Transcript of L’affaire Karine Esquivillon : Mythomane et manipulateur, un mari pas si parfait ?

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Episode summary

In March 2023, Karine Esquivillon, a mother of five from the village of Maché in Vendée, vanished, and her husband Michel Pial told television viewers she had left him. Her family doubted this account, and a phone found in a ditch by the local mayor led gendarmes to reopen the case.

Phone data and other evidence put suspicion on Pial, who after more than 40 hours in custody reportedly admitted killing his wife in what he described as an accident. The episode traces the investigation, his past, and the contested question of premeditation that the investigating judges and the defence still debate.

In this episode Jacques Pradel, Adélaïde Esquivillon, Antoine Haury, Caroline Nogueiras, Emmanuelle Bili, Evalouise Pial, Frédéric Ragé, Jean-Luc Ployer, Sacha Martinez, Véronique Monod

This episode's full transcript about the Karine Esquivillon case was made with HappyScribe's professional transcription technology.

Jacques Pradel00:00:00

Crime passionnel, disparitions inquiétantes ou machinations diaboliques : percez les secrets des faits divers les plus marquants, et plongez au cœur des affaires les plus étonnantes de l'histoire judiciaire. La découverte de la vérité ne tient parfois qu'à un fil. Bienvenue dans « Chronique Criminelle ». Dans cet épisode : l'affaire Karine Esquivillon. Pour ce podcast inédit, je vous propose une affaire qui a fait la une de la presse pendant de longues semaines en 2023.

Le 27 mars, Karine Esquivillon disparaît mystérieusement. Michel Pial, son mari, fait alors le tour des plateaux télé pour affirmer que sa femme l'a quitté. Mais le reste de la famille n'y croit pas. Et les enquêteurs, aussi, commencent à avoir des doutes. Alors, que s'est-il réellement passé ? La réponse, dans ce nouveau podcast de « Chronique Criminelle ».

Tout commence dans le petit village de Maché, au cœur de la campagne vendéenne. C'est une journée de printemps en apparence comme les autres pour les 1 700 habitants de cette commune rurale. C'est là, derrière les murs en pierre de cette maison, que vit une famille discrète. Il y a Karine, mère au foyer de 54 ans, et son mari Michel, un brocanteur de 51 ans.

Ils ont chacun deux enfants nés de précédentes unions, puis trois en commun. Ils vivent ici avec les deux derniers, âgés de 14 et 12 ans, une grande famille recomposée, apparemment sans histoire.

Speaker 200:01:59

C'est un couple qui habite en Vendée depuis une vingtaine d'années. Ils ont emménagé dans un petit hameau. Karine, donc, ne travaille pas.

Speaker 300:02:04

Caroline Nogueiras, journaliste et autrice.

Speaker 200:02:08

Et elle s'occupe beaucoup de ses deux enfants les plus jeunes, dont l'un des deux a une surdité quand même très importante. Donc Karine passe beaucoup de temps avec lui. C'est une famille vraiment ordinaire.

Jacques Pradel00:02:21

Chaque jour, Michel et Karine se rendent ensemble en voiture jusqu'au collège, situé à 7 kilomètres de chez eux, pour venir récupérer les enfants. Mais cet après-midi du 27 mars 2023, ils ne sont pas là. Leur absence étonne Emmanuelle, une amie du couple.

Speaker 400:02:42

J'attends ma fille et je vois les enfants arriver au point de rencontre où, d'habitude, son père et sa mère les attendent.

Speaker 300:02:50

Emmanuelle Bili, amie de Karine et Michel.

Speaker 400:02:54

Et là, il n'y avait personne. Karine et Michel, ils sont toujours très ponctuels. Ils arrivent toujours dix minutes, un quart d'heure avant. Jamais ça ne leur arrive d'arriver en retard. Ou sinon, ils m'appelaient. Ça m'a paru bizarre.

Jacques Pradel00:03:07

Après un quart d'heure d'attente, Emmanuelle voit enfin arriver la voiture de ses amis. Mais, surprise, Michel est seul. Il a l'air un peu perdu.

Speaker 200:03:18

Ce jour-là, il arrive en sueur, il est essoufflé, et il a le pantalon maculé de terre, ce qui est une chose vraiment inhabituelle.

Speaker 400:03:24

Il me dit que Karine est partie. C'est tout, quoi. Qu'elle est partie, qu'elle a pris des affaires. Je lui dis : « Mais non, mais ce n'est pas possible qu'elle soit partie comme ça. Vous vous êtes disputés ? Il y a eu quelque chose ? » « Non, non, non. Rien du tout. »

Jacques Pradel00:03:43

Michel lui montre alors un message de Karine, reçu quelques minutes auparavant.

Speaker 300:03:48

« Marre de vivre à deux, mais pas en couple. Je décide de partir. »

Jacques Pradel00:03:52

Avec ce SMS, Karine lui annonce qu'elle le quitte, sans plus d'explication. Emmanuelle, l'amie du couple, ne revient pas.

Speaker 400:04:01

J'étais stupéfaite. Je ne comprenais pas.

Jacques Pradel00:04:05

Quant à Michel, il est déboussolé et il ne sait pas comment réagir. La première chose à laquelle il pense, c'est prévenir les enfants. Et il commence par leur fille aînée, Evalouise, 20 ans. Depuis deux ans, elle a déménagé dans le sud-ouest pour y suivre ses études.

Speaker 200:04:23

J'étais dans le bus. J'ai mon père qui m'appelle, rien de plus normal et classique. Et du coup, il me dit : « Oui, ta mère est partie. Elle a disparu. J'essaie de la retrouver et tout. » Il raccroche. Je me souviens lui avoir dit : « Ne t'inquiète pas, elle va revenir. C'est obligé. »

Speaker 300:04:38

Evalouise Pial, fille de Karine et Michel.

Speaker 200:04:41

Après, on essaye de l'appeler. On tombe directement sur le répondeur. On laisse un message. On essaie de rappeler. On retombe sur le répondeur. C'est là où on se dit : « Bon, il y a quelque chose qui ne va pas. »

Jacques Pradel00:04:55

La nuit passe et Karine ne rentre pas. Mais au petit matin, alors que l'angoisse monte chez Michel et les enfants, c'est le soulagement. 24 heures après son départ mystérieux, elle envoie un nouveau message, cette fois-ci sur le téléphone de sa plus jeune fille.

Speaker 200:05:12

« Besoin de prendre un peu de temps pour moi, me retrouver. Bisous, je t'aime, vous me manquez. Fais passer le message. »

Jacques Pradel00:05:21

Rassurée d'avoir des nouvelles, la benjamine prévient son père. Alors oui, partir ainsi sans prévenir, c'est un peu surprenant, car en apparence, Karine et Michel forment un couple uni et sans histoire. Mais en réalité, dans l'intimité, leur union bat de l'aile.

Speaker 200:05:39

Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que Karine et Michel vivent sous le même toit. Tout le monde pense qu'ils sont encore ensemble, mais en réalité, ils sont séparés depuis déjà trois ans. La raison pour laquelle ils vivent ensemble, c'est des questions financières. C'est un couple qui ne roule pas sur l'or.

Speaker 400:05:55

Mes parents n'avaient plus aucune relation intime. Comme elles me disaient, on cohabite parce qu'il y a les enfants. On veut être présents tous les deux pour les enfants. Ils étaient dans une sorte de colocation.

Jacques Pradel00:06:06

Mais ce départ si soudain et sans en parler à personne, cela ne ressemble pas à Karine. Allait-elle si mal ? Pourquoi a-t-elle tout plaqué aussi brutalement ? Cache-t-elle un secret ? Parmi ses proches, celle qui possède peut-être une explication, c'est sa sœur Adélaïde. Les deux femmes n'ont que 15 mois d'écart, elles ont grandi ensemble.

Speaker 200:06:35

Ce sont nos grands-parents du côté papa, et notre père qui était là au quotidien pour s'occuper de nous.

