This episode of Chronique Criminelle, presented by Jacques Pradel, revisits the case of Marie-Claude Franz, found shot dead in her bed in Trévenans, near Belfort, on 28 October 2019. Her husband, Fabrice Franz, first described the death as a suicide, but gendarmes noticed inconsistencies at the scene, including the side of the wound and the weapon used.
Listeners will follow the investigation through family testimonies, wiretaps, a confession later retracted, and the financial and family disputes cited by prosecutors. The episode ends with the 2023 trial in Belfort, where Franz was sentenced to 30 years for murder.
In this episode Jacques Pradel, Cindy Bernard, Gilles Ciavaldini, Jean-Charles Darré, Julien Robin, Jérôme Pischoff, Patrick Coulon
This transcript of the Marie-Claude Franz episode was made with HappyScribe technology, the same technology behind the Google Meet note taker.
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Crimes passionnels, disparitions inquiétantes ou machinations diaboliques : percez les secrets des faits divers les plus marquants, et plongez au cœur des affaires les plus étonnantes de l'histoire judiciaire. La découverte de la vérité ne tient parfois qu'à un fil. Bienvenue dans « Chronique Criminelle ». Dans cet épisode : l'affaire Marie-Claude Franz. Pour ce podcast inédit, je vous emmène à Trévenant, un village situé près de Belfort.
C'est là que, le 28 octobre 2019, Fabrice Franz découvre sa femme Marie-Claude morte sur son lit, d'une balle dans la tête. À première vue, il s'agit d'un suicide, mais les gendarmes vont rapidement mettre au jour un meurtre machiavélique, orchestré de main de maître par un coupable manipulateur et rusé. À découvrir dans ce nouveau podcast de « Chronique Criminelle ».
Cette affaire sordide a tenu en haleine pendant de longs mois la brigade de recherche de Belfort. Et si l'assassin est aujourd'hui en prison pour de nombreuses années, c'est grâce à la perspicacité de Gilles Ciavaldini, le directeur d'enquête, et de son équipe.
Nous, on n'a fait que notre travail. On a essayé de le faire du mieux possible, parce que c'est notre mission.
Gilles Ciavaldini, major de gendarmerie et directeur d'enquête.
Avoir la vérité, la vraie vérité, de ce qui a pu réellement se passer le 28 octobre 2019, lorsque nous découvrions les faits.
C'est l'histoire d'un crime qui a failli être parfait. Pour bien comprendre ce qu'il s'est passé, il faut remonter plusieurs dizaines d'années auparavant. Tout commence dans le département du Doubs, en région Franche-Comté, à environ 40 kilomètres de Besançon.
Une région majoritairement rurale, où il y a beaucoup de petits villages très typiques. Virginie Selvetti, journaliste. Avec les églises comtoises, avec des rivières, des forêts, des grandes plaines, des champs.
C'est une région particulièrement boisée, faite de lacs, d'espaces verts.
Jean-Charles Darré, avocat de la défense.
C'est une très, très belle région.
C'est ici, à Morteau, que Marie-Claude Pourcelot vit avec sa fille unique, Sandra.
Maman, c'est quelqu'un d'extrêmement gentil, extrêmement bienveillant.
Sandra, fille de Marie-Claude.
Elle m'a élevée seule, et on est très fusionnels. Enfin, on s'est toujours très, très bien entendues.
Marie-Claude travaille comme ouvrière couturière dans une usine. Elle est séparée du père de Sandra. Une histoire très compliquée, dont elle a beaucoup souffert. Mais en 1991, alors qu'elle a 35 ans, le destin finit par lui sourire. Du jour au lendemain, une rencontre vient bousculer son quotidien de mère célibataire.
À cette époque, sa fille Sandra, âgée de 14 ans, fait la connaissance d'un certain Fabrice Franz, un homme bien plus jeune que sa mère.
J'ai rencontré Fabrice Franz par rapport à la musique, parce que moi, à l'époque, j'étais passionnée de musique, et puis bon, lui aussi. Et je l'ai présenté à ma maman quelques mois après notre rencontre.
Il n'a pas d'enfants. Il est divorcé de sa première épouse.
Julien Robin, avocat de la défense.
Et c'est vrai que c'est vraiment le coup de foudre au départ avec Marie-Claude, qui, étant 10 ans son aînée, ça ne pose strictement aucune difficulté.
Fabrice Franz n'a que 25 ans lorsque Marie-Claude le rencontre la première fois. Malgré leur différence d'âge, elle tombe immédiatement sous son charme.
Alors, c'est quelqu'un qui a énormément de charisme, qui emporte assez rapidement la conviction. C'est un grand gaillard qui aime s'entourer d'amis, qui aime recevoir les gens chez lui.
Et on a quelqu'un, effectivement, qui est décrit comme plutôt sympathique. Cindy Bernard, substitut du procureur.
En tout cas, très gentil avec Marie-Claude.
Très vite, Fabrice et Marie-Claude ne se quittent plus. Et en 1995, après quatre ans de vie commune, ils décident de se marier. Pour Sandra, qui est le témoin de sa mère, pour leur famille et leurs amis, c'est un moment de joie inoubliable.
Alors, moi, j'étais vraiment heureuse pour ma maman, parce qu'en fait, elle ne s'était jamais mariée. Et c'était important pour elle, voilà, d'avoir une belle robe de mariée.
Ah oui, elle était resplendissante. Je la verrais toujours devant la mairie à Morteau. Oui, qui se tenait, qu'on prenait les photos avant d'entrer à la mairie. Monique, sœur de Marie-Claude. On était heureux pour eux. C'était un beau mariage. Oui. Oui.
Et vraiment, épouser cet homme qu'elle aimait, pour elle, c'était vraiment la consécration, quoi. C'était vraiment son bonheur, quoi.
Quelque temps après leurs noces, ils montent ensemble une société de sonorisation de spectacles et de concerts. Tandis que Marie-Claude assure l'administratif, Fabrice Franz, devenu entre-temps ingénieur du son, est sur tous les fronts.
