This final episode of Secrets d'Histoire on Mozart examines the last years and death of the composer. It covers his mounting debts linked to gambling, the court rivalry with Antonio Salieri and the legend that Salieri poisoned him, which the experts heard here dismiss as unsupported.
It then turns to the anonymous commission of the Requiem, the unfinished manuscript completed by his pupil Susmayer, and the disputed burial. Finally, the episode weighs competing theories about his death, from fever and exhaustion to mercury poisoning, while noting that the evidence remains inconclusive.
In this episode Isabelle Duquesnoy, Jean-Pierre Pisetta, Michel Lopito d'Orfeuil
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Vous écoutez « Secrets d'Histoire : Mozart, la liberté ou la mort ». Troisième partie.
Échiquier et autres tric-trac : le château des Panvilliers abrite la plus importante collection de jeux anciens en France. Et le jeu d'argent le plus en vogue à l'époque est le jeu du Pharaon, un jeu de cartes dont les règles ressemblent à celles du blackjack.
Le jeu du Pharaon est un jeu où les joueurs misent sur les cartes qui vont sortir, et ils misent face à un banquier. Le ponte, c'est-à-dire le joueur, peut perdre d'énormes sommes. Le paradoxe, c'est que tous les États d'Europe légifèrent contre les jeux de hasard et d'argent, mais personne ne respecte ces interdictions, et eux-mêmes encore moins que les autres, puisque dans toutes les cours d'Europe on organise des soirées et des après-midis de jeux de hasard et d'argent.
On peut dire qu'on vit en pleine schizophrénie ludique.
De nombreuses familles en Europe ont été totalement dépossédées à cause du jeu du Pharaon.
On a des lettres de Léopold qui condamnent le jeu du Pharaon, qui était une catastrophe, qui ruinait les gens. Et il disait : « Pourvu qu'on interdise ce jeu du Pharaon. » Mozart a commencé à avoir des dettes. Le garde-fou n'était plus là. Il a peut-être joué, il s'est peut-être fait piéger. On n'en a pas la preuve, mais c'est probable.
Le code de l'honneur exigeait qu'on paie ses dettes de jeu. Peut-être est-ce là une des explications des dettes qui l'ont accablé à la fin de sa vie.
Ses créances s'élèvent alors à l'équivalent de 300 000 euros. Emprunter ne suffit plus. Il lui faut trouver d'autres solutions.
Mozart a mis en gage tout ce qu'il avait. Ça a été, bien sûr, tous les objets de luxe qu'il avait reçus. Mais c'est allé beaucoup plus loin, n'est-ce pas ? Ça a été l'argenterie. Pour finir, il n'avait plus que le billard et l'orgue. Autrement, tout le reste avait été mis en gage au monde piété.
Et ce malheur va transparaître dans l'un de ses morceaux les plus déchirants.
La 40e symphonie, la fameuse « Ti-da-dam, ti-da-dam, ti-da-dam ». Mais il faut savoir qu'à ce moment-là, Mozart était tout seul à Vienne, qu'il n'avait plus d'espoir, qu'il a écrit cette symphonie sans croire qu'elle serait jouée, et elle était pour le tiroir. C'est quelque chose qui vous prend, qui vous plombe, et qui vous amène à la condition humaine la plus terrible. C'est-à-dire que si on ne rit pas tout le temps, si on ne s'amuse pas, si on n'est pas dans l'amour, l'ivresse, les bons repas, l'amitié, etc., on est tout seul.
Entre grandeur et décadence, les malheurs de Mozart font de lui un génie accessible à tous.
Tout le monde l'aime ? On ne l'aime pas comme musicien, on l'aime comme Mozart. Il est sympathique. Il est de notre espèce. Il ne vient pas de chez les grands. Il vient de chez les humbles. Il est comme nous tous. Et nous le sentons.
Nous sommes ici devant la Hofburg, le palais d'hiver de la famille impériale, et là encore, au centre de Vienne, Mozart trône en majesté. Mais aujourd'hui, le compositeur qui semble irrémédiablement lié à Mozart, c'est bien sûr Anton Salieri. Cette relation entre les deux hommes a inspiré nombre d'écrivains et de cinéastes qui ont dressé du personnage un portrait saisissant. Alors, au-delà du mythe de Salieri, que l'on accuse même parfois d'avoir assassiné Mozart, je vous propose de découvrir enfin la vérité sur ce dérangeant rival qui hante encore tous les esprits.
