Litré, l'auteur du fameux dictionnaire, lui, qui était médecin, estime que c'est un ulcère de l'estomac avec perforation gastrique.

Pourquoi ? Parce que dans le rapport d'autopsie, on voit qu'il y a un petit trou qui a été fait dans l'estomac. Mais quand on lit le rapport, on s'aperçoit aussi que ce trou est accidentel. Ça a été fait par le jeune Félix, qui avait 17 ans à ce moment-là, qui faisait ses premières armes dans les autopsies.

Franck Ferrand00:24:47

Futur grand chirurgien.

Jean-Christian Petitfils00:24:48

Voilà. Et donc, il a fait une petite erreur. Et un médecin qui est valo va dire : « J'ai vu l'incision et j'ai vu le trou. » Donc, ce n'est pas cette thèse qui est retenue aujourd'hui. Il y a en revanche un médecin qui, en 1947, a fait une thèse qui s'appelle le docteur Marchessault, et qui, à mon avis, donne la thèse la plus vraisemblable. Il s'agirait d'une cholécystite aiguë, c'est-à-dire une inflammation de la vésicule biliaire, avec occlusion intestinale et péritonite foudroyante, et épanchement de la bile dans tout l'intestin.

Plus infection tuberculose qui n'a pas déclenché la mort.

Franck Ferrand00:25:30

Donc, des causes naturelles.

Jean-Christian Petitfils00:25:31

Des causes naturelles où il n'y a pas de poison.

Franck Ferrand00:25:33

Qui ont néanmoins pu être largement favorisées par un autre type d'empoisonnement, c'est l'empoisonnement psychologique, l'empoisonnement, j'allais dire, de l'atmosphère autour de la princesse. Nous y venons dans un instant.

Speaker 200:25:45

Europe 1. Au Cœur de l'Histoire.

Speaker 100:25:48

Franck Ferrand. Au Cœur de l'Histoire d'Henriette d'Angleterre, nous venons d'éclaircir les pistes qui entourent sa mort avec votre invité. Franck Ferrand, vous recevez l'historien Jean-Christian Petitfils.

Franck Ferrand00:26:00

Alors, Jean-Christian Petitfils, je vais parler d'empoisonnement de l'atmosphère. Il faut quand même dire que la vie qu'a pu mener la princesse Henriette, donc madame, elle était l'épouse du frère du roi. L'existence qu'elle a menée à la cour de France a été gravement assombrie par le caractère de son mari, bien entendu, et puis par la coterie qu'il y avait autour de son mari, parce qu'il y avait tous ces jeunes et beaux garçons qui tournaient autour du prince et qui faisaient la vie dure à madame.

Jean-Christian Petitfils00:26:30

Qui étaient extrêmement désagréables et méchants avec elle, montant finalement monsieur contre madame, contre sa femme. Elle a énormément souffert de cette atmosphère au palais royal ou à Saint-Cloud. Vraiment, elle a été... Alors, la seule ouverture qu'elle a eue, en quelque sorte, c'est du côté du roi qui l'aimait bien. Et au départ, il y a eu une idylle. Alors, jusqu'où a été cette idylle ?

Franck Ferrand00:26:58

Alors, vous précédez ma question. C'est ce que je voulais vous demander. Est-ce que, oui ou non, Louis XIV a été d'abord... D'abord, mentalement, est-ce qu'il a été amoureux de sa belle-sœur ?

Jean-Christian Petitfils00:27:07

Ah oui, tout à fait.

Franck Ferrand00:27:08

Alors, voilà, c'est ce qui s'est passé. En fait, c'est ce bel été...

Jean-Christian Petitfils00:27:13

1761.

Franck Ferrand00:27:14

20 ans et bel été à Fontainebleau de 1661.

Jean-Christian Petitfils00:27:17

C'est la première année du règne personnel de Louis XIV, puisque Mazarin vient de mourir.

Franck Ferrand00:27:20

Après la mort de Mazarin.

