Transcript of Joseph Darnand et la milice – Collection Seconde Guerre mondiale

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Episode summary

This episode of Les grands dossiers de l'Histoire traces the path of Joseph Darnand, a decorated French soldier of the First World War who later became a far-right militant and then the leader of the Milice, the paramilitary police set up under Vichy France in 1943. Drawing on the biography by Éric Allary, the discussion follows his years in nationalist leagues, his role in the Legion of Combatants, and his growing alignment with Nazi Germany.

The hosts cover the Milice's repression, its flight to Germany in 1944, and Darnand's trial and execution in 1945. Listeners will learn how a war hero's politics led him into collaboration.

In this episode Franck Ferrand, Christian Morin

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Speaker 100:00:06

9 h, 9 h 30, « Franck Ferrand raconte » sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:00:17

Cette histoire commence le 14 juillet 1918, on est en Champagne, dans les tranchées. Et oui, juillet 1918, on est encore en pleine guerre, il est 8 h moins une le soir. Deux cents poilus sont là, tapis, prêts à l'assaut. Le cœur battant, épuisé pour beaucoup, ils doivent prendre un poste de commandement allemand à 400 mètres. Il faut aller récupérer du renseignement. Et ça y est, 8 h, le signal est donné, l'artillerie française se met à pilonner la ligne adverse, enfin on connaît ça par cœur.

Les commandos attaquent la tranchée ennemie, un groupe de grenadiers rampe jusqu'au poste allemand. Il faut imaginer les grenades, les coups de fusil, on va même se battre à la baïonnette. Des Français vont finir par prendre le dessus, ils vont faire une vingtaine de prisonniers, ils tuent les autres au fond de leurs abris et rapportent à l'arrière. Les prisonniers, mais aussi pas mal de matériel, et des cartes, et des papiers. Et grâce à ces renseignements, l'état-major peut anticiper une attaque, attaque allemande qui était prévue le lendemain matin. Quand les Allemands lancent leur offensive, ils vont donc se heurter à une artillerie beaucoup plus forte que ce qui était prévu, impitoyable même, et ils finissent par reculer.

Quatre jours plus tard, Foch va lancer sa fameuse contre-offensive qui va mener à la célèbre victoire de l'automne 1918. Il y a au moins un héros dans cette opération, un jeune sergent qui a mené l'un des commandos, il a 21 ans, il s'appelle Joseph, Joseph Darnand, sous-officier téméraire qui déjà a été blessé, déjà a été décoré. Il est de ces militaires qui aiment la guerre, vous voyez. Le 31 août, c'est Pétain lui-même qui lui remet la médaille militaire. Et quand la paix va revenir, Darnand voudrait devenir officier, seulement la hiérarchie ne le juge pas apte au commandement, on le renvoie donc, comme beaucoup, beaucoup d'autres, à la vie civile.

Et on le renvoie à ce qui devient une amertume. Il va trouver un travail dans une exploitation forestière à Bourg-en-Bresse, donc dans sa région, et va se marier. Mais la vérité, c'est que ce jeune homme-là n'aime que l'action et qu'il s'ennuie dans cette vie civile. Son patron fait de lui ce portrait : employé de second ordre en tant qu'intelligence, c'est quand même fort de noter ça, mais travailleur, tenace et volontaire, très violent dans ses idées, ayant de fréquentes discussions avec des collègues de travail au sujet de la politique, ne souffrant pas la contradiction.

Speaker 100:02:46

Franck Ferrand sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:02:48

Eh oui, la politique, c'est ce qui anime en fait, c'est la seule chose qui l'intéresse, Darnand, au moins ça met un peu de piment dans sa vie, comme beaucoup d'anciens combattants d'ailleurs. Il est à droite de tradition familiale, on peut même dire à l'extrême droite, il rêve d'abattre cette république laïque et parlementaire qu'il déteste comme tant d'autres. N'oubliez pas qu'on est à l'époque des Ligues. En dix ans, il va fréquenter tous les mouvements nationalistes possibles. D'abord l'Action française de Maurras avec ses camelots du roi.