Dans le sérail des musiciens de la cour de Vienne, les places sont chères, et Mozart va devoir s'imposer contre tous, et contre un en particulier. Dès leur rencontre, une rivalité s'installe entre le compositeur autrichien et le maître italien. Antonio Salieri connaît une carrière fulgurante. Né en Italie, cet orphelin arrive à Vienne à l'âge de 16 ans et devient le protégé du célèbre Christophe Glück, le compositeur le plus influent à la cour.
Salieri a joué le jeu du franc serviteur de la musique et des puissants, donc il a grandi lentement mais sûrement. Mais à Vienne, il avait une très belle situation.
Salieri était un excellent pédagogue.
Jean-Pierre Pisetta, traducteur de Mozart et Salieri de Pouchkine.
Il s'est beaucoup dévoué pour les jeunes musiciens de son temps. Il a formé Beethoven, il a formé Schubert, il a eu Liszt.
Loin des clichés, Antonio Salieri n'est pas un homme austère et solitaire, mais un père de famille affable et bon vivant.
Il était très, très amateur de sucreries et de gâteaux. D'ailleurs, paraît-il que Mozart l'appelait « monsieur Bombonier », et ça dit bien ce que ça veut dire.
Même si son œuvre est aujourd'hui peu connue, Salieri est en tout cas une gloire en son temps. Ses 43 opéras sont des triomphes, et il obtient le poste que tous les musiciens convoitent, celui de maître de chapelle, c'est-à-dire le maître de musique de la cour.
Il y avait peut-être aussi de la jalousie du côté de Mozart. Salieri, malgré l'importance musicale de Mozart, reste la star, si on peut dire, à Vienne.
Glorieux, Salieri n'en est pas moins un laborieux. Et comme d'autres à la cour, il supporte mal l'insouciant Mozart.
Si jamais Salieri a vu ce que d'autres ont vu, c'est-à-dire Mozart jouer aux quilles, jouer aux boules, et puis juste après coucher sur le papier toute une symphonie, il s'est dit : « Mais ce n'est pas possible, pourquoi ? » Alors que moi, j'ai fait tous les efforts, et ce gosse qui est impertinent, qui rigole, pourquoi lui, il a cette faculté et pas moi ? Donc certainement qu'en son cœur, Salieri a été blessé, c'est certain.
Jaloux, Salieri va même aller jusqu'à soudoyer un élève de Mozart, Susmayer.
Salieri payait cet élève pour se procurer des copies des œuvres magistrales que Mozart écrivait d'un premier jet.
Isabelle Duquesnoy, écrivain.
Il était tellement admiratif de son talent qu'il voulait avoir des traces et des extraits de ses œuvres pour pouvoir s'en repettre et en même temps s'en désespérer. Donc il y avait une sorte de dualité dans l'esprit de Salieri, cette admiration mêlée de jalousie.
Jouez, Salieri.
Ah, ça, c'est un vrai défi. La concurrence entre Mozart et Salieri amuse le tout Vienne. Et au palais de Schönbrunn aussi, Joseph II s'en distrait en organisant ici, dans l'orangerie du château, un de ces fameux duels entre musiciens dont le public raffole à l'époque.
L'empereur Joseph II a organisé aux deux extrémités de l'orangerie deux scènes de théâtre, avec un opéra de Salieri qui a été joué en premier et un opéra de Mozart qui a été joué ensuite. Et les spectateurs ont tourné les chaises pour assister aux deux opéras l'un après l'autre, et ils se sont beaucoup amusés.
Les compositeurs proposent tous deux une œuvre comique, dans leur langue, sur les coulisses de l'opéra. Mais la rivalité n'est pas que musicale.
Dans la troupe italienne qui chantait donc l'opéra de Salieri, se trouvait Nantis Torec, et dont Mozart était très amoureux. Et dans la troupe que Mozart faisait chanter dans l'opéra allemand, il y avait Cavalieri, élève et maîtresse de Salieri, et ça, tout le monde le savait. Donc les deux dulcinées des deux compositeurs chantaient pour l'équipe adverse.
Et ces duels sont très cruels, parce que devant tout le monde, vous jouez, vous pouvez vous casser la figure, moins bien jouer, il y a des gens pour vous, contre vous. Mais enfin, ils y trouvaient leur compte, ils participaient à cela, parce que ça donnait quand même un coup de pouce à leur notoriété.
