Transcript of Mona Lisa : quelle femme se cache derrière la Joconde ?

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Episode summary

This episode of Les grands dossiers de l'Histoire explores who the woman in Leonardo da Vinci's Mona Lisa really was. Franck Ferrand traces the life of Lisa Gherardini, born in Florence in 1479 into a noble but financially weakened family, and her marriage to the silk merchant Francesco del Giocondo.

He describes how the portrait was likely commissioned around 1503, how Leonardo kept reworking it for years, and how Giorgio Vasari's 1550 description helped shape its legend. Listeners also hear about Lisa's last years and her death in 1542.

In the closing discussion with Christian Morin, the painting's 1911 theft and its status as a modern icon are recalled.

In this episode Franck Ferrand, Christian Morin

The transcript of this episode on Lisa Gherardini, the woman behind Leonardo's Mona Lisa, was made with the technology behind HappyScribe's subtitle generator.

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9 h, 9 h 30, « Franck Ferrand raconte » sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:00:19

L'avantage avec la Joconde, c'est que je n'ai pas besoin de vous la décrire; vous l'avez tout à fait à l'esprit, le visage de cette femme, ses couleurs légèrement estompées, cet air énigmatique, et ce sourire qui a tellement, tellement pu faire parler de lui. L'auteur, évidemment, vous le connaissez presque aussi bien que son tableau célèbre; c'est Léonard de Vinci, une légende de son vivant. Léonard de Vinci, qui était venu passer les dernières années de sa vie en France, avant de mourir dans le manoir de Clou, tout près du château royal d'Amboise, devenu aujourd'hui le Clos Lucé, ce merveilleux Clos Lucé qui est entièrement dédié à la mémoire de Léonard, et qui donc a disparu, Léonard, au printemps 1519 à Amboise.

La première description que nous ayons de ce célébrissime tableau date du XVIe siècle de 1550, c'est-à-dire à peine plus de 30 ans après la mort du maître. C'est le peintre et architecte toscan Giorgio Vasari, bien sûr, qui décrit ce tableau dans « Levi tedepio eccellenti pittori, scultori e architettori », « Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes », premier ouvrage qui se soit intéressé à tous ces maîtres de la Renaissance.

Une somme de biographies qui commence par Cimabue — on parle beaucoup de Cimabue en ce moment, n'est-ce pas ? — peintre du XIIIe siècle, qui est un peu à l'origine de la peinture occidentale telle que nous la définissons. Et puis ça s'achève, évidemment, par Raphaël et Léonard. C'est dans le troisième tome, donc, que Vasari offre une description de la Joconde, dont il dit lui-même, déjà à l'époque, au XVIe siècle, quel est ce que Léonard aura peint de plus important. Je cite Vasari : « En cette tête — qui voulait voir combien l'art sait aisément imiter la nature — le pouvait aisément comprendre, car s'y trouvaient, contrefaits, tous les petits détails que l'on pouvait peindre avec finesse.

Car les yeux avaient ce lustre, cette eau que l'on voit toujours chez les vivants, et autour d'eux étaient tous ces roses bleutées, les cils qui ne se peuvent faire sans la plus grande finesse, les sourcils pour y avoir fait la matière dont les poils naissent de la chair, tantôt plus épais, tantôt plus rares, et celle dont ils se courbent selon les pores de la peau. Tout cela ne pouvait être plus naturel. Le nez, aux belles ouvertures rosées et tendres, semblait être vivant. La bouche était cette fente aux limites unies par le rouge des lèvres et à l'incarnat du visage, qui ne paraissait point couleur, mais véritablement chair.

Au creux de la gorge, quiconque regardait très attentivement voyait battre le pouls. Et l'on peut dire, en vérité, que cette œuvre fut peinte de manière à faire trembler et craindre tout valeureux artiste, quel qu'il fût. » Accrochez-vous à vos pinceaux, messieurs, qui voulez faire aussi bien : personne n'y parviendra, et d'autant moins peut-être que Léonard, vous le savez, peignait en grande partie — c'est la technique du sfumato — avec le gras même de ses doigts. Je continue le texte de Vasari, qui nous décrit la Joconde : « Il usa de cet artifice encore, Mona Lisa étant fort belle, que, tandis qu'il la portrayait, il faisait jouer ou chanter, et avait continué le recours à des bouffons qu'il a fait demeurer gais, afin de chasser la mélancolie que la peinture a coutume de donner aux portraits lorsqu'on les fait.