Jacques Pradel00:06:43

Elles partagent une douleur commune, celle du départ de leur mère alors qu'elles ne sont encore que des enfants.

Speaker 200:06:50

Forcément, quand on vit l'absence d'une maman, je pense comme on peut quand on est une petite fille. Et oui, d'avoir une sœur près de soi, quand on partage les mêmes souffrances.

Speaker 300:07:04

Adélaïde Esquivillon, sœur de Karine.

Speaker 200:07:08

Parce qu'une maman, c'est essentiel. Quand elle n'est plus là, tout est dépeuplé. On avait un groupe d'amis commun, on partageait des fêtes ensemble, l'été, on partait ensemble. Bon, voilà, c'était vraiment pas la sœur jumelle, mais quasiment. On était vraiment complices.

Jacques Pradel00:07:37

Les deux sœurs sont inséparables et deviennent même mamans à quelques mois d'intervalle.

Speaker 200:07:43

Karine, c'était une maman vraiment poule. La maman protectrice, la maman attentionnée, la maman qui anticipe les besoins, la maman communiquante, quelqu'un d'ouverte d'esprit.

Jacques Pradel00:07:56

Alors, pour Adélaïde, son départ est incompréhensible. Après ce qu'elles ont vécu, comment aurait-elle pu envisager une seconde d'abandonner ses cinq enfants ?

Speaker 200:08:07

J'ai essayé d'imaginer ma sœur qui tombe amoureuse d'un autre homme, et puis ça met un peu des ailes dans le dos. Non, je n'y crois pas. Pascale ne serait pas partie sans ses enfants. Le départ de Karine est très surprenant pour toute sa famille. D'autant plus qu'on l'a dit un peu timide, un peu timorée. Elle a un peu peur de tout. Donc partir comme ça, du jour au lendemain, seule, ça paraît totalement insensé dès le début.

Jacques Pradel00:08:35

Ses proches en sont convaincus, ce n'est pas normal. Et l'inquiétude monte d'un cran lorsque, le 29 mars, deux jours après sa disparition, ils reçoivent un nouveau message troublant.

Speaker 200:08:47

Les enfants de Karine reçoivent des photos de la dune du Pilat, envoyées par le portable de Karine. Mais ce qui est assez étrange quand même, c'est qu'il n'y a pas de selfie de Karine. Elle ne se met pas à l'image, on ne voit rien du tout. On en parle avec mes frères en disant que c'est bizarre. Qu'est-ce qu'elle fait à la dune du Pilat ? Elle n'a pas de voiture. Écrire des SMS, c'est très compliqué pour elle. Ça lui met 20 ans pour écrire un SMS. Ça ne lui ressemble pas, ça ne va pas.

Jacques Pradel00:09:15

Pas de quoi appeler les gendarmes. Mais les deux fils aînés de Karine décident de faire quelques recherches sur Internet. Et en quelques minutes, ils découvrent que les photos envoyées par leur mère sont en réalité des clichés que l'on retrouve sur des banques d'images. À partir de ce moment-là, pour les enfants, plus de doute. Il est arrivé quelque chose à leur mère. Immédiatement, ils préviennent le reste de la famille.

Speaker 200:09:40

J'apprends la disparition de Karine le 31 mars par mon neveu, Thomas, qui m'appelle : « Tata, j'ai quelque chose d'important à te dire. Il vient de se passer quelque chose. Maman a disparu. » Et là, je ne comprends pas. Je n'y crois pas. Je me dis : « Ce n'est pas possible. » Tout de suite, j'ai un sentiment de quelque chose qui part en moi comme ça. Vraiment un sentiment de désagréable.

Je me dis : « Il s'est passé quelque chose. »

Jacques Pradel00:10:15

Toute la famille est désormais plongée dans l'angoisse, avec une question qui revient sans cesse : où est passée Karine ?

Speaker 200:10:23

Le fait qu'elle ne m'appelle pas, et qu'il n'y ait pas une amie, quelqu'un qui ait un lien, quelque chose, un petit signe, non, c'est mauvais. Ce n'est pas bon.

Speaker 400:10:32

Et là, c'est l'angoisse, parce qu'avec mes frères, on se disait : « Mais on n'a pas de nouvelles. »

Speaker 200:10:36

J'avais du mal à dormir. Je n'étais vraiment pas à paix. Enfin, j'étais vraiment très, très inquiète.

Jacques Pradel00:10:49

Les jours passent sans un signe de vie. La mère de famille semble s'être évaporée. Mais le 9 avril, coup de théâtre. Treize jours après sa disparition, tout s'accélère. Frédéric Ragé est le maire du village de Maché. Ce jour-là, il fait une découverte capitale.

Speaker 500:11:08

Un dimanche matin, je me promène avec mon épouse. On est sur un chemin, une petite balade. À partir de là, on a le choix.

Speaker 600:11:18

Soit on continue sur le cheminement pour rattraper la route derrière, ou alors, plus court, en traversant la route départementale qui est ici. Et donc là, en remontant sur le côté de cette route-là, on a retrouvé le téléphone dans le fond du fossé.

Speaker 300:11:32

Frédéric Ragé, maire de Maché.

Speaker 600:11:34

Quand on est sur le bord, on le voit bien. Pour quelqu'un qui passe en voiture ou un cycliste, on ne pouvait pas le voir.

Jacques Pradel00:11:41

Le maire s'approche et ramasse le téléphone. Quelqu'un l'aura sans doute perdu. Quand il le prend et tente de l'allumer, il remarque tout de suite un détail étonnant.

Speaker 600:11:51

Le téléphone, il est parfaitement propre, sec. Il est déposé depuis peu, avec un niveau de batterie qui était quand même très confortable. Je regarde l'écran et on voit tout de suite qu'il n'y a pas de carte SIM dans l'appareil. Et puis, en regardant dans les pochettes à l'intérieur de l'étui, on retrouve cette photo d'Evalouise Pial. Son nom, d'ailleurs, est marqué derrière la photo. Et on se dit clairement : « Elle s'est fait voler son téléphone et puis on l'a retrouvé là. Quelqu'un l'a balancé. »

Jacques Pradel00:12:16

Au moment de cette découverte, le maire ne sait rien de la disparition de Karine. Il se rend donc au domicile de la famille, mais la maison est déserte. Alors il contacte Michel Pial pour le prévenir.

Speaker 600:12:30

Donc je lui dis qu'il y a une photo d'Evalouise dedans. Il me répond d'emblée : « C'est le téléphone de Karine. » Je dis : « Très bien. » Et là, il me dit : « Elle a quitté le domicile, elle a fait un abandon de foyer et elle m'a piqué toutes mes économies. Et elle est partie avec le livret de famille. Et je n'ai plus de nouvelles. » Très bien, je referme le téléphone et je le glisse dans sa boîte aux lettres. Et là, du coup, lorsque je reviens chez moi, j'en parle à ma femme et je me dis : « Je ne sens pas ce truc-là. Il y a quelque chose qui ne va pas. » J'appelle la gendarmerie.

Jacques Pradel00:13:02

Lorsque le maire raconte son étrange conversation avec Michel, les gendarmes font une première recherche dans leurs fichiers. Ils tombent alors sur un signalement enregistré quelques jours plus tôt. Le 1er avril, soit neuf jours avant la découverte du téléphone par le maire de la ville, Michel Pial avait déposé une main courante. Le motif ? Le départ de Karine et la peur qu'elle enlève les enfants.

Speaker 200:13:28

Ce qui est assez étonnant, c'est qu'il fait une déclaration non pas de disparition, mais d'abandon de domicile.

Speaker 300:13:34

Caroline Nogueras, journaliste et autrice.

Speaker 200:13:37

Il ne dit pas ça par hasard, Michel. Pourquoi il dit abandon de domicile ? Parce qu'il a envie de garder les enfants. En tout cas, c'est ce qu'il dit aux gendarmes. Il a peur que sa femme revienne pour récupérer les deux derniers.