Salieri, qui gagnera ce duel, et Mozart sont en fait emblématiques de la rivalité sourde qui oppose les musiciens à la cour de Vienne.
Il y avait les clans, évidemment, qui parlaient allemand, et puis les clans italiens, et chacun voulait défendre son point de vue.
Mais Salieri est loin d'être le seul à vouloir freiner l'ascension de Mozart.
Un des ennemis acharnés de Mozart était également le comte Rosenberg, qui était directeur de théâtre.
Votre partition, je vous prie.
Rosenberg a fait en sorte aussi qu'on supprime certaines parties musicales en disant que l'œuvre était trop longue ou qu'elle pouvait faire tort à la monarchie. Rosenberg a véritablement ourdi des plans de façon à ce que ses opéras ne soient joués que six ou huit fois, en tout ce qui représentait un échec commercial terrible pour Mozart après des mois et des mois de préparation.
Ces opérations de sabotage, appelées cabales, sont des pratiques très courantes à l'époque.
Mozart, toute sa vie, a vécu des cabales. Pourquoi ? Parce que justement, il avait un don hors du commun. Donc des ennemis, il y en a eu plein, il y en a eu dans toute sa vie, parce qu'il était trop doué. Et ça, on n'aime pas.
Mais Salieri a-t-il vraiment empoisonné Mozart, comme le veut la légende ? Cette rumeur a en réalité été lancée par Salieri lui-même, 30 ans après la mort de l'aimé des dieux.
Il me fallait l'assassiner.
Salieri est devenu fou à la fin de sa vie. On dirait Alzheimer aujourd'hui, ou on dirait un ramollissement cérébral. Il avait pensé, dans son grand délire, qu'il avait empoisonné Mozart. Mais je suis sûr que non.
Quand on survit à Mozart pendant aussi longtemps que l'a fait Salieri, on ne peut pas ne pas se dire que, d'une certaine manière, du fait de sa propre existence, on est celui qui a tué Mozart, et qu'à force de lui faire de l'ombrage, on l'a tué de misère.
Cette histoire de rivalité et de crime est un sujet en or pour le romancier russe Alexandre Pouchkine, qui immortalise un Salieri, bourreau de Mozart, dans une courte pièce, reprise 150 ans plus tard par l'écrivain anglais Peter Schaffer, puis mondialisée par Milos Forman dans son film Amadeus. Mais dans la réalité, tout s'oppose à cette image machiavélique du maître de musique.
Mozart et Salieri sont souvent complices. Ils vont même jusqu'à composer ensemble, comme le prouve une cantate pour la chanteuse Nancy Storez, qu'ils signent de leurs deux plumes. Sans oublier les nombreux coups de pouce professionnels de l'Italien envers son ennemi supposé.
Salieri a dirigé plusieurs messes de Mozart pour le couronnement de Léopold II à Prague. Il a programmé Don Giovanni en ouverture, donc il était, en 91, tout à fait, tout à fait réconcilié avec Mozart.
Dans sa dernière lettre, Mozart dit : « Hier Salieri est venu voir la flûte enchantée. » Il n'a eu que des éloges. C'était des bravos par-ci, des splendides par-là.
Il a même donné des leçons au fils de Mozart, après la mort de Mozart, à Frank Xaver. Alors, je pense que si Constance, qui n'était pas folle du tout, avait pensé que Salieri, comme on l'a dit, avait empoisonné son mari, elle n'aurait pas donné comme professeur à son fils Salieri. Ce n'est pas possible.
Plus qu'un rival funeste, Salieri pourrait donc être vu comme le mal nécessaire à l'avènement d'un génie.
Il a été ce repoussoir, il a été ce personnage un peu inquiétant, qui peut-être a fait que Mozart s'est dépassé, mais peut-être au-delà de ses forces, et c'est peut-être ça qui l'a tué aussi, ce surmenage intellectuel et physique.
Ironie de l'histoire, si Salieri a tenté toute sa vie d'effacer son rival, son nom n'est quasiment connu aujourd'hui que dans l'ombre de celui de Mozart.
