This second part of the Secrets d'Histoire series follows Mozart after his move to Vienna in 1781, when he escaped the control of the Archbishop of Salzburg and quickly became fashionable among the city's elite. The episode explores his romantic life, including his courtship of Aloisia Weber and his marriage to Constance Weber, along with the portraits and eyewitness accounts that describe his appearance.
It also covers his income, his taste for luxury, the piano-forte he bought, and the composition of Don Giovanni, whose premiere in Prague was a triumph while Vienna largely turned away. Listeners will learn how his debts grew in his final years, according to the historians and experts interviewed.
In this episode Stéphane Bern, Elisabeth Belmas, Pascale Gorgue Balestéros, Yves Henry
The transcript of this Secrets d'Histoire episode on Mozart's Vienna years was made with the technology behind HappyScribe's automatic meeting minutes.
Ads in this audio differ from the text. Tap the sentence you're hearing to follow along.
Synced: the text now follows the audio.
Vous écoutez « Secrets d'Histoire : Mozart, la liberté ou la mort », deuxième partie.
Mozart arrive à Vienne, capitale du Saint-Empire, en 1781, enfin libre de la servitude de Salzbourg. Il est rapidement fêté par le tout Vienne et invité à se produire dans la meilleure société, comme ici, dans ce palais propriété du prince Auersperg, l'ami et le confident de l'impératrice Marie-Thérèse. À l'époque, le palais Auersperg est l'un des hauts lieux musicaux de Vienne, et de nombreuses soirées et concerts y sont organisés.
En 1786, par exemple, Mozart donne ici une représentation privée de son Opéra i Domene ; détail amusant : parmi les chanteurs figurent bon nombre d'aristocrates mélomanes qui veulent absolument montrer leur talent. Mozart va donc adapter sur mesure sa partition aux cordes vocales de ses illustres interprètes, pour que tous puissent chanter leur rôle sans trop de fausses notes. Mais si Wolfgang est un homme totalement dévoué à une maîtresse exigeante — sa musique, il a aussi une deuxième passion : les femmes.
Le musicien est en effet connu pour son grand pouvoir de séduction et ses nombreuses conquêtes. Charmés par leur corps autant que par leur voix, comme vous allez le voir, il leur écrit les plus beaux morceaux de musique.
Les charmes des femmes procurent à Mozart une exquise ivresse, et le musicien vit chaque moment de sa courte existence au diapason de ses sentiments amoureux, de ses premiers émois sensuels, de la passion pour ses maîtresses ou pour les grands amours de sa vie.
Il comprend très bien ce que les femmes ressentent.
C'est toute cette vérité du cœur des femmes dont il sera le poète incomparable.
Mozart est un grand séducteur, malgré un physique assez ingrat, dont il est difficile de se faire une idée précise tant ses portraits sont différents les uns des autres. Ce sont finalement les témoignages de ses contemporains qui apportent une description plus fiable du compositeur.
C'est un très joli enfant, c'est devenu un moins joli adolescent et un moins joli monsieur adulte.
Il a des yeux un peu globuleux, disons. Dans les témoignages des gens qui l'ont connu, tout le monde parle de sa petite taille, minuscule.
Wolfgang mesurait 1,62 m. On l'a aussi appelé « le compositeur au gros nez », en prétendant que son nez grossissait et tombait progressivement au fil de l'âge.
Il était un peu grêlé, semble-t-il, comme tellement de gens de l'époque, à cause d'un peu de petite vérole qui avait pu passer par là.
Je pense que sa personnalité devait compenser un physique, disons, moyen.
À Salzbourg, au milieu de tous ces portraits, le musée de la Fondation Mozart conserve une précieuse relique du compositeur : quelques mèches touchantes de ses cheveux.
On ne peut pas connaître sa couleur de cheveux d'après les portraits que l'on a, car au XVIIIe siècle, tous les cheveux étaient blancs à cause de la poudre qu'on mettait dessus. Alors, en fait, il devait être un peu de cette couleur, un peu brun. Et il ne faut pas oublier que ces mèches ont 250 ans, donc elles ont peut-être un peu changé de couleur.
Des tests ADN ont été réalisés sur les différentes mèches conservées par la Fondation, mais aucune n'appartient à la même personne. Là encore, Mozart semble s'échapper.
