Transcript of L’incroyable évasion de neuf amies rescapées du camp de Ravensbrück

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Episode summary

Franck Ferrand's episode traces the escape of nine women, resistance fighters held at the Ravensbrück concentration camp and later at a munitions factory in Leipzig. Bound together by friendship, they fled during the chaotic death march of April 1945 as Allied armies closed in.

The episode follows Hélène, who led the group after her arrest and torture in France, and describes the villages, Yugoslav farmers and German soldiers they met along the way. Listeners will learn how the group crossed the Mulde river, reached American lines, and what became of them after returning to Paris.

In this episode Franck Ferrand, Christian Morin

This transcript of the episode on nine women who escaped Ravensbrück in 1945 was made with the technology HappyScribe uses for Google Meet transcription.

Franck Ferrand00:00:00

Résistante.

Speaker 200:00:08

Neuf heures, neuf heures trente, Franck Ferrand raconte sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:00:21

La nuit glaciale du 14 avril 1945. Leipzig est la cible de bombardements incessants de la part des Alliés. Le 12, les Américains ont pilonné l'usine d'armement Haasag, où plus de 5 000 prisonnières sont retenues en otage. On les utilise pour fabriquer des munitions, bien sûr, et les Allemands sont pris en tenaille à ce moment-là. Vous avez d'un côté les Soviétiques qui arrivent par l'est, et de l'autre par l'ouest, les Américains. Américains qui sont en train déjà d'encercler Leipzig. On dit que les animaux blessés sont parfois encore plus redoutables.

Et c'est vrai que les nazis vont se rendre coupables dans ces semaines-là de crimes inouïs. Et notamment, ils ont jeté tous leurs prisonniers sur les routes. On parle des « marches de la mort » et de leur cortège funèbre : une dizaine de milliers de morts, pas moins. Ce 14 avril, c'est ce genre de funeste randonnée qui attend les 5 000 prisonnières de l'usine. Or, parmi elles, certaines ont fait le choix de refuser cette mort à la fois lente et inéluctable.

Après tout, chacun sait maintenant, chacun a compris que la fin de la guerre est proche. Un groupe se distingue parmi elles : neuf femmes qui sont liées comme les doigts des deux mains. Elles sont devenues bien plus que des amies : elles sont des sœurs. Et elles s'appellent Hélène, Zaza, Nicole, Lonne, Guigui, Zinka, José, Jackie et Mena. Toutes avaient moins de 30 ans quand elles ont rejoint la Résistance. Elles ont été arrêtées, chacune de son côté, torturées, déportées.

Et elles n'ont eu depuis de cesse de s'entraider, de se soutenir, unies, je vous le dis. Et surtout, ensemble, en prenant leur courage à deux mains, elles ont décidé de s'évader pour rejoindre la ligne de front et pour atteindre les positions américaines. Cette histoire, elle nous est racontée par Gwen Strauss, qui était la petite nièce d'Hélène Podlianski, regardée comme la meneuse du groupe. Un récit qui a fait cette descendante à la fois palpitant et terrifiant, et qui a demandé, bien sûr, tout un travail de recherche, de collecte de témoignages, de fouilles dans les archives, de visites aussi sur les lieux de mémoire allemands.

Speaker 200:02:36

Franck Ferrand sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:02:40

Mai 43. Hélène n'a que 23 ans quand elle décide de rejoindre la Résistance. Elle est ingénieure de formation. Elle prend pour nom de guerre Christine et rejoint le bureau des opérations aériennes, le BOA, pour la région M. La région M, pour la Résistance, c'est la plus étendue des forces françaises de l'intérieur, qui comprend toute la partie Grand Ouest, Normandie, Bretagne et une grande partie de l'Anjou. Hélène se charge de trouver des terrains propices au parachutage. Elle s'occupe aussi d'organiser la liaison entre les différents réseaux de maquisards.