Il est donc fort peu probable que Salieri soit l'assassin de Mozart. Reste que de nombreux mystères planent sur sa mort, car le compositeur disparaît dans la force de l'âge à 35 ans, et de multiples thèses s'affrontent sur les causes réelles de son décès. A-t-il été empoisonné, comme certains le disent ? A-t-il été la victime d'un complot franc-maçon ? Ou est-il mort de maladie, comme le veut la thèse officielle ? D'autant que les derniers jours de Mozart sont marqués par un autre épisode étrange : la commande d'un requiem par un personnage longtemps resté anonyme.
Cette œuvre sublime et funèbre, mystérieusement, Mozart disait avoir l'impression de l'écrire pour lui-même.
Si le requiem est l'une des œuvres les plus jouées de Mozart, c'est aussi la plus énigmatique.
Ce requiem a une force terrifiante au début. Le premier morceau vous empoigne littéralement. Tout ça, non seulement c'est de la très grande musique, mais c'est aussi une très grande légende.
Une légende qui raconte qu'Amadeus ignorait l'identité du commanditaire de cette messe pour les morts. Un mystère fabriqué par Constance, l'épouse de Mozart, pour dissimuler une affaire de contrat confidentielle.
Elle a parlé d'un visiteur anonyme, masqué, vêtu de gris, qui est reparti comme ça dans la brume. Mais ensuite, je pense que les films, et notamment le film Amadeus, a entretenu une légende effrayante.
On sait maintenant que c'est le comte Valsec, le comte Valsec, veut honorer la mémoire de sa femme qui est morte un peu avant, et il veut faire jouer un requiem en disant à ses amis que c'est lui qui l'a écrit, ce requiem. Donc il achète un requiem pour faire le malin.
Le contrat était très simple. Mozart devait livrer un requiem complet, n'en conserver aucune copie. Et donc le commanditaire, celui qui avait payé les syndicats, devait être le seul propriétaire de ce requiem.
Surmené, à bout de forces, Mozart va se révéler incapable de finir lui-même sa commande, comme le montre la page bouleversante du Lacrimosa, où l'on voit sa plume s'arrêter brutalement à la huitième mesure. Mystérieusement, le manuscrit va reprendre ensuite, mais avec une autre écriture.
On a longtemps cru que Mozart était mort et que l'élève qui était à son chevet, Susmayer, avait terminé le requiem. Or, nous avons trouvé la musique de Susmayer qui ne vaut absolument rien. Donc l'explication, c'est que Mozart n'est pas mort, mais que comme il avait les mains enflées du fait de sa maladie, on ne peut pas tenir une plume d'oie. On ne peut pas écrire de la musique avec des mains enflées. Donc ce qui s'est passé, c'est qu'il a dicté entièrement la fin du requiem jusqu'à vraiment mourir pour de bon.
Mais l'élève Susmayer va rapidement prétendre qu'il est l'auteur principal du requiem, qu'il va d'ailleurs signer à cet effet Mozart 1792, c'est-à-dire un an après la mort du compositeur.
Susmayer s'est adressé à l'éditeur en disant : « Au fait, figurez-vous, ça m'ennuie de vous le dire, une lettre très hypocrite. Ça m'ennuie de vous le dire, mais en fait, à partir du Lacrimosa, c'est moi qui suis l'auteur du requiem. » Parce qu'il y avait des droits d'auteur qui venaient d'être instaurés. Ça ne lui a pas porté chance parce qu'il est mort deux ans plus tard, très jeune lui aussi.
Au final, c'est la qualité inégale des partitions qui donne la clé de l'énigme sur le réel auteur de cette œuvre funèbre.
Mozart a tout composé, à l'exception du Sanctus et des deux Hosanna, qui sont très maladroits, très difficiles à chanter, très tordus, et qui proviennent directement d'une messe de Susmayer. Donc là, on est sûr que c'est de l'élève.
Mozart meurt dans la nuit du 4 au 5 décembre 1791. Le compositeur aura droit à un enterrement de troisième classe pour les gens sans fortune, qui coûtera tout de même 11 florins, soit environ 1 000 euros.
L'enterrement qui a eu lieu tout de suite a été fait en très petit comité. Il y avait ses deux belles-sœurs, son beau-frère Lange, Salieri, Schikaneder, qui était donc le metteur en scène de la flûte enchantée, et également quelques chanteurs de la troupe. Constance n'y a pas assisté parce que la coutume ne le voulait pas. La veuve devait rester chez elle.
Ça a été expédié. Vraiment, les obsèques de Mozart, c'est un drame.