C'est-à-dire qu'il s'occupe de gérer des événements, il couvre des festivals. Ça peut être la fête de la saucisse à Colmar, ou ça peut aller jusqu'aux Eurokenn de Belfort.
C'est quelqu'un qui travaillait beaucoup, qui ne ménageait pas sa peine. Ce qui était aussi le cas de son épouse, puisqu'ils ont travaillé ensemble dans cette société longtemps.
Une entreprise très florissante, qui va leur permettre d'acheter un joli pavillon à Trévenant, dans le territoire de Belfort. Pour Marie-Claude, l'ancienne ouvrière, c'est un vrai changement de vie.
Ils ont tous les deux une situation confortable. Ils ont une très belle maison dans cette résidence pavillonnaire, avec une piscine très agréable.
Une maison d'habitation qui est tout à fait spacieuse.
Jérôme Pischoff, avocat des parties civiles.
Bien entretenu. On sent un intérieur qui a été vraiment décoré, en tout cas dans lequel on s'est investi.
À quelques kilomètres de Belfort, le couple très amoureux mène une existence confortable. Séverine est à la fois leur amie et leur plus proche voisine.
Ça me faisait sourire, parce que c'était mignon.
Séverine, amie et voisine du couple Franz.
Oui, mon amour. D'accord, mon amour. Fais attention sur la route, mon amour. Bisous, je t'aime. Mais vraiment, comme des adolescents, quoi.
Il y avait vraiment beaucoup de mots d'amour, qui sont toujours en train de se toucher. Ils étaient très attentionnés l'un envers l'autre, beaucoup.
Moi, je suis très heureuse déjà pour ma maman, parce que j'estime qu'elle mérite quelqu'un de bien, quelqu'un de gentil, quelqu'un de bienveillant.
Ils se complétaient bien tous les deux. C'était vraiment le couple parfait, idéal, vraiment.
Ainsi s'écoule la vie de Marie-Claude. Une belle histoire d'amour avec Fabrice, qui dure depuis presque trois décennies, et Sandra, sa fille unique, qui lui a donné trois petites filles qu'elle adore. À 65 ans, elle a tout pour être heureuse. Jusqu'à ce terrible 28 octobre 2019, 28 ans après leur rencontre.
Un lundi qui, pour le couple Franz, commence le plus naturellement du monde. Comme chaque matin, Marie-Claude et Fabrice se lèvent aux environs de 7 h 45.
Marie-Claude est une femme très coquette, et elle avait pris l'habitude de s'habiller au saut du lit avant même d'avoir avalé son petit-déjeuner.
Temps pendant lequel son époux va lui préparer son petit-déjeuner, son thé, etc. Ils se retrouvent pour ce petit-déjeuner, et ensuite vont vaquer à leurs occupations respectives.
Fabrice va dans la buanderie qui jouxte le garage.
Il range ses micros, ses ustensiles divers et variés. Et sur les coups de 8 h 30, il explique qu'il entend une très forte détonation.
En entendant ce bruit, Fabrice court, affolé, vers l'intérieur de la maison.
Il dit que paniqué, il revient dans le logement, qu'il cherche dans les pièces, qu'il regarde à droite, à gauche, dans le salon. Et Fabrice Franz cherche sa femme, l'appelle, l'appelle, elle ne répond pas. Il se dirige donc dans la chambre, et là, constate qu'elle s'est tiré une balle dans la tête.
Lorsqu'il pénètre dans la chambre, c'est le choc. Fabrice découvre Marie-Claude immobile, allongée sur le lit, et juste à côté d'elle, une arme à feu.
Sa première réaction, c'est de s'emparer de l'arme, de la neutraliser.
Forcément, il la manipule. En extrayant les cartouches du barillet de cette arme, et par la suite, il va donc reposer l'arme sur la table de chevet.
Fabrice a agi par réflexe pour sécuriser les lieux, mais très vite, il comprend ce qui vient de se passer. Sa femme ne respire plus, elle a un impact de balle en plein milieu du crâne.
Il sait très bien que cette balle aura manifestement fait des dégâts irrémédiables, et que son épouse, de toute évidence, ne peut pas survivre à ça.
Il est évidemment totalement effondré, et son premier réflexe sera d'appeler la fille de son épouse pour lui faire part de cette nouvelle dramatique.
En ce lundi 28 octobre, il est précisément 8 h 48. Le nom de Fabrice s'affiche sur le portable de Sandra, la fille de Marie-Claude. Elle se trouve dans le département du Doubs, à 80 kilomètres de Trévenant. Un moment qui restera à jamais gravé dans sa mémoire.
Le téléphone sonne, c'est donc mon beau-père. Donc là, je réponds, et il est en pleurs en me disant : « Ta maman est morte, il n'y a plus rien à faire. » Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Il me dit : « Elle s'est tiré une balle dans la tête. »
Sur le moment, pour Sandra, les mots prononcés par Fabrice, son beau-père, ont quelque chose d'irréel. Mais en une petite fraction de seconde, c'est toute son existence qui bascule.
Elle est décédée. Là, c'est vraiment... Oui, la sidération, quoi. En fait, j'ai du mal à me rendre compte. Je suis vraiment perdue, perturbée. Je suis vraiment en état de choc, quoi. Et c'est vraiment une des pires choses qui puisse m'arriver, le fait que ma maman soit décédée.
Sandra, fille de Marie-Claude.
Et donc, je lui dis : « Mais est-ce que tu as appelé les secours ? Est-ce que tu as appelé les pompiers ? » Il me répond : « Non, non, il n'y a plus rien à faire, c'est terminé. »
Sandra, complètement sonnée, prend aussitôt la route pour rejoindre Trévenant. Fabrice, lui, compose le numéro des sapeurs-pompiers.
Il appelle les services de secours en disant : « Elle s'est tiré une balle dans la tête, elle s'est tiré une balle dans la tête, elle est morte, venez vite. »
Lorsque les sapeurs-pompiers arrivent, monsieur Franz est éploré, anéanti, il est abattu par ce qui vient de se passer.