Darnand va adhérer à l'antisémitisme de ce mouvement, mais il trouve même l'Action française trop mou, trop molle. Même chose avec les Croix de Feu. Finalement, il ira rejoindre carrément la cagoule. Les cagoulards cachent des armes avec deux objectifs : empêcher un putsch communiste, ça c'est ce qu'ils disent officiellement, en fait renverser le régime parlementaire. À Nice, Darnand a monté une entreprise de déménagement, il utilise ses camions pour faire entrer des armes depuis l'Italie.

Il ne faut pas oublier que l'Italie est sous régime fasciste à l'époque. La police ne tarde pas à repérer le petit manège et en juillet 38, il est enfin incarcéré pour complot ayant pour but de changer la forme du gouvernement et d'exciter à la guerre civile. Ce n'est pas très bon ça. Il sera quand même libéré six mois plus tard, faute de preuves. À sa sortie de prison, les cagoulards vont organiser une espèce de réception au buffet de la gare de Nice. On chante la Marseillaise, pourquoi pas. On fait le salut fasciste, c'est plus embêtant. Voilà d'où vient Darnand, vous voyez le contexte de cet homme complètement pris par des idéologies qui le dépassent.

Et c'est ce moment-là, c'est à ce moment-là que Hitler envahit la Pologne et puis va finalement se retrouver face à toute l'Europe puisque la France va déclarer la guerre à l'Allemagne et bientôt l'Angleterre. Darnand est mobilisé et il va s'illustrer de nouveau au front. Il finit par être prisonnier, il s'évade, il arrive à rentrer à Nice. Alors il fait partie de tous ceux, ils sont innombrables à l'époque, qui considèrent le maréchal Pétain comme un sauveur. Il est heureux de voir Pétain obtenir les pleins pouvoirs, il y a tout le souvenir de la première guerre bien entendu.

Il est surtout heureux de voir le régime de Vichy enterrer la République et lancer ce qu'on appelle, vous savez, la révolution nationale. C'est tout à fait conforme aux idées de Darnand tout ça. Pétain veut empêcher les anciens combattants de partir pour Londres, évidemment. Et il va confier à un ancien député maurrassien la création de ce qu'on va appeler la Légion des combattants. Le député en question, c'est Xavier Vallat. Vallat, inconnu Darnand dans les mouvements d'extrême droite qu'il fréquentait, il va lui confier la section des Alpes-Maritimes.

Et Darnand prend son rôle très à cœur, on se demande ce qu'il ne prend pas très à cœur du reste. Il va recruter pour cette Légion des combattants quelque 8 000 membres, dont beaucoup de cagoulards d'ailleurs. Il prononce un discours au casino de Nice, je le cite : « Il faut chasser les faux Français qui ont conduit à la ruine du pays. Nous avons besoin que les vrais Français patriotes remplacent les métèques, les Juifs et les étrangers. La Légion sera demain l'armature de la France régénérée.

Franck Ferrand00:06:09

» Et pour lui, l'ennemi, vous avez bien compris, est en train de changer complètement. Ce n'est plus l'Allemagne qu'on combat, ce sont les étrangers, les Juifs, les francs-maçons, etc. Et dans la salle, évidemment, on approuve, on applaudit ce genre de discours. Et de nouveau, ce sont des saluts fascistes. Et finalement, quand Hitler va rompre le pacte germano-soviétique et attaquer l'Union soviétique, Darnand fait partie de ceux qui applaudissent. À Nice, il crée au sein de la Légion des combattants un groupe de choc, le service d'ordre légionnaire, le terrible SOL.

Ce sont des hommes jeunes, donc ce sont pour la plupart, ce ne sont plus des anciens combattants, mais qui sont prêts à combattre, à s'en aller combattre. Et le ministre de l'Intérieur de Vichy, Puchet, apprécie tout ça. Il demande à Darnand d'étendre ce service, ce service d'ordre légionnaire à toute la zone non occupée, avec là encore un objectif qui n'est pas la revanche contre l'Allemagne, mais bien la lutte contre l'ennemi de l'intérieur, ennemi désigné par Vichy, communisme, évidemment, la lèpre juive, c'est écrit carrément dans le serment du SOL, et puis bien sûr le gaullisme.