Jacques Pradel00:13:49

Et ce n'est pas tout. Il signale aussi que sa femme ne serait pas partie les mains vides. Elle aurait emporté des affaires, beaucoup d'argent et leur livret de famille, d'où sa crainte que les enfants ne soient enlevés par leur mère. De leur côté, les gendarmes tentent de rassurer le mari et ils en restent là.

Speaker 200:14:11

Il y a beaucoup d'adultes qui disparaissent du jour au lendemain sans donner des nouvelles à leurs proches. Ça arrive assez souvent, finalement, les disparitions volontaires, comme on les appelle. Donc ils ne s'alarment pas plus que ça.

Jacques Pradel00:14:23

Mais aujourd'hui, avec la découverte du téléphone abandonné, l'hypothèse d'un départ volontaire ne tient plus vraiment. L'affaire change d'ampleur et le parquet de La Roche-sur-Yon ouvre une information judiciaire pour enlèvement et séquestration. Lorsque la famille est prévenue, les sentiments se bousculent. De l'inquiétude, bien sûr, mais aussi un espoir qui renaît.

Speaker 400:14:48

L'angoisse, elle monte parce qu'on se dit : « Putain, le téléphone, il a été retrouvé là. À tout moment, elle est dans un caniveau à côté. »

Speaker 300:14:54

Evalouise Pial, fille de Karine et Michel.

Speaker 400:14:58

C'est horrible, mais les visions de l'horreur, elles y sont. Mais on est aussi énormément heureux et limite excités à cette découverte de téléphone-là, en se disant : « Mais on va peut-être trouver quelque chose. On va peut-être trouver un truc, une localisation, un numéro de téléphone, n'importe quoi, mais on va trouver un truc. »

Speaker 200:15:17

Et là, les gendarmes commencent à tiquer et se disent que peut-être il y a quelque chose de beaucoup plus grave sous cette affaire.

Jacques Pradel00:15:27

Pour les gendarmes, l'enquête commence et des grands moyens sont mis en œuvre pour retrouver Karine. Un hélicoptère est mobilisé, tous les points d'eau de la région sont dragués, les exploitations agricoles alentour sont minutieusement fouillées, en vain. Alors, ils se rendent chez Karine et Michel pour effectuer une perquisition. Peut-être y trouveront-ils des éléments qui permettraient d'expliquer le départ de la mère de famille.

Speaker 200:15:55

Il y a une première perquisition qui a lieu au domicile du couple. Les gendarmes vont vérifier absolument toute la maison. Il y a des chiens également, renifleurs, qui sont là. Ils vont sonder le puits dans le jardin. Ils vont vérifier absolument toutes les pièces de la maison, relever des traces ADN, etc. Michel n'a pas l'air inquiet. Il est là. Il trouve ça tout à fait normal qu'on fasse ces recherches chez lui.

Jacques Pradel00:16:19

Ces premières investigations ne donnent rien. Alors, la procureure lance un appel à témoins et les journalistes locaux s'emparent de l'affaire. Sacha Martinez travaille pour le quotidien régional Ouest-France. Lorsqu'il prend connaissance du dossier, son premier réflexe, c'est de joindre Michel Pial.

Speaker 700:16:40

On a un premier échange par téléphone où il me dit : « Voilà, vous êtes le premier journaliste à qui je parle. Je ne suis pas habitué du tout, mais moi, j'ai quand même envie qu'on sache un peu qui était ma femme et puis j'aimerais bien la retrouver. »

Speaker 300:16:52

Sacha Martinez, journaliste à Ouest-France.

Speaker 700:16:55

Donc il répond à quelques questions, mais il ne veut pas qu'on se rencontre en physique pour autant. Il ne veut pas que je rentre dans la maison. On fait ça par téléphone à peut-être 200 mètres d'écart.

Jacques Pradel00:17:05

Après ce premier contact avec la presse, Michel se dit qu'il tient peut-être le moyen de retrouver sa femme. Alors, il multiplie les interventions devant les journalistes et s'implique encore davantage dans les recherches.

Speaker 700:17:18

Une disparition inquiétante avec une maman, ça crée toujours de l'émotion. Donc on a rapidement des médias nationaux qui viennent jusqu'à Maché. Et Michel Pial, qui au début était quand même assez frileux, finit par ouvrir sa porte à quelques journalistes télé.

Speaker 800:17:37

Nous vous parlions la semaine dernière du mystère qui entoure Karine Pial. Cette mère de cinq enfants, est-elle vivante ? A-t-elle coupé les ponts volontairement ?

Jacques Pradel00:17:45

Et ça marche. La disparition de Karine fait désormais la une de tous les JT. De son côté, Michel Pial accorde de longs entretiens chez lui aux médias, comme ici sur TF1.

Speaker 400:17:58

Donc, monsieur ici.

Speaker 500:17:58

J'espère que le fait de vous parler, peut-être que quelqu'un, ça fera réagir quelqu'un.

Speaker 300:18:05

Michel Pial, mari de Karine.

Speaker 500:18:08

Voilà, c'est le seul espoir. Mon état d'esprit, c'est le même, c'est d'avoir des nouvelles. C'est un enfer. C'est un enfer d'attendre et puis de ne pas savoir.

Jacques Pradel00:18:19

Plus les jours passent, plus le mari multiplie les interviews journaux, télé, radio. Il accepte toutes les sollicitations.

Speaker 500:18:28

Tout ce qu'on veut, c'est avoir des nouvelles de Karine. On peut comprendre qu'elle puisse avoir envie de tout quitter. C'est pour ça que je tiens à préciser qu'on n'est pas dans le jugement. On veut vraiment avoir des nouvelles, être sûr qu'elle aille bien, qu'elle soit libre de ses mouvements et libre de communiquer, que personne ne l'empêche de quoi que ce soit.

Speaker 700:18:48

Je pense qu'il a eu un moment où, oui, il a pris goût à ça. Il y a eu une période où, vraiment, il répondait à toutes les sollicitations.

Jacques Pradel00:18:56

Un appétit pour les médias et un comportement qui interroge son entourage. Surtout que les détails qu'il donne au fil des interviews ont une fâcheuse tendance à évoluer.

Speaker 200:19:06

À chaque fois, il donne de plus en plus d'éléments. Sa version diffère un tout petit peu.

Speaker 500:19:12

Quand je suis rentré dans la maison, ma femme n'était pas... Enfin, j'ai appelé ma femme pour lui dire : « Appelle le collège parce que je vais être en retard. » Pas de réponse. J'ai fait le tour de la maison rapidement, etc. Et là, j'ai reçu un SMS me disant : « Bon, je pars. » Mais je ne l'ai pas vue partir. Sincèrement, moi, personnellement, de là, je n'ai rien vu.

Speaker 200:19:32

Donc, une fois, il va dire que c'est un Uber qui est venu chercher Karine. Une autre fois, il va dire que c'est un taxi. Une fois, il va dire qu'il a vu Karine s'engouffrer dans une voiture et partir. Une autre fois, il a simplement entendu un moteur de véhicule. Bref, les versions sont un peu changeantes.

Speaker 400:19:46

À la fois, je me suis sentie un peu mise à nu, parce que je me dis : « Là, on parle quand même de ma mère. » Mon père est filmé de l'intérieur de ma maison. Là, nos moments familiaux sont filmés aussi. Enfin, c'est très particulier, parce qu'on a l'impression un peu d'être à nu.

Jacques Pradel00:20:00

Et ces différentes versions commencent à éveiller les soupçons.

Speaker 400:20:04

Plus il y avait d'interviews, plus il y avait d'articles, plus il y avait d'incohérences. Donc de là, moi, je notais. Je lui disais : « Mais pourquoi tu as dit ça sur le journal ? Ce n'était pas ça ? » « Ah si, mais tu sais, je suis fatiguée. » Puis en final, non, c'était un peu ça et tout. J'avais envie de lui hurler : « Si tu sais quelque chose, dis-le. »

Jacques Pradel00:20:23

Ses proches ne sont pas les seuls à avoir des doutes sur l'authenticité de ses propos. Sur les réseaux sociaux aussi, la parole de Michel Pial est de plus en plus remise en question. Et certains vont même jusqu'à l'accuser d'être impliqué dans la disparition de sa femme.