Et en celui de Léonardo, était un sourire si plaisant que cette œuvre, à voir plus divine qu'humaine, et qu'elle était tenue pour merveille, pour ce que la vie ne se présente pas autrement. » Il y a, dans la façon même qu'avait Léonard de concevoir ses peintures à l'huile sur des panneaux qu'il reprenait, reprenait et reprenait sans cesse, il y a quelque ontologie même de l'essence artistique qui fait que ce qui sortait de sa main, de son esprit, de son génie, possédait une vie intrinsèque.

Et c'est cette vie qu'essaie de nous faire saisir Vasari, et qu'il fait un peu par l'imagination, parce qu'il n'a eu aucun moyen, lui, de voir la Joconde. Le tableau se trouvait en France au moment où écrit Vasari, et il n'est pas allé le voir, évidemment. Les lignes, je vous l'ai dit, paraissent en 1550. Il y aura une deuxième édition enrichie, celle qu'on connaît, en 1568. Et à l'époque, le sujet du tableau a quitté ce monde.

En 1568, ça fait déjà huit ans que Mona Lisa n'est plus. Mais me direz-vous : qui est Mona Lisa ? Eh bien, c'est précisément ce que nous allons essayer de comprendre.

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Franck Ferrand, sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:05:24

Son vrai nom, c'est Lisa Gherardini. De son nom de jeune fille, hein, Gherardini. Vieille famille florentine qui appartient à ce que la noblesse toscane a pu faire de brillant. Bon, un peu appauvrie, disons les choses. La famille Gherardini possède une demeure sur la via Maggio, à Florence. Elle possède six fermes dans le Chianti, donc au sud de la ville rhenne. Les fermes produisent du blé, du vin, de l'huile d'olive.

On y élève du bétail également. Voilà l'origine des revenus d'une aristocratie dont il faut bien dire qu'elle est désargentée. Elle n'a plus tout à fait les moyens de vivre au niveau de ce qu'avaient connu ses ancêtres. Et en réalité, par le passé, la famille a été très riche. Elle possédait un château pas très loin de Florence. Et dans le grand conflit qui a opposé les Guelfes aux Gibelins, j'ai eu l'occasion de vous en parler très, très souvent, la famille Gherardini a subi de mauvaises fortunes, bannie de la République de Florence.

Elle avait choisi, elle avait opté pour le mauvais parti. Tous les biens de la famille ont été détruits, son château rasé. Seule une petite branche des Gherardini a pu demeurer en ville. C'est donc cette branche à laquelle appartient Anto Maria di Noble Gherardini, le père de notre Mona Lisa, Anto Maria. Il se marie une première fois en 1465, mais il se trouve que sa première femme, comme il arrivait souvent à l'époque, meurt en couches.

Il va donc se remarier en 1473, et ça y est, de nouveau, son épouse décède dans les mêmes conditions. Anto Maria se marie donc une troisième fois. On est là en 1476, avec une certaine Lucrezia del Caccia. Et là, cette fois, cette fois, c'est une union fructueuse, féconde, puisque sept enfants vont être élevés par ce couple. Et le premier de ces enfants, c'est une fille, Lisa, l'aînée donc de trois sœurs et trois frères.

Ses parents, évidemment, sont très loin d'imaginer qu'un jour leur petite Lisa sera le visage féminin le plus célèbre de tous les temps.

Une petite symphonie, extraite de l'Helio Gabbale de Cavalli. L'ensemble Arpeggiata était, comme il se doit, sous la direction de Cristina Pluhar.

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Vous écoutez Radio Classique.

Franck Ferrand00:08:48

Elle est née à Florence, vous l'aurez compris, Lisa Gherardini, le 15 juin 1479. On ne sait pas grand-chose sur son enfance, sinon donc qu'elle est l'aînée de cette fratrie de sept enfants, je l'ai dit. Famille qui connaît parfaitement Florence. Elle a vécu près de la basilique de la Sainte-Trinité, mais cette demeure était en mauvais état. Les Gherardini, n'ayant pas les moyens de la restaurer, ils ont dû déménager dans un immeuble qui est loué près de la basilique du Saint-Esprit. L'été, toute la famille se rend à San Donato in Poggio, on est à 32 kilomètres au sud de la ville.

