This episode of Chronique Criminelle, narrated by Jacques Pradel, retraces the death of Philippe Robert, a 63-year-old former football coach and bowling alley owner whose burning house was discovered in Renève, Burgundy, in June 2021. His family first assumed an accidental fire, but the autopsy revealed sixteen stab wounds and suggested he died before the fire started.
The episode follows the investigation, including a young man seen near the house, cash disputes between Philippe and his former business partner Benjamin Cochet, and allegations of blackmail involving a sextape. Listeners will hear how witness accounts, phone records and reconstructions shaped the case, and how the 2025 trial unfolded.
In this episode Jacques Pradel, Vanik Berton, Xavier Bénérozo
This Chronique Criminelle episode on the Philippe Robert case was made with the technology HappyScribe builds behind notes for Zoom calls.
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Crimes passionnels, disparitions inquiétantes ou machinations diaboliques : percez les secrets des faits divers les plus marquants, et plongez au cœur des affaires les plus étonnantes de l'histoire judiciaire. La découverte de la vérité ne tient parfois qu'à un fil. Bienvenue dans « Chronique Criminelle ». Dans cet épisode : l'affaire Philippe Robert. L'affaire que je vous propose dans ce podcast inédit commence par un terrible incendie à Renèves, en Bourgogne.
Lorsque les secours parviennent à maîtriser le feu, ils découvrent le corps carbonisé de Philippe Robert, le propriétaire des lieux. Sa famille est convaincue qu'il s'agit d'un accident domestique, mais dès les premières constatations, les gendarmes ont des doutes. Alors, que s'est-il vraiment passé ? La réponse, dans ce nouveau podcast de « Chronique Criminelle ».
Tout commence au cœur de la Bourgogne. Nous sommes à Renèves, un village entouré par des champs et des forêts.
Renèves, c'est une petite commune de 500 habitants.
Vanik Berton, journaliste au Bien Public.
Qui se situe à l'est de la Côte-d'Or, à à peu près 30 minutes de Dijon.
C'est un petit bourg.
Xavier Bénérozo, journaliste spécialiste des faits divers.
Une France paysanne, avec une grande rue, une artère principale, et puis des maisons. On n'est pas du tout en milieu urbain.
Le 21 juin 2021, le téléphone sonne à la gendarmerie de Mirabeau-sur-Bèze, une commune voisine. Un incendie vient de se déclarer à Renèves, et les flammes se propagent à vitesse grand V.
On est aux alentours de 11 h, lorsqu'un voisin de la rue du Grand Four alerte les gendarmes et les pompiers pour dire qu'il y a de la fumée qui sort de la maison de son voisin.
C'est un feu qui va tout de suite prendre des proportions assez importantes. On va même évacuer l'école, parce qu'on a peur de ce feu qui est un véritable brasier. Ça va durer des heures et des heures pour éteindre ce feu.
Plus de 70 pompiers sont à l'œuvre pour combattre les flammes qui atteignent 10 mètres de haut. La maison qui est en train de brûler est celle d'un homme de 63 ans, Philippe Robert.
Vous avez beaucoup de badauds dans la rue, puisqu'on est dans un petit village où tout le monde se connaît. Anne Gélin, avocate des parties civiles. Et tout le monde sait qu'habite dans cette maison monsieur Philippe Robert. Et la question, évidemment, que tout le monde se pose, c'est : est-ce que monsieur Robert est dans cette maison en feu ?
Et donc, on va essayer de l'appeler. Est-ce qu'il est là ? Est-ce qu'il est joignable, Philippe Robert ? Et Philippe Robert, sur son téléphone, il ne répond pas.
Où est-il ? Pourquoi son téléphone sonne-t-il dans le vide ? Le sexagénaire vit seul dans cette maison. Divorcé, il a un fils unique de 25 ans, Mathieu. Le jeune homme habite à 200 kilomètres de là, à Bourg-en-Bresse. Et très vite, il est prévenu du drame.
Ma cousine m'envoie un message qui me dit qu'elle cherche un monsieur. Il faut absolument que je la joigne, parce qu'elle est sur place et c'est la maison de papa qui est incendiée.
Mathieu Robert, fils de Philippe.
Je lui ai demandé s'il y avait des nouvelles de mon père. Elle m'a dit qu'il n'y en avait aucune, que personne ne savait où il était. Et là, je prends la route, et pendant deux heures et demie facile. Donc il y a toutes les questions qui se posent dans la tête : où est mon père ? Qu'est-ce qu'il fait ? Est-ce qu'il est en vie ? Est-ce qu'il était dans la maison ? Est-ce qu'il n'y était pas ? Et s'il n'y était pas, où il est ?
Les heures passent, et l'inquiétude grandit pour les proches de Philippe Robert. Il est 17 h lorsque Mathieu arrive sur les lieux. Le feu est tellement intense qu'il ne reste presque plus rien de l'habitation.
J'arrive sur place, bandeau de sécurité dans toute la rue, et j'accours directement vers la maison. Donc là, je la vois presque en ruines. Je m'effondre complètement au sol. Le pompier me rattrape et il me dit : « Je vous le dis du temps blanc, on a retrouvé un corps dans la maison. »
Le secouriste tente d'être rassurant. À ce stade, impossible de savoir si le corps est bien celui de Philippe Robert. Retrouvé sur le dos, calciné sous les décombres de l'atelier, il est en bien trop mauvais état. Mais pour Mathieu, il y a peu de doute.
Là, c'est un monde qui s'écroule. Votre maison d'enfance dans laquelle vous avez grandi, vous avez passé énormément de moments plus derrière le fait de retrouver un corps dedans, et que vous savez que la seule personne qui vit dedans, c'est votre père. Vous ne laissez pas beaucoup d'espoir.
Une longue attente commence alors. Le corps retrouvé dans la maison en flamme est-il, oui ou non, celui de son père ? Au bout de 10 h, le feu est circonscrit. La police technique et scientifique peut enfin pénétrer dans ce qui reste de l'habitation. Un médecin légiste est aussi dépêché sur place.
Donc le médecin légiste, il remarque quelques plaies au niveau du thorax, notamment. Le crâne est aussi fendu. Ça peut être dû à l'incendie, comme ça peut être dû à autre chose. Le légiste n'a aucune certitude.
Tout est ouvert. Cet homme pouvait dormir chez lui. Il a été surpris par un incendie accidentel, ce qu'on appelle un accident domestique, c'est-à-dire, je ne sais pas, une fuite de gaz. C'est une hypothèse.
Tous les scénarios sont possibles, et il faudra attendre l'autopsie complète du corps pour comprendre vraiment ce qu'il s'est passé. Mais au cours des premières constatations, un autre élément interpelle les gendarmes.
Les enquêteurs vont rapidement retrouver, à proximité du corps, deux lames de couteau. Il n'y a plus les manches, qui ont forcément disparu avec la chaleur intense. Et il reste deux lames, qui vont évidemment être placées sous scellés.