Jean-Christian Petitfils00:27:21

Voilà. C'est à partir de ce moment-là que le roi va tomber amoureux de sa belle-sœur. Il est fasciné. D'abord, elle a une beauté, c'est vrai, vous l'avez dit.

Franck Ferrand00:27:31

Pas classique.

Jean-Christian Petitfils00:27:31

Pas très classique. Mais il y a un contemporain, vous avez cité Choisy, il y a un autre contemporain qui dit, en parlant de ses yeux, on dirait qu'elle demande le cœur. Et alors, voilà, elle est pleine de charme, elle est séduisante, et c'est une personne très agréable, très cultivée, et le roi qui a...

Franck Ferrand00:27:50

Un peu ensorcelante parfois. Elle a quand même un tempérament étrange, il faut le dire.

Jean-Christian Petitfils00:27:54

Tout à fait, tout à fait. Un peu narcissique, coquette, frivole. Mais le roi ne la regarde plus comme il regardait ce qu'il appelait les os des saints innocents, tellement elle était maigre à un moment donné quand elle avait 14 ans.

Franck Ferrand00:28:07

Elle était beaucoup plus jeune, oui.

Jean-Christian Petitfils00:28:09

Là, elle a 17 ans, lui a 22 ans, et ils vont se promener en forêt de Fontainebleau, ils vont se baigner dans la Seine. On a un récit absolument charmant de madame de La Fayette, qui est une amie intime de la princesse. Et tout cela est extrêmement agréable. Alors, est-ce qu'il y a été... Ils se répétaient ensemble des ballets, le roi.

Franck Ferrand00:28:32

Oui, c'est qu'on danse énormément à l'époque.

Jean-Christian Petitfils00:28:34

Donc, elle est au cœur de la cour, et elle est une déesse, une reine même des plaisirs. Est-ce que les choses ont été plus loin ? Moi, je ne le pense pas. Ça a duré très peu de temps, ça a duré quelques semaines. Anne d'Autriche était là pour...

Franck Ferrand00:28:52

Elle veillait au grain.

Jean-Christian Petitfils00:28:52

Son fils. Monsieur se plaignait à sa mère, et la mère...

Franck Ferrand00:28:57

Mais alors, entre parenthèses, l'attitude de monsieur est assez étrange. C'est-à-dire que d'un côté, il délaisse complètement son épouse et il lui inflige de vraies humiliations publiques, et d'un autre côté, dès qu'elle jette les yeux sur quelqu'un d'autre, il pousse des cris d'orfraie.

Jean-Christian Petitfils00:29:10

Voilà, c'est un personnage chez Halloux, très aigri, qui a eu lui aussi... Il est bourré de complexes, parce qu'on l'a élevé à l'écart du trône, et donc on fait très attention à sa personnalité. Et donc, il souffre beaucoup du roi. Il est jaloux, pas seulement de sa femme, il est jaloux aussi du roi. Donc, Henriette est là, prise entre... Cette histoire de l'été 1661, à mon avis, ne s'est pas terminée par une liaison charnelle entre eux.

Et très vite, ça a dérivé vers mademoiselle de la Vallière, vers ce qu'on appelait le chandelier. Et on va faire croire pour que monsieur puisse...

Franck Ferrand00:29:50

Le lot de compensation est devenu finalement...

Jean-Christian Petitfils00:29:52

Voilà, puisse rencontrer madame, puisqu'on va faire croire qu'il est amoureux de sa demoiselle d'honneur. Et la demoiselle d'honneur, elle est tellement belle, tellement pure, tellement innocente, que le roi tombe amoureux d'elle.

Franck Ferrand00:30:04

C'est tellement plus facile.

Jean-Christian Petitfils00:30:05

Elle deviendra, elle, véritablement la maîtresse du roi, très tôt, au début de juillet.

Franck Ferrand00:30:09

Est-ce qu'on peut imaginer qu'Henriette vit très mal le délaissement soudain ?