Le 12 juillet 42 à Lyon, après un voyage d'observation en Allemagne, Darnand déclare à ses légionnaires, parce que c'est comme ça qu'ils s'appellent, la politique de collaboration est aujourd'hui nécessaire. Et quatre jours plus tard, c'est la rafle du Vel d'Hiv, organisée, on l'a suffisamment dit, par la police française, évidemment, 13 152 Juifs déportés. Et le 26 août, la rafle moins connue de Nice, et qui pourtant se trouve là en zone qu'on appelle zone libre, 6 584 Juifs déportés.

Darnand voit tout ce qui, avant la guerre, constituait l'armature de ses idées, si l'on peut dire, en tout cas, il voit son idéologie devenir réalité, et il peut se mettre au service de ce dont il a toujours rêvé.

L'Île des morts de Sergueï Rakmaninov, d'après le célèbre tableau L'Île des morts d'Arnold Böcklin, que vous connaissez peut-être. L'Orchestre philharmonique de Berlin était dirigé par Laurine Mazel.

Speaker 100:09:23

Vous écoutez Radio Classique.

Franck Ferrand00:09:25

Novembre 1942, vous savez, novembre 1942, en tout cas à l'échelle de la France, dans la Seconde Guerre mondiale, c'est le moment du basculement. Les Allemands envahissent la zone libre. Néanmoins, Hitler laisse officiellement Vichy administrer tout le territoire, mais ça permet tout ça à l'Allemagne de concentrer ses efforts militaires ailleurs, puisque pendant que Vichy fait le travail en France, on peut déplacer un certain nombre de régiments. En décembre, Hitler ordonne à Laval, donc président du conseil qui dirige ce gouvernement de Vichy, la constitution d'une milice française aux pouvoirs de police qui sont dégagés de la justice.

Vous imaginez ce qui est en train de se passer. Le 5 janvier 43, le maréchal Pétain va donc annoncer la création de cette milice et on a envie de dire forcément non, ce n'était pas si évident que ça, mais si quand même. Celui qui est désigné pour diriger cette milice, cette espèce de police qui vient de s'instaurer directement sous influence allemande, c'est Joseph Darnand, bien entendu. Dans un ouvrage qui vient de paraître chez Perrin, voici ce qu'écrit Éric Allary, la biographie s'appelle « Joseph Darnand, de la gloire à l'opprobre ».

Je cite Éric Allary : « La milice est désormais une police supplétive qui doit aussi participer au maintien de l'ordre en France. Darnand dispose d'un gros budget et installe des bureaux spécifiques dans les hôtels de Vichy. Ses services miliciens sont même présents aux petits casinos. Le Gamma devient le symbole de la milice qui est organisée comme le parti nazi et qui reçoit tous les volontaires, y compris des femmes. » Il y a trois conditions pour entrer dans cette milice qui va devenir donc la milice de Joseph Darnand.

D'abord être français de naissance, ne pas être juif, est-ce que j'ai besoin de préciser cela, et n'adhérer à aucune société secrète. Vous comprenez bien que les sociétés secrètes en question, celle qui est visée, c'est la franc-maçonnerie, bien sûr. Bref, il faut être ni juif ni franc-maçon, il faut être français de naissance et à ce moment-là, vous avez une possibilité d'entrer dans la milice. Et Darnand prend du galon. Il semble un temps vouloir rejoindre la France combattante, ça c'est très important de le signaler.

Le 4 juin 43, Jean Moulin, qui est président du Conseil national de la Résistance à l'époque, bien sûr, en juin 43, Jean Moulin écrit un télégramme depuis le territoire national au renseignement de la France combattante à Londres, le fameux BCRA. Voici ce qu'écrit Jean Moulin : « Darnand, je dis Darnand, ex-cagoulard, chef de la milice, disposé à rallier l'unité combattante FFC, étant dégoûté de Vichy. Vous laisse soin examiner ce ralliement sensationnel.

» Il a tout à fait compris le caractère invraisemblable de ce qu'il est en train d'annoncer quand même, Jean Moulin. Et le BCRA va répondre sans délai. Quand je dis le BCRA, c'est le général de Gaulle, bien sûr. « Votre proposition Darnand, je répète, Darnand, moralement inacceptable. » Voilà la réponse de Londres. De Gaulle n'a aucune confiance dans ces hommes tellement impliqués dans Vichy qui ont complètement piétiné toutes les institutions pour soutenir les Allemands, qui se sont mis carrément au service de la Wehrmacht.