Et ça, forcément, ça interroge, puisqu'on a toujours en tête un peu des éventuelles plaies ou chocs inexpliqués retrouvés sur le corps.
Ces couteaux ont-ils un lien avec le décès de l'homme retrouvé dans les flammes ? S'agit-il d'une mort accidentelle ou de quelque chose de bien plus inquiétant ? Le lendemain, le feu est enfin éteint. Il a fallu plus de 20 h aux pompiers pour venir à bout de l'incendie. Au même moment, le corps est formellement identifié. La comparaison ADN réalisée avec la mère de Philippe Robert est sans appel : il s'agit bien du sexagénaire.
Pour Mathieu, son fils, c'est un cataclysme.
Et donc moi, là, à ce moment-là, je m'effondre. Parce que le choc est trop dur. Le choc est trop dur à encaisser. On perd son père, on ne sait pas pourquoi, on ne sait pas comment. On sait juste qu'on le perd, on sait juste qu'on ne le reverra plus.
Mathieu n'est pas le seul à être touché de plein fouet par ce drame. Sylvain et Katia sont des amis de longue date de Philippe Robert, et ils n'arrivent pas à réaliser qu'il est mort.
La disparition de mon ami, c'est un choc, parce que ça faisait 30 ans qu'on se connaissait, qu'on se côtoyait régulièrement.
Sylvain Lacroix, ami de Philippe.
Le fait de se dire que cette personne-là n'est plus là, oui, c'est brutal.
On se demande encore si c'est vrai. Katia Cacamau, amie de Philippe.
On se demande si on fait un cauchemar, si on va se réveiller.
Alors, que s'est-il passé pour que Philippe Robert meure dans l'incendie de sa maison ? Pour ses proches, il ne peut s'agir que d'un accident.
C'était forcément un accident domestique. Ce qui est inconcevable pour moi, c'est qu'on ait pu atteindre à sa vie. Pour moi, c'était impossible que ça puisse être ça.
L'une des premières réflexions du fils, c'est de se dire : « Puisque ça s'est passé dans l'atelier, qui est tout proche du garage, que son père a acheté une Mercedes d'occasion, le fils, il se dit : « Mais je ne sais pas, il y a peut-être quelque chose qui s'est passé avec cette voiture qui ne marchait pas bien. »
Je me suis dit : « Il suffit d'un faux contact, qu'il crée une explosion pour X raisons. Lui, il prend un choc électrique ou prend un choc. En tout cas, dans l'explosion, on reste au sol et le reste a embrasé la maison. »
La famille de Philippe Robert n'imagine rien d'autre qu'un accident domestique. On est très loin d'imaginer ce qui va être ensuite découvert.
Car les gendarmes, eux, explorent toutes les pistes. Le parquet de Dijon décide d'ouvrir une information judiciaire pour « recherche des causes de la mort ». Les enquêteurs se plongent dans la vie de Philippe Robert et commencent à entendre ses proches. Tous dressent le portrait d'un homme généreux et très présent pour les siens.
Mon père, c'est un père formidable, puisqu'il a toujours été là, il s'est toujours rendu disponible. C'est quelqu'un qui a toujours été dans l'humain.
J'aime les gens passionnés, c'est le cas de Philippe. Sa passion des gens, sa passion d'aider les gens.
Philippe aimait beaucoup profiter de la vie, s'amuser, etc. Et du coup, il recevait régulièrement des gens. Il y avait un billard, il y avait son spa, on allait faire une pétanque. C'était toujours un plaisir de se retrouver.
Un homme fédérateur, mais qui avait aussi son caractère. Il pouvait se montrer « grande gueule » quand il n'était pas d'accord.
L'amitié avec Philippe, ce n'est pas une amitié de tout repos. Il pourrait se tromper, mais en tout cas, il disait ce qu'il pensait. Il avait cette capacité à avoir beaucoup de répondants. Donc du coup, quelqu'un qui pouvait facilement aussi se faire des ennemis, parce que pas de compromis.
Côté professionnel, Philippe Robert a eu plusieurs métiers. Il a d'abord travaillé dans les assurances, puis il est devenu coach de football et arbitre. Il a entraîné de nombreux jeunes âgés de 12 à 18 ans, une vraie passion.
Pendant des années, Philippe a vécu à travers le foot. Il était tout le temps au bord des terrains. C'était impressionnant, le lien qu'il avait avec ses joueurs. On aurait pu dire que chaque joueur sur le terrain était prassénier pour lui. Il prenait beaucoup de plaisir à les faire évoluer, à les faire travailler. Il avait ce côté très exigeant, mais il avait aussi ce côté très paternel.
À côté du football, Philippe Robert avait une autre passion : l'organisation de soirées festives et les parties de bowling.
Il a envie de changer, il a envie de bouger, il a envie de faire de l'animation. Et il commence à faire des soirées, mais de soirées à thème, sur une journée, etc. Et puis, un jour, il m'appelle, il me dit : « Écoute, j'ai une idée, là. Je viens de voir que le bowling de Brévant est à vendre. Je vais le racheter et puis le reprendre. »
C'est ainsi qu'en 2016, il arrête le foot et réalise l'un de ses rêves : il monte un bowling à Brévant, à côté de Dole, dans le Jura. L'établissement devient vite incontournable dans la région.
Quand on parle de Philippe Robert...
Xavier Bénérozo, journaliste spécialiste des faits divers.
Immédiatement, les gens l'associent à un endroit. C'est le bowling de Dole. Il y a environ 10 pistes.
C'était déjà un projet qui était ancré dans sa tête depuis très, très longtemps. Tôt ou tard, il fallait qu'il se lance dans ce côté festif. Le but était vraiment de créer un lieu de rencontre.
Pour mener à bien son projet, Philippe Robert fait affaire avec l'un de ses amis, un certain Benjamin Cochet, de 30 ans son cadet.
Benjamin Cochet connaît Philippe Robert depuis au moins l'âge de 10 ou 11 ans. Anne Gélin, avocate des parties civiles. Puisque Philippe Robert a été son coach de football. Ils ne se sont jamais réellement perdus de vue. Et Benjamin Cochet est devenu rapidement, très jeune, vers 21-22 ans, l'associé de Philippe Robert.
Il y a un bowling, il y a un resto, il y a un emplacement qu'on peut louer pour faire la fête, etc. Il y a régulièrement des soirées, des karaokés. Ça plaît, ça attire du monde.
Et ça fonctionne si bien que Philippe Robert embauche aussi Katia, son amie chanteuse, pour animer les soirées. Elle garde un souvenir ému des concerts qu'elle donnait au bowling.
Toute la musique que j'aime, toute la musique que j'aime, toute la musique que j'aime, toute la musique que j'aime.
Il y avait une très, très bonne ambiance. C'était convivial, c'était familial. C'était vraiment un plaisir d'aller travailler. Souvent, la salle était comble. Toutes les générations étaient réunies, aussi bien au bowling qu'au billard, ou même au bar, ou alors dans la salle de restaurant, à m'écouter. Donc ça fonctionnait très, très bien.
