Transcription de Les règles du jeu

51:47 28 min de lecture 0 vues Publié il y a 9 jours

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Résumé de l'épisode

Dans cet épisode de Transfert, une femme raconte à la première personne comment sa vie de couple, qu'elle décrit d'abord comme heureuse et ordinaire, a glissé vers une série de jeux sexuels qui se sont imposés peu à peu, selon son récit, à l'initiative de son mari. Elle évoque la création d'un blog, les rencontres organisées avec des inconnus, la pression qu'elle dit avoir ressentie, puis la découverte d'une caméra cachée, la séparation et la procédure judiciaire.

Recueilli par Anne-Laure Vila, ce témoignage aborde les mécanismes d'emprise et le long chemin de reconstruction, et montre comment les soins et la justice ont accompagné son parcours.

Cette transcription de l'épisode sur ce témoignage intime a été réalisée avec la technologie de HappyScribe, la même qui sert à produire des comptes rendus de réunion automatiques.

Intervenant 100:00:11

C'est un classique des magazines féminins. À chaque année, son lot d'astuces pour « pimenter » sa vie de couple, pour raviver la flamme, ou encore pour booster sa libido. Ils sont présentés comme des « guides pratiques » dont on a commencé à remarquer la terrible face cachée quand un article titré « La fellation, le ciment du couple » est paru dans un grand hebdomadaire. Les « bons conseils » sont alors devenus des injonctions. Quand Barbara rencontre Marcus, elle est libre et tombe très vite amoureuse. Ils se marient, et avec les années, ils explorent de nouveaux horizons sexuels.

Au début, Barbara s'amuse. Et puis, sans qu'elle s'en aperçoive vraiment, les règles commencent à changer. Vous écoutez Transfert, ce témoignage a été recueilli par Anne-Laure Villa. Attention, cet épisode aborde des sujets sensibles; si vous voulez en savoir plus, retrouvez tous les détails dans la description de l'épisode.

Intervenant 200:01:24

À 24 ans, je sors d'une histoire déjà un peu longue. J'ai connu déjà pas mal d'hommes, et je suis dans une phase où j'ai envie de m'amuser. Très clairement, j'ai juste envie de m'amuser sans me prendre la tête. Je travaille, j'ai mon appartement, et je cherche des aventures. On est en 2001, c'est les gros débuts d'Internet, mais il y a des chats.

J'aime bien aller discuter sur ces chats, et je vois la conversation d'un certain Marcus G.R. qui dit qu'il habite Valence, et qui parle de lui. Ce qu'il raconte, ça me surprend. On discute. Marcus a juste un an de plus que moi, donc il a 25 ans. Il n'est pas originaire de Valence, il vient d'arriver sur la région pour le travail, et il travaille dans le sport automobile à ce moment-là.

On poste toute la soirée jusqu'à tard dans la nuit, et puis il y a l'échange de numéros, on commence à se parler au téléphone, la petite phase de séduction. Donc je craque, littéralement, pour cet homme, et je le rencontre, en lui expliquant bien que, par contre, je ne veux pas d'engagement. On se séduit mutuellement. Lui, il a le coup de foudre.

Je suis tellement sur la défensive à ce moment-là que ce n'est pas le coup de foudre, mais j'apprécie sa présence. Les jours passent, les semaines. Moi aussi, je finis par tomber amoureuse. On s'installe ensemble. Je tombe enceinte assez rapidement, et en 2003, nous avons ma première fille. On finit par se marier, on achète une maison, on a notre deuxième enfant en 2007, et nous vivons notre petite vie de famille adorable.

Je quitte l'informatique, et avec la naissance de ma deuxième fille, je veux absolument pouvoir m'occuper de mes enfants, et donc je deviens assistante maternelle. En 2008, ça fait 7 ans qu'on se connaît, qu'on vit ensemble. On rencontre notre premier gros problème de vie familiale, à savoir que Marcus perd son travail, et pas dans les meilleures conditions, puisque ça se passe très mal avec son patron, ça finit chez les flics.

Cet événement, c'est un tournant dans notre vie. Il est à la maison, il a un peu de mal à retrouver du boulot derrière, ça impacte notre vie personnelle, intime. Je travaille beaucoup, puisque je garde les enfants 50 à 60 heures par semaine. Ma fille, ma plus jeune, a à peine 1 an, la plus grande, elle a 4 ans et demi. J'en garde 3 autres à côté.

Enfin bon, la maison est pleine de vie, voilà. Ça crie, ça hurle dans tous les sens, mais c'est joyeux. Et c'est vrai que, par contre, c'est moins joyeux dans ma vie intime de femme. Je commence à sentir la fatigue de grossesse, je ne me trouve pas très belle, je me sens grosse, il y a quelques kilos qui sont restés. Donc effectivement, ce n'est pas toujours la joie dans notre vie intime, mais ça se passe.