Speaker 800:20:40

Plus il fait des interviews, plus il s'embrouille avec lui-même. Tout sonne faux chez lui. Tout.

Speaker 700:20:48

Et c'est vrai que c'était très violent et qu'il y avait beaucoup de gens qui s'étaient regroupés pour chercher des informations sur ce qui avait pu arriver à Karine. Au début, je pense que certains le voyaient d'un bon œil, parce que ça permettait de faire avancer l'enquête. Mais c'est vrai qu'on était sur une attaque ad hominem contre Michel Pial.

Jacques Pradel00:21:08

Loin de l'arrêter, ces attaques semblent glisser sur lui. Michel répond avec des messages parfois énigmatiques.

Speaker 700:21:16

Il met des espèces de photos avec des textes, notamment : « Nul n'est plus détesté que celui qui dit la vérité. » Et à ce moment-là, il se met dans la peau de la personne qui est persécutée et qui sait ce qui s'est passé et qui n'a rien fait. Et vraiment, il met en scène sa persécution.

Jacques Pradel00:21:35

Alors que la toile s'emballe et va même jusqu'à le désigner comme un suspect idéal, dans leur bureau, les enquêteurs s'activent.

Speaker 200:21:43

Ce qu'ils ne savent pas, c'est que dans l'ombre, les gendarmes vérifient tous ses faits et gestes et toutes ses apparitions médiatiques.

Jacques Pradel00:21:51

Pendant que le mari continue sa tournée des plateaux télé, les investigations avancent. En particulier, depuis que les gendarmes ont en leur possession un élément tangible, le fameux téléphone de Karine retrouvé par le maire de Maché. Et l'appareil commence à livrer ses vérités.

Speaker 200:22:10

Tout de suite, des indices troublants apparaissent. Le portable de Karine, depuis sa disparition abordée uniquement aux alentours de Maché.

Jacques Pradel00:22:17

Les expertises sont formelles. Le téléphone de Karine n'a jamais quitté le village. Alors qu'elle disait être à la Dune du Pilat, son téléphone bornait sur l'antenne se trouvant à côté du stade de Maché. Les enquêteurs vérifient alors les communications et la position des autres membres de la famille. Et là, surprise.

Speaker 200:22:37

Le portable de Karine, il a tout le temps borné à côté de celui de Michel Pial. Ce qui veut dire, selon les enquêteurs, que les textos envoyés ne sont pas envoyés par Karine, si elle a véritablement disparu, mais plutôt par Michel Pial.

Jacques Pradel00:22:51

Les gendarmes s'interrogent. Michel n'a-t-il fait que mentir en jouant le mari inquiet ? Sait-il où est sa femme ? Plus grave encore, Michel n'aurait-il pas envoyé lui-même ses messages depuis le portable de Karine ? Si c'est le cas, à quoi rime cette mise en scène ? Pour les enquêteurs, ces éléments issus de la téléphonie constituent une avancée majeure. Mais celui qui fait désormais figure de suspect numéro un ne se doute de rien.

Et il continue à afficher publiquement sa sérénité.

Speaker 500:23:29

Je fais totalement confiance à ces clients de recherche, franchement, parce qu'ils font un travail apparemment très important. Donc je compte vraiment sur eux.

Jacques Pradel00:23:38

Et il ne manque pas une occasion de prouver qu'il cherche activement sa femme, comme en ce jour de la fête des mères. Cela fait maintenant plus de deux mois que Karine s'est volatilisée et toujours aucune nouvelle. Le dimanche 4 juin, Michel Pial publie un message touchant sur ses réseaux, accompagné de dessins réalisés par leurs deux plus jeunes enfants.

Speaker 800:24:03

« Karine, si tu nous lis, sache que nous pensons tous très fort à toi. Les enfants te souhaitent une bonne fête des mères. Ils t'aiment et tu leur manques beaucoup. Donne des nouvelles, s'il te plaît. »

Jacques Pradel00:24:16

Les gendarmes ne sont pas dupes, mais ils ont besoin de preuves. Et ils continuent de travailler d'arrache-pied pour tenter d'en trouver. Peu à peu, l'étau se resserre. Nous parvenons, malgré tout, à joindre Michel Pial par téléphone. L'homme commence à sentir la pression qui s'exerce autour de lui.

Speaker 500:24:35

Les gendarmes, apparemment, tout le monde est autour de moi. La suspicion, elle est ailleurs. Je n'ai rien à foutre. Je n'ai rien à me brancher, à part le fait de ne pas avoir vu, quoi.

Jacques Pradel00:24:45

Durant toute la conversation, Michel Pial est sur la défensive. Il tente par tous les moyens de convaincre qu'il n'est pour rien dans la disparition de sa femme.

Speaker 500:24:55

Donc physiquement, de toute façon, je n'aurais pas pu... Déjà, il a eu du mal sans qu'elle me fasse du mal à moi. Deux, je n'aurais pas pu la porter. Parce que je n'arrive même pas à porter un poids. Voilà. Je suis malade. J'ai des problèmes au niveau des jambes, musculaires, articulaires. C'est impossible. En plus, déplacer un corps, je l'aurais déplacé où ? Je pense qu'ils ont borné mon téléphone de partout. Je pense qu'ils ont fouillé partout où j'étais. Ils ne peuvent rien trouver. C'est impossible.

Jacques Pradel00:25:21

Ces mots sont les derniers accordés aux médias. Quatre jours plus tard, et après plus de deux mois d'investigation, le couperet tombe. Les enquêteurs estiment avoir assez d'éléments pour placer Michel Pial en garde à vue. Dans le même temps, ils perquisitionnent de nouveau son domicile. Et cette fois-ci, ils vont faire des découvertes capitales.

Speaker 700:25:43

Ils vont faire une perquisition où ils vont ratisser toute la maison.

Speaker 200:25:47

La perquisition dure des heures. Et là, ils tombent sur le livret de famille de Karine. Or, qu'est-ce que Michel avait dit au départ ?

Speaker 300:25:54

Caroline Nogueiras, journaliste et autrice.

Speaker 200:25:58

Il avait dit que Karine était partie avec de l'argent, avec des effets personnels et avec le livret de famille. Donc là, c'est encore une preuve évidente que Michel ne fait que mentir.

Speaker 700:26:07

Et il y avait une trace, une micro-trace de sang dans la voiture de Michel Pial, voiture qui avait été embarquée par les gendarmes à ce moment-là.

Jacques Pradel00:26:25

À la gendarmerie de La Roche-sur-Yon, l'audition démarre. Michel Pial est accompagné de son avocat.

Speaker 700:26:32

C'est quelque chose, en réalité, d'assez classique. Vous arrivez en garde à vue, vous voyez votre client avec lequel vous avez le droit de vous entretenir 30 minutes.

Speaker 300:26:38

Antoine Haury, avocat de Michel Pial.

Speaker 700:26:41

Puis après, les questions s'enchaînent, les auditions s'enchaînent. Mais en tout cas, il était assez calme et il attendait ça puisqu'il s'y était préparé. Les seuls échos qu'on en a, c'est au moment où il sort du premier entretien de garde à vue. Michel Pial reste sur ses premières déclarations. Il n'a rien fait et ce n'est pas lui.

Jacques Pradel00:27:02

Prévenus, les proches de Karine et Michel sont stupéfaits. C'est le début d'une attente interminable.

Speaker 400:27:09

C'est les 48 heures les plus angoissantes. On ne sait pas pourquoi ils l'ont mis en garde à vue.

Speaker 300:27:15

Eva-Louise Pial, fille de Karine et Michel.