Et pour tenir Londres informé de la réalité sur le terrain, elle code et décode des messages qui sont diffusés à la radio. Elle est exaltée par cette aventure. Hélène, je devrais l'appeler Christine maintenant. Et pourtant, cette histoire finit mal, comme si souvent. Le 4 février 44, elle a comme mission de remettre en Bretagne un message au général Marcel Allard, qui commande toute la partie, toute une partie de cette région M. Elle arrive à un petit hôtel où il est prévu qu'ils se retrouvent.

Seulement, elle se rend compte que le général a été suivi par cinq soldats allemands. Et là, elle est coincée. Les soldats ne vont pas faire dans le détail. Ils arrêtent toutes les personnes qui se trouvent là, dans le hall de l'hôtel. Alors elle explique, elle, qu'elle ne connaît pas ce monsieur. Elle joue les jeunes filles un peu innocentes. Mais quand même, on va la détenir des jours et des jours à la prison de Vannes. Le gardien se veut rassurant : « Oh, ce n'est qu'une question de paperasse, elle pourra bientôt rentrer chez elle. » Sauf que les événements vont prendre un vilain tour.

Au lieu de la relâcher, on la transfère à Rennes pour deux semaines, sans qu'elle soit d'ailleurs soumise à un interrogatoire en règle. Et puis, un jour, deux gardiens viennent la chercher. On la menotte, et cette fois, la voilà à la prison d'Angers, où elle va passer deux mois dans des conditions inhumaines. « Angers reste, dans ma mémoire, l'incarnation même de la souffrance », racontera-t-elle un peu plus tard. Et c'est en effet dans ces lieux qu'elle subit des interrogatoires terribles, avec torture. Il arrive qu'elle sorte de la salle sur un brancard.

Et jour après jour, on la questionne sur ses relations dans la Résistance. Et à chaque fois, c'est plus brutal : on la suspend par les bras, on lui arrache les ongles. Enfin, je n'entre pas dans tous les détails. Et elle ne dit rien d'utile aux Allemands, bien sûr. Direction ensuite le camp de Romainville, où, après plusieurs jours, on la jette dans un wagon à bestiaux pour Ravensbrück, à 90 kilomètres au nord de Berlin. Elle va faire partie d'un convoi de 200 femmes qui sont entassées comme ça, et qui vont cheminer pendant cinq jours, pour la plupart des résistantes françaises.

Franck Ferrand00:05:20

Dans ces wagons, pas d'air, quasiment pas d'eau, et bien sûr, aucune nourriture. On arrive à la gare de Fürstenberg, un quai gardé par les SS. Certaines se blessent en sautant du train. On n'a rien fait pour leur faciliter la tâche. Bien sûr, il y en a qui se foulent la cheville. Elles sont frappées à terre par les surveillantes qui sont là pour les accueillir, si je puis dire. Et il y a, plus terrible encore, tous ces corps de femmes qu'on entasse, qu'on met comme ça sur une benne. Ce sont celles qui n'ont pas survécu au voyage.

On va constituer deux groupes : d'un côté, celles qui ont suffisamment de force pour marcher, puis de l'autre, celles qui n'arrivent même pas à tenir debout. Pour ces dernières, on sait tout de suite ce qui les attend : la chambre à gaz et le four crématoire. Dans cette région qu'on appelle la « petite Sibérie » pour les autres, eh bien, c'est la marche. Une marche terrible. Quatre kilomètres jusqu'au camp pour ces femmes qui n'ont plus de force. Elle fait partie, elle, de ce cortège qui arrive le 14 juin 1944. Et là, elle retrouve Zaza, Suzanne Maudet, de son vrai nom.

Zaza, une amie de lycée. Elles vont immédiatement décider de former équipe. Elles ne se sépareront plus.

La Trauermusik, cette musique funèbre de Paul Hindemith, interprétée par Géraldine Walter à l'alto, accompagnée par l'orchestre symphonique de San Francisco, sous la direction d'Herbert Blumstead.

Speaker 200:08:15

Vous écoutez Radio Classique.