Mais comme Marcus passe beaucoup de temps à la maison et que je pense qu'il s'ennuie, on pimente un peu nos jeux. Et on fait des séances photo tous les deux, voilà, dans la maison, sur le canapé. Je montre ma lingerie, mes fesses. Pour nous, voilà. On est en pleine révolution d'Internet. Il y a les premiers blogs qui sont très à la mode, tout le monde fait son blog, et forcément, il y a aussi les premiers blogs de cul, et il m'en montre.

Il aime beaucoup, et il m'explique qu'il aimerait bien faire la même chose avec les photos qu'on fait. Je ne suis vraiment pas emballée. Ça ne me tente pas. C'est mettre les photos à disposition sur Internet, ne plus avoir le contrôle, ne pas savoir qui est-ce qui vient voir le blog. Donc je slalome, non, bof, je n'ai pas envie, voilà. Un jour, il me montre un blog qu'il vient d'ouvrir, avec quelques photos de mon décolleté dans un magnifique pull orange.

Et donc, malgré mon nom, il a ouvert ce blog, et il y a mes seins au premier plan. Malgré mon nom, il n'a pas l'intention d'abandonner l'idée. Je n'ai qu'une peur, c'est qu'en fait il le fasse derrière mon dos, que je ne sache pas ce qui se fait, et que mon image soit utilisée à tort et à travers, et notamment avec les signes distinctifs.

Intervenant 200:07:13

Donc je lui dis que je vais m'occuper du blog. Pour moi qui sors du milieu informatique, pour moi c'est facile de retoucher les photos, d'effacer les signes distinctifs, je maîtrise Photoshop. Ça me paraît la meilleure idée pour garder le contrôle. Et je me convaincs en disant que ça devient un jeu de couple. Toutes les semaines, ou tous les 15 jours, je fais une mise à jour du blog avec des nouvelles photos.

Pas beaucoup, 3, 4, 5. Elles ne sont pas forcément très osées, il y en a qui sont vraiment juste érotiques. Et du coup, il y a des hommes qui laissent des commentaires sous ces photos. Il y a des commentaires que je trouve gentils, qui louent ma beauté, qui disent à quel point ils aimeraient avoir une femme comme ça dans leur lit.

Enfin voilà, donc ça gonfle un peu plus mon ego. On épuise toutes les situations de la maison : le lit, le canapé, l'extérieur, la piscine. Donc pour animer le blog, on va toujours plus loin. On commence à faire des photos en extérieur. Alors d'abord sur nos week-ends, au début c'est à l'hôtel, et puis après c'est l'extérieur, extérieur. C'est amusant, c'est excitant, ça met du piment dans notre vie de couple.

On fait ça en toute discrétion, on ne fait pas de mal. Et puis il est content, il est heureux, et il n'arrête pas de me dire à quel point il m'aime. Et puisqu'il est heureux, je suis heureuse. Donc le blog marche plutôt bien. J'ai des admirateurs réguliers, et dans leurs écrits, ils me disent souvent qu'ils ont envie de me rencontrer. Et Marcus est très emballé par l'idée, donc on en parle régulièrement.

Et régulièrement, il me dit : « Ce serait bien si tu en rencontrais un. » Donc il commence à me parler de ça régulièrement, très régulièrement. D'abord je refuse. Ces hommes ne m'intéressent pas. Moi, la seule chose qui m'intéresse, c'est mon mari. Les autres hommes, même si ça fait plaisir qu'ils me trouvent belle, je n'en ai un peu rien à faire. Mais à force de l'entendre répéter tout le temps, ça finit par infuser dans ma tête.

Voilà, je me pose les mêmes questions, de savoir comment ça se passerait. Et puis un café, ça n'engage pas grand-chose. La première rencontre se fait en 2012, trois ans à peu près après l'ouverture du blog. Il y a un homme avec qui j'aime particulièrement discuter, parce que la conversation est intéressante. Quitte à rencontrer un homme, je propose à cet homme-là, qui vient sur Valence, et je n'ai pas eu de photos, on n'a toujours échangé que des mails, donc c'est un inconnu.

Je le rejoins dans un café, on discute beaucoup, on s'apprécie, et ça se passe bien. Il est gentil, il est amusant, on discute bien, et ça s'arrête là. Après cette expérience, mon mari continue à me dire à quel point ça l'a excité, à quel point c'était amusant. Donc il a envie que je recommence.

Et petit à petit, je vais enchaîner une deuxième rencontre, une troisième. Au début, c'est vraiment occasionnel, quand j'ai un jour de congé, que les filles ne sont pas à la maison. Et puis très vite, juste le café, ça ne suffit plus à Marcus. Il commence à me suggérer des idées. « Ce serait bien si tu prenais une photo de ton décolleté. » Puis la fois d'après, c'est : « Ce serait bien s'il y avait sa main aussi sur ton décolleté.