Là, il voit Fabrice Franz assis dans le canapé du domicile. Virginie Selvetti, journaliste. Il a du mal à parler, il est en larmes, en état de choc.
Ce lundi matin, Gilles Siavaldini s'en souvient comme si c'était hier. À l'époque, ce gendarme commande la brigade de recherche du territoire de Belfort.
Je reçois donc un appel du centre opérationnel de la gendarmerie.
Gilles Siavaldini, major de gendarmerie et directeur d'enquête.
Il nous informe qu'il s'agit d'un suicide par arme à feu.
Gilles se rend immédiatement sur place à Trévenant. Il ne le sait pas encore, mais cette journée va marquer le point de départ de l'affaire la plus marquante de toute sa carrière. Il arrive au domicile des époux Franz en même temps que Patrick Coulon, ce collègue gendarme qui est technicien en identification criminelle, a lui aussi été réquisitionné.
Quand j'arrive sur les lieux, c'est une maison cossue, donc belle maison, avec un extérieur très joli.
Patrick Coulon, technicien en identification criminelle.
Je rentre à l'intérieur, le personnel du SAMU est encore sur place. On voit l'époux qui est assis sur un canapé avec les pompiers, en train d'échanger. Je ne vais pas directement vers lui, je veux m'imprégner de la scène d'infraction.
Ensemble, Gilles et Patrick se dirigent vers la chambre du couple. La pièce où se trouve le corps a été entièrement gelée pour les besoins de l'enquête.
Donc, je m'approche de la chambre. Mes camarades techniciens en identification criminelle sont déjà affairés autour du corps et dans la chambre, afin de travailler. Madame Franz est sur son lit, comme si c'était une personne qui se reposait. Elle est vêtue, elle est habillée, elle est maquillée. On voit que c'est quelqu'un d'apprêté. Donc, on voit cette personne allongée, comme si elle était au garde-à-vous dans son lit, bien raide, la tête bien droite.
On constate effectivement qu'il s'agit d'un décès par arme à feu.
Elle paraît tout à fait paisible, et on a par contre, effectivement, cet impact de balle au niveau de son front, donc au niveau temporal gauche.
Patrick, l'expert en identification criminelle, commence à examiner le corps de Marie-Claude, et d'emblée, quelque chose lui saute aux yeux.
Ma première surprise, c'est l'orifice d'entrée de la balle dans le front de madame, du côté gauche. Monsieur Franz m'a déclaré que c'était une personne qui était droitière.
Parce qu'en effet, avec une victime droitière, on s'attend à un impact côté droit du front avec une arme à feu, alors que là, on voit que l'impact est à gauche.
Quelque peu surpris, les gendarmes poursuivent leurs constatations. Et un autre élément attire leur attention : la taille de l'arme à feu qui se trouve dans la chambre.
Je vois à côté du corps, sur une table de chevet, un revolver type .357 Magnum, donc une arme assez puissante, avec ses munitions posées à côté.
C'est une arme quand même de gros calibre, qui est assez lourde. Moi, ce qui me choque, c'est de voir une dame, toute menue, toute frêle, utiliser ce type d'arme à feu.
L'arme pèse plus d'un kilo et mesure près de 30 centimètres. Et lorsqu'ils examinent de plus près l'impact, une autre interrogation se pose aussitôt.
Le tir a été pratiqué à bout portant, et non à bout touchant, à 5 centimètres du visage.
Quelqu'un qui se suicide généralement avec une arme, il se suicide à bout touchant, et non pas à bout portant.
Au fil de mes constatations, ça coince. Ce n'est pas normal.
Quelque chose ne va pas.
La position du corps, l'arme utilisée, et cette trajectoire de la balle côté gauche, plusieurs éléments sur cette scène intriguent Gilles Siavaldini, le directeur d'enquête.
Je pense qu'il est temps d'avoir un contact avec le mari. Voilà. Pour avoir à chaud ses premières impressions, pour connaître sa réaction, et surtout pour connaître sa narration des faits.
Il est le seul et unique témoin de la scène.
Jean-Charles Darré, avocat de la défense.
Et les explications qu'il s'apprête à donner aux enquêteurs sont tout à fait fondamentales.
Donc, la première question qu'il se pose et qui sera posée : comment madame Franz entre en possession de cette arme ?
À quelques mètres du corps de sa femme, Fabrice Franz est dans un état second. Il se remet très difficilement de ses émotions. Pourtant, sa réponse est immédiate.
Monsieur Franz nous répondra très simplement : « Je suis tireur sportif, j'ai de nombreuses armes, je suis passionné d'armes. »
Et comme la législation l'exige, celles-ci sont entreposées dans un coffre-fort sécurisé qui est fermé à clé.
Marie-Claude n'avait pas connaissance de l'endroit où la clé était cachée.
Julien Robin, avocat de la défense.
Monsieur Franz explique cela pour des considérations de sécurité.
Et il dit a posteriori, finalement : « Je pense que j'ai pu oublier de fermer cette armoire forte. » Cindy Bernard, substitut du procureur. « Alors que je n'oubliais jamais. »
Selon lui, Marie-Claude aurait profité de cet oubli pour s'emparer de l'arme et de ses munitions. Gilles, le gendarme, prend note et poursuit cette première audition du mari.
On lui pose la question de savoir : « OK, votre femme s'est suicidée, mais quel était le motif du suicide ? »
Il ne paraît pas surpris du suicide de sa femme. Il ne se dit pas : « Je tombe des nues, tout allait bien, ça me paraît invraisemblable. » Il y voit tout de suite des causes.
Malgré les apparences d'une vie parfaite, et derrière son sourire, dit-il, Marie-Claude traversait une période extrêmement difficile. Il évance même plusieurs raisons à cela.
Monsieur Franz nous dira très, très clairement que sa femme sortait d'un épisode très douloureux. Elle avait des problèmes de dos, elle avait dû porter un corset pendant plusieurs années.
