This episode of Les grands dossiers de l'Histoire, based on Gérard de Cortanze's article in Historia, tells how Ernest Hemingway, after Pearl Harbor, decided to fight German U-boats off Cuba with his fishing boat, the Pilar. Franck Ferrand traces his path from Hong Kong and Cuba to the hunt in the Caribbean, the crew of exiles and friends he gathered, and the patrols that found no enemy.
The episode also covers his later war in Europe, including his reporting on the Normandy landings and his time in France, before showing how the submarine adventure shaped his novels The Old Man and the Sea and Islands in the Stream. Listeners learn how a legendary writer turned a daring, improbable plan into literature.
In this episode Franck Ferrand
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9 h, 9 h 30, « Franck Ferrand raconte » sur Radio Classique.
Hong Kong au début de l'année 1941, et cette petite enclave britannique qui se prépare, sans savoir ni quand ni où, à une attaque japonaise, dont on sait bien qu'elle va finir par avoir lieu. Et regardez, cet Américain qui est là en compagnie d'expatriés et d'officiers britanniques du 2e bataillon du régiment royal écossais, il est... bon, vivant, c'est le moins qu'on puisse dire, il est tout simplement en train de se saouler, cet homme, cet écrivain désormais plus que célèbre. Il a fait paraître « Canson le Gla » un an auparavant, il est maintenant en Chine pour sa lune de miel avec sa nouvelle épouse, Martha Gellorn.
Je parle évidemment d'Ernest Hemingway. En Chine, Hemingway est aussi chargé par le gouvernement américain de faire un rapport sur l'utilisation par les nationalistes chinois de l'argent et du matériel envoyés par l'Amérique. Il ne faut pas oublier que l'Amérique soutient ces nationalistes de la Chine contre les Japonais, bien entendu, qui sont la principale menace pour l'Amérique. En réalité, cet argent va plutôt servir à combattre les communistes de Mao, et pas les Japonais, mais enfin ça, c'est une autre histoire.
Ce voyage en Chine, Hemingway n'en est pas très heureux, c'est le moins qu'on puisse dire. Il semble que l'écrivain souffre d'une dépression post-Bellum, comme on dit, que la défaite de la République espagnole contre les phalanges franquistes n'a fait qu'aggraver. Hemingway a plaidé, vous le savez, la cause des républicains, il a pris part comme journaliste à la guerre d'Espagne. Le périple, d'ailleurs, n'est pas son idée, cette idée de venir en Chine. Tout au long du récit de voyage que plus tard Martha Gellorn publiera, elle désignera Hemingway sous les initiales UC, pour « Unwilling Companion », le compagnon non volontaire.
Oui, ça vous donne une idée de l'enthousiasme qu'il avait manifesté pour aller passer cette nuit... j'allais dire cette nuit de noces, cette lune de miel en Chine. Tout ce que désire Hemingway à ce moment-là, c'est de rentrer chez lui, si je puis dire, c'est de retourner à Cuba, dans le petit village de San Francisco de Pola, à une quinzaine de kilomètres de La Havane, où il vient d'acheter une maison, une belle maison de style colonial espagnol. Elle est grande, cette maison, entourée de palmiers, d'hibiscus et de manguiers.
Elle s'appelle la Finca Villa. Là, Hemingway va pouvoir, c'est ce qu'il espère en tout cas, s'adonner à ses deux passions, ce sera mieux que la Chine : la pêche au gros, évidemment, et puis, disons-le, le daiquiri, un peu. Pour « Qui sonne le glas » a été un très gros succès commercial. D'ailleurs, Paramount Pictures vient d'en acquérir les droits d'adaptation pour le cinéma, à prix d'or. Bref, à la fin de cette année 41, Hemingway, « papa » comme l'appellent ses amis pêcheurs, va pouvoir revenir sur son île de Cuba, ce long crocodile vert aux yeux d'eau et de pierre, comme l'a surnommé le poète Nicolas Guillen.
Il est âgé de 43 ans à ce moment-là, Hemingway. Il faut vous faire une idée différente de l'Hemingway qu'on voit toujours avec sa grande barbe blanche, là, vous voyez. Non, c'est plutôt... c'est encore un homme relativement jeune. Chaque matin, il se lève avec le soleil, il boit plusieurs whiskies, il écrit jusqu'à midi. Vous savez que, comme Victor Hugo, Hemingway, qui est un peu le Hugo américain, si je puis dire, écrit dans son bureau debout. Et puis l'après-midi, eh bien, l'après-midi, lorsqu'il a fini ses travaux d'écriture, il part pêcher, non sans s'être arrêté au bar de Corrimàr, à la Terrazza.