» Et ainsi de suite. À chaque fois, il repousse un peu la limite. À peine, ce n'est pas grand-chose. C'est juste un petit geste en plus. Donc j'ai des limites, mais systématiquement, il me demande d'aller plus loin. Donc ces photos, elles plaisent beaucoup à mon mari. Ça l'excite de voir que sa femme plaît à d'autres hommes.

Ça l'excite de savoir que ces hommes, ils ont envie de moi, ils ont envie de me toucher, d'avoir des relations avec moi. Tout ça, ça l'excite beaucoup, ça dope son imagination, ça dope ses fantasmes. Voilà, quoi. Pour lui, c'est une source de plaisir. Les photos l'excitent, mais juste une photo de mon décolleté, ça ne suffit plus. Il a envie d'en voir plus.

Il a envie qu'il se passe plus de choses. On passe, enfin je passe les étapes, les unes après les autres. Les tétons, puis les choses plus importantes, comme moi-même mettre ma main dans un caleçon, caresser. Un café, c'est... Là, on passe sur du sexe, du vrai. Alors, c'est amusant au début, c'est excitant, mais c'est moyen, en fait, en même temps.

Toujours un nouvel homme, ne pas savoir comment il va fonctionner, ne pas savoir qui est-ce que je vais avoir en face de moi, comment il va réagir. À force, je commence à prendre des habitudes. Je suis concentrée sur faire des photos, donner du plaisir, obtenir ce qu'il me faut pour mon mari. Donc moi, je suis focalisée là-dessus. Je deviens une vraie professionnelle.

Chaque rendez-vous, finalement, se ressemble un peu. Je rencontre un homme, on discute 5-10 minutes, un quart d'heure. Il y a le rapport sexuel. Et puis, une fois que c'est fini, je remonte en voiture. Souvent, je me change dans ma voiture pour remettre une tenue de maman, et je check les photos qui ont été prises. Souvent, je quitte l'hôtel ou le lieu de rendez-vous, je fais quelques centaines de mètres, et dès que je trouve un endroit tranquille sur le bas-côté, je me pose pour faire tout ça et envoyer les photos.

Quand je rentre à la maison, il a reçu les photos. Et forcément, lui, il est excité, donc arrive ce qui doit arriver. On se retrouve sur le canapé, et rapport sexuel. En 2014, j'ai un message un peu bizarre qui arrive, avec des détails. Cette personne sait qui je suis, en faisant allusion à mon activité professionnelle.

Là, je prends sérieusement peur, et je ferme le blog. Je fatigue très sérieusement de tous ces jeux-là. Finalement, pour moi, c'est un soulagement que le blog ferme. Mon mari, lui, pour lui, ce n'est pas la fin. Donc il trouve d'autres moyens de se remettre à échanger mes photos. Donc les sites libertins, tous les moyens de chat et autres pour montrer mes photos.

On a un peu transformé. Je ne gère plus toute la première partie, il s'en occupe. Et quand un mail me plaît, j'y réponds. Alors, ce n'est pas tous les mails, et toutes les conversations ne débouchent pas sur une rencontre. Mais du coup, on continue malgré tout notre système de rencontres, sauf que c'est lui qui présélectionne les hommes maintenant. Donc toutes ces photos, ça demande du travail.

Et régulièrement, on vide nos téléphones sur l'ordinateur pour pouvoir classer toutes ces photos, les retoucher. Et puis un jour, au milieu, il y a une photo. Je reconnais parfaitement son anatomie. Par contre, j'en suis persuadée, la paire de fesses est beaucoup trop mince, ce n'est pas la mienne. Je comprends qu'il a une maîtresse. Forcément, je pète un câble.

Parce que si lui est désireux de me voir avec d'autres hommes, j'ai toujours été claire depuis le début, que moi, je suis une femme jalouse. Je n'ai pas envie de le voir avec une autre femme. Et même pas de le voir, de le savoir avec une autre femme. Forcément, on a une conversation après ça.

Intervenant 200:17:29

On remet les choses au clair. Je réexplique que je suis jalouse, et il me promet que c'était juste une erreur, que ça ne recommencera plus. Je ne le vis pas très bien. Je me sens trahie. Et en même temps, j'aime mon mari, et je ne me vois pas vivre sans lui. Donc je réfléchis bien à la situation, et je me dis, après tout, c'est juste une fois.