Marie-Claude était très fragilisée par des problèmes de santé, des céphalées, des migraines très importantes qui l'avaient conduite à voir de nombreux spécialistes.
Et surtout, ajoute-t-il, elle s'était fâchée avec Sandra, sa fille unique. Au centre de cette brouille qui s'éternisait depuis des mois, une sombre histoire de succession et d'héritage.
Tout de suite, il va pointer Sandra comme la cause du suicide de Marie-Claude. Il va dire qu'elle ne se sentait pas bien depuis des mois à cause de ça, qu'elle a été repoussée par Sandra. Cette relation très conflictuelle avec sa fille l'a amenée à entrer dans une grande dépression.
Des problèmes de santé et les disputes avec sa fille, voilà pour Fabrice Franz les raisons qui auraient pu pousser sa femme à se suicider. D'ailleurs, pour preuve, il présente spontanément son téléphone aux enquêteurs.
Il me dit qu'il a reçu un message de la part de son époux juste avant qu'elle commette son acte désespéré.
Un message d'adieu que Marie-Claude a envoyé à 8 h 41 précise. « Pardon, mon amour, de t'abandonner. Je ne peux plus supporter ce manque. Je t'aime. » Et il associe ce manque tout de suite à Sandra et à ses petites-filles. Et pendant toutes ces déclarations, Fabrice Franz est sous le choc. Il pleure, il a du mal à reprendre son souffle. Vraiment, il est effondré.
Pendant l'audition, Gilles, le major de la gendarmerie, ne le quitte pas des yeux. Il fait face à un homme totalement éploré, même s'il y a quelque chose dans son attitude qui l'interpelle.
Il avait cette main droite qui n'arrêtait pas de trembler, de manière incontrôlée. Une main qui tremble et qui n'arrête pas de trembler. Ce geste n'était pas anodin et était pour moi, pour certains peut-être un détail, mais pour moi c'était un signe plus que troublant.
Immédiatement, le flair d'enquêteur de Gilles, qui est directeur d'enquête, est en alerte.
Les gendarmes ne laissent rien transparaître. Pourtant, les questions se bousculent. Ce tremblement trahirait-il quelque chose de suspect ou serait-il dû au seul choc post-traumatique ? En l'état, difficile pour eux d'en tirer des conclusions trop définitives. Pendant que les constatations se poursuivent, Sandra, la fille de Marie-Claude, ne réalise toujours pas ce qui arrive.
Elle a juste réussi à prévenir Monique, sa tante.
C'est Sandra qui m'a appelée : « Maman est morte, maman est morte. » Je me suis écroulée par terre, je n'avais plus de jambes.
Monique, sœur de Marie-Claude.
Je lui ai dit : « Qu'est-ce que tu racontes ? Ce n'est pas possible. Viens me retrouver, viens, descends, viens me retrouver à Trévenant, devant la maison. » C'est ce qu'on a fait.
Lorsque Sandra et Monique arrivent devant la maison de Marie-Claude, elles sont bloquées par les gendarmes qui les empêchent d'entrer.
Je voulais voir ma sœur. Je criais, je tenais pas en place, je voulais entrer, mais c'était impossible. Pour que je réalise, il fallait que je la voie.
Et en fait, le sac mortuaire sort de la maison et il l'emmène dans le camion. Et c'est là où je me dis : « Oui, elle est dedans, en fait. »
Sandra, fille de Marie-Claude.
C'est vraiment à ce moment-là que je commence un petit peu à réaliser.
Une famille dévastée, des investigations qui commencent à peine, et déjà tant de questions en suspens. Alors, Marie-Claude Franz a-t-elle, oui ou non, mis fin à ses jours ? Première priorité pour les enquêteurs : interroger tous ses proches. Sandra, sa fille, est aussitôt convoquée à la gendarmerie du village voisin. Et d'emblée, elle se montre catégorique.
Selon elle, jamais sa mère ne se serait suicidée. Elle raconte qu'après tous ces mois de brouille, elles avaient décidé de se revoir. Et cette décision, elles l'avaient prise ensemble, pas plus tard que la veille de la mort de sa mère.
J'envoie un message à ma maman en l'invitant le lendemain pour ce repas à midi. Donc elle me répond tout de suite : « Oui, oui, pas de souci. »
Le but de Sandra était de retrouver sa maman, et le but de sa maman était de retrouver, bien évidemment, sa fille.
Gilles Siavaldini, major de gendarmerie et directeur d'enquête.
Personne qu'elle chérissait le plus au monde.
Et Sandra d'ajouter que, selon elle, sa maman allait beaucoup mieux depuis quelque temps.
Elle reprenait un peu goût à la vie, elle avait beaucoup moins de migraines, elle était beaucoup plus enjouée.
Sa maman allait de mieux en mieux. Elle avait retiré le corset qu'elle portait depuis des années. Les céphalées s'étaient peu à peu estompées.
Là, elle était au bout du tunnel, et vraiment, elle se projetait vraiment dans l'avenir. Ça ne m'a jamais traversé l'esprit une seule fois qu'elle pourrait mettre fin à ses jours. Pour moi, c'était impossible.
Elle n'aurait pas pu faire ça. Elle aurait trop aimé sa fille, ses petites-filles. Elle les aimait tellement. Mais comment elle aurait pu faire une chose pareille ?
Alors, le lundi matin, jour de la mort de sa mère, lorsque Sandra allume son téléphone, elle n'en croit pas ses yeux.
Je reçois, je ne sais plus, vers 8 h approximativement, un message de ma maman qui annule le rendez-vous.
Sa mère va lui dire qu'elle annule le déjeuner en lui disant : « Je n'ai rien dormi de la nuit, je ne viendrai pas te voir, tu me fais trop de mal. »
Donc là, pour moi, vraiment, je tombe des nues, parce que pour moi, c'était impossible qu'elle annule ce rendez-vous. Ce n'était pas concevable, puisque je pense qu'elle était vraiment très heureuse de nous retrouver.