Le lieu attire de nombreux visiteurs de toute la région, et le tandem Philippe Robert-Benjamin Cochet est un succès.
Philippe Robert est au manect côté gestion. Vanick Berton, journaliste au Bien Public.
Tandis que Benjamin Cochet s'occupe des pistes de bowling et de la restauration.
J'ai tout de suite la sensation que Philippe va être le mentor de Benjamin, va lui apprendre plein de choses.
Les deux hommes deviennent inséparables et décident même de vivre en colocation à Dole, près du bowling. Mais en 2020, les ennuis administratifs commencent, et le business en prend un coup.
J'ai essayé de créer des problèmes avec la banque, j'ai essayé de créer des problèmes avec la mairie.
Il y avait pas mal de petits soucis par rapport aux locaux. Il y avait quelques problèmes financiers. Et puis, je pense que Benjamin et Philippe commençaient à s'essouffler également.
Finalement, le Covid précipite la fermeture de l'établissement, et les deux hommes mettent fin à leur association.
Philippe va très vite me confier qu'il va avoir une liquidation judiciaire, mais qu'il a mis Benjamin et lui à l'abri en ayant récupéré de l'argent en liquide.
Malgré ce revers de fortune, les deux hommes restent en bons termes. Philippe retourne vivre dans sa maison de Reneve et se met à la retraite. Quant à Benjamin, il s'installe avec sa nouvelle compagne dans le Jura et ne travaille plus. Après avoir entendu les proches, les enquêteurs ne trouvent rien de suspect dans la vie de Philippe Robert. Mais 24 h après l'incendie, coup de théâtre : les résultats de l'autopsie arrivent sur le bureau des gendarmes.
Et contre toute attente, l'hypothèse d'un accident domestique s'effondre.
Le lendemain, examen du corps par le légiste, et là, surprise : il y a 16 traces de coups de couteau sur le corps de monsieur Philippe Robert.
Les plaies sont essentiellement localisées dans la face gauche du cou, dans le thorax, ainsi qu'une plaie dans le dos. Le médecin légiste va considérer que la plaie qui a entraîné la mort certaine de monsieur Philippe Robert se situe à proximité du cœur.
À ce moment-là, l'enquête bascule. Il n'y a plus aucun doute : Philippe Robert a été tué. Et ça n'est pas tout. L'autopsie révèle également que le décès a eu lieu avant le départ du feu.
Il est mort largement avant que l'incendie ne se déclare, puisqu'il ne présente pas de suie dans les voies respiratoires. On sait que Philippe Robert, ce n'est pas l'incendie qui l'a tué, mais bien ses coups de couteau.
C'est-à-dire qu'il y a quelqu'un qui est venu chez monsieur Robert, qui lui a donné 16 coups de couteau. Monsieur Robert est mort, et que l'homme qui a fait ça a ensuite mis le feu pour vraisemblablement gommer les traces de son passage par le feu.
Pour les gendarmes, le mode opératoire laisse à penser que le meurtrier était en rage.
16 coups de couteau, il faut réitérer le geste, il faut le refaire. Donc ça veut dire qu'il y a une véritable haine chez le tueur ou chez la tueuse. Il y a une haine.
Mais alors, qui a pu s'en prendre à Philippe Robert avec autant de violence ? Quand ils apprennent la nouvelle, les proches sont sous le choc.
16 coups de couteau, c'est pas anodin. Moi, au fond de moi, je suis anéanti.
Mathieu Robert, fils de Philippe.
Je suis anéanti, je suis en colère et je suis triste. Je suis triste parce que je sais qu'il a souffert. Je n'ai pas pu être là pour l'aider, je n'ai rien pu faire. C'est complètement irréel à ce moment-là.
Sylvain Lacroix, ami de Philippe.
J'ai l'impression de tomber dans une mauvaise série. Donc dire qu'il est mort de manière aussi violente, ouais, c'est surréaliste. C'est surréaliste.
Ça va être très difficile d'essayer de comprendre. Katia Cacamo, amie de Philippe, essaie de chercher, de savoir ce qui a pu se passer.
La famille et les amis de Philippe Robert sont anéantis. Et surtout, ils ne voient pas du tout qui aurait pu commettre un crime pareil.
Quand je cherche qui a pu faire ça, je n'arrive pas à trouver quelqu'un qui pourrait avoir suffisamment de colère pour faire ça. Je passe en revue beaucoup de personnes, mais il n'y a personne que j'arrive à identifier. Mon père pouvait éventuellement avoir des mésententes avec certaines personnes, ne pas être d'accord sur un sujet. De là à s'en faire un ennemi mortel, c'était impensable et c'était impossible.
Les enquêteurs sont dans l'impasse. Aucun des proches n'a pu leur fournir une piste sérieuse. Alors le 23 juin 2021, deux jours après l'incendie, les gendarmes décident d'interroger les voisins. Certains ont peut-être vu quelque chose.
Les enquêteurs commencent donc par entendre ceux qui lui ont donné l'alerte, un couple qui habite en face de la maison de Philippe Robert. La dame explique qu'elle, vers 9 h 30 environ, elle a vu un jeune homme qui était en short, t-shirt de foot, sac à dos, casquette, s'est présenté vers le portillon de la maison de Philippe Robert. Un jeune homme, selon les termes de la voisine, serait rentré de manière discrète dans la maison de monsieur Robert.
Et le voisin va également indiquer aux enquêteurs qu'il a entendu une dispute verbale depuis la maison de monsieur Robert.
Une intrusion chez Philippe Robert, suivie d'éclats de voix. Pour les enquêteurs, ce sont des témoignages précieux.
Si les voisins ne se trompent pas, c'est un sacré début de piste. Ça veut dire qu'eux, les voisins, ils ont peut-être vu le tueur. Donc la question qui se pose, si vous voulez, à ce moment-là, pour les gendarmes, c'est de dire : c'est qui ce bonhomme ?
Les enquêteurs se mettent à la recherche de ce mystérieux jeune homme en tenue de foot, aperçu près de la maison de Philippe. S'agit-il d'une connaissance de la victime ou d'un inconnu ? Pour tenter de le retrouver, ils épluchent l'emploi du temps de Philippe Robert et examinent son téléphone. Et ils découvrent que le jour précédant l'incendie, le sexagénaire n'était pas tout seul. Il se trouvait avec un ami que nous appellerons Alexandre.
La téléphonie va établir que la veille, dimanche 20 juin, il a communiqué avec un jeune homme prénommé Alexandre.
Alexandre, il a 25 ans, il a fait du foot quand Philippe Robert était éducateur sportif. Ils ont gardé un lien et Philippe lui avait donc proposé, comme ils le font de temps en temps, d'aller faire du karting. Et ensuite, ils sont allés prendre des pizzas et manger chez Philippe Robert.