Moi, je vois plein d'autres hommes. Je peux bien passer l'éponge cette fois-ci. Il y a la promesse. Malgré tout, la promesse ne tient pas là non plus. Et il en voit d'autres. Et puis je le découvre à chaque fois. Donc je finis par lui dire, je réfléchis toujours bien à la question, et j'accepte. Ça semble nécessaire pour lui.

En fait, les choses à ce moment-là m'échappent complètement. Il a sa maîtresse, mais en même temps, il est super demandeur de ces situations-là, des photos, et il en demande toujours plus. Ça devient stressant, parce que j'ai une pression comptable, très clairement, parce qu'il faut que j'aie mon quota de photos et de rencontres. Avec ce quota qui s'installe, et comme ça demande de l'organisation, qu'il y a souvent des lapins, ça me demande d'être moins regardante sur les personnes que je rencontre.

J'en savais déjà pas beaucoup, les premiers temps, quand je rencontrais ces gens-là. Mais sur la fin, c'est un peu du piqué-piqué-colligram. Qui est-ce qui veut bien venir avoir un rapport sexuel avec moi? Je prends le premier qui est d'accord aux horaires qui me conviennent. Ça devient un peu comme ça. Et forcément, comme il y a moins de précautions, comme je discute moins, la qualité des rendez-vous baisse aussi.

Cette fois-là, en 2016, je n'avais pas pu trouver de rendez-vous fiable. Donc au dernier moment, je me suis organisée un rendez-vous à la va-vite. On se fixe rendez-vous dans un café, on discute. Il a l'air sympa comme ça en apparence. Et puis on va à l'hôtel à côté. Et quand on arrive dans la chambre, ça ne se passe pas tout à fait comme je l'espérais.

C'est d'un coup très directif. C'est violent. Ce n'est pas ce que j'ai envie. Ça fait peur. Et là, on prie que ça se finisse vite, que je puisse sortir, que je ne reste pas coincée dans cette chambre. Heureusement, ça se finit. Malgré tout, il y a la réalité qui revient après. C'est de se dire, au milieu de tout ça, bon, ok, est-ce que j'ai mon quota de photos?

Est-ce qu'il va être satisfait? Je dis ceci, une fois sortie de là, fermer la porte de la chambre, je ne veux plus penser à ça. Je me concentre sur ce qui me semble important, à savoir faire plaisir à mon mari. Donc il y avait peu de photos cette fois-là. Je les envoie quand même à mon mari. Et quand on se retrouve, j'ai la très agréable surprise de découvrir qu'il trouve qu'il n'y a pas assez de photos, que les photos sont nulles, sont moches.

C'est tout ce qui l'intéresse. Donc une fois que j'ai raconté tout le plaisir que ça a été, que j'ai bien brodé autour de ce qui s'est passé, forcément, il est excité. Donc forcément, ça finit sur le canapé. On est une gentille petite famille. On a tout pour être heureux. Deux très jolies filles qui marchent bien à l'école, une jolie maison, des amis, une famille.

Et ça, c'est une partie très secrète de notre vie. Personne n'est au courant de ce qui se passe, de ces jeux. Les amis, la famille, tout le monde nous voit comme un couple idéal, heureux. C'est l'image qu'on renvoie. Et en même temps, oui, je suis heureuse avec lui. Je l'aime. C'est juste que je ne suis pas heureuse de cette partie sexuelle de jeu. Mais sinon, tout le reste est fabuleux dans notre vie de tous les jours.

En 2020, il y a le Covid. Pour moi, le confinement, c'est un vrai soulagement. D'un coup, c'est une bulle d'oxygène, une sorte de petit paradis, parce qu'il n'y a plus de contact avec les autres. Donc il n'y a plus de rencontres. Il n'y a plus cette obligation-là. D'un coup, c'est vraiment la révélation, c'est j'en peux plus d'avoir ces rapports. Moi, je le vis bien ce confinement.

Lui, beaucoup moins. Il se sent enfermé, piégé, privé de sa liberté. Et puis, je commence à entendre que les jeux lui manquent. On ne peut plus voir personne, on ne peut plus rencontrer d'autres hommes. Lui, il ne peut plus non plus aller voir ses maîtresses. Donc je comprends dans son discours que le problème, c'est ma libido, et qu'il serait bon de régler ce problème de libido afin qu'on puisse reprendre nos jeux.

Donc je vais voir tous les groupes possibles, acupuncteurs, homéopathes, énergéticiens, histoire de doper ma libido, de retrouver l'envie. Mais comme lui ne peut pas se passer de ses jeux, on se trouve un terrain d'entente en disant, bon, plus de rapports sexuels avec d'autres hommes, mais on peut tenter d'autres formes de jeux, comme l'exhibitionnisme par exemple, et se donner en spectacle, enfin avoir des rapports devant d'autres hommes, ce genre de choses.

