Dans cet épisode de C dans l'air, les grands reporters Barbara Stec et Stéphane Lopez reviennent de plusieurs jours au Texas, où ils ont couvert les élections de mi-mandat américaines. Ils décrivent une partie de l'électorat républicain déçu par Donald Trump, notamment Rena, menacée de mort après avoir rompu avec son parti.
Les invités évoquent la hausse des prix de l'électricité liée aux data centers, la colère contre l'intelligence artificielle, la victoire du démocrate James Talarico et les campagnes très coûteuses, sans oublier l'intérêt des Américains pour la France. Les analyses restent celles des reporters et des personnes interrogées.
Dans cet épisode Barbara Stec, Stéphane Lopez
La transcription de cet épisode consacré aux midterms au Texas repose sur la technologie HappyScribe, la même que celle utilisée pour les comptes rendus de réunion automatiques.
Les publicités de cet audio diffèrent du texte. Touchez la phrase que vous entendez pour suivre.
Synchronisé : le texte suit maintenant l'audio.
Bonsoir à tous, bienvenue dans « C dans l'air ». On part ce soir à la rencontre de l'Amérique déçue par Donald Trump, qui ne veut plus de lui alors qu'elle avait voté pour le président américain auparavant. Vous avez passé 9 jours au Texas pour « C dans l'air ». Bonsoir, Barbara Stec.
Bonsoir.
Bonsoir, Stéphane Lopez, vous êtes grand reporter pour « C dans l'air ». Stéphane, vous êtes JRI, journaliste reporter d'image, et on va voir justement les images que vous avez filmées avec Barbara. Un des reportages qui nous a beaucoup marqués cette semaine, on part à la rencontre de Rena, ancienne candidate chez les Républicains. Elle a voté démocrate lors des élections de mi-mandat, et elle est aujourd'hui menacée de mort.
Un homme m'a appelée pour me dire : « Je vais te brûler, je vais brûler ton enfant, ta famille, et ensuite je vais mettre le feu à ta maison, et la dernière chose que je ferai, c'est brûler tes chevaux. » J'ai répondu : « Qui que tu sois, si tu t'approches de ma propriété, tu n'en ressortiras pas vivant. » On va se mettre là-bas pour ouvrir la boîte. C'est un 9 millimètres. On dit que l'Amérique est le pays de la liberté, mais je n'ai pas le droit de changer de parti ? De ne plus être de votre côté si je ne le souhaite pas ? Vous voulez nous faire du mal, à moi et à ma famille, parce que je ne suis plus d'accord avec vous ?
Ça me fait très peur, vraiment. Mais je suis une cowgirl.
Aujourd'hui, elle craint carrément pour sa vie.
Oui, elle a été... Elle est menacée de mort parce qu'elle a décidé de rompre avec le parti républicain. C'est extrêmement violent, parce que le parti républicain, c'est l'histoire de sa vie. Au lycée, elle était membre du club des jeunes conservateurs, puis elle a toujours soutenu les Républicains, toujours soutenu Donald Trump, mais là, elle est extrêmement déçue. Elle considère qu'il est complètement déconnecté. Il avait promis du pouvoir d'achat aux Américains. Elle voit juste qu'elle galère, que son mari, il est chauffeur routier, qu'il doit travailler 6 jours au lieu de travailler 5 jours, et que la famille Trump, elle, elle s'enrichit. Et donc, elle a décidé de rompre avec son parti.
Ce qui l'a fait aussi changer d'avis, Stéphane Lopez, ce sont les images d'arrestations brutales faites par la police de l'immigration de Donald Trump.
Oui, effectivement, ça, c'est un vrai problème. Elle a vécu ça difficilement. Le vote latino a fait basculer aussi cette élection, et elle s'est sentie ciblée avec ses compatriotes. Concernant l'ICE, cette police...
Oui, ces images qu'on voit sont brutales, comme je le disais, choquantes même.
Elles nous racontaient que des amis ne sortaient plus de chez eux, qu'ils n'allaient même plus au travail. Ils ont une vraie peur, aujourd'hui, de ce quotidien.
Et vous avez rencontré d'autres Républicains qui ont changé leur vote ? Est-ce qu'ils en parlent facilement ?
De ce changement de vote ? Non, c'est assez compliqué, parce que, par exemple, Rena, on lui a dit : « Est-ce que vous connaissez d'autres personnes comme vous qui ne voteront pas cette année pour les Républicains ? » Elle m'a dit : « Oui, mais personne ne voulait nous le raconter comme ça, face caméra. » Alors, ceux qui ont déjà lâché le parti depuis quelques années sont plus à l'aise, mais vu qu'elle est menacée de mort, ça ne donne pas forcément envie à d'autres de s'exprimer.
Il y a un moment où elle craque complètement, c'est quand elle vous emmène et qu'elle vous montre les data centers. On regarde.