Que s'est-il passé pour que Marie-Claude change d'avis ? Face aux gendarmes, Sandra continue de raconter sa surprise, car ce n'est pas le seul message qu'elle a reçu de sa mère en ce lundi matin.
Et là, Sandra explique qu'elle a reçu des SMS qu'elle trouve totalement étranges. Virginie Selvetti, journaliste. Jusqu'à un dernier SMS lui disant : « Tu es la même que ton père. »
Marie-Claude gardait un très mauvais souvenir du père de Sandra. Alors pourquoi, justement, ce matin-là, aurait-elle comparé sa fille à son ex-compagnon ? Pour Sandra, il n'y a qu'une seule possibilité.
Sandra dit : « Ce n'est pas possible que ma mère ait écrit ça. Jamais elle ne m'aurait comparée à mon père. » Sandra va dire : « Ce n'est pas elle qui a écrit ça. Elle ne m'aurait pas écrit ça. »
D'après Sandra, la seule personne qui lui faisait ce reproche depuis des années, c'était Fabrice. Et elle trouve cela d'autant plus étrange que, quelques minutes après ces SMS incompréhensibles, elle reçoit l'appel de son beau-père qui lui annonce la mort de sa mère.
Ce qui va la surprendre, c'est le peu de laps de temps qui s'écoule entre ce message de sa mère et l'appel de Fabrice Franz, puisqu'effectivement, elle est la première destinataire des appels de Fabrice Franz. Entre le message : « Tu es la même que ton père » et l'appel de Fabrice Franz, il s'est déroulé à peine cinq minutes.
Je trouve ça vraiment étrange qu'elle ait pu prendre une arme, qu'elle ait pu se donner la mort, et qu'entre-temps, lui, il arrive, il constate, il décharge l'arme, il la pose sur la table de chevet, il embrasse ma maman, il lui repose ses mains, et là, il y a la cuisine, il cherchait son téléphone pour m'appeler. C'est improbable, en fait, le temps est trop court. Le laps de temps est vraiment trop court.
Durant son audition, Sandra va encore plus loin. Ces quelques instants, dit-elle, qui se sont écoulés entre le fameux SMS de sa mère et l'appel de Fabrice n'ont pas fini de la hanter. Et puis, pourquoi l'a-t-il appelée avant même de prévenir les secours ?
Enfin, je ne sais pas, quand on découvre quelqu'un qu'on aime, quelqu'un de proche, qui est décédé, je ne sais pas, moi, le premier réflexe, c'est de crier au secours, d'appeler, je ne sais pas, moi, les voisins, les secours. Je n'ai vraiment pas compris pourquoi il m'a appelée en premier.
Les gendarmes sont abasourdis, car c'est bien une autre histoire, loin de celle avancée par Fabrice, que Sandra leur raconte en audition. Quant à l'utilisation d'une arme à feu, et qui plus est de gros calibre, là encore, Sandra est formelle. Cela lui paraît totalement improbable.
Je leur explique que ma maman, elle a vraiment une peur bleue des armes, en fait. Elle n'aime pas les armes, elle en a peur. Elle ne sait pas s'en servir. Elle ne savait pas du tout comment ça se chargeait, quelle balle il fallait mettre.
Elle n'aimait pas les armes, c'était un fait. C'était constaté, avéré. Donc, en sortant la thèse du suicide de sa maman, d'emblée, Sandra émet un sérieux doute. Elle n'y croit pas.
Non, non, c'est impossible pour moi et inconcevable.
Du côté des enquêteurs aussi, voilà qui commence à faire beaucoup. Ces constatations troublantes dans la maison, ces incohérences qui s'accumulent, et ces révélations des proches de Marie-Claude, Fabrice pourrait-il être lié de près ou de loin au décès de sa femme ? Une personne en est persuadée, c'est Sandra, la fille de la victime.
Immédiatement, mais alors très immédiatement, elle sait qu'il y est pour quelque chose.
Je sais que c'est vraiment... Il lui a fait quelque chose, en fait. Dans mon esprit, déjà, je sais qu'il est coupable.
À ce stade, les gendarmes ne disposent cependant d'aucune preuve qui puisse étayer de telles accusations. Ils ont même de quoi s'avouer très perplexes, car un nouveau témoignage pourrait bien balayer le scénario échafaudé par Sandra. C'est celui de Séverine, l'amie et voisine des époux Franz à Trévenant. Lorsqu'elle est interrogée à son tour, elle leur donne une toute autre version.
J'ai dit aux gendarmes que pour moi, si Marie-Claude s'était suicidée...
Séverine, amie et voisine du couple Franz.
C'était vraiment par rapport à tout ce qui se passait avec sa fille, les conflits, ses soucis de santé.
Elle exprime très clairement. Jean-Charles Darré, avocat de la défense.
Le fait qu'elle considère que Sandra est directement à l'origine du suicide de son amie, Marie-Claude.
Par rapport à ce que Fabrice m'avait dit, c'était Sandra la méchante, en fait.
Séverine insiste. C'est là, et nulle part ailleurs, selon elle, qu'il faut chercher la vérité.
J'ai expliqué aux gendarmes que Fabrice n'y était pour rien dans cette histoire. En aucun cas, il aurait fait du mal à sa femme, ça, c'est clair. Donc, je l'ai vraiment défendue dans mon audition. Complètement.
Et elle n'est pas la seule à évoquer la thèse du suicide, car d'autres amis du couple enfoncent le clou. Pour eux aussi, c'est certain, Marie-Claude allait forcément en finir un jour. Alors, véritable suicide ou bien mise en scène orchestrée par son mari, difficile pour les gendarmes de trancher à ce stade de l'enquête. Tandis que l'affaire se complique, c'est l'heure de rendre un dernier hommage à Marie-Claude.
Neuf jours après le drame, Fabrice fait face à toute la famille de son épouse. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas très adroit.
Lors de l'éloge funèbre des obsèques de Marie-Claude.
Julien Robin, avocat de la défense.