On cherche à pallier mon problème de libido et de manque d'envie. C'est lui qui prend les rendez-vous, c'est lui qui organise tout. Il me dit, allez, on va aller à tel endroit, dans un coin de nature souvent, on se met à l'arrière de la voiture, et puis on a un rapport devant un homme qui est de l'autre côté de la vitre et qui regarde.

Je ne me rends pas vraiment compte, mais en fait, j'ai peur. Ça s'espace, je trouve toujours des raisons pour ne pas le faire. Donc on met fin aussi à ce type de jeu. Côté personnel, on a un coup de pouce de la part de sa famille, et on achète un, puis deux appartements. Au printemps 2022, je comprends qu'il a changé de maîtresse, et que cette nouvelle maîtresse lui plaît particulièrement.

Cette nouvelle maîtresse s'installe plus ou moins dans nos vies. Je suis un peu à cran. Sur un coup de colère, je lui balance, puisque tu ne m'aimes plus, on n'a qu'à se séparer. Et je ne m'attends pas vraiment à sa réponse, puisqu'il me dit, tu as raison, on se sépare. Je me prends ça en pleine face. Il aime sa maîtresse, et il me dit franchement qu'il ne m'aime plus.

C'est un coup de massue, je suis dévastée, littéralement dévastée. Et malgré tout, on prend acte et on se sépare. On commence par cohabiter ensemble. Je retourne un peu chez mes parents. Le jour de la fête des pères, il vient chercher les filles à la maison. Et quand il rentre, on me dit qu'il a envie de parler. On me dit qu'il a fait une erreur, que c'était la plus grosse erreur de sa vie, que c'est moi qu'il aime.

Je pose mes conditions, une thérapie de couple, plus de maîtresse, plus de jeux non plus, parce que moi, je ne peux vraiment plus. Il revient à la maison. Voilà, on a acheté les apparts, on va avoir de l'argent qui rentre avec. Et je me dis que c'est l'occasion de faire des nouveaux projets. Peut-être moi, arrêter d'être assistante maternelle, peut-être envisager la vie autrement et repartir sur de nouvelles bases, pour repartir du bon pied tous les deux.

L'été passe, on part en vacances, c'est chouette. Mais malgré tout, ce n'est pas comme avant. Il y a une distance qui s'est créée. Je ne suis pas dupe. Je vois les signes, mais je ne veux pas en tirer les conclusions nécessaires. Mais je me rends bien compte que sa maîtresse est de nouveau là, et que ça cloche malgré tout.

Intervenant 200:28:41

À la rentrée, on a finalisé l'achat du deuxième appartement. On décide de le mettre en location. Il me demande d'assurer les visites de l'appartement. Donc j'y vais avec ma fille. On reçoit une première dame. Et puis dans la foulée, il y a un deuxième rendez-vous. C'est un homme qui arrive. Et donc pareil, je refais mon baratin pour lui présenter l'appartement.

Et lui, de son côté, il me fait son baratin pour m'expliquer pourquoi ce serait un bon locataire. Il arrive de Corse. Il vient de prendre un boulot sur Valence. Pour le moment, il est dans un studio parce qu'il vient vraiment de débarquer sur le continent. Et il cherche un appartement pour pouvoir rapatrier ses enfants avec lui. Il m'explique qu'il est célibataire, il a du bagout, un vrai sudiste, un vrai Corse.

Quand la visite est finie, j'en débriefe avec mon mari, je lui donne mon impression sur les différentes visites. Et voilà, ça s'arrête plus ou moins là. Mais ce Corse, ce Christophe, lui, il m'envoie des messages pour me poser des questions sur l'appartement, des compléments d'informations. Et puis toujours avec ce petit côté un peu charmeur. Et mon mari, je lui montre les messages.

Il saute sur l'occasion et il commence à me dire, il a l'air charmant ce Corse, il t'a trouvée jolie. Voilà, ça rentre dans une oreille, ça ressort de l'autre pour moi. On attribue l'appartement à une autre personne. Pour moi, l'affaire semble close, ça s'arrête là. Et puis mon mari me dit, mais le Corse, pourquoi on ne lui louerait pas le premier appartement ? Donc je recontacte le Corse et je lui explique qu'on a un deuxième appartement à louer.

C'est le même style que le premier, donc s'il veut, je peux lui faire visiter. On prend rendez-vous. Je lui fais visiter cet appartement, on discute. Et puis il me propose d'aller boire un café pour finir l'entretien. Donc on va dans la rue en bas, on se met à une terrasse, on discute. C'est agréable, il est gentil, il est charmant, il me parle de sa vie, du décès de sa femme, du fait qu'il est célibataire.