Franck Ferrand00:08:20

Il faut peut-être que je vous précise que Ravensbrück est le seul camp de concentration qui a été spécialement mis en place pour les femmes. Il a fonctionné de 39 à 45. 123 000 femmes et enfants sont passées par Ravensbrück. En juin, sept des neuf aventurières dont j'ai prévu de vous parler sont donc internées là, noyées dans une mêlée de plus de 30 000 détenues, alors que le camp initialement avait été prévu pour 3 000 personnes. Autant dire que les conditions de vie sont épouvantables.

Une semaine après l'arrivée, nouveau convoi dans lequel se trouvent deux Hollandaises, Lonne et Guigui. Elles sont amies. Elles ont laissé tomber leurs études à l'université de Leydes pour rejoindre la Résistance à Paris. Et puis, une autre Hollandaise, Sabine, renseignait Lonne sur les détenues du camp. Zaza apprend comme ça, grâce à elle, que son amie de la prison de Frennes, Zinka, est sur place. Ce qui veut dire que maintenant, Zaza et Zinka se sont retrouvées, si je puis dire.

Toutes les deux sont mariées. En juillet, Hélène et ses acolytes vont sortir de quarantaine, et la gardienne en chef du camp leur annonce que beaucoup de femmes vont être envoyées vers des « commandos », comme disent les Allemands. Autant dire des unités satellites de travail forcé qui sont rattachées au camp principal. Et on leur donne un triangle rouge, symbole des prisonnières politiques, ainsi qu'un matricule qu'on imprime sur une bande de tissu. Et on les envoie à Leipzig pour travailler au sein de cette fameuse usine d'armement, cette usine de munitions qui s'appelle Haasag.

Hélène et son équipe sont affectées au forgage et au trempage des projectiles antichars, pour tout vous dire. Et après un passage dans des fours spéciaux, les obus sont chargés sur des chariots et trempés dans des bains d'acide. C'est une tâche atroce qui les attend. Ce n'est pas du tout un petit travail d'usine facile. Elles doivent répéter inlassablement ces opérations. Ça dure 12 heures à chaque fois. Toute détenue qui ne remplit pas son quota de production peut à tout moment être envoyée vers un camp dont on sait très bien qu'elle ne reviendra pas.

Malgré cette brutalité, il y a des contremaîtres qui sont peut-être un petit peu moins inhumains. Hélène va réussir à nouer un lien de complicité avec Fritz Stupitz, qui est à la fois poli et même respectueux à l'égard des prisonnières. Il va être un soutien pour elle. Il va même lui fournir une pince coupante, qui va se révéler très utile. Les deux derniers membres du groupe des neuf arrivent en septembre. Ce sont Nicole et Jackie. Elles font partie des 57 000. C'est le nom qu'on a donné au dernier convoi de déportés qui était parti de Pantin le 15 août 44.

Le 15 août 44, c'est-à-dire dix jours avant la libération de Paris. Vous imaginez ça ? C'est vraiment horrible de faire partie de ceux qui sont comme ça, qui auraient dû être libérés. Dans le climat de torpeur qu'on connaît à l'usine, certains interdits sont bravés. Par exemple, le 11 novembre, toutes ces prisonnières décident de s'arrêter de travailler pour rendre hommage aux soldats tombés lors de la Grande Guerre. Elles ont même le culot d'organiser une fête des quatre inètes, vous imaginez. Et à Noël, elles arrivent à se mettre, à s'habiller, à se déguiser, à chanter, à danser.

On arrive à survivre même dans les conditions les plus effroyables. Il y a tellement de témoignages qui montrent cela. Le 14 avril 1945, donc, ça y est, l'usine vient d'être bombardée par les Américains, et on leur ordonne de marcher en rang serré vers l'est. Personne ne connaît la destination finale, visiblement. Nos neuf femmes sont là. Elles sont ensemble. Ça leur donne une force incroyable. Elles sont soudées. C'est une cohorte qui est là, gardée par deux SS et par une surveillante qui a carrément un fouet à la main.