On ne pourra probablement jamais savoir si ces cheveux sont ceux de Mozart. Mais ce qui est important dans cette histoire, c'est de voir à quel point les gens au XIXe siècle veulent absolument posséder quelque chose ayant appartenu à Mozart. Et les cheveux, c'est ce qu'il y a de plus proche de lui. Ce n'est pas bien grave si ce ne sont pas les siens.
Blond ou brun, c'est en tout cas à 21 ans que Mozart va entamer sa vie amoureuse.
On suppose que Wolfgang
Mozart a commencé son éveil sexuel par quelques petites séances de tripotage légères avec sa cousine.
Anna Maria Tekla, qui était une gourgandine, qui avait passé des très bons moments avec pratiquement tous les jeunes gens de Salzbourg, y compris le curé. Donc, elle avait une certaine expérience, et c'est elle qui va lui apprendre ses jeux amoureux. Donc, avec la cousinette, il vit les plaisirs de l'amour sans les problèmes du sentiment.
À cette époque, Mozart est libre de toute attache. Mais une rencontre va tout changer. Aloisia Weber est une jeune et jolie chanteuse, qu'il rencontre à Mannheim en 1778, lors de son périple vers Paris. Elle a 18 ans et lui 22. Ils sont tous les deux virtuoses. Pour Mozart, c'est une évidence.
Aloisia, ça a été un coup de foudre immédiat pour Mozart.
Elle était désirable musicalement au plus haut point, et en plus, physiquement, certainement aussi.
Aloisia Weber avait une voix qui était capable de faire beaucoup d'acrobatie, de pyrotechnie, et donc il lui a écrit toutes sortes d'aires absolument fascinants, avec des suraigus, des roulades en l'air, par terre. Enfin, c'était des airs qui demandent une grande technique vocale.
Mozart décide alors de devenir son compositeur attitré.
Il est prêt à tout lâcher, à faire des bêtises, comme on dirait aujourd'hui, et il veut même l'entraîner dans une tournée en Italie, et son père lui interdit.
Mozart part donc en tournée en France pendant deux ans. Mais n'oublie pas Aloisia.
Il lui écrivait des conseils pour mieux chanter, il lui tardait de la revoir. Et elle, je pense que ce n'était pas si important que ça pour Aloisia.
Il lui dédicace, entre autres, ce somptueux concerto intitulé « Popoli di Tessaglia ». Mais de son côté, Aloisia commence à trouver le temps long.
Quand Mozart compose ceci, il ignore encore que, pendant qu'il n'était pas là, Aloisia l'a un peu trompé, et quand il va rentrer, ça va être évidemment dramatique pour lui.
Yves Henry, pianiste et professeur au Conservatoire national de musique de Paris.
Et c'est aussi ces choses-là, ces souffrances-là, qui font qu'ensuite on retrouve dans la musique une telle profondeur de sentiments. Et quand vous entendez ces airs, vous êtes touché parce que les sentiments que Mozart avait sont les mêmes que ceux que vous pouvez éprouver aujourd'hui.
En décembre 1780, Mozart arrive à l'improviste chez Aloisia, avec une composition dont il est particulièrement fier. Et pour la première fois de sa vie, il va avoir le cœur brisé.
Il lui offre cette partition en lui disant : « Jusqu'à ce jour, ma bien-aimée, c'est véritablement ce que j'ai écrit de meilleur. » Et elle prend le rouleau de partition, elle le pose sur le piano sans le lire. Et Wolfgang Mozart est vraiment humilié en public parce qu'il pensait être attendu, il pensait être aimé comme il aimait Aloisia. Et pour se venger de cette humiliation publique, il commence à jouer un air très connu qui est un peu l'équivalent de « Tiens, voilà du boudin », et en mettant à la place des paroles d'origine la phrase suivante : « Ceux qui ne m'aiment pas, je les emmerde.
»
Un acteur plus riche et plus puissant, elle l'épousera peu après.
Donc ça a été un effondrement. Il a pleuré pendant deux jours et deux nuits, on a des témoignages très précis, et ça a été terrible.
Ça a été la très grande déception de sa vie. Et finalement, il va se rabattre, il va se rabattre, si j'ose dire, sur Constance.
Constance Weber est la petite sœur d'Aloisia. Mozart se rapproche d'elle lorsqu'il emménage dans cet immeuble où la famille Weber loue des chambres. Aloisia n'y habite plus, et Constance va saisir sa chance.