Le soir, je rentre, je débriefe à nouveau avec mon mari. Je lui raconte tout ce que le Corse m'a raconté. Et j'ai de nouveau le droit au petit couplet. Mais tu n'as pas envie d'avoir de nouveau un amant ? Ça te ferait du bien de voir un autre homme ? Le week-end suivant, il me dit qu'il va passer la soirée avec sa maîtresse. Je reste stoïque, ça me semble évident.

Et effectivement, qu'il a repris sa relation avec sa maîtresse. Et je comprends que c'est le genre de chose qui ne s'arrêtera jamais. Et il me dit, si tu en profitais pour aller boire un verre avec le Corse. Et entre la déception du retour de la maîtresse, et qu'effectivement, il avait été charmant, nous, nous refixons rendez-vous, nous allons boire un café ensemble dans l'après-midi.

Au cours de nos discussions, je lui raconte mon mode de vie, la façon dont je vis mon couple, les jeux qu'on a eus. Je suis très cash. Et donc, dans le cours du week-end, on continue à échanger des messages. Et puis, le lundi, Christophe m'écrit, le genre de message qui fait flipper tout le monde, il faut qu'on parle. Donc, on se donne rendez-vous, on se voit dans un endroit à l'écart de la ville.

On commence à discuter, je sens beaucoup de stress et de tension. Et là, il me vide son sac. Il me dit, mais notre rencontre, elle n'est pas anodine. Elle a été préméditée. Il m'explique qu'en fait, il a vu ma photo sur un site, qu'il m'avait trouvée charmante, et que, comme lui était veuf, il avait pris contact avec cette photo.

Et qu'en fait, quand il avait commencé à discuter, il avait compris que c'était mon mari qui était derrière cette photo. Et mon mari disait, à qui veut bien l'entendre, que nous étions un couple libertin, et qu'il cherchait des amants pour sa femme. Sans en dire forcément plus, sans dire que je n'étais pas au courant, enfin, tout ça.

Donc, qu'il a discuté quelques fois avec mon mari, que le concept l'avait amusé, après tout. Et puis là, il me fait, en fait, à force de discuter, je me suis rendue compte qu'en fait, toi, tu n'es pas au courant. Et donc, il me déballe tout, tout, tout. Il me montre les photos, il m'explique toute la temporalité, les échanges.

Et il me dit, en fait, ton mari fait ça avec tous les hommes qui viennent parler sur ton profil. Apparemment, il donne aussi ma plaque d'immatriculation, mon emploi du temps, pour que les hommes essayent de créer une opportunité de me draguer. Mais quand il m'explique tout ça, je réalise qu'en fait, tous ces hommes qui m'abordent occasionnellement, ce n'est peut-être pas anodin.

Et que oui, je ne suis pas une star, je ne suis pas un top modèle. Et qu'en fait, c'est peut-être étrange qu'il y ait tant d'hommes qui viennent me glisser un petit mot, m'adresser la parole, essayer de me séduire, me dire que je suis belle. Voilà, du coup, il y a plein de choses qui commencent à me paraître suspectes. J'explose, je lui balance tout ce que Christophe m'a expliqué, et il ne nie absolument rien.

Il reconnaît les faits, qu'il me vend. Voilà, moi, je n'ai pas d'autres mots là. Il me vend sur les réseaux pour son plaisir, pour sa satisfaction. Il est clair que c'est mon déclic à moi, que plus jamais je pourrais lui faire confiance, et qu'en fait, on n'avait plus rien à faire ensemble. J'en suis très malheureuse, j'en pleure beaucoup.

Par moments, je suis faible, j'ai envie qu'on se remette ensemble, mais malgré tout, ce n'est pas possible. C'est compliqué parce que mon mari refuse de quitter la maison. Il a déclaré qu'on continuerait à vivre ensemble, jusqu'à ce qu'en janvier 2023, épuisé par cette situation, par cette cohabitation qui est compliquée, parce qu'on continue à dormir dans le même lit, je fasse une première tentative de suicide.

Je prends des somnifères, je me réveille aux urgences après 18 heures de sommeil, ce qui me remet les idées en place. Et là, je lui fixe l'ultimatum, il faut qu'il dégage. Ce n'est pas possible de continuer comme ça. Et je le fous à la porte.

J'entreprends de reprendre ma vie en main. J'ai planté mon boulot d'assistante maternelle. Je me trouve un contrat en CDD et je commence à travailler différemment. Je remarque plein de choses étranges qui se passent autour de moi. J'y porte de plus en plus attention. Je les note, je garde des traces. Il y a des détails. Il y a des moments où je tombe face à face avec lui en pleine ville, alors qu'il est censé être au boulot et qu'on ne devrait pas se croiser à cet endroit-là.