Le soir, il reçoit ses amis, des Cubains, pêcheurs, républicains en exil pour certains, ils sont nombreux à Cuba, mais aussi des stars, bien entendu, parce qu'on s'appelle Ernest Hemingway néanmoins. Donc il y a Laghari Cooper, Ingrid Bergman, Ava Gardner, Luis Miguel Dominguín ou Antonio Ordóñez, les grands toreros de cette époque.
Franck Ferrand sur Radio Classique.
7 décembre 41, vous connaissez la date. L'aviation impériale japonaise attaque la base aéroportuaire de Pearl Harbor, attaque surprise qui oblige... enfin surprise, il y a un grand débat sur le sujet, qui oblige le géant américain à rentrer directement dans la guerre, dans le second conflit mondial. Aucun pays ne mérite qu'on se batte pour lui, sauf sa propre patrie, écrit Hemingway, qui, du coup, décide d'entrer à sa façon en guerre. En accord avec l'ambassadeur américain Spruan Braden, qui a été nommé à La Havane il y a très peu de temps avant, Hemingway rassemble une équipe d'exilés républicains espagnols, qu'il va...
qu'on va bientôt baptiser « The Crook Factory », l'usine à escrocs. Et l'intention d'Hemingway, c'est de surveiller un certain nombre d'autres résidents espagnols liés au régime de Franco. Les Américains craignent en effet que ces derniers ne fassent pression sur le président cubain qui vient d'être élu, c'est le général Batista, homme fort de l'armée cubaine. Et on se dit que s'ils arrivent à circonvenir ces franquistes Batista, eh bien, l'île pourrait devenir un poste avancé des troupes de l'Axe, menaçant directement le territoire des États-Unis.
Je rappelle qu'au passage, Franco, à l'époque, est neutre, mais enfin c'est un neutre qui est incontestablement dans le camp des fascismes. Finalement, Cuba déclare la guerre aux puissances de l'Axe au lendemain de Pearl Harbor. Le soutien de Batista aux alliés est confirmé, et lorsqu'il ordonne à tous les fonctionnaires consulaires allemands et italiens de quitter le pays, on comprend que Batista n'aura pas du tout l'intention de se retourner contre les États-Unis. Alors, Hemingway va revoir ses objectifs à ce moment-là.
Il redéfinit sa mission. Désormais, il va s'agir de faire la chasse aux sous-marins allemands. Mais oui, les Unterseeboot, les U-boats, vous savez, ces sous-marins allemands qui pullulent dans l'Atlantique et notamment dans les Caraïbes. La tactique allemande sous-marine mise au point à la fin des années 30 par celui qui allait devenir l'amiral Dönitz est redoutable. C'est la Rudolph Tactic, la tactique de meute, qui repose sur la surveillance des routes et des convois par des unités dispersées qui remplissent une fonction d'éclairage, et dont les informations sont transmises par radio au commandement des U-boats à terre.
Une fois les cibles découvertes, les sous-marins présents sur zone sont rapidement avertis, rassemblés pour attaquer de nuit en ombre, en surface d'ailleurs, pour attaquer les navires marchands. Voilà, c'est ça la tactique allemande, d'autant plus efficace qu'au début de la guerre, les moyens dont disposent les convois pour assurer leur protection sont des moyens très faibles. On n'a pas encore eu le temps de s'organiser du côté allié. À l'image de la Hooligan Navy, c'est la marine des voyous, Hooligan Navy, la marine des voyous. C'est une flotte de civils américains dont les bateaux opèrent au large des côtes américaines de l'Atlantique et du golfe du Mexique pour essayer de protéger la côte est, justement, de ces terribles U-boats allemands chassants en meute.
À l'image de cette Hooligan Navy, Hemingway décide d'armer son propre yacht et de partir à la chasse aux sous-marins au large de Cuba.
Second essai de Samuel Barber, l'Orchestre philharmonique de New York était sous la baguette de Leonard Bernstein.
Vous écoutez Radio Classique.
Je vous ai parlé d'un yacht, alors il paraît qu'il faut dire un yacht, mais on a pris l'habitude de dire un yacht. Hemingway a acheté ce bateau, en tout cas en 1934. C'est un Wheeler qui fait 38 pieds et qui a la coque noire. Il s'appelle le Pilar, ce bateau qui, au départ, a été prévu pour la pêche et qui donc est transformé, pour la circonstance, en une espèce de bateau de guerre. Enfin, il faut le dire vite, c'est un bateau armé, je dirais. Il n'a ni radar ni sonar. Il est équipé d'un radio... pardon, d'un radiogoniomètre à haute fréquence qui ne capte qu'à 30 000, tout au plus, qui ne fonctionne plus.