Elle sait se rendre indispensable. Elle console Wolfgang, elle est aux petits soins pour lui, elle range sa chambre, elle cuisine pour lui, notamment des plats de poumon à la sauce aigre qu'il adore, des knödels au foie qu'il adore, des asperges qu'il adore. Donc elle cuisine toutes sortes de choses.
Il n'en faut pas plus à Mozart pour tomber amoureux de Constance. Et cette fois, cela va être réciproque.
Elle était moins gracieuse qu'Aloisia, qui était particulièrement belle, mais elle n'était pas dépourvue de grâce. Elle était comme lui. Elle aimait la vie, elle était gourmande, elle aimait rire, elle avait cette espèce de goût du bonheur que Mozart avait.
Omnubilé par le conte de fées qu'il est en train de vivre, Mozart va tomber dans un piège. Le tuteur de Constance lui fait signer un contrat qui engage le jeune homme à l'épouser dans les trois ans.
Il aurait eu l'intention de se marier de toute façon, mais peut-être pas aussitôt, pas si vite. C'est pour ça que Leopold était si en colère. Il n'avait rien contre Constance elle-même. C'est le principe du contrat de mariage qui l'a ulcéré.
Leopold va tarder à donner sa bénédiction. Mozart choisit de s'en passer, et il épouse Constance en la cathédrale Saint-Étienne à Vienne le 4 août 1782. C'est dans cette petite chapelle, à l'intérieur de l'édifice, que l'union est célébrée.
C'est ici, c'est ici que le mariage a eu lieu, entre Constance et Mozart, un mariage tout simple, dans l'intimité, sans la famille de Mozart. Donc il y avait quelques amis, les sœurs de Constance, bien sûr, une petite cérémonie toute simple.
C'était un amour tout sauf romanesque. C'était un amour bourgeois, conjugal, heureux, fécond.
Six enfants vont naître en neuf ans de mariage. Mais seulement deux vont survivre : Karl et François-Xavier. Et ils n'auront aucune descendance. Au Mozarteum de Salzbourg, les lettres échangées pendant les tournées de Mozart ont été conservées. Sur ces copies, on peut lire entre les lignes toute l'harmonie qui règne dans son couple.
Leur attachement l'un à l'autre s'exprime peut-être dans cette lettre qui, c'est notre chance, est commencée en français : « Ma très chère épouse, j'écris cette lettre dans la petite chambre chez la Heidegger, qui était un de leurs amis, où j'ai couché cette nuit excellemment. Et j'espère que ma chère épouse aura passé cette nuit aussi bien que moi, etc. » Nous avons, par exemple, ici une lettre où il termine sa lettre en disant à sa femme : « Adieu », en français. « Je t'envoie 200 000 baisers et reste à jamais ton cher époux, Mozart.
»
Et comme toujours avec le grivois Mozart, il n'y a pas que les mots tendres qui témoignent de la qualité de leur relation.
Les lettres de Mozart à sa femme ont un côté érotique extrêmement marqué, même. On pourrait les lire en rougissant si on était une personne sensible, disons. Il lui dit : « Si les gens voyaient ce que je fais sur ton portrait, on ne m'adresserait plus la parole. Je rentre ton portrait, je le ressors, je le rentre, je le ressors, et quand j'ai fini, je l'embrasse sur le bout du nez, je te dis bonne nuit. » C'est une émotion physique qui se passe sous la table.
Il aimait sa musique, il était jeune. Sur ce plan-là, ils s'entendaient certainement très, très bien, même s'il y a eu certainement un certain nombre de jalousies d'un côté comme de l'autre.
Je pense qu'il n'a pas toujours été absolument fidèle, disons-le. Et on soupçonne Constance de lui avoir rendu la pareille aussi.
C'était toléré, on va dire. Il fermait les yeux, l'un comme l'autre.
Quand on le voit cavaler dans le film, après, il est à quatre pattes, il court après une belle fille. C'est sûr qu'il était comme ça, qu'il aimait les belles filles. Et puis, si elles étaient musiciennes en plus, alors là, c'était le rêve, évidemment.
Dans sa création musicale, Mozart laisse même des indices concernant ses coups de cœur. Et son point faible, ce sont ses élèves. Teresa von Trattner, l'une d'entre elles, l'a beaucoup inspiré. Il lui dédicace même cette sonate pour piano.