Et puis, je vois des choses qui bougent dans la maison, sans raison. C'est étrange, je ne sais pas l'expliquer. Et en même temps, c'est tellement anodin que ça reste dans un coin de la mémoire. Mais voilà, je n'ai pas plus d'informations que ça. Je commence à faire des vérifications et notamment, je veux en avoir le cœur net et j'ose enfin me connecter avec un pseudo. Et je vais discuter donc avec mon mari.

Intervenant 200:39:08

Et effectivement, il continue à faire des propositions. Donc moi, là, je fais des screens, des copies d'écran. Et puis, quand un jour je rentre à la maison et que je vois qu'il y a des choses qui ont bougé, et avec ma fille, on se regarde et on se dit, ah, papa a fait quelque chose dans la maison. Je fais le tour de mon salon.

Pour moi, c'est d'une évidence. Il a placé une caméra dans la maison. Je ne mets pas bien longtemps à la trouver. Elle est placée dans un de ses trophées qui sont placés sur la bibliothèque. Dans son trophée, il a fait deux trous, un pour la caméra, un pour l'alimentation. Et il y a placé la caméra dedans. La caméra avait vu sur le salon et plus particulièrement sur le canapé.

Là, je pète un câble, soyons clairs. Et j'atterris chez les flics. J'explique et je dépose plainte pour la première fois. Je vais y retourner trois autres fois. La deuxième fois que je vais y retourner, c'est parce qu'un homme va débarquer à la maison en m'expliquant qu'il discute avec mon mari et que mon mari lui a dit que j'étais une femme facile.

Là, je suis terrorisée. Franchement, je suis terrorisée. Pas seulement pour moi, mais aussi pour mes filles, parce que l'homme est arrivé à la maison et est tombé sur moi. Mais rien ne l'empêche de s'en prendre à mes filles. Après cette plainte et les compléments, il se passe longtemps sans que ça bouge. Un jour, je vais être contactée par la police. Ils s'occupent enfin de mon dossier.

C'est une femme qui s'occupe de mon dossier. Elle convoque mon mari. Il est interrogé. Elle me demande d'amener la voiture au commissariat. Ils inspectent la voiture et ils sortent un traceur de la voiture. Et donc, en fait, il avait placé un traceur. C'est comme ça qu'il savait où j'étais et qu'il pouvait donner mon emplacement et que je pouvais me retrouver face à face avec lui. Et en parlant avec la flic, elle me dit que de toute façon, il a reconnu absolument tout.

Ce soir-là, la police le déferre devant un juge des libertés, devant le procureur. Le procureur l'inculpe. Le juge des libertés, lui, ordonne une mesure d'éloignement. Et j'espère retrouver une vie normale. C'est juste une espérance. Parce que lui, il le prend très mal, mais vraiment très, très mal.

Il vient se planter devant la maison malgré la mesure d'éloignement. Et surtout, il se sert des filles pour faire passer des messages et pour avoir une influence sur moi. Ça dégrade très sérieusement mes relations avec les filles, parce qu'elles n'arrivent pas à comprendre. Pour elles, on est un couple sans histoire, le plus beau couple au monde.

Enfin, voilà. Et puis, on rentre dans une période très difficile où je suis toujours sur le qui-vive. Plus le temps passe et plus je découvre des choses, j'ai l'impression de devenir parano, d'être tout le temps sous surveillance. Ça me rend folle. Ça me rend littéralement folle. Et donc là, au début de l'été 2024, je suis tellement à bout que je craque.

Une amie m'emmène aux urgences parce qu'elle comprend que la situation est dramatique. J'arrive aux urgences, je vois le psychiatre de garde. Il me fait une ordonnance avec la totale, antidépresseur, anxiolytique, etc. Et il me renvoie à la maison. Le lendemain matin, je prends mon ordonnance sous le bras, je m'éclipse discrètement de la maison, je passe à la pharmacie, je prends le stock et je m'en vais trouver un petit coin pénard sous des grands arbres.

Je m'installe à l'arrière de la voiture, je me fais un petit oreiller avec ma veste et j'avais prévu une bouteille d'eau et j'avale les médocs les uns après les autres. La mort n'a pas bien envie de me garder, puisqu'apparemment, malgré la quantité de cachets, je suis arrivée à rentrer à la maison.

C'est miraculeux. Je ne me souviens absolument pas être rentrée à la maison. Donc, quand j'arrive à la maison, les filles appellent immédiatement les pompiers. Je suis de nouveau emmenée aux urgences. Et quand je reprends réellement conscience, j'arrive à l'hôpital psychiatrique. Le psychiatre ordonne mon internement. Et donc, je vais attaquer six semaines d'internement à l'hôpital psychiatrique.