Et il faut imaginer la petite, la jeune belle Lisa. Alors, à l'époque, je dis « il faut l'imaginer », parce qu'on n'a pas de portrait d'elle, bien sûr. Le seul qu'on connaisse, il est au Louvre. Mais au vu de la beauté de Lisa au moment du portrait de Léonard de Vinci, on peut se dire qu'elle était déjà très rayonnante avant même son mariage. Il faut vous dire que c'est un très bon parti, parce que même si la famille est désargentée, je me suis étendu sur le sujet, le nom de Gherardini reste très prestigieux à Florence. Et puis il y a cette beauté qui ne laisse pas indifférent.

On raconte même que Julien de Médicis, le fils de Laurent le Magnifique, avait remarqué Lisa. Il lui a fait sa cour. Quoi qu'il en soit, c'est le grand-père de Lisa qui va officier les négociations de mariage, parce qu'à ce moment-là, le père, Anto Maria, est décédé. Ça fait déjà quelques années qu'il n'est plus. C'est donc le grand-père qui va arrêter son choix sur un certain Francesco di Bartolomeo di Zanobi del Giocondo. Ah, ça y est, le nom est prononcé.

La famille n'est pas de haute noblesse comme l'est celle des Gherardini, mais elle est riche, infiniment plus riche que les Gherardini. Maintenant, Francesco est marchand de soie, de vêtements. Il a 29 ans. Lisa n'a que 15 ans à l'époque. Bon, c'est tout à fait habituel à l'époque, ce genre de petite différence d'âge entre un mari déjà établi et une jeune fille qu'on sait nubile. Le mariage a lieu le 5 mars 1495. Voilà donc comment Lisa Gherardini devient Mona Lisa di Giocondo.

Mona, c'est l'abréviation de Madone. Ça veut dire « madame », tout simplement. C'est le Mrs anglais, si vous voulez. C'est le MME français. Mona Lisa, madame Lise. Il semblerait qu'un véritable attachement ait existé entre ses époux, peut-être même de l'amour. En tout cas, cinq enfants vont naître : Piero, Camilla, Andrea, Giocondo et Marietta. En 1503, le mari veut faire un cadeau à son épouse. Elle a 24 ans maintenant. Il veut lui offrir son portrait.

Aujourd'hui, ça vous paraît d'une banalité, mais dites-vous qu'à l'époque, rares étaient les personnes qui pouvaient s'offrir ce genre de luxe. Et alors, surtout qu'on ne va pas demander le portrait au premier rapin venu. Non, non, on s'adresse au plus grand maître du temps, qui déjà à l'époque, je vous dis, est devenu une légende vivante : Léonard. Léonard de Vinci. Vinci est un tout petit village qui n'est pas très loin de Florence. Bref, il a déjà 51 ans, Léonard. Sa renommée est immense. Il a œuvré à Milan pour les Sforza, vous savez.

Franck Ferrand00:11:59

Il s'est fait beaucoup remarquer là-bas. Il était aussi sculpteur. Il a fait le fameux Cavalier Sforza, qui ont détruit les arbalétriers du roi de France au moment de leur invasion. Ensuite, il a été à Mantoue, à Venise, du fait d'ailleurs de cette invasion française. C'est un touche-à-tout de génie. Il s'est de nouveau installé à Florence après 1500, dans la ville de sa jeunesse, où il a été hébergé par les moines servites de la ville, au couvent de l'église de la Santissima Annunziata. Alors pourquoi, alors que Léonard refuse la plupart des commandes que lui adressent les princes et les ducs de toute la péninsule, pourquoi est-ce qu'il accepterait de réaliser le portrait de cette femme certes très belle, mais qui n'est pas somme toute maintenant d'un si grand lignage ?