Speaker 400:27:18

On ne sait pas s'ils ont des preuves, on ne sait pas ce qu'ils soupçonnent. On n'a rien.

Speaker 200:27:22

Ça me bouleverse, ça remue les tripes. J'ai le cœur serré. Voilà, ça palpite fort, fort, fort.

Speaker 300:27:32

Adélaïde Esquivillon, sœur de Karine.

Speaker 200:27:35

On sait que 48 heures, ça va être long parce que j'étais sûre qu'il avait des choses à dire. Et c'était terrible.

Jacques Pradel00:27:47

À la gendarmerie et durant toute la nuit, les interrogatoires s'enchaînent et s'intensifient. Avec des techniques bien connues de Jean-Luc Ployer, expert psychologue auprès des tribunaux.

Speaker 600:28:02

Dans les premières heures de garde à vue, les enquêteurs le savent, il ne se passe pas grand-chose.

Speaker 300:28:08

Jean-Luc Ployer, expert psychologue auprès des tribunaux.

Speaker 600:28:12

Et puis, il y a ce qu'on appelle le mécanisme de l'entonnoir, si vous voulez. C'est-à-dire que progressivement, se met en place une espèce de fatigabilité psychique.

Speaker 700:28:21

Ce qu'on en sait, c'est qu'il y a des gendarmes spécialisés qui sont venus de Paris et qui sont chargés du profilage.

Speaker 300:28:28

Sacha Martinez, journaliste à Ouest-France.

Speaker 700:28:32

Et qui avait travaillé sur Michel Pial et sur comment le faire craquer en garde à vue. Et c'est dans la nuit où les gendarmes décident d'actionner ce levier-là et de lui présenter les éléments qu'ils ont pour essayer de le faire craquer.

Jacques Pradel00:28:46

Au fil des heures, Michel Pial se montre moins à l'aise que lors de ses passages télévisés.

Speaker 600:28:53

Après la première nuit, en général, là, les enquêteurs changent de braquet. Ils sont un petit peu plus contraignants.

Speaker 700:29:00

Ils ont ensuite abattu progressivement, si je puis dire, les cartes dont ils disposaient.

Jacques Pradel00:29:05

Les gendarmes présentent alors à Michel les éléments à charge. D'abord, les résultats troublants de la téléphonie. Ensuite, le livret de famille, finalement découvert chez lui. Et enfin, les traces de sang retrouvées dans la voiture.

Speaker 600:29:22

Dans les dernières heures, l'individu n'est plus sur ses gardes. Il y a moins d'hypervigilance. À la fois, j'allais dire psychique, mais également corporelle. Il est fatigué. Et à ce moment-là, il peut effectivement, ce qu'on dit couramment, craquer.

Speaker 700:29:37

Donc c'est comme ça qu'ils sont parvenus, si je puis dire, en l'acculant psychologiquement et en accumulant aussi des éléments qui étaient des éléments incriminants, qu'ils sont parvenus à débloquer quelque chose en lui.

Jacques Pradel00:29:53

À une heure du matin, après plus de 40 heures d'interrogatoire, Michel Pial craque. Face aux enquêteurs, il livre sa version des faits. Selon lui, tout aurait commencé par un geste accidentel alors qu'il nettoyait son fusil.

Speaker 700:30:09

Il indique qu'il manipulait effectivement une arme qui était chez lui et qu'un coup est parti dans des conditions sur lesquelles il s'est expliqué.

Speaker 400:30:18

Minutes.

Jacques Pradel00:30:18

Michel explique qu'il fréquente régulièrement un stand de tir et qu'il dispose donc d'une autorisation de détention d'arme. Et ce soir-là, il comptait mettre en vente son fusil sur Internet.

Speaker 700:30:30

Il dit qu'à ce moment-là, il nettoyait une arme et qu'en la nettoyant, accidentellement, un coup est parti tout seul. Que sa femme a été touchée au niveau du flanc, je crois, et qu'il n'a pas réussi à la sauver.

Jacques Pradel00:30:47

Mais les gendarmes veulent comprendre. Si c'est un accident, pourquoi Michel n'a-t-il pas tenté de joindre les secours ? Épuisé, l'homme reconnaît qu'il n'a pas eu la bonne réaction.

Speaker 700:30:59

Il va dire pourquoi il n'a pas appelé la police. Il explique qu'il était totalement paniqué et qu'il a essayé de lui porter secours a priori, mais qu'elle est morte assez vite. Dans une scène aussi traumatisante, aussi brutale, aussi violente que celle-ci, je pense qu'un grand nombre d'actions, par définition, ne sont pas prévisibles. Qu'en réalité, quand vous êtes saisi d'une forme de panique aussi forte que celle qui a dû le saisir, c'est bien difficile de savoir quelles sont les bonnes actions à effectuer.

Jacques Pradel00:31:31

Michel continue son récit. Il explique qu'après le décès de sa femme, il a chargé le corps dans son véhicule pour aller l'abandonner dans un bois. Un endroit où ils avaient l'habitude de se promener en famille. Les enquêteurs, accompagnés de Michel Pial, se rendent immédiatement sur place et retrouvent la dépouille.

Speaker 200:31:56

C'est un bois, environ une quinzaine de kilomètres du hameau où il habite. Le moment est assez glauque, y compris pour les enquêteurs. On est quand même en pleine nuit, il fait froid.

Speaker 700:32:06

Il explique qu'il l'a transporté en voiture et qu'il n'a pas pu l'enterrer, qu'il ne se voyait pas l'enterrer, donc qu'il l'a laissé là et elle est posée à même le sol sous une bâche.

Speaker 200:32:18

Le corps est abîmé puisque je rappelle que ça fait trois mois qu'elle a disparu. Et ça fait un peu froid dans le dos de se dire que cette femme avec qui il a vécu pendant plus de 20 ans, il l'a laissée là, abandonnée, en pleine forêt.

Jacques Pradel00:32:33

L'affaire qui fascine les Français depuis trois mois vient de trouver son dénouement.

Speaker 500:32:39

Moi, sincèrement, il y avait déjà un bon moment où je me doutais que de toute façon, on aurait ces tissus-là.

Speaker 300:32:45

Frédéric Ragé, maire de Maché.

Speaker 500:32:48

La seule question qu'on se posait, c'était où était le corps et quand est-ce qu'on le retrouverait.

Jacques Pradel00:32:55

Michel Pial a admis son implication dans le décès de sa femme et il a aidé à retrouver le corps de Karine. Au petit matin, c'est devant une nuée de journalistes que son avocat prend la parole. Michel Pial, lui, est envoyé derrière les barreaux.

Speaker 700:33:11

Michel Pial a été mis en examen pour meurtre sur conjoint et placé en détention provisoire. Il a décidé de s'expliquer. Il a effectivement donné sa version consistant à expliquer qu'il s'agissait d'un accident. Maintenant, c'est une instruction qui s'ouvre. Il est épuisé psychologiquement. C'était une garde à vue très éprouvante sur le plan psychologique. Il est épuisé physiquement également. Mais il est soulagé d'avoir pu donner sa version des faits et d'avoir pu livrer ce qu'il avait sur la conscience. Je vous remercie.

Speaker 400:33:39

Il est passé en détention aussi.

Jacques Pradel00:33:42

Pour les proches de Karine, c'est le choc. Le dernier espoir de la retrouver vivante vient de s'envoler. Et le nom de l'auteur leur glace le sang.

Speaker 400:33:53

Mon frère m'appelle en première. Effondrement total. Là, je m'écroule. Je suis dans le lit pourtant, mais je m'écroule quand même. C'est vraiment une sensation de froid qui est horrible. En fait, j'ai vraiment eu froid à ce moment-là. Et j'ai vraiment eu l'impression que là, la mort est à mes côtés. C'est un mélange de tout, de colère, de haine, d'incompréhension, de souffrance, de soulagement de la retrouver, de frustration de ne pas l'avoir trouvée plus tôt. Enfin, c'est de tout, en fait. Là, on a toutes les émotions possibles.