On est devant une des très, très grandes sonates de Mozart, sans doute la plus grande. C'est un cadeau magnifique d'offrir une sonate comme celle-ci. Et je pense que, même s'il n'y a pas de preuve, rien que ça, cette musique et ses dédicaces, c'en est forcément une.
Mozart tombe également sous le charme de Nancy Storez, une chanteuse anglaise pour qui il écrit le rôle de Suzanne dans « Les Noces de Figaro ».
Vous savez, comme un metteur en scène est souvent amoureux de ses actrices, un auteur d'opéra peut tomber amoureux de ses chanteuses.
Mozart va tomber vraiment profondément amoureux et composera un air pour elle dont il dira, grosso modo, « Qui entendra cette air comprendra qui elle est. »
Il s'agit du concerto numéro 23 que Mozart compose lorsque Nancy Storez repart dans son pays.
Il a eu ce désespoir, il a eu cette tristesse qui a provoqué en lui l'inspiration fabuleuse de cet air de concert que je vous recommande, qui est une merveille, où le piano a une très grande part. C'est une façon de faire l'amour à travers la musique, lui étant au clavier et puis elle chantant, ça, c'est clair.
Personne n'existe sauf vous, n'est-ce pas.
Si Mozart est inspiré par les femmes qu'il aime, il l'est aussi par celles qu'il n'aime pas.
Si tu te maries avec lui, tu n'auras pas un pot pour pisser.
C'est pour Josefa Weber, sa belle-sœur au tempérament volcanique, qu'il compose le célèbre rôle de la reine de la nuit dans « La Flûte enchantée ». Ses vocalises particulièrement tardives semblent être un bon moyen de se venger.
La reine de la nuit, tout le monde l'attend parce qu'il y a une sorte de sadisme chez le spectateur à l'opéra. Il se dit : « Est-ce qu'elle va se casser la gueule ? » Ce n'est pas bien de dire ça, mais c'est vrai. Tout le monde attend les notes aiguës, les suraigus. Et si, par malheur, vous en loupez une, on se dit : « Ah ben oui, mais elle en a loupé. » Et voilà. Et c'est terrible. On est vraiment comme dans « La fosse aux lions ».
La faculté qu'a Mozart de restituer dans sa musique tous les sentiments que lui inspire la gente féminine fait de lui un grand romantique avant l'heure.
L'amour que portait Mozart aux femmes, il l'a sublimé dans ses personnages d'opéra.
Cette façon de montrer la femme dans toutes les conditions sociales et toute sa grandeur, sa noblesse, c'est un grand féministe, tout de même.
Et c'est sans nul doute cette passion pour les femmes qui a donné à l'œuvre de Mozart autant de piquant.
À Vienne, Mozart voit enfin sa carrière exploser. Même s'il reste un musicien indépendant et sans poste fixe, il croule sous les invitations et les commandes, à commencer par celle de l'empereur Joseph II, qui le reçoit au château de Schönbrunn, la résidence d'été de la famille impériale. Cette salle de balle est la plus impressionnante du château. Elle est considérée à juste titre comme le cœur de Schönbrunn.
Avec ses hauts miroirs et ses stucs dorés réalisés par Albert Bola et ses fresques signées Guglielmi, c'est une œuvre d'art à elle seule. Et elle compte parmi les salles rococos les plus somptueuses d'Europe. C'est ici que s'organisent les fêtes les plus folles et les bals les plus enivrants. Il faut dire que l'empereur Joseph II est un inconditionnel de la musique. On dit même que c'est le plus mélomane de tous les Habsbourg. Mais pourquoi qualifie-t-on Mozart de génie ?
Comment l'homme compose-t-il ? Et surtout, comment ce personnage exceptionnel, l'aimé de Dieu, Amadeus, a-t-il pu passer une grande partie de sa vie dans la misère la plus noire et criblée de dettes ? Ce sont là des mystères que je vous propose de percer maintenant.
Lorsque Mozart arrive à Vienne en 1781, il est enfin libre et heureux, même si le pari de devenir un musicien indépendant est très risqué pour lui. Il a la chance d'être soutenu par Joseph II, un empereur à l'esprit ouvert, très représentatif du siècle des Lumières.
Joseph II était musicien et mélomane. Il aime beaucoup Mozart.
Malgré son affection, l'empereur est parfois déconcerté par la modernité du jeune compositeur.
Il disait d'ailleurs à Mozart de faire attention, qu'il y avait un peu trop de notes. C'est comme s'il sentait qu'il y avait chez Mozart plus de musique que le grand public n'en attend.