D'ailleurs, dès que la mer est un peu agitée, donc on ne va pas très loin avec ça. Et on va joindre à ce Pilar tout ce qu'il faut pour se battre : un bazooka, des grenades, des mitrailleuses, une bombe, énorme engin explosif en forme de cercueil et muni de poignées aux deux extrémités. Voilà de quoi il s'agit. L'ambassadeur américain qui a autorisé l'opération accepte aussi de financer une partie de l'opération, et Hemingway va recevoir un salaire mensuel de 1 000 dollars, une grande quantité de fioul, alors qu'à l'époque le fioul est complètement rationné, bien sûr, et un armement de guerre.
Le FBI accepte d'accompagner l'opération, tout comme le colonel John Thomasson, qui est chef des services de renseignement de la marine pour toute l'Amérique centrale. C'est la preuve que l'opération en question est prise au sérieux, elle n'est pas considérée comme une mission loufoque, cette initiative d'Hemingway. Il est prévoyant, l'écrivain. Il a obtenu des autorités que les membres de son équipage soient reconnus comme victimes de guerre en vue d'indemnisation.
Ça, ça veut dire que si vraiment il leur arrivait malheur, eh bien, au moins leur famille, ou même eux, dans le cas d'une grave blessure, pourraient être pris en charge par l'État américain. Et cet équipage, eh bien, de quoi se compose-t-il, ou plutôt de qui ? Neuf personnes au maximum, donc un équipage vraiment très hétéroclite. C'est donc dans notre nouvelle Historia que Gérard de Cortens raconte tout ça, et il nous parle de la composition de l'équipage d'Hemingway pour cette guerre un peu particulière. Je le cite, je cite Gérard de Cortens : « L'équipage comprend, bien entendu, des amis recrutés parmi les serveurs du Floridita, vétérans antifascistes du club Vasco de la Habana, exilés espagnols loyalistes, mais aussi José Regidor, un membre de la Légion espagnole en Afrique, Félix Ermoua, un joueur de Jayalai, Adonis Rodriguez, un aviateur, et Pache, le joueur de pelote basque qui doit se tenir prêt à lancer des grenades dans le kiosque du premier sous-marin ennemi qu'il sera parvenu à attirer dans ses filets.
» La liste n'est pas close. Elle compte également un sergent du détachement de fusiliers marins de l'ambassade des États-Unis, deux joueurs de football américains et Winston Guest, un ami joueur de polo, millionnaire de Long Island. Enfin, à l'occasion, les deux fils adolescents d'Hemingway rejoignent la petite troupe : Gregory et Patrick, papa devenu l'agent 08, recrute aussi toutes sortes d'informateurs au sol, des prêtres, des serveurs, des pêcheurs, des maquereaux et des putains.
Voilà à peu près l'équipe réunie, organisée par Hemingway, avec une stratégie qui est assez simple. Le bateau est déguisé en bateau scientifique. Il est en train de faire théoriquement des recherches sur la pêche. L'idée, c'est d'attirer un U-boat, et une fois que le U-boat est à proximité, de foncer sur lui, d'arriver à son niveau, de lui lancer des grenades pour l'endommager le plus possible, afin qu'il ne puisse plus replonger pour s'échapper. Et une fois que, j'allais dire, la baleine est en surface, eh bien, on l'attaque véritablement.
Bon, en réalité, il est peu probable quand même que le Pilar, là, ce navire de plaisance au départ, qui était destiné à la pêche au gros, puisse faire grand-chose face à un U-boat allemand surarmé, quand même. Il faut dire les choses. Hemingway, qui a embarqué, enfin Hemingway, le fils d'Hemingway, Gregory, qui a embarqué aux côtés de son père à bord du Pilar, livre ce témoignage. C'est donc le fils d'Hemingway qui nous parle. « Deux hommes étaient postés à l'avant avec des mitrailleuses et deux à l'arrière avec des fusils automatiques Browning et des grenades à main.
Papa était à la barre sur la passerelle où se trouvait la bombe. L'idée était d'amener le Pilar à proximité d'un sous-marin. La manœuvre exacte n'avait pas été clairement définie. Sur quoi deux joueurs de Jayalai, en cavale, qui en avaient plus dans le ventre que dans la tête, lâcheraient la bombe par le panneau béant de la tourelle, et il y avait tout lieu de croire qu'elle expédierait le 10 sous-marin dans un monde meilleur. » Voilà ce que croient, en tout cas, ces combattants, très volontaires au demeurant.