Speaker 200:34:23

Il lui a enlevé la vie. Il l'a arrachée à ses enfants.

Speaker 300:34:27

Emmanuel Billy, ami de Karine et Michel.

Speaker 200:34:30

Il leur a pris leur mère. Puis en plus, il s'en est débarrassé. Comment ça en jette un sac d'ordures ?

Speaker 400:34:39

Là, c'est difficile. Excusez-moi. Là, Thomas, il me dit : « On a retrouvé le corps de maman. » Et puis là, je crie, je crie. Je criais non. Je criais non, non, non. C'est tout. Je n'arrivais à rien faire d'autre. Je criais. Je tapais les murs et je criais. Ce truc horrible, il est là, il explose. Et là, vous prenez tout dans la figure.

Et là, je comprends que je ne reverrai jamais ma sœur.

Jacques Pradel00:35:18

Pour les gendarmes, c'est maintenant une autre enquête qui démarre. Karine Esquivillon a été retrouvée, son mari est sous les verrous, mais ils doivent vérifier si la thèse de l'accident tient la route. Et surtout, comprendre comment ce père de famille a pu cacher la terrible vérité pendant plus de 80 jours. Alors, pour le savoir, ils vont se plonger dans son passé et interroger ses proches.

Speaker 200:35:44

Les enquêteurs vont remonter dans le passé de cet homme. C'est ce qu'ils font à chaque fois pour essayer de comprendre pourquoi on en est arrivé là.

Speaker 300:35:51

Caroline Nogueiras, journaliste et autrice.

Speaker 200:35:54

Et ils vont questionner l'ex-femme de Michel Pial.

Jacques Pradel00:35:58

Ils apprennent qu'avant de rencontrer Karine, Michel a eu une autre vie et une première épouse. Nous sommes parvenus à joindre son ex-beau-frère. Encore bouleversé par les aveux de Michel, il accepte de témoigner sous couvert d'anonymat. Nous l'appellerons Victor.

Speaker 800:36:17

C'est la première fois que j'ai rencontré Michel Pial. C'était en 1996, chez des amis communs. C'est à l'occasion de cette soirée que Michel a mis le grappin sur ma belle-sœur. Il nous disait être en pourparler pour monter un grand projet de borne informatique qui servirait dans les aéroports, les gares. Mon épouse et moi-même n'étions pas dupes et on a vite compris que ça tenait de la mythomanie.

Jacques Pradel00:36:45

Michel et sa première épouse s'installent en Martinique. Là-bas naît leur premier enfant. Tout semble aller pour le mieux, même si les proches s'interrogent, car personne ne sait vraiment de quoi ils vivent.

Speaker 800:36:58

Personnellement, je n'ai jamais vu Michel travailler. Il était sur ce fameux projet qu'il lui fallait un petit peu de fonds pour vivre en attendant que les gens qui allaient financer son projet lui mettent l'argent sur son compte en Suisse. Et c'est grâce à ce moyen-là qu'il a réussi à soutirer de l'argent. Il y a bien 10 000, 15 000 euros qui ont été soutirés à ma belle-famille.

Jacques Pradel00:37:21

Mais au bout d'un moment, l'argent vient à manquer et la famille doit rentrer en métropole. Le couple ne résiste pas à ce retour.

Speaker 800:37:29

2002, c'est l'année où ma belle-sœur demande le divorce. Je pense qu'elles ont rendu compte qu'il lui avait raconté des histoires délirantes, que ces grands projets n'avaient jamais existé. Quand il s'absentait, en fait, il allait au casino.

Jacques Pradel00:37:44

Michel aurait donc menti sur ses projets professionnels et aurait flambé l'argent emprunté à la famille de sa femme.

Speaker 800:37:52

Une grande partie de l'argent qu'il a réussi à soutirer à ses proches a terminé dans des casinos. Et là, ils se retrouvent à vivre dans un bas de maison, un garage. Ils vont rester du cœur.

Jacques Pradel00:38:06

La séparation se passe très mal et se règle devant les tribunaux. Les enquêteurs qui travaillent sur le meurtre de Karine récupèrent les documents de l'époque et ils vont de surprise en surprise. Michel possédait en réalité un casier judiciaire déjà bien rempli. Au total, les gendarmes relèvent 11 condamnations, le plus souvent pour faux, usage de faux, contrefaçon et escroquerie. Et ça n'est pas tout. Victor, l'ex-beau-frère, raconte aux enquêteurs un événement pour le moins troublant, une scène inquiétante qui s'était déroulée au moment de la séparation.

Speaker 800:38:44

C'était en Haute-Savoie. Il a proposé une cueillette aux champignons. Ils en ont pris quelques-uns. Et de retour à la maison, il a fait une omelette qu'il a fait donc manger à ma belle-sœur, ma belle-mère et son amie de l'époque. Et lui n'en a pas pris, ni sa fille. Les trois qui en ont mangé ont été malades comme des chiens. Et surtout ma belle-sœur. À cette occasion, elle a dit qu'elle avait failli mourir et qu'elle n'avait jamais été aussi malade de sa vie.

Jacques Pradel00:39:17

Michel Pial aurait-il tenté d'empoisonner sa belle-famille ? Son ex-femme en est persuadée.

Speaker 800:39:23

Aujourd'hui, elle a le sentiment que c'était peut-être volontaire. Il en avait peut-être marre d'elle, qu'il n'avait plus rien à soutirer financièrement de ma belle-famille.

Jacques Pradel00:39:36

Pour l'avocat de Michel Pial, en revanche, ces accusations n'ont pas lieu d'être.

Speaker 700:39:41

Cette scène un peu imaginaire, monsieur Pial la conteste totalement.

Speaker 300:39:47

Antoine Haury, avocat de Michel Pial.

Speaker 700:39:50

Bon, on a des déclarations là-dessus. Pas une trace de dépôt de plainte alors qu'il s'agit quand même d'une infraction pénale extrêmement grave. L'empoisonnement, personne à ce moment-là n'a jugé bon de porter plainte contre lui.

Jacques Pradel00:40:03

Ruiné, seul et désormais divorcé, Michel Pial sort de ce premier mariage très affaibli.

Speaker 900:40:10

Dans un parcours de mythomanie, à partir du moment où on se rend compte qu'en fait, ils ne sont pas ce qu'ils sont, en définitive.

Speaker 300:40:18

Jean-Luc Poyer, expert psychologue auprès des tribunaux.

Speaker 900:40:22

À ce moment-là, il y a un risque de décompensation et éventuellement d'idées suicidaires, si vous voulez, ou de dépression.

Jacques Pradel00:40:32

Michel se réfugie dans l'alcool. Il est alors hospitalisé dans une clinique psychiatrique de la banlieue nord-parisienne. Et c'est dans cet établissement qu'il fait la rencontre d'une autre patiente, une certaine Karine Esquivillon. La jeune femme est alors âgée de 32 ans et sort elle aussi d'une rupture douloureuse. Abîmés par la vie, Michel et Karine se reconstruisent ensemble. À leur sortie de l'hôpital, ils décident d'emménager dans un appartement de la région parisienne et de fonder une nouvelle famille.

Speaker 400:41:08

Ils sont toujours restés discrets sur leurs rencontres, leur passé mutuel.

Speaker 300:41:12

Eva-Louise Pial, fille de Karine et Michel.

Speaker 400:41:16

Tout ce que je sais, c'est que ça a été un amour fou, passionnel. Ils se sont mis ensemble. Moi, je suis arrivée assez tôt. Quasiment un an, un an et demi après, je suis arrivée.

Jacques Pradel00:41:24

Ils partent ensuite en Bretagne, puis en Vendée et ont deux autres enfants. Véronique, une amie du couple, se souvient d'une famille unie.

Speaker 200:41:37

Karine et Michel, c'est un couple parfaitement uni. Ils respirent le bonheur, c'est les joies familiales, c'est autour des trois enfants.