Eh bien, si vous voulez la réponse, il faut lire la biographie de l'ami Jean-Yves Borrio, que je cite toujours avec grand bonheur. Voici ce qu'écrit Jean-Yves : « Dans quelles circonstances Francesco avait-il passé ? Comment ? Nous l'ignorons. Peut-être à l'occasion de l'achat d'une demeure familiale en 1503 ou en 1502, de la naissance d'un fils, Andrea, venu combler le vide laissé par le décès d'une fille en 1499, le laisserait penser le léger voile perceptible sur la chevelure du modèle, voile de deuil ou marque de respectabilité.

Question embarrassante. Pourquoi Léonard accepta-t-il, en ces premières années 1500, de réaliser ce portrait d'une jeune Florentine de 24 ans, alors qu'il multipliait les prétextes pour refuser cette faveur à Isabelle d'Este, une des femmes les plus en vue de la Renaissance italienne ? » La réponse est peut-être à trouver dans les réseaux compliqués qui animaient alors le microcosme florentin. Piero da Vinci, le propre père de Léonard Ser Piero, était à la fois le notaire de Francesco di Giocondo et celui de l'abbaye Santissima Annunziata, où l'artiste avait emménagé en arrivant de Milan.

Sans compter que les deux hommes prêtaient parfois de l'argent à la communauté des moines et disposaient d'une chapelle dans leur église. Bon, en tout cas, en 1503, Léonard accepte de peindre la jeune femme. Mona Lisa s'installe. On doit imaginer Léonard faisant quelques croquis sur des papiers dont la plupart ont été perdus. Le tableau, ce sera bien sûr une huile sur bois, comme toujours avec Léonard, sur bois de peuplier. On ne sait pas combien de séances ont été nécessaires.

Giorgio Vasari, mais encore une fois, vous avez bien compris qu'il écrit un demi-siècle après, il nous dit : « Mona Lisa étant fort belle, que tandis qu'il la portrayait, il faisait jouer ou chanter et avait continué le recours à des bouffons qui la fissent demeurer gai afin de chasser la mélancolie que la peinture a coutume de donner aux portraits qu'on les fait. » Bon, est-ce que ce sont les bouffons qui ont fait sourire Mona Lisa ? Je pense que les bouffons, ils étaient surtout dans l'esprit de Vasari.

Speaker 300:14:52

C'est pour une seule fois les bêves dont il s'est emprisonné, qui ont vécu au coton de Bercude à Berta. Le cœur des bêtes s'est crispé fier et a aimant du pétard, qui semble quel scoglio à l'onde d'orgueil où il a fait des sarras.

Le spirit féroce et révolté des bêtes, il est toujours de pacifiante à l'âme. Il est bien qu'à l'heure où il négue les sorts de bonne à merci, tra d'oïa infinita, tristement tradite, viva la miafé.

Franck Ferrand00:15:54

Si doux est le tourment, merveilleux Scherzo de Monteverdi, interprété par le non moins merveilleux Philippe Jarousski, accompagné par l'ensemble Arpeggiata sous la direction de Cristina Pluhar.

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Franck Ferrand sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:16:10

À l'époque où il peint le portrait de Mona Lisa, Léonard est engagé dans d'autres grandes commandes, et notamment, on a eu l'occasion d'en parler ici même, c'est un des épisodes célèbres de sa vie, dans la construction, si je puis dire, d'une gigantesque fresque en face de celle de Michel-Ange, et consacrée pour le Palazzo Vecchio à la bataille d'Anghiari. C'est dans la salle du Grand Conseil. C'est le match suprême, si je puis dire, entre Michel-Ange d'un côté et Léonard de l'autre.

Vous savez que ni l'un ni l'autre n'achèvera son travail. Et qu'en l'occurrence, les enduits utilisés par Michel-Ange, ayant mal séché cet envie effritée, il a fallu que le maître abandonne son grand chantier. Ça a été une des hontes de sa vie et en même temps, peut-être le symbole même de cette volonté qu'avait toujours Léonard d'inventer, d'aller plus loin dans la recherche, tout en étant d'un perfectionnisme qui ne lui permettait pas d'achever une œuvre. Bref, quand il repart pour Milan d'abord, avant d'aller s'installer à Rome, vous le savez, il met Mona Lisa, en tout cas le tableau tel qu'il est, dans l'état, dans ses bagages.