Jean-Christian Petitfils00:30:14

Ah oui, elle souffrira beaucoup. C'est encore une nouvelle souffrance qui s'ajoute à elle. Tout cela fait que...

Franck Ferrand00:30:20

Et alors, pourquoi cette disgrâce du chevalier de Lorraine quelques années plus tard ?

Jean-Christian Petitfils00:30:24

Alors, Lorraine était maître absolu dans la maison de monsieur. Il commandait. Madame n'avait rien à dire. Il y a eu une histoire d'attribution d'abbaye. Monsieur voulait la donner au chevalier.

Franck Ferrand00:30:34

Là, il y a des histoires, si j'ose dire, des histoires de gros sous, il faut le dire.

Jean-Christian Petitfils00:30:37

Énormément. Voilà. Monsieur était assez cupide.

Franck Ferrand00:30:39

Il y a énormément d'argent autour de monsieur.

Jean-Christian Petitfils00:30:42

Énormément. Énormément. Ce qui explique Saint-Cloud, ce qui explique beaucoup de choses, bien entendu. Donc, ce personnage est assez odieux. Et Louis XIV va, à la demande de madame, le faire arrêter brusquement avec tous les gardes du corps, 400 gardes du corps qui entourent le château pour faire peur à monsieur. Monsieur est désespéré. Et le chevalier de Lorraine est emmené dans un carrosse au château d'If. Et puis de là, comme je l'ai dit, en Italie, exilé en Italie pendant trois ans et demi, quatre ans.

Franck Ferrand00:31:17

Ça, c'est une première victoire d'Henriette d'Angleterre, qui très vite va en connaître une deuxième, puisque Louis XIV lui confie une... Alors, d'abord, est-ce qu'on peut dire que c'est une véritable mission diplomatique ? Ou est-ce que c'est seulement une mission pour l'occuper ? Est-ce qu'il y a un vrai rôle ?

Jean-Christian Petitfils00:31:33

Alors, c'est quelque chose de très important. Souvent, on parle de madame de Maintenon comme ayant eu un rôle politique, mais Henriette d'Angleterre a eu un rôle beaucoup plus important.

Franck Ferrand00:31:40

Eh bien, ce rôle, nous y venons ensemble dans un instant.

Speaker 200:31:44

Europe 1. Au Cœur de l'Histoire.

Speaker 100:31:46

Et nous sommes au cœur de l'histoire d'Henriette d'Angleterre, la belle-sœur de Louis XIV. Avec votre invité Jean-Christian Petitfils, il est historien-écrivain. Il nous a rejoint en studio pour notre balade de 15 h 00 à 15 h 30 sur le Domaine national de Saint-Cloud. Séverine Drijard.

Franck Ferrand00:32:00

Eh oui, bonjour Séverine Drijard. Merci de nous rejoindre. Nous allons aller nous promener en votre compagnie dans ce merveilleux parc de Saint-Cloud, à la recherche de tout ce qui en faisait la beauté singulière et même unique en Europe du temps de monsieur et du temps des ducs d'Orléans, après le frère de Louis XIV. Alors, nous le disions, Jean-Christian Petitfils, Henriette d'Angleterre, et non seulement la belle-sœur de Louis XIV, mais aussi, bien sûr, la sœur du nouveau roi d'Angleterre, Charles II. Elle est belle, enfin, elle a été belle, elle est surtout très intelligente, elle est disponible, et on va lui demander de mener une véritable mission politique dont vous nous disiez il y a un instant que cette mission avait été capitale.

Jean-Christian Petitfils00:32:39

Oui, elle est capitale. Alors, dans le contexte politique de l'époque, bien sûr, les États changent fréquemment d'alliance. Il y a eu une première guerre entre l'Angleterre et les Provinces-Unies, c'est-à-dire la Hollande, en gros, les Pays-Bas aujourd'hui. Ensuite, la France est intervenue du côté de la Hollande contre l'Angleterre. Ensuite, il y a eu une guerre de conquête de la part de Louis XIV des Pays-Bas espagnols. Et à ce moment-là, l'Angleterre s'est interposée avec la Suède et les Provinces-Unies en arrêtant cette conquête, après les belles victoires de Turenne, à Lille, dans les grandes places de Flandre.