Franck Ferrand00:12:10

Mais elles ne sont pas toutes seules sur la route, bien sûr. Vous imaginez le désordre, les civils allemands qui sont là et affolés. Les Françaises se souviennent des images de l'exode en France en 40. Ça ressemble beaucoup, en vérité. Et elles comprennent que c'est un autre exode. Cette fois, ce sont les Allemands qui fuient devant les bombardements. Sur leur passage, les villageois viennent assister à ce défilé de femmes décharnées en haillons, qui portent la marque des coups et celle des privations. Nicole entend une vieille Allemande murmurer : « Ce sera pour nous une honte éternelle.

» Ce qui prouve bien qu'il y avait une partie non négligeable de la population qui savait et qui comprenait très bien ce qui se passait. Cette nuit du 14 avril, Zaza va la baptiser la nuit des étoiles, parce que le ciel est très pur. En réalité, c'est la pire nuit de cette longue marche. Elle commence à avoir des hallucinations en bordure d'Oschatz. On est à 60 kilomètres de Leipzig à ce moment-là. Après 28 heures de marche quasi ininterrompue, elles aperçoivent tout un groupe de prisonniers qui va être abattu devant elles.

Et elles sont contraintes par les SS, qui ont leurs chiens, ces chiens qui aboient constamment, vous savez. Elles sont contraintes de marcher sur les cadavres qu'on a entassés. Au matin du 15 avril 44, ce sont 8 à 10 000 déportés qui arrivent de plusieurs camps qu'on a rassemblés comme ça, en bordure d'Oschatz, encerclés par les SS, toujours. Et pour Hélène, elle se dit que s'il s'agit de s'évader, c'est maintenant ou jamais. Alors, sans tarder, il faut partir si elles ne veulent pas être exécutées. Parce que c'est ça qui va se passer bientôt, très vite.

Toutes sont d'accord avec elle. C'est la bonne décision. On apprendra que le 17 avril, nombre des femmes qui sont restées dans les colonnes ont été effectivement exécutées comme ça, par des balles dans la nuque, dans un champ horrible. Les neuf femmes qui ont décidé de s'échapper vont profiter d'un moment de panique. Les gardes allemands sont terrifiés à l'idée de tomber sur les Russes, qui sont de plus en plus proches maintenant. Ils font changer de direction au cortège à plusieurs reprises. La colonne, comme ça, est un petit peu désorganisée.

Et c'est le moment de sauter dans un fossé.

La fuite finale de L'Amour des trois oranges de Prokofiev par l'orchestre philharmonique de Bergen, sous la direction d'Andrew Liton.

Speaker 200:16:08

Franck Ferrand sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:16:12

Sitôt un peu à l'écart comme ça, nos prisonnières arrachent de leur uniforme les matricules, les triangles rouges, bien sûr. Elles essaient d'ailleurs de retourner les uniformes pour qu'on voie moins les rayures. Nicole n'arrive plus à tenir debout. Elle est pétrifiée. Mena finit par l'agripper, par la relever sans ménagement. Elles n'ont plus le choix. Il faut avancer pour trouver un abri et pour trouver de quoi se nourrir. Elles vont arriver aux abords du village de Kleinragewitz. La peur au ventre. Au moment de se présenter devant une des premières maisons, elles tombent sur un prisonnier yougoslave qui travaille comme fermier.

Il est là depuis le début de la guerre et il n'a pas l'intention d'alerter les autorités. Au contraire, il va les aider, les nourrir. Il leur donne des provisions. Il leur offre le toit qui leur permettra de se reposer un petit moment. Il est accompagné bientôt d'autres fermiers yougoslaves qui prennent soin de ces neuf jeunes femmes. C'est une halte qui a l'air d'être un havre de paix après le calvaire qu'elles viennent de traverser. Mais ça ne veut pas dire qu'on soit au bout. Loin de là. Il y a encore toute une suite à ce parcours. Et ça n'est pas de tout repos.