Mozart n'était personne à titre social. Il était un freelance. On l'a enterré comme personne. C'est une logique tuante.
Mozart sera alors enterré ici, au cimetière Saint-Marcs, dans la banlieue viennoise.
On a tous une image faussée de la mort de Mozart à cause du film Amadeus, où on le voit dans un sac de toile, recouvert de chaux, etc.
Michel Lopito d'Orfeuil, écrivain et musicologue.
C'est faux en ce qui le concerne. Par contre, ça a existé. L'empereur Joseph II, en 1784, a fait passer un décret réglant à la lettre tous les enterrements de ses sujets. Et dans ce décret, il précise qu'il faut mettre les corps dans un sac de lin. On pensait que le lin désinfectait les corps. Le linceul, dans l'Antiquité, c'était du lin. C'était une plante assainissante. Donc, pendant trois ans, les Viennois sont partis dans des sacs de lin et ils se sont révoltés. Et devant cette révolte populaire, l'empereur a renoncé et on a remis des cercueils.
Donc Mozart a eu un cercueil normal.
Comme tous les gens de sa classe, le compositeur est enterré dans une tombe communautaire à six places et anonyme.
La coutume voulait qu'on ne marque pas le nom des gens, y compris d'ailleurs des gens riches qui avaient une tombe individuelle. Les noms étaient sur le portail du cimetière. Le but étant que les familles ne puissent pas se rendre au cimetière rendre hommage à leurs morts. Ils avaient trop peur que les gens ramènent des microbes dans le centre-ville.
On ne connaît donc pas l'emplacement de la tombe du grand compositeur. Aujourd'hui, seul un cénotaphe, réalisé avec des vestiges de pierres tombales, marque sa dernière demeure. Mais une autre zone d'ombre plane sur les derniers jours d'Amadeus, car les théories s'opposent sur les causes de sa mort. Le registre des décès de Vienne reste très vague et indique que le musicien aurait succombé à une fièvre.
Il y a bien des gens qui parlent de fièvre millière, fièvre ceci, crise de rhumatisme articulaire aigu, peut-être, mais il y a peut-être tout ça en même temps. Il avait gonflé terriblement. Parce que pour moi, Mozart est mort d'épuisement. On aurait dit burn-out aujourd'hui. Un épuisement peut-être qui aurait provoqué une hypertension artérielle terrible qui aurait abîmé ses reins.
Mais un élément sème le doute. Un mois avant sa mort, dans ce parc du Prater, au centre de Vienne, le compositeur confie à sa femme une étrange impression.
Et là, Mozart, pour la première fois, a parlé du requiem comme étant son requiem. Et il lui a dit : « Je n'en ai plus pour longtemps. » Il avait les yeux pleins de larmes. « Je n'irai pas au bout. Mes ennemis ont réussi à m'empoisonner avec de la coatophana, qui était un poison lent qui s'administrait à cette époque-là. Je ne peux pas me délivrer de cette idée. »
Cette confession a donné lieu à de multiples hypothèses sur les éventuels assassins de Mozart. Salieri, le rival de toujours, fut accusé, puis blanchi. Au XIXe siècle, la rumeur se tourne vers les francs-maçons, qui auraient tué leur frère pour avoir révélé leur secret dans son opéra La Flûte enchantée. Cette accusation n'est pas surprenante quand on sait que le crime maçonnique a connu un précédent.
C'était en 1828, aux États-Unis, où un franc-maçon, qui était un personnage d'ailleurs assez peu reluisant, a voulu vendre en librairie les secrets de la franc-maçonnerie. Une nuit, un groupe d'hommes est venu le prendre, l'a emporté, on ne l'a jamais revu. Il s'appelait William Morgan. Et on peut se demander si cette affaire n'a pas alimenté la légende noire du crime maçonnique, notamment celui présumé de Mozart.
Évidemment, c'est une légende noire qui n'a strictement aucun fondement. Il y a d'autant moins de secrets révélés dans la flûte enchantée que tout le monde était au courant, puisqu'à partir des années 1740, de nombreux petits livres vont divulguer, on les appelle les divulgations, les rituels des francs-maçons et donc les textes des grades d'apprentis, de compagnons, de maîtres. Donc, tout le monde était au courant et il suffisait d'aller dans une librairie, comme aujourd'hui d'ailleurs, pour connaître les rituels maçonniques.