Speaker 300:41:46

Véronique Monod, amie de Karine.

Speaker 200:41:49

C'est le couple qu'on rêverait de former avec un homme ou une femme.

Jacques Pradel00:41:55

À Maché, la vie suit son cours. Mais plus le temps passe, plus Michel fait peser sur le foyer une ambiance particulière. Il dirige tout et tout le temps.

Speaker 400:42:06

Il était maniaque du contrôle, mais à un niveau très élevé. Ma mère n'avait pas de carte bancaire. Elle n'avait pas de voiture non plus. Donc lui, gérait les comptes, gérait l'argent, gérait la voiture, gérait la boîte aux lettres aussi. Même moi, en tant qu'enfant, ça m'est déjà arrivé. Est-ce que je peux aller chercher le courrier ? La chose classique que tous les enfants ont dit au moins une fois dans leur vie. Non.

Jacques Pradel00:42:26

Michel contrôle aussi les appels téléphoniques de sa femme.

Speaker 200:42:31

Karine n'avait pas le droit d'avoir un téléphone portable.

Speaker 300:42:33

Caroline Nogueiras, journaliste et autrice.

Speaker 200:42:37

Elle a mis des années avant que Michel lui autorise d'avoir son propre téléphone. C'était un homme qui savait à la minute ce qu'elle faisait, ce qu'elle disait, avec qui elle était. Elle n'avait aucune plage de liberté dans sa vie. Il ne laisse rien au hasard. On a vraiment le sentiment qu'il fait vivre sa famille dans un espèce de huis clos, un peu oppressant, dans lequel aucun finalement n'a de vraie liberté.

Jacques Pradel00:43:03

Michel contrôle tout et pour cause, il ne quitte presque jamais la maison. Comme lors de son premier mariage, ses activités professionnelles demeurent un mystère pour son entourage. Depuis 18 ans qu'ils sont installés en Vendée, il n'a jamais travaillé pour personne. Il se dit brocanteur et prétend vivre de la revente d'objets sur Internet. Mais lors de leur enquête, les gendarmes s'aperçoivent qu'en réalité, pour gagner sa vie, il a repris ses anciennes habitudes.

Il enchaîne les mensonges et commet plusieurs petites escroqueries.

Speaker 200:43:38

Il annonce par exemple qu'il a un gros contrat avec Dassault pour plusieurs millions d'euros. Il va s'inventer un passé de militaire. Il ferait partie des forces spéciales. Il est tireur d'élite. C'est un secret, il ne faut pas en parler. Bref, il ne cesse de mentir.

Speaker 900:43:53

Le mythomane a aussi un rapport à la loi qui est très particulier. C'est-à-dire qu'il a une propension à la transgression.

Speaker 700:44:00

Michel Pial, il a déjà été condamné pour escroquerie.

Speaker 300:44:02

Sacha Martinez, journaliste à Ouest-France.

Speaker 700:44:06

Pour des faux lingots qu'il avait vendus via Le Bon Coin, je crois.

Jacques Pradel00:44:10

Alors Karine, comme sa première épouse, avait-elle découvert la face cachée de Michel Pial ? A-t-elle voulu le quitter ? Une dispute aurait-elle pu mal tourner ? C'est une hypothèse sur laquelle travaillent maintenant les gendarmes. En attendant d'autres investigations, les proches de Karine tentent de surmonter leur douleur. Le 1er juillet 2023, ils organisent une marche blanche. Plus de 300 personnes sont présentes.

Un moment de recueillement et d'hommage en mémoire de Karine.

Speaker 200:44:46

C'est comme une communion. On est réunis et on marche pour une victime.

Speaker 300:44:51

Adélaïde Esquivillon, sœur de Karine.

Speaker 200:44:54

Je pense que Karine, qui était très croyante, qui avait beaucoup de foi, c'est ce qu'elle aurait choisi. Et puis, on se fait un recueillement avec un petit autel où on peut déposer une fleur, une prière, une bougie.

Speaker 400:45:13

Je suis restée aux côtés d'Eva-Louise à l'avant du cortège. C'était des moments importants. C'était des moments de partage avec Eva-Louise où on se rappelait de sa maman, de tous ces moments qu'on a vécus lorsqu'elle était plus jeune. À travers Karine, c'est aussi le combat d'autres femmes. Et je me battrai jusqu'au bout contre ces féminicides.

Jacques Pradel00:45:38

Les obsèques ont lieu trois jours plus tard. Karine est inhumée dans le cimetière de la petite ville de Maché, en toute intimité.

Speaker 200:45:49

Je pense toujours à elle.

Speaker 300:45:50

Emmanuel Billy, ami de Karine et Michel.

Speaker 200:45:54

J'ai toujours ce mal-être qui me touche. Je pense toujours à ma carinette.

Speaker 400:46:12

Tous les jours, je prie, je pense à Karine et j'allume des bougies plusieurs fois par jour et je demande la lumière et la vérité pour Karine. La lumière et la vérité, c'est ce qu'on a besoin.

Jacques Pradel00:46:29

Pendant ce temps, l'enquête continue. Les gendarmes essaient de vérifier la thèse de l'accident présenté par leur suspect. Une autopsie est pratiquée sur le corps de la victime et cet examen ne contredit pas la version de Michel Pial.

Speaker 700:46:46

L'autopsie confirme ses déclarations, à savoir qu'un seul coup a été porté sur le flanc et l'autopsie confirme la présence d'un projectile à l'endroit où il indiquait que cela s'était logé. Donc, le seul élément objectif, si je puis dire, sur cette scène de crime confirme en l'état les déclarations de monsieur Pial.

Jacques Pradel00:47:05

Les enquêteurs travaillent désormais activement sur l'arme du crime et un accessoire retient particulièrement leur attention, le silencieux présent sur le fusil.

Speaker 200:47:15

Il y a un autre élément qui interroge les enquêteurs, c'est pourquoi sur la carabine, Michel a-t-il placé un silencieux ? Surtout qu'il explique que cette carabine, il l'a photographiée pour la mettre sur le Bon Coin et la vendre.

Speaker 700:47:27

Sauf que quand on nettoie une arme, avant de la vendre, on démonte le silencieux, on démonte tout. Alors pourquoi le silencieux serait resté sur la carabine au moment où... Moi, c'est cette partie-là qui m'interroge encore.

Jacques Pradel00:47:42

La présence du silencieux met à mal le scénario proposé par Michel Pial, à savoir la thèse accidentelle. Pour les proches de Karine aussi, cette version ne tient pas la route.

Speaker 400:47:54

À savoir que ma mère n'aimait pas les armes et était totalement contre ça. Que ma mère se retrouve dans la même pièce qu'une arme, impossible. Et soi-disant, l'arme lui serait glissée des mains et il aurait essayé de la rattraper. Et en fait, le coup serait parti, l'aurait touchée, elle se serait écroulée et elle serait morte. Ça, c'est sa version. Sauf qu'à quel moment, quand on fait tomber une arme, le coup part et bizarrement, elle la touche pile poil sur un coup fatal.

Jacques Pradel00:48:24

Aux yeux de la justice, la présence d'un silencieux pourrait même signer la marque d'une préméditation. Et ce n'est pas le seul élément qui contredit la thèse accidentelle. Les gendarmes, en effet, ont découvert dans son téléphone la présence d'un message troublant. Michel avait déclaré avoir reçu un SMS dans lequel Karine annonçait son départ, mais ce message a été en réalité écrit une première fois 15 jours plus tôt, puis effacé.

Speaker 700:48:53

Le message qui pose le plus question pour moi, c'est celui qui a été écrit 15 jours avant la mort de Karine. Donc, 14 mars, elle allait décéder le 27 mars. C'est le même SMS qui est envoyé à sa disparition, « Marre de vivre à deux, mais pas en couple », et qui a été effacé ensuite du téléphone de Michel Pial. Ça voudrait dire, si c'est bien Michel Pial qui a déjà envoyé ce texte-là, que dès le 14 mars, il avait dans l'idée de se débarrasser de sa compagne.