Le comportement de monsieur Franz va interroger, va surprendre beaucoup de monde, parce que le discours n'est pas adapté à la situation.
Monsieur Franz va décrire quasiment par le menu le suicide de son épouse, les conditions dans lesquelles il l'aura trouvée.
Leur expliquer les faits dans les moindres détails, raconter les détails sordides de la mort de sa femme. Il va en parler devant une assemblée qui l'écoute et qui boit ses paroles.
Il n'y a que lui qui parlait. Il était dans son beau manteau. J'étais malheureuse comme tout. Je dis : « Mais qu'est-ce qu'on fait là ? Mais qu'est-ce qu'on fait là ? Il faut s'en aller. Qu'est-ce qu'on fait là ? » Mais il montrait aux gens, elle avait tout. Qu'est-ce qui lui a pris de faire ça ?
Monique, sœur de Marie-Claude.
Elle avait tout pour être heureuse. Il se plaignait qu'elle avait fait un geste de se donner la mort, que lui, il l'avait beaucoup gâtée, qu'il ne comprenait pas.
Et très vite, lors des funérailles, tous les regards se tournent vers Sandra, que Fabrice accuse d'être la seule et unique responsable du suicide de Marie-Claude.
Fabrice Franz dénoncera à tout le monde le fait que c'est la faute de Sandra, tout ce qui s'est passé, et elle sera pointée du doigt aux obsèques. Cindy Bernard, substitut du procureur. Elle vivra quelque chose de terrible, Sandra, puisque non seulement elle vient de perdre sa mère dans des conditions dramatiques, très brusques, et à cela se rajoute l'infamie, avec la foule qui se déchaîne sur elle, en la traitant quasiment de meurtrière.
Les gens m'ont insultée en me disant : « C'est ta faute, tu as tué ta mère. »
Sandra, fille de Marie-Claude.
« Tu lui as pourri la vie, tu es une meurtrière, tu es une assassine. »
Devant la dépouille de sa maman, les réflexions et les insultes pleuvent, un moment que Sandra ne pourra jamais chasser de sa mémoire.
Sandra était la méchante ? Vous vous dites : « Attendez, mais Sandra, elle doit être... Ça doit être horrible. »
Il y avait le cercueil. Je tenais la main de ma tante Monique. Là, je suis vraiment en état de sidération, en état de choc.
C'était... C'était poignant. C'était... Non. Et lui, qui faisait le beau partout.
Des obsèques surréalistes, orchestrées du début à la fin par Fabrice Franz. Il est alors loin de se douter que des gendarmes en civil fondus parmi les proches n'en perdent pas une miette. Car depuis l'audition de Sandra, les enquêteurs ont des doutes. Alors ils ont placé le mari sur écoute téléphonique. Dès lors, à la recherche du moindre élément pour avancer, Gilles et son équipe vont aller de surprise en surprise.
On s'est rendu compte, lors de ces écoutes, qu'il contactait les témoins avant leur audition à nos services.
Gilles Fiavaldini, major de gendarmerie et directeur d'enquête.
De manière à leur faire comprendre qu'il fallait bien qu'ils insistent sur le caractère dépressif et suicidaire de son épouse, et que tôt ou tard, elle allait mettre fin à ses jours.
Fabrice serait-il en train d'essayer de retourner les témoins à son avantage ? En plus de son comportement si outrancier aux obsèques, c'est un drôle de portrait de lui qui commence à se dessiner.
Ces écoutes vont permettre de dévoiler un nouveau visage. Virginie Selvetti, journaliste. Celui d'un homme manipulateur, qui n'hésite pas à tirer les ficelles dans l'ombre.
L'enquête démontrera aussi qu'il ira voir les témoins à l'issue des dépositions, pour leur demander ce que les gendarmes leur avaient posé comme questions.
Mais les semaines, puis les mois passent, sans résultat probant. Seule certitude pour les gendarmes, Fabrice Franz a une fâcheuse tendance à vouloir saboter leurs investigations. Malheureusement, la brigade de recherche de Belfort manque toujours cruellement de preuves matérielles pour espérer le coincer. Dans la famille de Marie-Claude, passé le choc de sa disparition, l'attente vire au supplice.
C'est très long. J'étais un peu comme Sandra. Je ne sais pas comment j'ai tenu le bout.
Je suis vraiment effondrée. J'ai pleuré tous les jours, tous les jours. J'ai tellement pleuré que je n'avais même plus de larmes.
Sandra, la fille de Marie-Claude, est désespérée. Cela fait quatre mois que sa maman n'est plus là. Mais en février 2020, coup de théâtre, un proche de son beau-père lui fait une révélation qui pourrait tout changer.
L'oncle de Fabrice m'appelle en me disant qu'il a une maîtresse, qu'il connaît simplement son prénom. Elle s'appelle Isabelle. Elle est blonde, mais il ne sait pas son nom de famille.
Immédiatement, Sandra se rend à la gendarmerie pour livrer cette nouvelle information. Les enquêteurs mettent en place des filatures, et c'est Fabrice lui-même qui les conduit jusqu'au domicile de cette Isabelle. Elle est boulangère et elle habite un petit village en Alsace.
Évidemment, quand ils vont avoir l'information de l'existence de cette maîtresse prénommée Isabelle, ils vont faire des vérifications discrètes.
On vérifie, on attend, et on constate que monsieur Franz vient en ce lieu de jour comme de nuit, et notamment pendant la période que l'on a tous connue, qui était la période du confinement.
Grâce aux écoutes, les enquêteurs découvrent que cette relation adultère ne date pas d'hier. D'après les conversations téléphoniques entre les deux amants, elle durerait même depuis plus de quatre ans.
Quatre ans et demi, ce n'est pas une histoire de passage, ce n'est pas une affaire extra-conjugale. Les enquêteurs se rendent compte qu'il a tout simplement une double vie.
Donc, coup de théâtre, est-ce que le mobile serait de refaire sa vie avec Isabelle ? Est-ce que le mobile serait de remplacer sa femme, qui devenait gênante ?