Alexandre, c'est la dernière personne à avoir vu Philippe Robert avant qu'il ne décède.
Xavier Bénérozo, journaliste spécialiste des faits divers.
Donc vous imaginez, dans l'esprit d'un enquêteur, ce n'est pas un suspect, c'est un coupable potentiel.
Les gendarmes convoquent ce fameux Alexandre. Ils veulent en savoir plus sur ce qu'il a fait avec Philippe Robert la veille de l'incendie. Et ce qu'ils vont apprendre va les laisser sans voix.
Il va confirmer qu'ils sont allés faire un karting. Anne Gélin, avocate des parties civiles. Et que le début de soirée, ils ont commandé des pizzas et des tacos.
Ensuite, ils sont allés au domicile de monsieur Philippe Robert, où monsieur Philippe Robert lui a proposé de partager un instant jacuzzi.
Alinda Rocha, avocate des parties civiles.
Dans ce moment-là, il y aurait eu des avances de monsieur Philippe Robert vis-à-vis de cet Alexandre.
Philippe Robert, 63 ans, fait donc des avances à Alexandre, qui a moins de 30 ans, pour faire l'amour. Alexandre dit : « Moi, j'ai refusé, ça ne m'intéressait pas, je suis hétérosexuel. » Mais ça se passe la veille d'un crime, cette histoire. Il y a là une possibilité de passage à l'acte.
Cette révélation fait l'effet d'une bombe pour les gendarmes. Philippe Robert serait attiré par les hommes, une homosexualité qu'il aurait cachée même à ses proches.
Mon père était quelqu'un de très secret sur ce qu'il était, sur sa vie privée. De ce que je connais de mon père, c'est qu'il a toujours été hétérosexuel. Après, le fait qu'il fasse des avances à un jeune homme, d'autant plus... Pour certains, on s'en est douté. À certains moments, des fois, on s'est posé des questions. Qu'il y ait eu des avances ou pas, moi, il ne m'en a jamais fait. Mais bon, ça ne me choque pas forcément.
Et ce n'est pas tout. Au cours de l'audition d'Alexandre, les enquêteurs découvrent un nouvel élément troublant.
Alexandre dit que Philippe avait sur lui une sacoche remplie de billets. Vanick Berton, journaliste au Bien Public. Et que ce n'était pas juste quelques petits billets, qu'apparemment, il y avait une somme assez importante.
Mais dis donc, une grosse somme d'argent, ça peut intéresser les proches.
Une sexualité cachée, du liquide en grande quantité, autant d'éléments qui les poussent à s'intéresser de plus près aux déclarations d'Alexandre. Et ils commencent par vérifier son emploi du temps le jour du crime.
Alexandre va déclarer aux enquêteurs qu'il ne peut pas être l'auteur de ce meurtre et de cet incendie, puisqu'il était à son travail.
Donc les enquêteurs vérifient évidemment l'alibi donné par Alexandre. Et l'employeur confirme qu'Alexandre s'est bien présenté à l'heure au travail, vers 7 h du matin, et qu'il en est reparti vers 15 h.
Les déclarations du patron d'Alexandre sont confirmées par la pointeuse de l'usine. Le jeune homme a bien badgé le lundi matin. Il n'a donc pas pu se rendre à Reneve, chez Philippe Robert, ce jour-là.
Il est blanchi. Parce que matériellement, ça ne peut pas être lui, le jeune homme qu'ont vu les voisins juste avant l'incendie.
Alexandre est mis hors de cause. Mais les gendarmes s'interrogent sur cet argent que le jeune homme a vu en possession de Philippe Robert. Où est-il aujourd'hui ?
Ce fameux magot, les gendarmes ne savent pas s'il a brûlé dans l'incendie ou s'il a été volé. C'est toute la question, et ça pourrait être effectivement le mobile du crime.
Ils interrogent de nouveau les proches du sexagénaire, qui ont une explication toute trouvée pour justifier la présence d'autant de billets. Selon eux, c'est le fruit de son activité au bowling.
Je savais qu'il y avait de l'argent liquide chez lui, et je savais que c'était les résultats de tout ce qui était payé en espèces par rapport au bowling.
Philippe, c'est quelqu'un à l'ancienne, et qui, a priori, mettait l'argent liquide de côté, dans des boîtes à chaussures.
Les impôts, ce n'est pas le truc de Philippe Robert. Ça veut dire qu'il se met les pognons à côté, comme on dit vulgairement.
Toujours selon ses proches, Philippe Robert aurait divisé ce pactole après la liquidation judiciaire du bowling en 2020. Il en aurait gardé une partie pour lui et aurait donné l'autre partie à son associé, Benjamin Cochet.
Les deux hommes se sont partagés le magot qui restait en espèces, c'est-à-dire 100 000 euros chacun. Donc ça fait une sacrée belle somme qu'ils n'ont pas déclarée.
Cette répartition d'argent liquide aurait-elle pu mal se passer ? L'un ou l'autre aurait-il pu se sentir lésé ? Les enquêteurs décident d'explorer cette nouvelle piste et de s'intéresser de plus près à l'ex-associé, Benjamin Cochet.
Mais est-ce qu'elle s'est bien passée correctement, cette liquidation judiciaire ? Est-ce que Cochet, l'associé de Robert, il ne s'est pas dit : « J'ai été grugé, l'autre, il a pris plus d'argent » ? Et voilà. Est-ce qu'il n'y a pas une bisbille entre les deux associés ? Est-ce que ça, ça ne pourrait pas expliquer la disparition soudaine de monsieur Robert ? Eh bien, c'est ce qu'ils vont aller demander à Benjamin Cochet.
Les gendarmes convoquent immédiatement le jeune homme. Interrogé, il confirme que l'argent du bowling a bien été réparti.
Benjamin Cochet explique qu'il y avait de l'argent, effectivement, que ce commerce marchait bien.
Samuel Esteve, avocat de la défense.
Et que c'était de l'argent qui est rentré en liquide et qu'ils se sont partagés, lui et Philippe Robert, des sommes importantes.
Face aux enquêteurs, ils rajoutent que les affaires entre les deux hommes sont clôturées et qu'aujourd'hui, il se consacre à sa vie de couple.
Benjamin et son associé Philippe, ils ne se voient plus. Ils ne se voient plus, ils ont réglé les histoires financières, et ils ne se voient plus aussi, dit Benjamin Cochet, parce que Philippe Robert, il n'aime pas trop les femmes.
Benjamin Cochet avait une petite amie depuis un peu plus d'un an, et Philippe ne l'acceptait pas. Donc Benjamin avait pris cette distance avec Philippe.
Cette petite amie, nous l'appellerons Sandra. Et selon Benjamin, si Philippe n'appréciait pas sa compagne, c'était simplement parce qu'il était jaloux.