Les francs-maçons n'auraient donc pas eu de mobile pour tuer Mozart. D'autant plus que certains symboles maçonniques présents dans l'opéra, comme les épreuves des quatre éléments, par exemple, ne figuraient pas à l'époque dans les rituels des loges.
On peut même aller plus loin. On peut se demander, dans une certaine mesure, si les francs-maçons n'ont pas décidé, 20 ans après l'opéra de Mozart, d'introduire dans leur rituel les épreuves des quatre éléments parce qu'ils les avaient trouvées dans cet opéra qui avait connu un retentissement considérable, de sorte que ce n'est pas Mozart qui aurait emprunté à la franc-maçonnerie, mais peut-être la franc-maçonnerie qui aurait emprunté à Mozart.
Dans cette énigme de l'empoisonnement du compositeur, Michel Lopito, une biographe de Mozart, a mené sa propre enquête.
Là où on a commis une erreur, c'est de chercher un criminel. Et je suis partie sur la piste de l'empoisonnement accidentel.
Mozart était dans un état fébrile à la fin de sa vie. La musicologue a donc recherché les fortifiants prescrits par les médecins à l'époque. Et dans la liste des remèdes, un nom retient son attention.
Nous avons trouvé très vite un produit qui s'appelait la potion de Van Swieten, Van Swieten étant le médecin officiel de la cour d'Autriche. Et le père du plus grand soutien de Mozart, Gottfried Van Swieten. Il y avait une parenté évidente entre Mozart et son médecin. Donc, je me suis dit : « S'il a pris un fortifiant, il a dû prendre celui-là. »
À l'Institut médico-légal de l'ANI en banlieue parisienne, un médecin légiste, le docteur Marc, s'est penché à notre demande sur cette liqueur de Van Swieten pour savoir s'il aurait pu tuer Amadeus.
Les traités de pharmacopée sont assez précis dans la composition de cette liqueur de Van Swieten. C'est en fait du 2-chlorure de mercure qui est mélangé à de l'alcool et à de l'eau distillée. C'est simplement du mercure en solution.
Le mercure accélérant la circulation sanguine, il est utilisé comme un fortifiant, donnant bonne mine, comme purgatif, mais aussi contre la syphilis. Prescrite jusqu'au début du XXe siècle, cette potion était en réalité hautement toxique.
Aujourd'hui, on sait parfaitement bien que le mercure est extrêmement dangereux, extrêmement dangereux par une toxicité directe sur les tissus, dont la peau, mais aussi sur les tissus internes, c'est-à-dire qu'il entraîne des nécroses de l'estomac. Et parce que c'est un poison, parce que c'est un métal lourd qui met très longtemps à s'éliminer, sur le rein, et il en résulte une insuffisance rénale et cardiaque, et donc la mort.
Dès lors, Mozart se serait donné la mort à petit feu, sans le savoir.
Dans ses lettres, il y a des éléments qui font penser à des signes compatibles avec une intoxication au mercure. Ce goût de métal dont il se plaignait, la description d'un état de fatigue ou d'empoisonnement, on ne sait pas trop, mais en tout cas quelque chose qui est long.
On va quand même faire une petite pause.
Est-ce que c'est des séquelles d'une maladie infectieuse, tellement courante et évidemment sans antibiotiques à l'époque, sans traitement ? Ou est-ce que c'est une séquelle du mercure sur le rein et la fonction globale de l'organisme ? Ça, ça reste encore mystérieux.
Pour percer cette énigme, des experts se sont intéressés au crâne supposé de Mozart, conservé précieusement à Salzbourg. En 2006, des tests ont été réalisés en Allemagne et aux États-Unis pour savoir si la relique était bien celle du compositeur. Des ossements de la tombe familiale à Salzbourg sont déterrés pour comparer l'ADN de la grand-mère et de la nièce de Mozart à celui du crâne d'Amadeus.
Mais les résultats sont décevants, car aucun des trois corps n'a de parenté, ce qui annule la validité du test d'authentification du crâne.
Les ossements déterrés ne sont pas forcément ceux de la famille Mozart, car il y eut beaucoup de réaménagements dans les tombes. Et après 250 ans, on n'est plus vraiment sûr de rien. On doit donc vivre avec ce mystère. Mais ce qu'il y a de beau avec les mystères, c'est qu'ils ne meurent jamais. Alors que si vous connaissez la vérité, elle est souvent plus ennuyeuse.