Je cite de nouveau Jean-Yves Borrio. Léonard s'était déjà mis au travail en 1503. Il dut le prolonger jusqu'en 1506. Vasari parle de quatre années de labeur, date de son départ vers Milan, où il emporta sans doute l'œuvre avec lui, puis à Rome dans un séjour de trois ans, et enfin en France, au Clos Lucé, où le vire Antonio de Béatice et le cardinal d'Aragon. Léonard le peaufinait par à-coups, sans d'ailleurs l'achever, puisqu'en l'état, le décor en apparaît encore incomplet. Au bas mot donc, il fallut seize années d'un travail lent et syncopé pour ce qui allait apparaître quelque temps après comme le chef-d'œuvre absolu de l'histoire de l'art.

Léonard est maintenant au sommet de sa technique, que l'on connaît mieux depuis les examens de laboratoire menés en 2004, sur la mince plaque de peuplier, plusieurs couches d'enduit, puis le dessin de la figure et la peinture elle-même, une huile très diluée, répartie en de nombreuses couches successives qui aboutissent à ce glacis célèbre, ce sfumato à même d'estomper les formes et contours, et qui suscite ici, notamment sur le visage de Lisa, le clair-obscur qui modèle ses traits.

Le vêtement, brodé de fils d'or savamment entrelacés au niveau du décolleté, devait être de couleur rouge carmin et non vert sombre, comme il semble aujourd'hui, avec des manches jaune mordoré et recouvert d'un guarnello au gaz fine et diaphane, marque de respectabilité. Ce souci de précision fut particulièrement apprécié par les contemporains, et le premier succès qui toucha le tableau lui vint du réalisme que l'on crut d'emblée y saisir, comme en témoignent, dans les années 1550, l'éloge bien renaissant de Vasari, fondé sur la réussite de Léonard dans la valeur essentielle du temps, la mimésis.

Franck Ferrand00:19:12

La mimésis, c'est l'imitation de la nature. Le maître va donc mourir en 1519. Or, il avait depuis Rome, où il avait été protégé par le pape, émigré à l'époque vers la France, où il était le protégé du roi de France, François Ier, qui va acquérir parmi d'autres ce tableau, propriété française. Désormais, je le précise et le signale, quand on sait que la région de Toscane en réclame aujourd'hui la rétrocession.

Ça paraît dément, mais c'est comme ça. On imagine évidemment la colère des époux de Giocondo quand ils comprennent qu'ils n'auront jamais le tableau qu'ils avaient quand même commandé. Mona Lisa a posé. Elle a posé longtemps devant le maître, très probablement. Elle ne verra jamais la couleur de son portrait. C'est quand même quelle perte de temps. Oui, enfin, si elle savait ce que deviendrait son image, peut-être aurait-elle été un peu plus à même envers celui qui avait volé son portrait.

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Franck Ferrand sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:20:17

Vous voulez savoir ce qu'est devenu Francesco di Giocondo ? Il a gravi tous les échelons de la République. À Florence, il a été élu à la Dolici Buonomini en 1499. C'est l'assemblée qui préside à Florence. Et puis au-dessus, dans le Conseil exécutif de la Seigneurie, en 1512, où il a été confirmé comme priori en 1524. Les deux filles du couple sont entrées dans les ordres. Les garçons ont travaillé dans les affaires de leur père. Bref, vie confortable et bourgeoise que vit Mona Lisa.

Son mari meurt en 1538 d'une peste, comme il y en avait tant à l'époque, et dans le testament qu'il laisse, testament qui d'ailleurs est signé par Ser Piero, par le père du peintre, on ressent le profond amour qui le liait à son épouse. Étant donné l'affection et l'amour du testateur envers Mona Lisa, son épouse bien-aimée, et compte tenu du fait que Lisa a toujours agi avec un esprit noble et comme une épouse fidèle, le testateur susdit entend faire en sorte qu'après la mort dudit Francesco, lui soit donné tout ce qui lui sera nécessaire.

Autant vous dire qu'elle n'a manqué de rien, Mona Lisa. Enfin si, elle a manqué de son portrait, puisqu'il était parti en France. Qu'est-ce que vous voulez ? Quelques années après la mort de son mari, elle va elle-même tomber malade. Sa fille, qui est la sœur Ludovica, va prendre soin d'elle. Elle va d'ailleurs la loger, cette mère tranquille et désormais malade, dans le beau monastère de Sainte-Ursule. Et c'est à Sainte-Ursule que va s'éteindre Mona Lisa, le 15 juillet 1542, à l'âge de 63 ans.