Il explique aussi aux enquêteurs que Philippe Robert lui faisait de nombreuses avances et que lui, étant hétérosexuel, ça ne l'intéressait pas et qu'il le repoussait constamment par rapport à ça. Il ne le vivait pas bien, il était obligé de partager son temps entre cette compagne et monsieur Philippe Robert qui devenait, selon les déclarations de monsieur Cochet, de plus en plus oppressant.
Lui, il a fait son choix, il veut fonder une famille avec Sandra. Mais vous vous rendez bien compte que dans le cadre d'une affaire criminelle, ce genre de détail, ça prend tout de suite une autre dimension.
Philippe était-il vraiment jaloux de Sandra ? Est-ce qu'il harcelait Benjamin comme ce dernier le prétend ? Et surtout, une dispute aurait-elle pu éclater entre les deux hommes ? Les gendarmes l'interrogent maintenant sur son emploi du temps le jour du crime.
Le lundi matin, à 10 h, où est-ce que vous étiez, monsieur Cochet ? J'étais chez moi.
Benjamin Cochet indique qu'il est resté auprès de sa compagne à son domicile.
Et qu'il n'est pas sorti de chez lui, qu'il dormait, puisque c'est un lève-tard, et que c'est en se réveillant qu'il avait appris que la maison de Philippe était en feu.
Au bout de quelques heures d'audition, les enquêteurs s'interrogent sur les déclarations de Benjamin Cochet. Mais ils n'ont aucune preuve pour le relier, de près ou de loin, au meurtre de Philippe Robert. Alors ils le laissent partir et ils convoquent sa petite amie, Sandra, pour vérifier son alibi. À son tour, elle explique ce qu'elle a fait le lundi 21 juin dans la matinée.
Elle va indiquer qu'elle a dormi jusqu'à environ 14 h, qu'elle ne sait donc pas si son compagnon était dans la maison. Et elle indique aux enquêteurs qu'à 14 h, c'est Benjamin Cochet qui la réveille pour lui annoncer la nouvelle, à savoir que la maison de Philippe Robert est en feu.
La jeune femme n'est donc pas en mesure de confirmer l'alibi de Benjamin. En revanche, questionnée sur la relation entre les deux hommes, elle livre aux gendarmes une information troublante.
Sandra, elle va confirmer que ça ne se passait pas bien avec Philippe Robert.
Xavier Bénérozo, journaliste spécialiste des faits divers.
Mais elle va raconter une drôle d'histoire. Un jour, Philippe Robert lui a envoyé un texto lui assurant que Benjamin la trompait avec lui.
Sandra en parle tout de suite à Benjamin, veut comprendre de quoi parle Philippe. Benjamin s'agace, dit que c'est des mensonges et qu'il n'y a rien du tout, qu'elle ne craint rien, qu'il ne l'a jamais trompée et que Philippe est juste jaloux.
Dans la tête des gendarmes, à ce moment-là, ils se demandent : « Attends, est-ce que Benjamin Cochet nous a vraiment raconté, oui ou non, la vérité sur la réelle relation qu'il avait avec Philippe Robert ? »
Alors, est-ce qu'il n'y aurait pas une histoire cachée entre Philippe Robert et son ancien associé ? Une chose est sûre pour les enquêteurs, il y a beaucoup trop de zones d'ombre. Intrigués, ils veulent en savoir plus sur le profil du jeune homme. Ils commencent par étudier le contenu de son téléphone et ils font une nouvelle découverte.
Cette étude des messages va contredire ce qu'a pu déclarer Benjamin Cochet en audition. Anne Gélin, avocate des parties civiles. Je vous rappelle qu'il a indiqué qu'il n'avait quasiment plus de relation avec Philippe Robert depuis quasiment un an.
Benjamin Cochet dit : « Je ne le vois plus. » Je ne le vois plus. Il y a des centaines et des centaines de textos de communication entre eux.
Une semaine encore avant les faits, ils ont échangé plus de 50 messages. Donc ça veut bien dire que le contact n'était pas du tout rompu.
Les deux hommes se voyaient donc toujours, et c'est confirmé aussi par les proches de Philippe Robert.
À chaque fois que je veux voir Philippe.
Sylvain Lacroix, ami de Philippe.
Il me parle de la dernière fois qu'il a échangé avec Benjamin, de la dernière fois qu'ils se sont vus, de la dernière fois qu'ils se sont croisés. Donc je sais qu'ils sont toujours en contact. Je savais qu'il y avait des liens entre eux et qu'ils s'écrivaient.
Mathieu Robert, fils de Philippe.
Puisque mon père m'en parlait, même quand on s'appelait.
Benjamin Cochet a donc menti, et il a aussi caché la teneur de sa relation avec Philippe Robert, puisque les messages retrouvés par les enquêteurs sont sans équivoque.
Et là, il se retrouve avec plus de 1 700 pages de conversations.
Vanick Berton, journaliste au Bien Public.
Donc ce n'est pas anodin.
Et il y a surtout, quand on regarde l'intitulé des textos, des textos qui sont explicites, « Viens faire l'amour ». C'est marqué dans les messages.
Des messages où monsieur Philippe Robert dit « Je t'aime » à Benjamin Cochet.
Alinda Rocha, avocate des parties civiles.
Où Benjamin Cochet lui répond « Moi aussi ». On a de la taquinerie entre les deux, et en effet, on a des allusions sexuelles de part et d'autre.
Donc, à ce moment-là, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'entre Benjamin et Philippe, ce n'est pas une histoire d'associés, c'est une histoire d'amour.
Et une histoire d'amour cachée. Mais tous les proches de Philippe Robert se doutaient qu'il y avait quelque chose entre eux, surtout lorsque les deux hommes tenaient le bowling ensemble.
Au fil de mes visites, notamment au bowling, je vois Benjamin et Philippe inséparables, à chahuter, à plaisanter, à avoir un comportement, je dirais, amical et plus si affinité. Ils étaient très, très proches, à tel point que même moi, je me suis posé des questions sur leur relation, s'il n'y avait pas plus que juste une relation d'associés. Ils passaient beaucoup de temps ensemble, ils partaient en vacances ensemble. Voilà, des personnes qui, sur une année à 365 jours, ont passé 365 jours ensemble.
Alors, que s'est-il réellement passé entre les deux hommes ? Cette histoire pourrait-elle avoir un lien avec la mort de Philippe Robert ? C'est un nouveau rebondissement dans l'enquête, et Benjamin Cochet se retrouve en haut de la liste des suspects. D'autant qu'en poursuivant leurs investigations sur la téléphonie, les gendarmes mettent à jour un nouveau mensonge du jeune homme.
Benjamin Cochet, il dit : « Je faisais dodo chez moi. » Mais ce n'est pas vrai. Pourquoi ce n'est pas vrai ? Mais parce que le téléphone, il bouge.
On va géolocaliser le téléphone de monsieur Cochet. On va découvrir que le téléphone borne entre son domicile et Renève. On va surtout aussi découvrir que le téléphone a été mis en mode avion en plein milieu de ce trajet. Le téléphone a été coupé durant deux heures, entre 9 h à peu près et 11 h et des poussières, pile poil au moment du crime.