À Reppen, des soldats allemands vont les prendre pour cible. Alors, elles se ruent dans deux ruelles pour essayer d'échapper aux balles. Hélène et Lonne, qui maîtrisent assez bien l'allemand, partent toujours en éclaireuse pour essayer de comprendre, de voir ce qui se passe, voir s'il n'y aurait pas des hôtes un peu accueillants, tout simplement, qui leur donneraient des indications sur la direction à prendre. Bientôt, le groupe des neuf est accueilli par une jeune femme, Ann-Liis, et par son père. Ce sont des Allemands tout à fait charmants qui, avec beaucoup de tendresse, vont s'occuper d'elles comme si elles étaient des membres de la famille.

Eux n'ont qu'une intention : que ces femmes puissent plus tard raconter que tous les Allemands n'étaient pas tout à fait pareils, que certains n'ont pas cautionné les horreurs de cette guerre. Hélène a obtenu entre-temps un papier avec un en-tête de la gendarmerie. Elle le présente à chaque village, au maire, aux autorités présentes, comme si c'était une sorte de laissez-passer. Et à chaque fois, ça marche. D'autant qu'Hélène joue la comédie à merveille. Elle réussit à amadouer les gradés allemands. Et puis après, elles arrivent à faire la connaissance d'un certain nombre de soldats qui sont tous très jeunes.

Vous savez, c'est ces derniers mobilisés de la guerre. Ils ont à peine 15 ans, ces gamins. Mais ils sont très lourdement armés, bien sûr. Au village de Steina, alors qu'elles apprennent que le front n'est plus qu'à 20 kilomètres, le général les réveille dans un grand fracas à 5 h du matin, hurlant qu'il faut quitter les lieux immédiatement. Elles ont été repérées par la police qui est en train de débouler. Il faut, quelles que soient les blessures qu'on a aux pieds, la fatigue et tout ce qu'on veut, il faut se remettre en marche. Et c'est dans une ferme en ruine un peu plus loin qu'elles vont tomber sur des soldats allemands qui ont tout l'air d'avoir déserté la Wehrmacht.

Franck Ferrand00:18:58

Eux disent qu'ils détestent les SS. Et même, ils vont jusqu'à complimenter ces résistantes en fuite pour leur courage. Voyez le degré d'extraordinaire désorganisation de cette Allemagne de 1945 dont on n'a pas fini de parler cette année, puisque c'est le 80e anniversaire de tous les événements que je vous raconte là. Dans le groupe, il y a des tensions quand même. Certaines sont à bout de forces, disent qu'elles préfèrent attendre comme ça, là où elles sont, sans bouger. Mais les autres, les secouent et les obligent à continuer.

À Altenhof, Hélène et Lonne doivent aller parlementer avec un commandant qui n'a pas l'air commode du tout et qui, visiblement, a bien aimé Hélène. Il est d'accord pour leur rendre service, en contrepartie d'un tête-à-tête plutôt douteux avec Hélène. Et les deux jeunes femmes vont se montrer inflexibles. Le commandant finit par s'avouer vaincu et il indique à ces demoiselles que le front n'est plus qu'à quelques kilomètres. Et même, il veut bien leur confier une escorte jusqu'à la rivière, la rivière qui s'appelle la Mulde.

Encore faut-il arriver à la traverser. Or, à cette saison, évidemment, l'eau est plutôt haute, les courants sont forts, il n'y a plus de pont. Tout ça a été bombardé, dynamité. Le 21 avril, l'officier tend à Hélène un papier officiel. Autorisation est donnée à six ressortissantes françaises, deux Néerlandaises et une Espagnole, sous autorité de Madelon Versteinen, de traverser le front en direction de l'ouest afin de regagner leur patrie. Vous imaginez jusqu'où on est arrivé ? Incroyable retournement de circonstances.