De l'été 42 à la fin de l'année 43, Hemingway est complètement obsédé par cette histoire. D'ailleurs, il n'écrit presque plus. Il passe son temps à naviguer le long de la côte septentrionale de Cuba et plus au large, au-dessus du Gulf Stream, à la recherche de U-boats allemands. Heureusement, j'allais dire pour eux, le Pilar n'aura aucun contact avec le moindre sous-marin allemand. Heureusement pour les Allemands ou heureusement pour l'équipage du Pilar, je vous laisse juger.
En tout cas, une fois, on va apercevoir au loin un bâtiment ennemi, mais alors vraiment, ça n'inquiète pas du tout, il n'intéresse pas du tout le sous-marin allemand qui snobe complètement Hemingway et sa petite équipe et qui disparaît au large. « J'ai décidé de ne pas engager le combat avec toi et Pat à bord, » confie Hemingway à son cadet. « Je parie, » ajoute-t-il en baissant le ton, « qu'il y a aussi des gamins dans l'équipage du U-boat. Parler de la guerre, c'est banal. » Sherman a dit tout ce qu'il y avait à dire à ce propos. La guerre est parfois nécessaire, peut-être.
Va-t-on savoir ? Ça y est, l'écrivain est de retour, si je puis dire. On explore aussi quelques grottes un peu suspectes, mais de toute façon, on n'a pas la moindre trace d'Allemands devant le manque de résultats. Et au nom du mécontentement général concernant les rapports soumis, les autorités américaines, finalement, vont mettre fin aux activités d'Hemingway. Cette nouvelle Hooligan Navy va devoir être dispersée.
C'est de nouveau Leonard Bernstein, mais cette fois à la tête de l'Orchestre national de France, qui dirigeait sa propre composition intitulée « Sur les quais ».
Franck Ferrand sur Radio Classique.
Alors, l'épouse d'Hemingway, Martha Gaylord, de son côté, a un peu du mal à prendre au sérieux l'activité paramilitaire de son mari. Il faut bien le dire, quand elle voit la Pilar s'éloigner, elle lève plutôt les yeux au ciel. Elle, ce dont elle rêve, c'est de rejoindre l'Angleterre. Et d'ailleurs, elle va presser son mari de l'accompagner. Et finalement, Hemingway traversera l'Atlantique, mais Martha le précède. Et d'ailleurs, c'est seule qu'elle débarque, si je puis dire, en Angleterre. Elle était déjà correspondante de guerre en Espagne, bien sûr. Eh bien, elle va devenir correspondante de guerre, non seulement en Angleterre, mais au moment du débarquement, elle va être la seule femme qui ait participé au débarquement de Normandie avec les troupes américaines à bord d'un navire-hôpital.
Elle accompagne même les troupes alliées lors de la libération du camp de Dachau. Elle ne reverra son mari que lors d'une brève visite à l'hôpital londonien, où il se remettera, lui, de son côté, d'un accident de voiture. Et d'ailleurs, elle en a eu assez de tout ça. Elle lui annonce qu'elle le quitte. À Londres, Hemingway s'installe à l'hôtel Dorchester, s'il vous plaît. Alors, il retrouve là pas mal de vieilles connaissances de France et d'Espagne, participe à des réceptions, des réceptions arrosées, ai-je besoin de le préciser, et fait la cour à Mary Welch, qu'il va d'ailleurs épouser à la libération.
Mais pour lui, la guerre n'est pas terminée, puisque dans la nuit du 5 au 6 juin 44, il va embarquer sur une barge en compagnie de la 1re division d'infanterie américaine. Alors, le débarquement était prévu pour le 6 juin, sauf que l'écrivain ne va pas être autorisé à débarquer sur les plages normandes et ne va pas pouvoir raconter l'angoissante approche des falaises françaises. Il fait quand même un reportage extraordinaire, il écrit, Hemingway : « On pourrait écrire une semaine entière et ne pas rendre justice à tous pour ce qu'ils firent sur un front de plus de 1 000 mètres.
La guerre réelle n'est jamais pareille à la guerre sur papier. Et les comptes rendus ne disent pas grand-chose sur l'impression qu'elle a produite. Mais si vous voulez savoir ce qui se passait sur un transport LCVP, donc les Landing Craft Vehicle Personnel, si vous voulez savoir ce qui se passait à bord de ces barges le jour J, lorsque nous primes les plages de Fox Green et de Easy Red le 6 juin 1944, ceci est le récit le plus fidèle que je puisse vous donner. » Difficile de traduire la dureté de la guerre à travers de simples mots, bien sûr.