Franck Ferrand00:12:52

De Gaulle écrira dans ses mémoires de guerre : « Rien mieux que la conduite de ce grand dévoyé de l'action ne démontrait la forfaiture d'un régime qui avait détourné de la patrie des hommes faits pour la servir. » Je trouve cette phrase comme très souvent dans les mémoires de guerre, cette phrase résume tout, donne exactement la position. Je me permets de la relire. « Rien mieux que la conduite de ce grand dévoyé de l'action, magnifique définition pour définir Darnand, ne démontrait la forfaiture d'un régime qui avait détourné de la patrie des hommes faits pour la servir.

» C'est exactement ça. En parallèle d'ailleurs, Darnand demande aux Allemands des armes pour sa milice. Et il ne joue pas à double jeu parce qu'il offre 300 combattants français à la Waffen-SS, s'il vous plaît. Début août 43, au sein de l'ambassade allemande à Paris, rue de Lille, vous savez, le somptueux hôtel de Beauharnais, qui est devenu la résidence de l'ambassadeur d'Allemagne, Darnand lui-même est fait commandant de la Waffen-SS. On disait Sturmbannführer à l'époque, et il va prêter serment à Hitler.

Autant dire que maintenant, ça y est, il est carrément entièrement au service des nazis. Le 4 décembre 43, Hitler estime que la collaboration avec la France ne va pas assez loin, avec la France de Vichy. Il exige l'entrée au gouvernement d'un certain nombre d'ultras, si l'on peut dire, Henriot-Déa et Darnand, bien sûr. Et le chef milicien devient secrétaire d'État au maintien de l'ordre, ça vous donne une idée quand même. Il va remplacer là Bousquet. Il reste le chef de la milice tout en étant secrétaire d'État.

Les Allemands fixent sa feuille de route, faire cesser les attentats qui sont en train de se développer un peu partout à l'heure où l'Allemagne doit se battre en Afrique du Nord, en Italie, en Russie d'abord et bien sûr. C'est là tout l'intérêt de la collaboration pour l'Allemagne, c'est occuper la France à moindre coût, piller le pays sans que ça coûte trop cher. Et pour ça, il faut d'abord et avant tout de l'ordre. Je cite encore Éric Allary : « Bientôt, les miliciens sont partout et surveillent les habitants, les préfets et même les ministres. À partir du 1er janvier 44, les rangs des hauts fonctionnaires sont épurés, laissant la place aux nouveaux arrivants, des hommes de Laval et ceux de Darnand.

Ainsi, 25 préfets départementaux et régionaux, ainsi qu'un intendant de police, sont arrêtés, 22 sont déportés en Allemagne, 9 préfets et 8 intendants de police sont révoqués ou placés en disponibilité. » Et Darnand va ensuite remplacer un certain nombre de commissaires par des anciens de la cagoule. On est dans une espèce d'extrémisation invraisemblable de ce régime qui déjà n'était pas triste. Il désigne aussi les membres des cours martiales pour que la justice puisse fusiller les résistants plus efficacement et nomme des miliciens à la tête des prisons.

Et à la suite de la mutinerie de la prison d'Esse, on est là dans le Lot-et-Garonne, il va faire fusiller 12 prisonniers et déporter des centaines d'autres. À Lyon, il s'appuie sur Paul Touvier pour mener la chasse aux Juifs et aux résistants, avec tout ce qu'on peut imaginer en matière de torture et d'exécution. À la fin du mois de mars 44, il est là, en chemise kaki, cravate noire, brassard orné du signe Gamma, béret noir sur la tête, pour se rendre à Annecy. Il s'agit de préparer l'assaut du plateau des Glières, bien sûr, sur ce plateau, un maquis de 400 hommes, l'aviation allemande bombarde les Glières et puis les SS et la milice, ce qu'on ne signale pas toujours, vont prendre tous ces hommes en tenaille et 200 résistants seront tués, vous savez, les autres traqués.

6 juin 44, c'est le débarquement de Normandie. Darnand envoie des consignes à ses troupes, 40 000 miliciens quand même, il faut vous battre là où l'ordre est menacé, dit-il. Il s'agit d'un débarquement anglo-américain. Là, on ne peut pas dire que Darnand est l'excuse de protéger la France contre le communisme. Ce ne sont pas des communistes qui viennent de débarquer. Le 13 juin, il devient secrétaire d'État à l'Intérieur, autant dire ministre. Le 28 juin, la Résistance assassine le ministre de la Propagande, vous savez, Philippe Henriot, on va l'assassiner à son domicile.