Pour les gendarmes, l'étau se resserre autour du jeune homme. Alors ils déploient les grands moyens pour confirmer leur hypothèse.
On va réquisitionner des caméras de vidéoprotection de certains villages qui se situent sur le trajet entre le domicile de Benjamin Cochet et le domicile de Philippe Robert. Et on va découvrir, en effet, que monsieur Cochet était au volant de sa voiture. Ils vont repérer l'Opel Corsa de Benjamin. Ils sont persuadés que c'est bien la sienne, puisqu'elle a sur les enjoliveurs des marques particulières. Et au volant, il y a une personne dans la voiture, une seule, qui porte à l'aller un t-shirt noir et orange.
Et au retour, étonnamment, toujours une personne, mais par contre, qui a un t-shirt différent, il est rouge. La question qui va alors se poser, c'est pourquoi Benjamin Cochet a-t-il changé de vêtements ? Pourquoi on ne retrouve pas les mêmes vêtements qui ont été portés à l'aller ?
Il y a un faisceau d'indices, graves et concordants, comme on dit, qui amènent vers une responsabilité de Benjamin Cochet.
13 juillet 2021. Nous sommes trois semaines après le meurtre de Philippe Robert, et tous les soupçons convergent vers Benjamin Cochet. Grâce à la téléphonie et à la vidéosurveillance, les gendarmes savent qu'il a menti sur son emploi du temps le jour des faits, et il a aussi caché la réalité de sa relation avec Philippe Robert. Les enquêteurs décident de le placer en garde à vue. Ils interpellent également sa compagne, Sandra, car ils pensent qu'elle ne leur a pas tout dit.
Et ils commencent par interroger la jeune femme, qu'ils sentent plus fébrile que son compagnon. Immédiatement, elle passe à table.
Sandra, la petite amie, elle va livrer une révélation un peu fracassante. Elle va dire que son copain, Benjamin, aurait tourné une sextape sous la contrainte de Philippe Robert, et qu'il s'en sert pour faire chanter Benjamin.
Concernant la sextape, Sandra explique qu'elle a été faite à l'époque où Benjamin avait 18 ans, que Philippe voulait monter un show de strip-tease avec des jeunes hommes et des jeunes femmes. Benjamin, c'est quelque chose qui l'énerve, puisque Philippe le menace continuellement avec ça, de la diffuser, notamment à ses parents.
Et donc, Benjamin Cochet est complètement tétanisé. Philippe Robert tient Benjamin Cochet avec une sextape.
Pour Sandra, Benjamin serait victime de chantage de la part de Philippe Robert. Elle avait d'ailleurs interdit à Benjamin de voir le sexagénaire. Les gendarmes s'interrogent. Ce chantage à la sextape ne serait-il pas un excellent mobile ? Au bout de plusieurs heures, Sandra, la compagne de Benjamin, est relâchée. Certes, elle aura fait des révélations fracassantes, mais ils sont convaincus qu'elle n'a rien à voir avec le meurtre.
C'est maintenant au tour de Benjamin Cochet d'être interrogé. Et dès le début de son audition, le jeune homme se montre sûr de lui et il nie tout en bloc.
Au départ, Benjamin Cochet, il est dans une attitude de déni.
Samuel Esteve, avocat de la défense.
Il conteste absolument avoir un quelconque lien avec la mort de cet homme et la sortie de sa maison.
Les enquêteurs se disent que c'est quand même quelqu'un qui a du répondant, qui est malin et qui ne veut pas lâcher le morceau.
Il va tenir ainsi trois auditions pendant 24 heures en niant l'évidence. Les enquêteurs vont distiller petit à petit les indices qu'ils ont recueillis.
Et au fur et à mesure, comme dans une partie de poker, les gendarmes vont lui mettre sur la table des pièces maîtresses.
Les enquêteurs lui mettent sous les yeux les échanges de SMS à caractère sexuel qu'il a eus avec Philippe Robert, et ils lui rappellent qu'il leur a menti sur de nombreux éléments du dossier. Peu à peu, le jeune homme change sa version des faits.
Sur la nature de ses relations avec Philippe Robert, Benjamin Cochet explique qu'il est sous l'emprise de cet homme depuis très longtemps, depuis son adolescence, qu'il craignait que Philippe Robert le fasse chanter avec cette sextape que personne n'a vue ni n'a retrouvée, et qu'il indique aux enquêteurs qu'il n'est pas homosexuel, ni bisexuel, qu'il est bien hétérosexuel, mais que, sans doute, alcoolisé lors de soirées avec Philippe Robert, il a pu se laisser toucher.
Acculé, c'est finalement à la 36e heure de garde à vue que Benjamin Cochet finit par craquer. Il avoue avoir été à Renève chez Philippe Robert le 21 juin 2021, non pas pour le tuer, mais pour exiger qu'il arrête de le harceler.
Il explique qu'il se rend chez Philippe Robert parce qu'il a pris la décision, et il a la volonté ferme de signifier à Philippe Robert qu'il ne veut plus le voir.
Il indique avoir coupé son téléphone. Anne Gélin, avocate des parties civiles. Pour ne pas que sa compagne, Sandra, puisse le géolocaliser, car Sandra avait exigé de Benjamin Cochet qu'il ne voie plus cet homme.
Il arrive chez lui, et puis là, ça va mal se passer. Benjamin Cochet explique qu'il lui a donc signifié qu'il ne voulait plus le voir, et Philippe Robert lui a répondu : « Alors, si tu ne veux plus me voir, tu ne reverras plus sa copine. » Et à ce moment-là, Philippe Robert, dans un éclat de colère, a attaqué Benjamin Cochet avec un couteau.
Et c'est là que ce serait parti. Benjamin dit que Philippe l'a attaqué et qu'il aurait réussi à saisir le poignet qui tenait le couteau de Philippe, et que là, tout s'est enchaîné, qu'il y aurait eu la bagarre, et que là, Philippe, dans l'atelier, se serait écroulé.
Et là, il le reconnaît, il dit : « J'ai pété un plomb, je veux dire, je suis devenu fou. » Et là, effectivement, il le poignarde à de multiples reprises.
Au bout de 40 heures de garde à vue, les gendarmes ont enfin des aveux, mais ils veulent savoir ce qui s'est passé après la dispute fatale. Benjamin Cochet raconte alors comment il a tenté de dissimuler son crime.
Benjamin Cochet, ensuite de ce meurtre, est d'un sang-froid absolu. Il se rend compte qu'il est couvert de sang.
Il s'est lavé les mains. Il est aussi allé se laver les jambes, les pieds. Il est monté à l'étage pour se changer.
Il va donc prendre des vêtements dans la chambre de Philippe Robert, redescendre au rez-de-chaussée. Il a mis ses affaires pleines de sang dans un sac. Et là, il aurait pris un rouleau de sopalin qu'il a imbibé d'huile de cuisine. Il indique qu'il allume le gaz de la gazinière et met le feu au sopalin, et quitte ensuite la maison.