Le roi a été obligé de céder et donc de négocier sans avoir achevé sa conquête des Pays-Bas espagnols. Et là, Louis XIV en veut beaucoup aux Hollandais. Et il est décidé à faire la guerre. Et c'est à ce moment-là que Charles II d'Angleterre va faire une proposition à Louis XIV d'alliance contre X. En fait, Louis XIV a tout de suite compris que c'était tourné contre la Hollande. Et en même temps, même quelques semaines auparavant, il avait envoyé à sa sœur, qui n'avait pas revu depuis plusieurs années, un chiffre, c'est-à-dire un moyen de crypter une correspondance.

Et à partir de là, donc on est au printemps de 1669, va s'ébaucher et va s'édifier toute une correspondance entre Henriette, guidée bien entendu par Louis XIV, et Charles II. Charles II veut, lui, se convertir au catholicisme. C'est quelque chose d'explosif, évidemment, dans l'Angleterre anglicane. Il est chef de l'Église anglicane. Il veut se convertir au catholicisme, rétablir l'absolutisme qui va de pair avec le catholicisme. Et cette correspondance parle de la grande affaire, du grand secret.

Il faut aller avec beaucoup de précautions.

Franck Ferrand00:34:32

Ce qui est très intéressant dans cette affaire, je me suis souvent posé la question, et nous en parlions il y a quelques jours avec Pierre-Louis Lancel, qui a préparé cette émission et qui connaît ces sujets mieux que quiconque. Est-ce que c'était la grande affaire à l'époque ou est-ce que c'est la grande affaire encore de notre point de vue aujourd'hui, avec le recul que nous avons ? Est-ce que les gens se sont un peu monté la tête à l'époque ou est-ce que vraiment il y avait une chance pour que l'Angleterre bascule ?

Jean-Christian Petitfils00:34:57

Alors, l'Angleterre, donc Charles II ne se convertira que sur son lit de mort.

Franck Ferrand00:35:01

Oui, tout à fait.

Jean-Christian Petitfils00:35:02

Jacques II, qui est lui catholique, montera sur le trône, mais évidemment...

Franck Ferrand00:35:06

Il va devoir s'exiler.

Jean-Christian Petitfils00:35:07

Il s'exilera, il sera renversé. Mais c'était quand même un grand secret. Il fallait quand même faire très attention aux réactions. Il a besoin de l'aide financière, Charles II, et il a besoin de l'aide militaire au cas où. Et il propose sa flotte, et il propose d'aider le roi contre les Provinces-Unies. Donc, madame a joué là un rôle capital dans le contexte de l'époque. C'est vraiment quelque chose d'important. Je disais, je faisais la comparaison avec madame de Maintenon. Madame de Maintenon n'a jamais eu un rôle aussi important au moment de la guerre de succession d'Espagne ou l'affaire des protestants, la révocation de l'édit notre, comme on l'a dit.

Franck Ferrand00:35:42

Il y a une autre comparaison à faire. C'est avec une autre jeune femme de la toute fin du règne, qui elle faisait partie de la famille royale comme Henriette d'Angleterre, qui d'ailleurs était sa petite-fille, puisque Henriette d'Angleterre avec monsieur a eu notamment une fille qui est devenue l'épouse du duc de Savoie et donc la mère de celle qu'on va marier au premier petit-fils de Louis XIV, la célèbre Marie Adélaïde de Savoie, qui est la mère de Louis XV et qui, elle, va jouer aussi un rôle.

Jean-Christian Petitfils00:36:12

Voilà, oui. Alors, elle, ça sera plutôt un rôle... Elle sera aussi enjouée que madame, peut-être encore davantage. Elle est toute jeune.

Franck Ferrand00:36:19

Également un coup de cœur de Louis XIV, mais qui est devenu un vieux monsieur, bien sûr.