Sans obtenir d'emploi fixe à la cour de Vienne, il va pourtant connaître fortune et gloire.
Ses différentes sources de revenus étaient ses cours. Il donne des académiciens, des concerts sous souscription, c'est-à-dire qu'on achète des billets et s'il y en a assez, on donne le concert. Donc il fait le métier, il cachetonne, on dirait aujourd'hui.
Mozart gagne alors extrêmement bien sa vie. Il va être payé l'équivalent de 18 000 euros par mois, soit cinq fois plus qu'un musicien à la cour. Il décide donc de louer un appartement ici, dans le quartier chic de la cathédrale Saint-Étienne.
On a des témoignages de bals qui avaient lieu dans cet appartement, qui duraient toute la nuit. Entrée payante, quand même. Alors, nous voici à l'intérieur de l'immeuble occupé par Mozart pendant trois ans, à l'étage où était son appartement, mais qui n'existe plus. Et nous avons là la reproduction à l'identique de la petite annonce qui annonçait que cet appartement a été mis en location.
Donc, appartement de première classe de prestige, 450 florins annuels, ce qui équivalait à 20 fois ce que gagnait un instituteur. C'était énorme.
Mais Mozart ne se contente pas uniquement d'un appartement hors de prix.
Je suis tenu à un certain train de vie ici.
Mozart avait un cheval et il faisait du cheval tous les jours. Vous vous rendez compte que c'est quand même un moyen financier important d'avoir la responsabilité d'un cheval et de pouvoir assumer à Vienne son entretien.
Il aime le luxe, Mozart. Il aime mener grande vie. À un moment donné, il porte l'épée. Il veut être comme les nobles. Il passe des heures à se faire coiffer le matin, à se poudrer, etc. Parce qu'aussi, il sait qu'il faut, avec la belle société, se tenir à son rang. Il veut être le Viennois qu'on admire.
Elles sont toutes magnifiques. Pourquoi n'ai-je pas trois têtes ?
Wolfgang et Constance ont dépensé beaucoup d'argent pour les belles toilettes. Et dans l'inventaire qui a été fait après la mort de Wolfgang, on retrouve de nombreux manteaux de fourrure, des redingotes de soie, beaucoup de bottes avec des boucles ornées de pierres précieuses. Ils avaient dépensé plus d'argent en vêtements qu'en mobilier et pour l'éducation des enfants. Dans les entrailles du musée Galliera de la Mode à Paris, fermé au public, subsistent de véritables reliques qui témoignent du raffinement des costumes de l'époque.
Si Mozart se rend au théâtre ou à l'opéra.
Pascale Gorgue Balestéros, conservatrice en chef du musée Galliera.
Il choisit un vêtement qui est particulièrement précieux. Vous voyez, c'est un tissu de soie crème lamé d'un fil argent et de strass qui imitent la brillance du diamant.
Un costume d'homme comme celui-ci coûte à l'époque l'équivalent de 3 000 euros, tout comme cette magnifique robe brodée extrêmement précieuse.
Vous retrouvez le motif des oiseaux, le motif de perles qui est en fait de la broderie sur carton pour prendre un petit peu de relief, les fleurs fétiches du XVIIIe siècle, le lait, la rose, ici avec des épines, une robe au décor particulièrement riche et alors là, particulièrement coûteux.
Du temps de Mozart, de nombreux accessoires de mode viennent parfaire les tenues. Comme ces chaussures en étoffe à talons surmontées d'un volant. Ou cet éventail finement peint avec une armature en ivoire. Et pour lui, des boucles de chaussures strassées de différentes formes.
Viens, on va voir celui-là.
Et comme il ne se refuse rien, Mozart s'offre également un nouvel outil de travail, véritable innovation du moment, un piano-forte.
Oh, maître Stein, c'est incroyable.
Le piano-forte de Mozart a été précieusement conservé à Salzbourg, dans l'une des maisons familiales devenues aujourd'hui un musée.
C'est le seul piano que Mozart ait possédé dans sa vie. Il était apparemment très fier de cet instrument qui est l'un des meilleurs de ce fabricant d'instruments de musique.
C'est sur ce piano mythique que Mozart va composer bon nombre de ses œuvres, parmi les plus connues. Mais il ne l'a pas ménagé pour autant.