Enfin, s'éteindre, tout est très relatif, puisque vous la savez, vous, parfaitement immortelle.

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Vous écoutez Radio Classique.

Franck Ferrand00:22:14

Non moins immortelle dans le cœur de nos auditeurs. Et je salue Jean-Baptiste Galen, qui d'ailleurs est en régie et nous a gratifiés de ce beau portrait du portrait, non moins immortel. Et Christian Morin, bonjour.

Christian Morin00:22:27

Je m'attendais avec Jean-Baptiste, justement, à propos du vol de Mona Lisa.

Franck Ferrand00:22:30

Ah oui, ça, c'était en 1911.

Christian Morin00:22:31

C'est une autre histoire, oui, oui, parce qu'on avait même accusé Apollinaire et Picasso, puisqu'Apollinaire avait recelé des pièces d'un certain Piret du Louvre. Enfin bon, ça avait été un problème. Tout ça était dans Le Petit Parisien à l'époque. Et ce matin, bien sûr, Mona Lisa nous a fait rêver. C'est vrai qu'il y a quand même ce regard qui reste troublant. On ne sait jamais tellement où se situer quand on arrive à approcher du tableau.

Franck Ferrand00:22:54

Oui, là, maintenant, c'est devenu un peu difficile. Alors, ce qui est terrible, j'ai vu la Joconde là, il y a quelques mois.

Christian Morin00:23:00

Comment va-t-elle ?

Franck Ferrand00:23:00

Peu importe, elle allait plutôt pas mal. Mais ce qui était étonnant, c'est de voir la plupart des gens qui lui tournent le dos pour se photographier en selfie devant elle.

Christian Morin00:23:09

C'est devenu ce qu'on appelle une icône. Là, on dépasse le cadre de l'art pour entrer dans celui de la légende.

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Tout à fait. Alors, après Mona Lisa, cet après-midi, c'est Marie Céleste que vous allez évoquer.

Mais là, Marie Céleste, oui, ça, c'est un bateau.

Oui, oui, oui, tout à fait. C'est l'énigme maritime de la Marie Céleste, donc une histoire qui se passe en 1872 et que Franck vous racontera avec sa faconde habituelle. Profitons-en pour rappeler la pièce de Laurent Ruquet qui se joue tout aussi tôt au théâtre des Champs-Élysées, non ? À la Comédie des Champs-Élysées, à côté du théâtre.

J'aurais peut-être dû vérifier ça avant de vous le dire.

Oui, mais je vais jeter un petit coup d'œil et j'en reparlerai.

La pièce, je l'ai vue il y a quelques mois lors de sa première parution, si je puis dire, et c'est un régal de bout en bout.

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Alors, j'ai besoin aussi de vous parler aussi de votre rendez-vous du 4 juin avec Maurice Ravel, entre autres, et Jean-Frédéric Le Burger, le pianiste. Vous allez nous donner un rendez-vous.

C'est le 4 juin.

4 juin, c'est ça. 4 juin 2025, à la salle Gaveau. Et justement, je vais vous dédier, mon cher Franck, dans un instant, le Tombeau de Couperin, le prélude que Jean-Frédéric Le Burger va nous jouer de Maurice Ravel, avant que vous ne le rencontriez pour une soirée qui s'annonce, comme d'habitude, mais assez décoiffante.

Assez décoiffante.

Et je dirais, comme disait mon grand-père, j'aimais bien ce mot, assez épatante.

Oui, voilà, exactement.

Episode description

Vous connaissez tous son visage, mais savez-vous véritablement qui était Mona Lisa del Giocondo ?

Plongez dans l’histoire des grands personnages et des évènements marquants qui ont façonné notre monde ! Avec enthousiasme et talent, Franck Ferrand vous révèle les coulisses de l’histoire avec un grand H, entre mystères, secrets et épisodes méconnus : un cadeau pour les amoureux du passé, de la préhistoire à l’histoire contemporaine.

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