Une attitude troublante, ces pressions continuelles sur les témoins, et maintenant cette histoire de maîtresse, l'étau se resserre inexorablement autour de Fabrice Franz. Le 4 novembre 2020, un an après la mort de Marie-Claude, l'affaire s'emballe. Fabrice Franz est placé en garde à vue, les gendarmes interpellent également Isabelle, sa maîtresse.
Pourquoi placer Isabelle en garde à vue ? C'est très simple, elle peut être porteuse d'informations qu'il lui aurait confiées.
Parce qu'on la suspecte peut-être d'avoir participé, ou en tout cas dissimulé peut-être des éléments.
Très vite pourtant, les enquêteurs se rendent à l'évidence. D'après ses déclarations, Isabelle n'est au courant de rien. Elle n'a, a priori, rien à voir avec toute cette histoire. Elle est donc remise en liberté. Quant à son amant, désormais seul face à eux, il ne se laisse nullement impressionner.
Fabrice Franz va raconter encore et toujours la même version, celle qu'il a livrée le jour de la mort de Marie-Claude.
Ça devait arriver parce qu'elle était dépressive. Elle m'a laissé dans un grand vide sidéral. Je suis donc une victime éplorée. C'est un suicide, point barre.
Gilles, le directeur d'enquête, a un objectif : tenter de le faire craquer, coûte que coûte. Les expertises balistiques, ses multiples incohérences, les écoutes téléphoniques accablantes, rien ne lui est épargné. Mais Fabrice Franz ne lâche rien. Impossible d'en tirer quoi que ce soit. Ce n'est qu'au deuxième jour de garde à vue que tout s'accélère. La mère et le frère du suspect sont convoqués comme simples témoins.
Les gendarmes y voient une opportunité à saisir, alors ils tentent un coup de poker.
Chose exceptionnelle, ils vont, au cours de cette garde à vue, permettre à Fabrice Franz de voir sa mère et son frère.
On peut se demander si cette entrevue improvisée n'est pas justement destinée à le déstabiliser.
Et là, en quelques minutes, la stratégie va porter ses fruits. Confronté aux membres de sa famille, Fabrice semble vaciller. Il montre pour la toute première fois des signes de faiblesse.
Et bingo !
C'est-à-dire qu'à ce moment-là, au moment où Fabrice Franz se retrouve face à sa mère et son frère, eh bien, il avoue. Il avoue. Il avoue avoir tiré. C'est lui qui a tué Marie-Claude ce jour-là.
Après de longs mois d'enquête, c'est un rebondissement spectaculaire. Mais maintenant, il faut consigner ses aveux sur procès-verbal. Fabrice est donc réinterrogé, et il répète ce qu'il vient de dire à sa famille.
Ce que Fabrice Franz raconte, c'est qu'il s'est retrouvé avec l'arme dans les mains et sa femme gisant dans son sang, sans savoir pourquoi. J'ai un trou noir. La détonation me fait sursauter, et je me rends compte que je suis dans la chambre avec l'arme à la main, et ma femme qui est décédée d'une balle dans la tête.
Au théâtre, ce n'est plus un suicide, c'est un homicide.
Gilles et ses enquêteurs sont satisfaits. Aussi coriace soit-il, leur suspect vient tout simplement de reconnaître l'impensable. Et face à eux, ils n'ont plus tout à fait le même homme.
Je me rappelle qu'il dira qu'il aimait profondément son épouse, qu'il a fait quelque chose qui lui avait échappé.
Fabrice Franz se dit que ça a été une année très compliquée pour lui. Ça a été un enfer de devoir mentir pendant un an.
On a l'impression qu'il est soulagé, qu'il vient d'exorciser un mal qui est en lui, qui tenait depuis plus d'un an. Enfin, il se libère.
À l'issue de sa garde à vue et de ses aveux, Fabrice Franz est mis en examen et placé en détention provisoire pour meurtre sur conjoint. L'annonce de ses aveux est une véritable onde de choc. Au terme d'une année cauchemardesque, la famille de Marie-Claude avait perdu tout espoir.
J'ai quand même du mal à le croire, parce que le connaissant tellement à but de sa personne...
Sandra, fille de Marie-Claude.
Je n'en reviens pas qu'il ait pu... Qu'il ait pu dire que c'était lui, quoi.
Pourquoi il lui a ôté la vie comme ça ? Il n'a pas d'humanité.
Monique, sœur de Marie-Claude.
Il n'a pas d'humanité, Fabrice, pour faire ça.
Et pour moi, c'est... Je me dis : « La boucle est bouclée. » C'est l'aboutissement de ce que j'ai toujours pensé, en fait.
Le pressentiment que Sandra portait en elle depuis si longtemps était donc le bon. Malheureusement, la fille de Marie-Claude n'est pas encore au bout de ses peines. Et les gendarmes, eux, ont peut-être crié victoire trop tôt. Un mois tout juste après son incarcération, nouveau coup de théâtre, son beau-père revient sur ses aveux et livre au juge une nouvelle version du drame.
Monsieur Franz explique.
Jérôme Pischoff, avocat des parties civiles.
Qu'il est appelé par son épouse alors qu'il est dans la buanderie.
Il dit : « Je vais dans la chambre, je la découvre l'arme à la main. » Cindy Bernard, substitut du procureur. Dans une position où elle veut se suicider, l'arme au-dessus de la tête, allongée sur le lit.
Évidemment, le premier réflexe de monsieur Franz sera de tenter de désarmer son épouse.
Jean-Charles Darré, avocat de la défense.
Il réussira à lui enlever une première main de l'arme.
Et là, le coup part.
Gilles Fiavaldini, major de gendarmerie et directeur d'enquête.
Le coup part de manière accidentelle, non contrôlée, et donc accident.