Mozart amenait son propre piano dans les concerts. On peut imaginer que même en hiver, il a été transporté à pied ou en calèche à travers les rues de Vienne. Évidemment, nous ne le déplaçons plus, mais en revanche, continuer à l'utiliser ne pose absolument aucun problème.
Le piano-forte représente une véritable avancée dans le domaine musical, car ce sont de petits marteaux qui frappent les cordes, ce qui donne plus de puissance à l'instrument. Le clavecin que Mozart avait l'habitude d'utiliser lui offrait moins de liberté dans sa création.
La différence du clavecin, c'est que les cordes ne sont pas frappées, mais pincées, comme une harpe ou une guitare. Le son est donc très différent de celui d'un piano. Vous entendez la différence ? Chaque touche produit un son assez proche. Et sur un clavecin, vous ne pouvez pas jouer fort ou doucement. Sur un piano-forte, vous pouvez frapper fort. Ou alors, appuyer très doucement.
C'est pourquoi le clavecin est devenu plus ou moins obsolète autour des années 1800.
Mais ce qui caractérise le génie de Mozart, c'est l'aisance et la rapidité avec lesquelles il compose. Au total, plus de 600 œuvres en 30 ans.
Il avait dit qu'il avait mal aux doigts à force d'écrire. Vous imaginez la fatigue intellectuelle aussi d'écrire des partitions si nombreuses et si géniales. Il a passé sa vie la plume à la main. Si un copiste aujourd'hui essayait d'écrire les partitions de Mozart, rien que de les recopier, il irait moins vite que lui.
À la Bibliothèque nationale, la France a la chance de posséder un document d'une valeur inestimable, la partition originale de Don Giovanni.
Donc là, on a la source la plus complète de Don Giovanni de Mozart. Manipuler ce manuscrit, c'est une très grande émotion personnelle. C'est un trésor absolu pour nous et pour l'humanité entière.
C'est aussi un témoignage émouvant de la vie quotidienne de Mozart, qui négligemment y a posé sa tasse de café. Les premières notes de l'ouverture de Don Giovanni vont marquer à tout jamais l'histoire de la musique. La légende raconte que Mozart aurait écrit en une seule nuit l'intégralité de cette ouverture, la veille de la répétition générale.
Les études scientifiques effectuées sur la partition semblent confirmer ce récit.
Cette ouverture, qui donc a été composée dans l'urgence, en tous les cas a été composée d'une traite.
Elisabeth Belmas, historienne.
Puisque c'est la même encre qui est utilisée de la première à la dernière mesure. Et d'autre part, on voit combien l'écriture elle-même est extrêmement vive. Mais comme toujours chez Mozart, tous les détails importants sont notés.
C'est dans la ville de Prague que Don Giovanni est joué pour la première fois au Théâtre des États. Dans cette salle extraordinaire ont été aussi tournées certaines scènes du film Amadeus, de Milos Forman. Et c'est ici même que Mozart dirige sa troupe le soir de la première.
Mozart arrive dans la salle par la fosse d'orchestre. Il pénètre dans ce lieu, il s'installe au centre des musiciens et il salue la salle qui est très enthousiaste, parce que Mozart est une célébrité à Prague. Ses noces de Figaro ont été acclamées et donc cette œuvre est très attendue.
Le Théâtre des États accueille différentes catégories sociales qui se placent selon des codes très précis.
Eh bien là, je suis assis dans la salle, dans une des places les plus appréciées aujourd'hui. Ça n'était pas le cas au XVIIIe siècle, puisque la plupart des spectateurs assistaient au spectacle dans cette partie d'orchestre debout. De plus, on installait là le public le moins prestigieux. On parle, on échange, on rit, on interpelle les artistes parfois, en applaudissant. Et donc, on a un public qui est extrêmement réactif tout au long du spectacle.
Dans le film Amadeus, si l'empereur est assis au parterre, c'est qu'il s'agit d'un théâtre réservé à la cour. Mais lorsqu'il se rend à une représentation publique, une loge lui est personnellement dédiée.
Nous sommes ici dans la loge la plus prestigieuse du théâtre, qui est une loge d'avant-scène. C'est aujourd'hui la loge présidentielle, qui comprend un vaste espace, qui comprend également un salon derrière, et puis un escalier de dégagement qui permettait aux personnalités les plus importantes de partir quand ils le souhaitent. Là, nous sommes dans une loge centrale de face, qui est fréquentée principalement par l'aristocratie. On vient non seulement pour voir le spectacle, mais aussi pour être vu.