Vous voyez cette zone magnifique ? Elon Musk veut la détruire pour y installer un data center. C'est tellement triste. Ils nous louent à un prix exorbitant. Notre électricité aussi augmente. Regardez, voilà notre réseau électrique. Vous voyez à quel point le data center est proche du réseau électrique ? Ils nous la volent. Je suis désolée, mais en tant que Texane, ça me brise le cœur.
À quel point ça change sa vie d'habiter près d'un data center ?
Comme elle explique, en fait, c'est l'augmentation du prix de l'électricité, c'est l'augmentation du prix de l'eau, et puis c'est de ne pas du tout avoir... Pouvoir donner son avis, en fait. Les Américains n'ont pas du tout été consultés. C'est-à-dire que l'IA, les data centers, c'est la priorité de ce second mandat de Donald Trump. Le jour de l'investiture, on a vu qu'il y avait tous les patrons de la tech qui étaient là. Le lendemain, il lançait le projet Stargate pour justement développer des data centers. Mais ça, sans que les Américains n'aient été consultés. Et en fait, ça fait des mois et des mois et des mois que cette colère, elle monte.
Nous, on avait tourné aussi en Virginie il y a quelques mois dans la Data Center Alley, où il y a vraiment des data centers les uns après les autres, mais c'est-à-dire qu'il y a la maison qui donne vraiment directement sur le data center. Et il faut beaucoup d'électricité pour les faire fonctionner, donc il faut construire de nouvelles lignes électriques. Et il y a des maisons, des Américains qui peuvent se retrouver avec un pylône au milieu de leur jardin. Et ils n'ont pas été consultés pour ça. Et donc, vraiment, au fur et à mesure des mois, c'est monté, c'est monté, c'est monté, jusqu'à cette fronde anti-data centers.
Parce que vous allez souvent sur place pour « C dans l'air », Stéphane Lopez. Il y a deux ans déjà, est-ce que vous perceviez cette colère qui monte ?
Oui, il y a deux ans, on était en reportage en Géorgie, et on a vu cette colère monter. C'étaient déjà des démocrates qui venaient déjà de voter pour Donald Trump pour l'élection présidentielle. Et là, déjà, ils étaient très en colère. Ils ont déjà sanctionné sur le vote local, et ils disaient que ça ne pouvait plus durer. Par exemple, en Géorgie, à l'époque, c'était déjà 200 data centers qui étaient déjà installés. Celui-là qu'on a pu filmer, il était l'équivalent de 350 terrains de football.
Oui.
Oui, c'est énorme. Il y a un bruit très fort, assourdissant, tout le temps, de la lumière tout le temps, et c'est des grands blocs qui défigurent le paysage. Et là, ça aussi, ça a été une sanction pour Donald Trump et pour les Républicains pour cette élection.
Rena, elle vous parle aussi de la baisse de son pouvoir d'achat et de celui de sa famille, plus globalement.
Concrètement, elle ouvre son frigo, elle nous dit que le prix du lait a augmenté, le prix des œufs a augmenté. Quand elle va à la pompe, l'essence est plus chère. Elle habite quand même dans un endroit... C'est le Texas rural, donc dès qu'on sort pour faire une balade, c'est 20 minutes de voiture. Donc son mari lui dit : « Mais est-ce que tu es sûre ? Tu as besoin de faire cette course, tu as besoin de te déplacer. » Et en fait, ils n'ont plus les moyens de se faire des petits plaisirs. Et ce n'était vraiment pas ça, la promesse de Donald Trump.
Et vous sentez un rejet de Donald Trump, de sa personne ?
Je crois qu'il a... Ça y est, il a fait son temps. Il fatigue. Il est un petit peu peut-être fatigué, même ses soutiens qu'il adore, parce que ça reste quand même Donald Trump. Mais on a tourné en marge d'un meeting de JD Vance, et on essaie de se projeter sur l'après. Et bon, déjà, personne n'a évoqué la possibilité que Donald Trump puisse envisager un troisième mandat, même si c'est totalement impossible, évidemment. Et surtout, ils aspiraient à un prochain, à une relève un peu plus calme. Ils disaient : « Voilà, il est très vocal, Donald Trump, donc d'avoir quelqu'un d'un peu plus calme et mesuré, ça leur ferait du bien, même si sur les idées, ils restent sur les idées de Donald Trump, mais c'est la personnalité.
»
Donc, il y a un rejet de Donald Trump, mais il y a aussi un projet démocrate qui a séduit. On reste au Texas. On va regarder ce candidat qui est maintenant élu, James Talarico. Il s'est tout de suite rendu dans un restaurant de burgers quand il a emporté l'élection, et puis il a beaucoup mis en avant le fait qu'il est chrétien.
Ma foi m'enseigne à aimer mon prochain comme moi-même, pas seulement mon prochain qui me ressemble, pas seulement mon prochain qui prie comme moi, pas seulement mon prochain qui vote comme moi. Je suis appelé à aimer tous mes prochains comme je m'aime moi-même. Et c'est ce qui m'a motivé à m'engager dans la fonction publique.