Jean-Christian Petitfils00:36:23

Mais aussi, il y a une autre... C'est plus sombre, c'est qu'elle est chargée d'espionner pour le compte de son père.

Franck Ferrand00:36:31

Est-ce que c'est vrai, ça ?

Jean-Christian Petitfils00:36:32

Ah oui, oui. La petite fripponne nous a bien trompés, dira Louis XIV, quand on ouvrira les cassettes. Les correspondances semblent le prouver. On ne les a pas, mais d'après tous les témoignages, il semble qu'elle ait joué un rôle un peu trouble.

Franck Ferrand00:36:44

Étonnant, en tout cas, de voir ces princesses de France, devenues en tout cas princesses de France, dans le cas de la duchesse de Bourgogne, qui jouent un véritable rôle politique, qui servent en quelque sorte de courroie de transmission entre les cours. C'est ça. Par leur courrier, parce que n'oublions pas l'importance du courrier à cette époque.

Jean-Christian Petitfils00:37:03

Mais elle était quand même très jeune pour avoir un rôle véritablement politique. Henriette, c'est quand même quelque chose de beaucoup plus mûr, beaucoup plus accompli.

Franck Ferrand00:37:11

Henriette va mourir, donc nous l'avons dit de façon très dramatique, même si vous ne pensez pas, vous, qu'elle ait pu être vraiment empoisonnée. Le doute subsiste, mais c'est vrai que c'est peu probable. En tout cas, elle est morte jeune, brutalement, et l'on va remarier monsieur qui...

Jean-Christian Petitfils00:37:26

Avec une santé quand même chancelante, elle avait des points de côté, elle s'en plaignait avant même d'avoir bu l'eau de chicorée. Et on sentait qu'elle allait vers la fin. À 25 ans, on la voyait changer de visage. Vous l'aviez bien souligné.

Franck Ferrand00:37:40

On va remarier monsieur avec une princesse qui vient du Palatinal, celle qu'on appellera la princesse Palatine, qui, elle, alors est devenue, j'allais dire, une célébrité de l'historiographie, puisque elle nous a laissé ces fameuses lettres à Sophie de Hanovre et à toutes sortes d'autres personnes, des lettres d'une crudité, d'une verdeur invraisemblable et qui nous donnent à voir la cour de Louis XIV comme personne ne nous l'avait montré. Elle vivra, elle, très tard, puisqu'elle assistera à la régence de son fils et même au couronnement de Louis XV. Mais ça, c'est celle qui succédera à la première madame.

On ne peut pas dire que monsieur se soit montré beaucoup plus aimable avec elle, du reste.

Jean-Christian Petitfils00:38:17

Non, non.

Franck Ferrand00:38:18

Merci beaucoup, Jean-Christian Petitfils. Je rappelle que parmi de nombreuses biographies de rois, vous êtes l'auteur de celle de Louis XIV.

Episode description

Archive - Princesse anglaise devenue duchesse d’Orléans, Henriette d’Angleterre occupe une place singulière à la cour de Louis XIV. Belle, brillante et appréciée du roi, elle joue aussi un rôle diplomatique majeur entre la France et l’Angleterre. Mais derrière les fêtes de Versailles et les intrigues de cour, sa vie est marquée par les rivalités, les tensions conjugales et une mort prématurée, à seulement 26 ans. Pourquoi cette princesse, au cœur des jeux de pouvoir européens, disparaît-elle si jeune ? Et quel rôle a-t-elle réellement joué auprès du Roi-Soleil ? Franck Ferrand retrace le destin fascinant d’Henriette d’Angleterre, avec l’éclairage de l’historien Jean-Christian Petitfils.

Au Cœur de l'Histoire est un podcast Europe 1.

- Présentation : Franck Ferrand

- Emission originale : Lorena Martin, Pierre-Louis Lensel, Mathilde Hirsch

- Production et diffusion : Clara Leger

- Composition du générique : Julien Tharaud

- Visuel : Luowen Wang

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