Hemingway participera aussi à des missions de bombardement au-dessus de la Picardie. D'ailleurs, dans ses articles, il va louer les exploits des pilotes de la Royal Air Force avant de pouvoir enfin fouler le sol français le 20 juin. Il la connaît bien, la France. Il connaît surtout Paris, pour tout vous dire. Il y avait vécu dans les années 20 avec Hadley Richardson, qui est la première de ses quatre épouses. En France, Hemingway poursuit ses activités paramilitaires. Il dirige même un petit groupe de résistants français qui va aider à préparer la libération de Paris. Il avait pour ambition d'entrer en premier dans la capitale française.
Oui, il ne veut jamais être le dernier, Hemingway, qu'est-ce que vous voulez. Seulement, là encore, le plan a été divulgué à Patton, qui a fait encercler le camp de presse par la police militaire et qui a dit : « Si l'un d'entre vous fait mouvement vers Paris avant les troupes, je vous traduis en cours martial. » Voilà ce qu'a dit Patton. Donc, Hemingway s'est tenu à carreau. Finalement, il fera son entrée dans la capitale en jeep dès le vendredi 25 août 44, quand même, le lendemain de l'entrée de la 2e DB. Et il dira dans une lettre en 1950 avoir tué 122 Allemands.
Vous avouerez que pour un correspondant de guerre, ça fait beaucoup, quand même, a priori. Pourquoi Hemingway a-t-il dit ça ? Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'une bonne partie des aventures qu'il a menées, qu'il a vécues en Europe, se mêlent à la légende. Et finalement, ce qui va hâter son retour aux États-Unis, c'est une simple pneumonie.
Franck Ferrand sur Radio Classique.
Comme beaucoup de ses aventures, celle-ci, celle des U-boats, de la chasse aux sous-marins allemands, s'est traduite par quelque chose de littéraire. Il y a eu une traduction littéraire, évidemment, des croisières anti-sous-marins en mer des Caraïbes de monsieur Hemingway. Les souvenirs deviennent narration. C'était déjà le cas pour le chef-d'œuvre d'Hemingway, pour « Qui sonne le glas ? », qui racontait, évidemment, la façon dont il avait couvert la guerre d'Espagne. Dans « L'adieu aux armes », publié en 29, on était très proche de l'expérience qu'il avait eue pendant la Première Guerre mondiale.
À chaque fois, tout ça lui sert en quelque sorte de réservoir d'idées, d'impressions, de notations qui ensuite se retrouvent dans ses livres, bien entendu. Dans « Le vieil homme et la mer », qu'il écrit à Cuba en 1951, donc sept ans après les aventures du Pilar, les U-boats allemands deviennent des requins. L'histoire se déroule à Cuba, dans un petit port près du Gulf Stream, qui raconte la lutte incroyable d'un vieux pêcheur avec cette espèce de veille permanente et de chasse aux requins.
« Il faut, nous dit Gaspard, le marinier qui a préparé cette émission, il faut voir dans les requins du Vieil homme et la mer une traduction métaphorique des U-boats allemands qui avaient traqué le Pilar dans ces années 42 et 43. » Hemingway ne va pas s'arrêter là. Il écrit un dernier roman qui paraîtra en 1970, c'est-à-dire à titre posthume, neuf ans après sa mort, « Îles à la dérive », fragment posthume de sa vaste autobiographie romancée. Et voici ce que nous dit Gérard de Cortens dans ce même article d'Historia : « Après avoir chassé les sous-marins, il décide d'en faire un roman « Îles à la dérive ».
Resté aujourd'hui inachevé, l'ouvrage raconte la vie d'un certain Thomas Hudson, peintre américain qui vit loin de tout à Cuba, qui périra, mitraillette Thomson à la main, alors qu'ayant pris en chasse un U-boat, il est rattrapé, puis tué par les tireurs du sous-marin. Voilà comment, si l'on en croit Hemingway, un écrivain parvient à se libérer de bien des choses par l'écriture.
Dans la nouvelle formule d’Historia, Gérard de Cortanze raconte l’initiative un peu folle prise par Hemingway durant la Seconde Guerre Mondiale : aller combattre les sous-marins allemands avec… un bateau de pêche !
Plongez dans l’histoire des grands personnages et des évènements marquants qui ont façonné notre monde ! Avec enthousiasme et talent, Franck Ferrand vous révèle les coulisses de l’histoire avec un grand H, entre mystères, secrets et épisodes méconnus : un cadeau pour les amoureux du passé, de la préhistoire à l’histoire contemporaine.
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