C'est aussi une des raisons de sa victoire.
C'est ça, il se définit comme un chrétien progressiste, donc il a énormément mis sa foi en avant. Il dit qu'il rêve d'être pasteur. Et au Texas, il y a quand même 67 % des personnes qui se disent chrétiennes. Donc, évidemment que ça compte dans le résultat final. On avait rencontré un jeune homme de 25 ans qui était démocrate. Ses parents étaient républicains, et il disait que ça, ça les avait convaincus de voter pour James Talarico.
Et quand vous avez vécu la soirée électorale, c'était comment ? En fait, nous, on a l'exemple français, ça ne se passe pas du tout comme ça aux États-Unis.
Oui, c'est complètement différent. En France, à 20 h, on donne le résultat. Aux États-Unis, avec les fuseaux horaires, déjà, il faut attendre plusieurs résultats, heure par heure.
Comment vous sentez que ça bascule ? Est-ce que vous l'avez senti, ce moment où la victoire arrivait ?
Alors, on le sent quand même assez vite. La surprise, c'est l'ampleur, mais on le sent assez vite. Les gens étaient sur leurs téléphones. De temps en temps, on entendait des applaudissements ou des cris, dès qu'un état était gagné. Mais l'explosion arrive à 22 h, où James Talarico gagne son...
Son sénat.
Le sénat. Et là, les gens explosent, ils se prennent dans les bras, il y a des gens qui pleurent. Et là, on a parlé avec des gens, ils ont ressenti une ferveur comme à l'époque où Barack Obama avait gagné. Et on a ressenti aussi la joie intense des jeunes.
Est-ce qu'ils voient déjà un leader pour 2028 ou c'est trop tôt quand vous leur en parlez ?
C'est encore un peu trop tôt. Ils se cherchent encore. Mais l'exemple des jeunes est intéressant, parce qu'ils ont vécu tout le temps avec des Républicains. Ça fait 38 ans que les Républicains étaient au pouvoir. Et là, ce basculement, ces jeunes, c'est nouveau pour eux et c'est excitant pour eux.
Qu'est-ce qui vous a surpris aussi dans cette campagne, qui est quand même la plus chère de l'histoire ?
C'est ça. Alors, il y a quand même un nom qui ressort un peu, c'est John Ossoff, le sénateur de Géorgie. Et sur la campagne, oui. Alors déjà, aux États-Unis, quand on allume la télévision, il y a des clips de campagne, c'est des publicités qui vont ou soutenir ou dénigrer un candidat, ce qu'on n'a absolument pas en France. Et en fait, ces campagnes, elles sont financées en partie par des milliardaires comme Elon Musk. Elon Musk, il a mis 190 millions de dollars dans la campagne ici, enfin, au Texas, pardon. Ça n'a pas marché, parce que c'est les démocrates qui ont remporté les élections, mais c'est des sommes qui sont astronomiques et qui sont complètement folles.
Mais c'est des clips de campagne où on dénigre un candidat. En fait, il n'y a pas de limite, tout est permis ?
Tout est permis. Tout est permis. Donc, ou on va le coincer sur une phrase qu'il a dite à un moment, ou on va complètement inventer des choses. Mais oui, oui, c'est tout est permis.
Et est-ce que vous avez senti que la situation en France intéressait les Américains ? Parce qu'on a vu que Donald Trump s'en servait lors des meetings. Il a plusieurs fois parlé de notre goût pour la révolution. Est-ce que vous aussi, vous l'avez perçu ?
Alors, on a tourné il y a deux jours chez Dorothy, qui est une républicaine, et évidemment, elle regardait Fox News, et il y avait un petit carré dans le coin, comme ça, où il y avait marqué « France riots », donc les émeutes en France, et on voyait le pire des images. Après, c'était vraiment tout petit, et ça, voilà. Donc, il y avait les informations sur la guerre en Iran, la Bourse, et dans le coin, il y avait ces images de France. Donc oui, ils s'intéressent à notre situation.
Et on va en parler tout de suite avec les experts. Merci beaucoup, Barbara Stec et Stéphane Lopez, d'avoir été nos invités. On continue à vous suivre sur le terrain. Regardez vos reportages avec grand intérêt et plaisir. On se retrouve dans un instant pour la suite. À tout de suite.
Si vous n'êtes pas devant votre écran, vous savez que vous pouvez également nous écouter, nous réécouter en podcast.
C dans l’air l'invité du 7 novembre 2026 avec Barbara Stec et Stéphane Lopez, grands reporters à C dans l’air.
Ils rentrent tout juste des États-Unis, où ils ont couvert les midterms pour l’émission.
Nos reporters ont passé ces derniers jours au Texas. Ils nous racontent une Amérique déçue par Donald Trump, qui s’est détournée de lui, allant jusqu’à voter démocrate lors des élections de mi-mandat.