Elles vont tenter la traversée comme elles peuvent, avec un gué de fortune. Il y a des rochers, là, avec une échelle qu'on arrive à installer de rocher en rocher. Tout ça est très glissant. D'ailleurs, Zinka va perdre la photo de sa fille, qui est un bébé de 18 mois, et dont elle apprend qu'elle a été prénommée France. C'est la seule mère du groupe dont je vous parle. Les neuf amies remontent ensuite sur une colline où elles pourraient être constamment prises pour cible par des bombardiers. Elles distinguent d'ailleurs le sifflement des bombes, tellement tout ça tombe proche.

En cette fin de parcours, leurs nerfs sont mis à rude épreuve, on peut le dire. Enfin, elles arrivent à Podelwitz. Et là, il n'y a pas de traces d'Américains. Elles n'en peuvent plus. Elles voient quand même des drapeaux blancs qui sont accrochés aux fenêtres. Elles savent maintenant qu'elles sont quand même sur la bonne voie. D'ailleurs, elles vont chaparder certains de ces drapeaux blancs et avancer comme ça dans un bois où elles entendent des tirs. Elles ne savent même plus d'où ça tire, d'ailleurs. Mais finalement, c'est une jeep qui arrive et qui s'arrête devant elles. Et dans la jeep, deux soldats américains qui leur sourient de toutes leurs dents, avec des cigarettes de la marque Camel qu'on leur tend.

Ça y est, les voilà enfin entre les bras des libérateurs. Ça fait six jours qu'elles étaient parties dans le chaos.

Speaker 200:21:51

Franck Ferrand sur Radio Classique.

Franck Ferrand00:21:55

Alors, elles ne sont pas rentrées tout de suite en France. Il va falloir, dans un premier temps, vivre dans un camp de réfugiés de la Croix-Rouge. Finalement, le 16 mai, un train pour Paris est prêt. Elles sont sept à embarquer, puisque Jackie, qui n'a jamais cessé de répéter pendant l'évasion son désir d'être ramenée à Paris, a finalement décidé de rester pour s'occuper d'un foyer qu'elles ont contribué à installer, qui permet de prendre en charge notamment les femmes et les enfants en local. Quant à Hélène, elle s'est mise au service de l'armée américaine. Désormais, elle a un bel uniforme d'officier américain.

Elle fait office d'interprète au moment des interrogatoires, qui peuvent essayer de mettre en avant un certain nombre de crimes de guerre. Et elle recueille des renseignements pour localiser les déportés qui sont encore éparpillés un peu partout. En France, c'est au Lutetia qu'on se retrouve, bien sûr, en plein Paris, vous savez, dans le 7e arrondissement. Le Lutetia, berceau de la renaissance de ces héroïnes qui entrent là avec leurs matricules et qui en ressortent sans rien, si je puis dire, comme des citoyennes à part entière, avec seulement leur fierté et avec seulement des souvenirs qu'elles n'oublieront bien sûr jamais.

Speaker 200:23:05

Vous écoutez Radio Classique.

Franck Ferrand00:23:11

Merci beaucoup à Aymar de Chaunac et bonjour à Christian Morin.

Christian Morin00:23:14

Bonjour, mon cher Franck. Première semaine complète de janvier. Et cet après-midi, on vous retrouve bien sûr, comme chaque jour, à 14 h, avec une histoire du café.

Franck Ferrand00:23:24

Oui, c'est une belle histoire, ça. Vous allez voir, ça va nous faire beaucoup voyager.

Christian Morin00:23:28

Avec ou sans sucre ?

Franck Ferrand00:23:29

Toujours sans.

Episode description

Être soudées, irréductiblement inséparables, aura aidé neuf résistantes à fuir Ravensbrück, dans le chaos de l’Allemagne de 1945.

Plongez dans l’histoire des grands personnages et des évènements marquants qui ont façonné notre monde ! Avec enthousiasme et talent, Franck Ferrand vous révèle les coulisses de l’histoire avec un grand H, entre mystères, secrets et épisodes méconnus : un cadeau pour les amoureux du passé, de la préhistoire à l’histoire contemporaine.

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