Les gendarmes ont des doutes sur la version des faits servie par Benjamin, mais ils tiennent désormais leur coupable. À l'issue de sa garde à vue, Benjamin Cochet est mis en examen pour meurtre. Pour les proches de Philippe Robert, la nouvelle est un séisme. Benjamin a berné tout le monde.
Donc là, je commence à réaliser, il vient d'avouer. Et là, on n'a qu'une envie, c'est de demander des explications.
Mathieu Robert, fils de Philippe.
Pourquoi ? Comment ? Pour quelle raison ? Qu'est-ce qui a bien pu se passer pour qu'on en arrive à là ? On se demande pourquoi lui, alors qu'à aucun moment on n'y a pensé.
Je me sens trahie, bête et naïve. Katia Kakamo, amie de Philippe.
Parce que pendant un mois, je n'ai jamais pensé à ça. Et la colère arrive tout de suite.
J'avoue que je tombe un peu des nues, parce que pendant trois semaines, il me montrait toutes les facettes du chagrin et qui ça peut être.
Sylvain Lacroix, ami de Philippe.
Et comment on peut faire du mal comme ça, alors qu'ils savaient ce qui s'était passé ? J'ai été complètement aveugle pendant trois semaines non-stop. J'ai des messages tous les jours, que ce soit lui qui me relance, qui me dit qu'il est mon ami, qu'il est là pour moi, qu'il espère que la vérité éclatera. Je me suis fait mener à la baguette comme un... Il n'y a même pas de mots. Je me suis fait mener à la baguette.
À la gendarmerie, les enquêteurs poursuivent leurs investigations, car la thèse de la dispute qui aurait mal tourné à cause d'un chantage à la sextape, ils n'y croient pas trop. N'y a-t-il pas d'autres raisons qui l'auraient poussé à commettre ce crime ? Pour confirmer leur intuition, ils décident de perquisitionner le domicile du jeune homme.
Et là, ils découvrent une énorme somme d'argent, près de 50 000 euros en espèces.
Vanik Berton, journaliste au Bien Public.
Donc déjà, ça les interpelle. Et chez les parents de Benjamin, ils vont découvrir aussi une somme importante, environ 15 000 euros, que Benjamin avait confié une semaine avant son interpellation à son père.
Mais d'où il vient, tout cet argent ?
Xavier Beneroso, journaliste spécialiste des faits divers.
Est-ce qu'il ne viendrait pas par hasard de Philippe Robert ? La question se pose, parce que là, c'est un mobile de crime.
S'agit-il d'argent volé chez Philippe Robert ? Les gendarmes se posent la question, surtout lorsqu'ils apprennent que Benjamin Cochet avait déjà dilapidé sa part de l'argent du bowling.
Ce qui pose problème, en réalité, c'est que dans les échanges de messages entre Philippe Robert et Benjamin Cochet, on comprend que Benjamin Cochet n'a plus d'argent.
Benjamin ne travaillait pas, ne touchait aucune aide. Il était aussi joueur et il jouait beaucoup, beaucoup d'argent et il en perdait beaucoup. Donc cette somme énorme, elle est un peu tombée du ciel.
Pour les proches de Philippe Robert, il n'y a pas de doute, le magot retrouvé en perquisition chez Benjamin Cochet et son père appartenait à la victime.
Je savais que le seul mobile qu'il pouvait y avoir, c'était l'argent. Parce que c'est une personne qui était extrêmement dépensière. Il aimait énormément l'argent.
Benjamin, n'ayant plus d'argent, comme me l'avait confié Philippe, il fallait en trouver. Le seul moyen de prendre l'argent de Philippe, c'était peut-être que Philippe ne soit plus là.
Interrogé à ce sujet, Benjamin Cochet conteste fermement avoir tué Philippe Robert pour son argent. Il maintient que les liquidités retrouvées chez lui sont le fruit de son travail au bowling et qu'il a tué Philippe Robert pour se défendre.
Pour expliquer son geste, il va se situer dans une position de victime. Ce n'est pas lui qui a commencé la bagarre, c'est lui qui a été agressé.
Il maintient la version qu'il a donnée en garde à vue, c'est-à-dire le fait qu'il ait été attaqué dans un premier temps et puis qu'il se soit défendu. Alors lui, il explique que dans le corps-à-corps, des coups ont été donnés effectivement à Philippe Robert, mais il ne sait plus tellement bien où.
Alors la version donnée par Benjamin Cochet est-elle crédible ? La juge d'instruction a des doutes et elle ordonne une reconstitution. Nous sommes le 18 novembre 2022, près d'un an et demi après le meurtre. Extrait de sa cellule, Benjamin Cochet est invité à refaire les gestes qu'il a commis à l'encontre de Philippe Robert.
Il y a un véritable enjeu dans cette reconstitution judiciaire. Est-ce que oui ou non l'histoire de la légitime défense, ça marche ou ça ne marche pas ?
On équipe un enquêteur d'une combinaison blanche sur laquelle Benjamin Cochet va devoir tenter de reproduire les coups de couteau qu'il a donnés.
Et très vite, une incohérence apparaît, car l'une des plaies relevées par le légiste était située dans le dos de la victime. Pas grand-chose à voir avec la légitime défense. Benjamin est incapable de s'expliquer sur cet élément qui met à mal sa version des faits.
Il nie avoir mis un coup de couteau dans le dos à Philippe. Benjamin continue de dire que cette blessure dans le dos a sûrement été faite par un bout de ferraille. Les médecins légistes qui sont présents affirment que c'est impossible que la plaie ait bien été provoquée par une arme blanche.
Ça peut vouloir dire que quelqu'un vous a mis un coup de couteau de dos. Et ça, ça change tout. Ce n'est plus un récit d'une bagarre de face. Donc ça veut dire que sur ce point de détail, il ment. Est-ce que ça ne veut pas dire que sur le récit de la personne agressée, il n'a pas menti ?
Pour la juge d'instruction, et après cette reconstitution, la thèse de la légitime défense ne tient pas. Benjamin Cochet aurait surpris Philippe Robert en lui mettant un coup de couteau dans le dos. Il se serait ensuite acharné sur lui en le poignardant à 16 reprises. Tout au long de l'enquête, Benjamin n'avouera jamais avoir porté un coup dans le dos à Philippe. Il va finalement reconnaître avoir tué volontairement le sexagénaire dans la bagarre, et il explique son geste par l'emprise sexuelle que maintenait Philippe sur lui.
C'était très souvent à sens unique, très souvent. Ils n'étaient pas sur la même longueur d'onde, ils n'étaient pas sur la même longueur d'onde.
Samuel Esteve, avocat de la défense.