Jacques Pradel00:49:22

Michel aurait-il eu l'intention de mettre son plan à exécution deux semaines avant le drame ? Là encore, ce message effacé, mais récupéré par les enquêteurs, pose la question de la préméditation, un élément que conteste son avocat.

Speaker 700:49:37

Il est mis en examen pour meurtre sur conjoint et non pour assassinat.

Speaker 300:49:40

Antoine Haury, avocat de Michel Pial.

Speaker 700:49:43

Donc, cette préméditation, si je puis dire, elle a été en l'état exclue par les juges d'instruction.

Jacques Pradel00:49:53

Nous sommes en août 2023. Cela fait maintenant deux mois que Michel Pial est incarcéré au centre pénitentiaire de Vendée. Alors que l'instruction se poursuit, un ultime rebondissement vient conforter les doutes des enquêteurs. En plein été, les gendarmes sont avertis d'une nouvelle affaire le concernant. Une famille vient tout juste de déposer plainte contre lui. Michel Pial serait l'auteur d'une toute dernière arnaque.

Il aurait escroqué une famille ukrainienne réfugiée en France. La première fois que Sacha Martinez, le journaliste de Ouest-France, entend parler de cette affaire dans l'affaire, c'est en octobre 2023, huit mois après la disparition de Karine.

Speaker 700:50:41

La première personne qui me parle de cette famille ukrainienne, c'est une cousine de Karine qui me dit : « Cherchez-les, ils auront forcément des choses à vous dire. » Donc, c'était un père et deux fils que Michel Pial a aidés.

Speaker 300:50:52

Il n'existe pas de chiffre officiel, mais on estime à 4 000 le nombre de réfugiés ukrainiens arrivés en France depuis une dizaine de jours.

Jacques Pradel00:51:00

Lorsque la guerre en Ukraine éclate en février 2022, des familles arrivent en France pour se réfugier et de nombreux bénévoles les aident à s'installer. Michel Pial en fait partie.

Speaker 200:51:12

Karine et Michel ont été tout de suite touchés par cette déportation forcée. Donc, ils les ont aidés à aller à la mairie, au consulat, faire des papiers. Et ils sont arrivés à faire venir la fille et la femme de cette personne.

Jacques Pradel00:51:30

La famille ukrainienne enfin réunie, Michel prend les choses en main comme à son habitude. Les réfugiés ne parlent pas français, alors il va s'occuper à leur place des démarches administratives. C'est lui qui va remplir leur demande d'aide sociale. Il va les aider à créer un compte en banque.

Speaker 700:51:48

Et Michel Pial prend la responsabilité de tout ça et il les prend un peu sous son aile. Ils vont même habiter à Maché quelque temps. Et de cette relation de confiance qu'il a nouée avec eux, il leur a proposé de créer un compte en banque sur lequel ils pourraient obtenir les prestations sociales auxquelles ils ont droit quand on est réfugié.

Jacques Pradel00:52:10

Mais alors que Michel est incarcéré pour le meurtre de Karine, la famille ukrainienne tente de récupérer son argent. Et là, surprise, il n'y a plus un sou en banque. Michel aurait ainsi détourné près de 20 000 euros sur un autre compte à son nom, domicilié au Luxembourg. Une affaire loin d'être anodine pour les enquêteurs, car les gendarmes sont toujours à la recherche d'un éventuel mobile. Et cette histoire pourrait bien en être un.

Karine aurait-elle découvert la supercherie ? Celle que tout son entourage décrit comme loyale et généreuse aurait très bien pu menacer de le dénoncer.

Speaker 400:52:50

Elle a pu effectivement avoir des soupçons sur ce qui se passait véritablement.

Speaker 300:52:54

Véronique Monod, amie de Karine.

Speaker 400:52:57

Et avoir des doutes sur cet homme qui vivait avec elle depuis de nombreuses années.

Jacques Pradel00:53:03

Michel Pial est extrait de sa prison pour être interrogé par la juge d'instruction. Mais l'homme réfute en bloc toutes ces accusations. Il demeure donc présumé innocent.

Speaker 700:53:16

Monsieur Pial, évidemment, se défend d'avoir eu l'intention de tuer sa femme. L'instruction, en l'état, n'a pas permis d'établir un élément déclencheur, un déclic, en un mot, un mobile donné à monsieur Pial pour tuer sa femme.

Jacques Pradel00:53:31

Du côté des gendarmes, de nombreuses questions demeurent.

Speaker 700:53:35

Les gendarmes et le juge d'instruction n'ont pas suffisamment d'éléments.

Speaker 300:53:39

Sacha Martinez, journaliste à Ouest-France.

Speaker 700:53:42

Pour passer d'une mise en examen pour meurtre à une mise en examen pour assassinat. C'est pour ça que l'enquête risque de durer encore un moment, parce qu'à mon avis, ils vont chercher à prouver cette préméditation.

Jacques Pradel00:53:55

À ce jour, l'instruction continue. Elle devra déterminer si Michel Pial doit être renvoyé devant les assises. Dans ce cas, le jury sera appelé à trancher pour savoir si le meurtre de Karine est accidentel comme le prétend le suspect ou bien prémédité comme semblent le suggérer certains éléments de l'enquête. En attendant, les proches doivent désormais apprendre à vivre sans Karine.

Speaker 400:54:22

Karine me manque chaque jour. Elle fait partie de moi. C'est un bout de moi. Elle était tellement joyeuse, Karine. Elle était tellement gentille.

Speaker 300:54:37

Adélaïde Esquivillon, sœur de Karine.

Speaker 400:54:42

Comment il a pu lui faire du mal ?

Jacques Pradel00:54:48

Un drame pour les trois enfants du couple qui ont perdu dans le même temps leur mère et leur père.

Speaker 400:54:54

Alors aujourd'hui, je ne le considère plus comme mon père. Je suis totalement dans ce rejet-là. Alors ok, ça reste mon père biologique, oui. Il a vraiment commis l'irréparable. Je ne peux pas le pardonner de ça.

Speaker 300:55:06

Eva-Louise Pial, fille de Karine et Michel.

Speaker 400:55:10

Je ne peux pas. Et c'est vrai que quand on se regarde dans un miroir, il y a autant les traits de sa mère qui ressortent, mais aussi les traits de son père qui ressortent. Et ça fait mal, parce que notre propre reflet, on en est nostalgique parce qu'il nous fait penser à notre mère, mais on le déteste parce qu'il nous fait penser à notre père à ce moment-là. Il y a toujours cette dualité qui déchire, qui est toxique, qui fait mal.

Jacques Pradel00:55:41

S'il est reconnu coupable du meurtre de sa femme, Michel Pial risque jusqu'à 25 ans de réclusion criminelle. Vous venez d'écouter Chronique Criminelle. Si l'épisode vous a plu, n'hésitez pas à mettre des étoiles, à commenter ou à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée. Et retrouvez dès la semaine prochaine un nouvel épisode de Chronique Criminelle.

Episode description

Cette affaire a fait la Une de la presse pendant de longues semaines en 2023, et les Français ont suivi avec passion les rebondissements de ce drame familial… 

Le 27 mars, Karine Esquivillon, une mère de famille sans histoires, disparait mystérieusement… Immédiatement, ses proches et ses enfants lancent des appels désespérés pour qu’on retrouve Karine. Sans résultat…

Dans le même temps, il ne se passe pas un jour, sans que l’on voie Michel Pialle, son mari, se plaindre face caméra que sa femme l’a volontairement abandonné, lui et ses 5 enfants… 

Mais le reste de la famille n’y croit pas. Et les enquêteurs, aussi, commencent à avoir des doutes… Alors que s’est-il réellement passé ? La réponse dans ce podcast inédit de Chroniques Criminelles, raconté par Jacques Pradel.

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