Je ne me suis jamais sentie aussi en sécurité que derrière les barbelés de l'hôpital psychiatrique. À l'hôpital psychiatrique, personne ne pouvait m'atteindre. Et surtout, il ne pouvait pas m'atteindre. Ça n'a pas toujours été facile. Ils m'ont diagnostiqué une dépression grave post-traumatique avec trouble de dissociation. Au bout de six semaines, je suis sortie de l'hôpital et je suis rentrée à la maison.

Et j'entame une période tout aussi compliquée, parce que quand je sors de l'hôpital, il y a le procès qui se profile. Donc, je vais au procès. Le procès se passe à huis clos, parce que je n'ai pas le courage d'avoir des gens qui entendent ma vie sexuelle. C'est le plus horrible moment de toute ma vie. C'est le moment qui me terrifie encore le plus.

Le juge n'est pas tendre avec lui, mais c'est l'une des choses qui se passent durant le procès, parce qu'il reconnaît que c'est arrivé, mais il a une excuse. C'était comme ça avant. Il reconnaît les actes, mais pas la responsabilité. Le juge le condamne. Huit mois avec sursis, deux ans de mesure d'éloignement, soins obligatoires.

Et quand le juge annonce la condamnation, je pensais sincèrement à ce avant, que cette condamnation serait un soulagement. Et très honnêtement, non. Parce qu'en fait, ça ne répare pas. Moi, comme je suis encore très fragile et que les psychiatres s'inquiètent beaucoup pour moi, je suis dans l'obligation de continuer une hospitalisation de jour.

L'hôpital, pour moi, c'est le moment où, en fait, je commence à me réapproprier ma vie, en commençant par ce que j'avais abandonné et qui est le plus important pour moi dans ma vie, c'est l'écriture. Et suite à une conversation avec mes filles, j'ai le déclic et je me dis, en fait, il faut que j'écrive. Après le procès, j'ai continué à être abordée malgré tout.

La première fois qu'un homme m'a abordée en me disant : « J'ai vu votre photo sur Internet. » Je me suis effondrée en pensant que rien ne changerait jamais et que j'étais prisonnière. La deuxième fois que c'est arrivé, j'ai eu le courage de crier haut et fort dans ce café que l'homme qui avait publié ces photos-là avait été condamné et que je n'hésiterais pas à porter plainte auprès de toute personne qui viendrait me parler de ça.

À l'été 2025, j'ai une maison d'édition qui me dit qu'ils ont lu mon manuscrit, que ça correspond à ce qu'ils recherchent et me proposent de me publier. Après toutes ces années de cauchemars, c'est le moment où je réalise enfin mon rêve et j'essaye de me reconstruire. Mais quand je me suis suicidée, il y a réellement quelque chose qui est mort en moi cette fois-là.

Intervenant 200:49:24

Et je ne serai jamais comme avant. Et ma vie à moi est profondément changée. Et c'est un long combat pour récupérer le contrôle de sa vie. Et en fait, il m'a fallu très longtemps, et même maintenant que j'ai encore du mal à comprendre le nom, l'emprise, à comprendre que ce n'est pas ma faute, à comprendre que je ne suis pas coupable, à comprendre que je suis une victime et qu'en fait, ça a profondément changé les choses en moi.

Vous venez d'écouter Transfert. Ce témoignage a été recueilli par Anne-Laure Villa. Transfert est un podcast produit par Slate. Direction et production éditoriale : Sarah Koscewicz et Benjamin Septem-Ours. Chargée de production : Astrid Verdun. Chargée de post-production : Mona Delahey. Musique originale : Nicolas Mollet. L'introduction a été écrite par Sarah Koscewicz et Benjamin Septem-Ours. Elle est lue par Aurélie Rodrigues. Retrouvez Transfert tous les jeudis sur slate.fr et sur votre application d'écoute préférée.

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Description de l'épisode

C’est un marronnier des magazines féminins. À chaque année son lot d’astuces pour "pimenter sa vie de couple", pour "raviver la flamme", pour “booster sa libido". Ils sont présentés comme des "guides pratiques", dont on a commencé à remarquer la terrible face cachée quand un article titré "La fellation, le ciment du couple ?" est paru dans un grand hebdomadaire. Les bons conseils étaient devenus des injonctions.

Quand Barbara rencontre Marius, elle est libre et tombe très vite amoureuse. Ils se marient et, avec les années, explorent de nouveaux horizons sexuels. Au début, Barbara s’amuse. Puis, sans qu’elle s’en aperçoive vraiment, les règles commencent à changer.

Ce témoignage a été recueilli par Anne-Laure Vila.

Attention, cet épisode aborde des sujets sensibles. Ceux-ci sont précisés à la fin de ce texte.

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Direction et production éditoriale: Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours
Chargée de production: Astrid Verdun
Chargée de postproduction: Mona Delahais
Musique originale: Nicolas Mollet

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Les sujets sensibles abordés sont : agression sexuelle, viol, tentative de suicide.

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