Autant dire que Darnand se sent carrément menacé. Il se déplace avec une très grosse escorte. Son domicile parisien désormais est gardé par une cohorte de miliciens. Sa femme et son fils vivent reclus partout. Les miliciens redoublent de férocité. Après l'assassinat d'Henriot, une équipe va mitrailler des passants au hasard à Châteauroux. Touvier fait fusiller des Juifs à Rieux-la-Pape, vous connaissez cette affaire terrible. À Mâcon, le chef local Clavier ordonne des exécutions arbitraires.

Bref, tout ça, évidemment, a pour effet aussi, en face, de grossir les rangs des maquis, parce qu'il y a une telle exacerbation de la violence officielle que, bien entendu, tout ça fait le jeu des maquis de résistance. Deux mois après le débarquement, Pétain commence à se poser des questions. On a envie de dire, il est vraiment très grand temps. Il écrit à Darnand, le maréchal Pétain : « Depuis plusieurs mois, de nombreux rapports me signalent l'action néfaste de la milice. Des fermes et même des villages entiers ont été incendiés par représailles.

» Et Darnand répond : « Pendant quatre ans, j'ai reçu vos compliments et vos félicitations, vous m'avez encouragé. Et aujourd'hui, parce que les Américains sont aux portes de Paris, vous commencez à me dire que je vais être une tache dans l'histoire de la France. On aurait pu s'y prendre plus tôt. » Quelques notes de la sixième symphonie de Prokofiev par l'Orchestre symphonique de la radio finlandaise sous l'érection de Sakari Oramo.

Speaker 100:19:27

Franck Ferrand sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:19:31

Alors, évidemment, la guerre est en train de changer de tournure. Le 9 août 44, De Gaulle à la tête du gouvernement provisoire dissout évidemment la milice, la Légion française des combattants, la fameuse SOL et la Phalange, et toutes les créations de Vichy depuis le début. Fin août, les Allemands emmènent Laval et Pétain à Belfort, qui est encore occupé à l'époque, et Darnand fait la route par lui-même. Il ordonne le repli de ses miliciens vers l'est, entre 5 et 10 000 personnes qui prennent la direction de l'Allemagne avec femmes et enfants.

Le 10 septembre, une partie de ses miliciens est logée sur un site très spécial, dans le camp de concentration de Stroudhof, en Alsace, vous imaginez. Une semaine plus tôt, les SS avaient liquidé sur place une partie des déportés, dont 600 résistants français. Et ils ont évacué plus à l'est les 6 000 déportés survivants. Il reste encore 500 personnes qui sont devenues carrément des squelettes derrière les barbelés, chargés d'effacer les traces. Et les miliciens et les déportés vont donc cohabiter pendant quelques jours de part et d'autre des barbelés.

Mais comme les alliés approchent, les miliciens reprennent leur course vers l'est, vers Sigmaringen, où les Allemands ont déjà mis Pétain, Laval, Brinon, Doriot et tout ce monde-là, et Déa, à l'abri, et Darnand. Alors, quoi faire des miliciens en octobre 44 à Berlin ? Darnand rencontre le chef de la SS, il rencontre Himmler, qui lui propose de constituer une unité SS française. Himmler se dit quand même : « C'est aller loin », mais il accepte. On peut dire que le Reich est complètement aux abois, donc après tout, une nouvelle unité SS, pourquoi pas ?

Et Darnand annonce à ses hommes qu'ils vont être intégrés à la Waffen-SS. On chante la Marseillaise et ce n'est qu'un au revoir. On défile aux couleurs du drapeau français. Et ensuite, 2 000 miliciens rejoignent la division Charlemagne, déjà constituée de volontaires français. Ils iront mourir sur le front de l'est. 2 000 autres sont envoyés dans des usines allemandes. Bon, là, on peut dire que la milice est bien morte.