Benjamin Cochet, lui, il ne voulait pas de sexe. Ça le dégoûtait. Mais il donnait un peu, mais si peu par rapport à ce que voulait Philippe Robert. Parce qu'il ne voulait pas le perdre non plus. Et c'est compliqué.
Il va finir par dire qu'il a effectivement accepté des caresses de Philippe, des fellations et des masturbations, uniquement parce qu'il était faible et qu'il acceptait pour pouvoir passer à autre chose. Donc, il se fait passer pour une victime. Et ça, ça dérange beaucoup.
Mais pour les proches de Philippe Robert, cette version est un mensonge de plus. Ils n'ont jamais perçu une quelconque emprise de Philippe sur Benjamin.
Toutes ces années, je n'ai jamais vu Benjamin en tant que victime. Ce n'est pas une victime. Il n'a pas un caractère à être une victime. C'était lui qui tenait plutôt les rênes de cette relation. Pour toutes les décisions de vacances, c'était Benjamin qui choisissait. C'était toujours lui qui choisissait la destination. C'est toujours lui qui disait où c'est qu'il voulait aller, comment il voulait le faire et pourquoi il voulait le faire.
L'étude des échanges entre les deux hommes montre que Philippe Robert est très insistant, mais Benjamin Cochet répond et répond de manière favorable à de nombreux messages et ne semble pas être du tout sous l'emprise de Philippe Robert.
Pour les amis de la victime, le mobile du crime est ailleurs. Selon eux, Benjamin n'arrivait pas à assumer sa sexualité.
Benjamin a fait ça parce qu'il n'en pouvait plus et c'était trop compliqué dans sa tête d'expliquer au monde qu'il était homosexuel. Philippe va m'expliquer qu'il n'assume absolument pas. Déjà en m'indiquant qu'il est en couple et qu'il n'aime pas cette jeune dame, c'est juste pour faire comme s'il était hétérosexuel. Et puis Philippe va me raconter que Benjamin ne veut surtout pas que sa famille le sache.
Il savait qu'il avait sa copine d'un côté, Philippe de l'autre, et qu'il fallait faire un choix. Parce que Philippe était très envahissant aussi. Et puis s'il voulait avoir sa vie parfaite, une femme et des enfants, forcément, Philippe était trop dans ce triangle amoureux.
Après trois ans d'enquête, Benjamin Cochet est renvoyé aux assises pour meurtre, avec la circonstance aggravante d'avoir modifié la scène de crime en mettant le feu à la maison de Philippe Robert. Pour l'accusation, deux mobiles se dessinent. D'un côté, le mobile amoureux, et de l'autre, le mobile crapuleux. Alors, est-ce que les jurés seront convaincus par la thèse de Benjamin Cochet ?
Nous sommes le 17 mars 2025, à la cour d'assises de la Côte-d'Or. C'est aujourd'hui que démarre le procès de Benjamin Cochet. Il doit être jugé pendant six jours, et il encourt 30 ans de prison. Pour la première fois depuis quatre ans, les proches de Philippe Robert croisent à nouveau son regard.
Donc, le fait de le voir, il n'y a pas d'émotion qui en ressort, parce qu'il n'y a pas d'émotion à avoir pour des personnes comme ça.
Mathieu Robert, fils de Philippe.
J'aurais eu une once de tristesse de le voir. Ça aurait été lui faire plaisir. J'aurais eu de la colère envers lui. Ça aurait été lui faire plaisir.
Je ne veux pas me confronter au regard de Benjamin.
Katia Kakamo, amie de Philippe.
Parce que je ne veux pas me mettre en colère.
Dès le début de l'audience, Benjamin Cochet reconnaît être l'auteur du meurtre. Mais pour lui, c'est une bagarre qui a mal tourné, car il était à bout.
Il a commis ce crime. Il sait qu'il a commis un acte très grave, que c'est injustifiable. Il le sait, ça, il le dit. Il veut expliquer pourquoi il l'a fait. Nous, notre objectif, c'était de convaincre effectivement qu'il y avait une relation toxique entre les deux. Et que cette toxicité, elle venait davantage de Philippe Robert que de Benjamin Cochet.
Après six jours d'audience, le verdict tombe. Et les jurés n'ont pas été sensibles à la version de Benjamin Cochet. Le jeune homme est condamné à 18 ans de prison pour le meurtre de Philippe Robert. Une victoire en demi-teinte pour les proches de Philippe et un verdict au goût amer.
Ce verdict, pour moi, il n'a pas de saveur. Beaucoup de personnes pourront penser qu'il devrait mériter plus. À travers tous ses mensonges, à travers tout ce qu'il ne dit pas, à travers toute la vérité qu'on n'aura jamais, je prends ce qu'on me donne et je fais avec. Il n'y a pas un verdict qui pourrait me ramener mon ami, donc.
Sylvain Lacroix, ami de Philippe.
18 ans, 20 ans, une différence. Qu'est-ce que ça peut changer ?
Aujourd'hui, Mathieu, Sylvain et Katia tentent de se reconstruire. Ils vivent avec le souvenir de Philippe et ils n'oublieront jamais son humanité et son charisme.
Et ce que je vais garder de tout ça, c'est mon amitié, tout ce qu'on a pu se dire, tout ce qu'on a pu échanger, tout ce qu'on a pu partager.
Au quotidien, il y a des choses qui viennent vous rappeler votre père, des odeurs, des sons qui font que vous repensez à tout ça et vous vous dites qu'il ne sera plus jamais là. Aujourd'hui, j'ai repris le flambeau du papa et être entraîneur de foot. J'y prends énormément de plaisir. Je comprends pourquoi il aimait faire ça. Et voilà, c'est une manière pour moi de lui rendre un petit hommage. Je regrette de ne pas avoir pu lui dire à quel point il avait compté pour moi. Je pense qu'il le savait, mais je ne lui ai pas dit.
Et j'essaye d'être là. J'essaye d'être là pour son fils parce que lui a toujours été là pour moi.
Benjamin Cochet n'a pas fait appel de sa condamnation. La maison de Philippe Robert, elle, n'existe plus. Elle a été entièrement détruite par les flammes. À la place, aujourd'hui, la ville de Genève a érigé un jardin pour les enfants. Vous venez d'écouter Chronique Criminelle. Si l'épisode vous a plu, n'hésitez pas à mettre des étoiles, à commenter ou à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée.
Et retrouvez dès la semaine prochaine un nouvel épisode de Chronique Criminelle.
Le podcast inédit que nous vous proposons commence par un terrible incendie à Renève, en Bourgogne. Lorsque les secours parviennent à maîtriser le feu, ils découvrent le corps carbonisé de Philippe Robert, le propriétaire des lieux. Sa famille est convaincue qu’il s’agit d’un accident domestique. Mais dès les premières constatations, les gendarmes ont des doutes… Alors que s’est-il vraiment passé ? La réponse sur fond d’emprise, d’amour secret et de chantage à la sextape, dans ce nouveau podcast de Chroniques Criminelles, raconté par Jacques Pradel.
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