Si le mystère demeure autour de la mort d'Amadeus, le musicien bénéficie aujourd'hui d'un statut à part dans l'univers de la musique et jouit d'une renommée unique au monde.
On vit toujours dans du Mozart sans le savoir, puisque la publicité, de façon récurrente, fait appel à des grands thèmes de Mozart. Alors, évidemment, on a le requiem, on a la 25e symphonie, on a L'air de la reine de la nuit. Ce sont des choses qui nous sont très familières, que tout le monde connaît et qui peuvent être même aussi reprises dans les sonneries de téléphone. Enfin, le pauvre, on lui fait faire des... Il n'est pas très bien traité, des fois, souvent, mais en même temps, vous avez toujours un air de Mozart qui traîne. Et ça, c'est extraordinaire aussi.
Pourquoi Mozart est-il si populaire ? Je vais vous dire une chose bizarre, mais les plantes poussent mieux quand on diffuse du Mozart. Les vaches donnent plus de lait. Certaines tribus africaines adorent Mozart particulièrement, plus que d'autres compositeurs. Donc, il y a quelque chose qui fait du bien. Je pense que c'est l'harmonie même de la composition.
Chez Mozart, tout est beau partout, c'est-à-dire le moindre contre-chant, la moindre partie de second violon, même la voix d'alto qui d'habitude n'est pas agréable à chanter, pourrait être entendue toute seule. C'est parfait. Ça, il n'y a pas d'autre exemple.
Un certain moment, je ne peux pas m'empêcher de pleurer parce que d'un seul coup, j'ai l'impression qu'on m'arrache le cœur ou l'âme, tellement il arrive à exprimer l'inexprimable, c'est-à-dire ces moments de magie où ce qu'on a de mieux en soi, qui dans certains cas pourrait même faire croire dans un dieu ou ailleurs, d'un seul coup, ça sort de vous. Et là, pendant cette fraction de temps, vous êtes ce que vous aimeriez être, c'est-à-dire meilleur.
Mozart fait partie de ces hommes d'exception qui laissent à jamais leur empreinte dans l'histoire. Et chaque jour, en écoutant sa musique, on peut se replonger dans ce que fut sa vie. Beaucoup de gaieté, de générosité, mais aussi une troublante profondeur, porteuse de toutes les douleurs qu'il a su accepter pour pouvoir les sublimer. Je vous remercie de nous avoir suivis et je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouveau numéro de Secrets d'Histoire.
Vous venez d'écouter Secrets d'Histoire. Si vous avez aimé ce podcast, vous pouvez vous abonner sur votre plateforme de podcast préférée et suivre Secrets d'Histoire sur les réseaux sociaux. Secrets d'Histoire est un podcast coproduit par Initial Studio, la Société Européenne de Production et France Télévisions, adapté de l'émission audiovisuelle éponyme produite par la Société Européenne de Production et France Télévisions. Vous pouvez retrouver l'émission Secrets d'Histoire sur France 3 ou en replay sur france.tv.
Cet épisode a été écrit et réalisé par Laure de Lalex, production exécutive du podcast Initial Studio. Production éditoriale : Sarah Koscewicz et Mandy Le Bourg. Montage : Mélodie Tchen. Avec la voix d'Isabel Benhadje.
Épuisé par la maladie, accablé par les dettes et le surmenage, Wolfgang Amadeus Mozart s'isole peu à peu des fastes de la cour. Lorsqu'un commanditaire anonyme se présente chez lui pour lui réclamer une messe des morts, le compositeur y voit un funeste présage. Frappé par la fièvre, il jette alors ses ultimes forces dans l'écriture de ce célèbre Requiem.
"Secrets d'Histoire" est un podcast d'Initial Studio, adapté de l'émission de télévision éponyme produite par la Société Européenne de Production ©2024 SEP / France Télévisions. Cet épisode a été écrit et réalisé par Laure Delalex.
Un podcast présenté par Stéphane Bern.
Avec la voix d’Isabelle Benhadj.
Vous pouvez retrouver Secrets d'Histoire sur France 3 ou en replay sur France.tv, et suivre l’émission sur Instagram et Facebook.
Crédits du podcast
Production exécutive du podcast : Initial Studio
Production éditoriale : Sarah Koskievic et Mandy Lebourg
Montage : Melody Chen
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