Speaker 100:21:33

Franck Ferrand sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:21:35

Et puis, en mars 45, Darnand fuit avec une poignée d'hommes en Italie. Il se bat encore aux côtés des SS contre les partisans italiens. Le 28 avril, les Français sont complètement encerclés. Ils se rendent, mais Darnand parvient à s'échapper. Il se lance dans une cavale en solitaire. Il y a des moines italiens qui vont l'aider. Sauf que les services secrets alliés sont à sa poursuite, l'ont repéré. À la fin du mois de juin 45, il est terré au fond d'une grange, Joseph Darnand, quand un agent de l'intelligence service britannique le débusque et le capture.

On va le remettre à la sécurité militaire française. Il est interrogé, transféré à Paris, réinterrogé dans les formes cette fois. Il comparaît devant la haute cour de justice, trois magistrats, 24 jurés choisis par l'assemblée consultative provisoire. Alors, il y a tellement de choses à lui reprocher, mais notamment d'avoir du sang français sur les mains, celui de la résistance. On n'examine pas, ça mérite d'être souligné, on n'examine pas à ce moment-là son rôle dans la persécution des Juifs.

De toute façon, il est reconnu coupable d'intelligence avec l'ennemi au premier chef, condamné à la peine capitale, fusillé au fort de Châtillon. Juste avant le peloton, il va une dernière fois chanter le chant des Cohortes. « À genoux, nous fîmes le serment milicien de mourir en chantant, s'il le faut, pour la nouvelle France. » Voilà la fin d'une trajectoire finalement assez cohérente, même si elle est épouvantable.

Speaker 100:23:10

Vous écoutez Radio Classique.

Franck Ferrand00:23:14

Merci beaucoup à Pierre-Ancoutain d'avoir retracé pour nous le parcours de Joseph Darnand. Et voici Christian Morin, bonjour Christian.

Christian Morin00:23:22

Bonjour mon cher Franck, excellente semaine à vous. Merci pour cette évocation d'une période sombre.

Franck Ferrand00:23:27

Ah là, on ne peut pas être plus sombre, ça n'existe pas, je crois.

Christian Morin00:23:30

C'est le cas de le dire. Donc, la parenthèse est fermée. À l'approche des Jeux Olympiques, il y a quelqu'un que vous allez célébrer cet après-midi à 14 h, qui a commis un exploit quand même sans temps avant notre révolution, c'est de traverser la Manche à la rame. C'est Jean Barre, un Dunkerquois que vous allez célébrer.

Franck Ferrand00:23:47

Ce n'est pas comme ça que je l'aurais présenté, mais après tout, vous avez raison.

Christian Morin00:23:49

Oui, mais quand il s'est évadé, il fallait quand même le faire déjà. Et puis, demain matin, on se retrouve bien sûr. Quant à nous, il y a un grand homme politique disparu ce week-end, vous le savez, Robert Badinter, mais il y a aussi un immense chef d'orchestre qui nous a quittés. Il était malade depuis plus d'une dizaine d'années. C'est Seiji Osawa, que nous allons, avec l'aide bien sûr précieuse de Francis Raisel, qui a préparé un programme merveilleux, de 9 h 30, c'est-à-dire dans deux minutes, jusqu'à midi, nous allons honorer la mémoire de cet immense chef d'orchestre, Seiji Osawa.

Franck Ferrand00:24:27

Mais finalement, entre Robert Badinter et Seiji Osawa, c'est un petit peu des années 80 qui disparaissent.

Christian Morin00:24:31

Exactement, vous avez tout à fait raison de le souligner. Il avait une particularité, Seiji Osawa, j'y reviendrai tout à l'heure, vous l'avez probablement vu diriger, il dansait.

Franck Ferrand00:24:40

Oui, c'est ça.

Christian Morin00:24:40

Il avait une élégance très, très souple. Non, c'est un très, très grand chef et on va le prouver avec la musique dans un petit instant. Merci Franck.

Franck Ferrand00:24:49

Merci à vous.

Christian Morin00:24:50

À demain matin.

Episode description

Comment Joseph Darnand, héros de 1918 et de 1940, en vient à servir l’Allemagne nazie...

Plongez dans l’histoire des grands personnages et des évènements marquants qui ont façonné notre monde ! Avec enthousiasme et talent, Franck Ferrand vous révèle les coulisses de l’histoire avec un grand H, entre mystères, secrets et épisodes méconnus : un cadeau pour les amoureux du passé, de la préhistoire à l’histoire contemporaine.

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