À l'époque, les représentations durent entre trois et cinq heures, mais le public n'est pas à court de distractions.
Et on peut imaginer une soirée parfois galante, parfois libertine, mais aussi une soirée de distraction où on boit, où on mange, où on interpelle son voisin de loge. Bref, une soirée généralement très vivante.
Et parmi ces aristocrates se trouvait probablement un Don Juan en chair et en os.
Un personnage assez curieux était présent à Prague au moment des répétitions et a peut-être assisté à la générale de Don Giovanni. Et ce personnage, c'est Casanova, un des plus grands séducteurs de l'histoire. Et il n'est pas interdit de penser qu'il a inspiré Mozart lors des répétitions.
À Prague, Don Giovanni fait un triomphe. Mais à Vienne, seules cinq représentations sont programmées. Car le public boude cet opéra jugé trop audacieux dans sa forme et dans ses thèmes. Ce désamour des Viennois va avoir des conséquences terribles pour Mozart. Ses sources de revenus s'effondrent et il ne donne plus ni cours, ni concerts privés.
Brusquement, il va y avoir une énorme cassure et il va falloir commencer un chemin qui sera beaucoup plus rude et beaucoup plus douloureux.
Mozart ne veut pas comprendre que son train de vie doit impérativement changer.
Il vaudrait mieux ne pas se faire friser les cheveux et acheter du gigot.
C'était un homme inadapté, inadapté aux circonstances de la vie de tous les jours.
Mozart perd alors totalement le contrôle de sa situation financière et il s'endette lourdement en achetant à crédit. Si ses œuvres sont encore jouées, il n'en retire aucun profit, car à l'époque, les droits d'auteur n'existent pas.
Le système était tel que les compositeurs étaient payés une seule fois à la livraison de l'ouvrage et ensuite, c'est le théâtre qui gagnait l'argent.
Mozart est criblé de dettes. Pour pouvoir rembourser, il n'aura de cesse de demander à ses amis de lui prêter de l'argent, et en particulier au richissime Michael von Puschberg, un frère de loge maçonnique.
Ce sont des suppliques.
Il demande 1 000 florins, mais si ça n'est pas possible, 500 pourraient faire l'affaire, mais si ça n'est toujours pas possible, 200 pourraient parfaitement convenir pour finalement arriver quelquefois à des creuzers ou simplement à 50 florins. Donc, c'est véritablement la misère.
A-t-il perdu de grosses sommes au jeu? Une chose est sûre, la société aristocratique qu'il fréquente joue énormément à des jeux d'argent. Vous venez d'écouter Secrets d'Histoire. Si vous avez aimé ce podcast, vous pouvez vous abonner sur votre plateforme de podcast préférée et suivre Secrets d'Histoire sur les réseaux sociaux. Secrets d'Histoire est un podcast coproduit par Initial Studio, la Société Européenne de Production et France Télévisions, adapté de l'émission audiovisuelle éponyme produite par la Société Européenne de Production et France Télévisions.
Vous pouvez retrouver l'émission Secrets d'Histoire sur France 3 ou en replay sur france.tv. Cet épisode a été écrit et réalisé par Laure de Lalex, production exécutive du podcast Initial Studio. Production éditoriale : Sarah Koscewicz et Mandy Le Bourg. Montage : Mélodie Tchen. Avec la voix d'Isabelle Benhadje.
Vienne, 1781. Loin du joug étouffant de l'archevêque de Salzbourg, Wolfgang Amadeus Mozart s’apprête à conquérir la cour avec une fougue inépuisable. Rapidement adulé par le Tout-Vienne, le compositeur ne se contente pas d'enchaîner les chefs-d'œuvre, il croque la vie à pleines dents.
"Secrets d'Histoire" est un podcast d'Initial Studio, adapté de l'émission de télévision éponyme produite par la Société Européenne de Production ©2024 SEP / France Télévisions. Cet épisode a été écrit et réalisé par Laure Delalex.
Un podcast présenté par Stéphane Bern.
Avec la voix d’Isabelle Benhadj.
Vous pouvez retrouver Secrets d'Histoire sur France 3 ou en replay sur France.tv, et suivre l’émission sur Instagram et Facebook.
Crédits du podcast
Production exécutive du podcast : Initial Studio
Production éditoriale : Sarah Koskievic et Mandy Lebourg
Montage : Melody Chen
Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.