Après la thèse du suicide, puis celle de l'homicide involontaire, voici celle de l'accident. Et si c'était envisageable ? Pour prouver que Fabrice Franz leur ment, les gendarmes doivent reprendre leur enquête en espérant trouver d'autres éléments. Et c'est là précisément qu'ils font une découverte fracassante. Ils retrouvent des courriers électroniques qu'il avait envoyés à son notaire presque deux ans avant la mort de son épouse.
Il demande à son notaire comment il pouvait garder les actifs en cas de décès de son épouse. Virginie Selvetti, journaliste. Et surtout, comment garder la maison sans rien donner à Sandra dans le cas où son épouse viendrait à décéder.
Une grande maison estimée à plus de 500 000 euros que Fabrice n'avait manifestement pas envie de partager. Et ce n'est pas tout.
On va découvrir sur des comptes bancaires des assurances vie, deux assurances vie, à hauteur de 200 000 euros par personne, au niveau du couple. On aura un parc automobile autour de 75 000 euros, de mémoire.
Une situation financière qui semblait virer à l'obsession pour Fabrice. D'ailleurs, les enquêteurs ont découvert qu'il était bien à l'origine de la brouille entre Marie-Claude et Sandra. Il avait manipulé sa femme en l'embarquant dans une histoire de succession douteuse qui risquait de déshériter Sandra si Marie-Claude décédait avant lui. Pour le juge d'instruction, tous ces éléments sont la preuve que Fabrice Franz souhaitait la mort de sa femme. Pourtant, en audition, le suspect nie formellement toute préméditation.
La réponse de la défense, c'est fort simple. C'est que ce projet n'a jamais existé. C'est-à-dire qu'il n'y a même pas un début d'ébauche de projet rédigé par un notaire. Rien n'a été rédigé, rien n'a jamais été signé.
Mais en exhumant d'anciens SMS du téléphone de Fabrice, les gendarmes font une autre avancée. En cause, des échanges tout à fait édifiants avec Isabelle, sa maîtresse.
Isabelle le pressait depuis quelque temps, en lui disant : « Quand est-ce qu'on s'installe ensemble ? Quand est-ce qu'on s'installe ensemble ? » Et il lui avait promis qu'elle viendrait s'installer dans la maison, dans la maison conjugale. Dans ces échanges, on comprend effectivement que ce couple illégitime a pour vocation de s'installer prochainement dans la maison à Trévenant, et qu'effectivement, il y a une personne en trop dans cette maison, qui est Marie-Claude.
Elle ne lui servait plus à rien, ma maman. Je pense qu'il ne l'aimait plus. Il s'est dit : « En fait, c'est un objet, elle ne me sert plus, donc je m'en débarrasse, quoi. »
Là encore, comme pour les messages adressés au notaire, ces discussions avec Isabelle datent de plusieurs mois avant la mort de Marie-Claude. Pour l'accusation, c'est la démonstration d'une très longue préméditation. Une conviction renforcée par un dernier élément, et non des moindres : les résultats des analyses génétiques. Certes, l'ADN de Marie-Claude est bien localisé sur la crosse et sur la gâchette du 357 Magnum, mais cela n'exclut pas une mise en scène post-mortem signée Fabrice Franz.
N'importe quel quidam qui regarde des films policiers.
Patrick Coulon, technicien en identification criminelle.
Aura l'idée, si à un moment donné, il veut commettre un meurtre, aura l'idée de prendre la main de sa victime et de l'appuyer sur l'arme.
Mais ce n'est pas cela qui est le plus troublant.
On ne trouve pas l'ADN de Marie-Claude sur les cartouches, alors même qu'elle aurait chargé ce revolver.
Pour les enquêteurs, c'est une certitude : si Marie-Claude n'a pas chargé l'arme, c'est qu'elle ne voulait pas se suicider. Mais encore une fois, pour la défense, c'est un élément qui ne prouve rien.
L'analyse des dites cartouches n'a pas été faite dans son intégralité.
Julien Robin, avocat de la défense.
Seul des prélèvements d'ADN sur le culot des cartouches a été réalisé. La face latérale des cartouches n'a pas été soumise à l'analyse, ce qui fait qu'on a été privé de cet élément-là.
Pourtant, d'autres analyses ADN vont encore plus loin. Elles concernent le coffre-fort du couple. Souvenez-vous, lors de sa première audition, Fabrice avait déclaré que sa femme y aurait eu accès parce qu'il avait oublié de le fermer. C'est comme cela qu'elle aurait pris l'arme. Or, les expertises prouveraient le contraire.
On ne trouve pas non plus l'ADN de Marie-Claude sur la clé de l'armoire forte. Par contre, on trouve l'ADN de Fabrice Franz.
Ça veut dire qu'il y a quelqu'un qui l'a manipulé. Ça veut dire que c'est lui qui a ouvert l'armoire.
À la fin de l'instruction, plusieurs versions opposées s'affrontent toujours. Mais le juge, de son côté, décide de renvoyer Fabrice Franz devant les assises pour assassinat. L'accusé parviendra-t-il à faire pencher la balance en sa faveur ? Entre la théorie du suicide, du regrettable accident et celle du meurtre prémédité, où se situe la vérité ? Ce sera au juré de trancher.
Cour d'assises du territoire de Belfort, 15 septembre 2023. Quatre ans après le drame de Trévenant, Fabrice Franz est seul dans le box des accusés. La justice a considéré qu'Isabelle, sa maîtresse, n'était pas mêlée à cet assassinat. C'est à Cindy Bernard, jeune avocat général, que revient une mission bien délicate : représenter l'accusation dans ce procès sous tension à l'issue très incertaine.
L'enjeu est énorme, puisque je sais que Fabrice Franz et ses avocats vont plaider l'acquittement, vont soutenir cette thèse du suicide.
C'est binaire. C'est soit un acquittement, soit une condamnation extrêmement lourde. Il n'y aura pas de demi-mesure, ça n'est pas envisageable.
Et Fabrice Franz l'a parfaitement compris. Il sait qu'il encourt la peine maximale, la réclusion criminelle à perpétuité. Pour lui, tout se jouera acquis tout double.
Je n'ai rarement eu, en moins de cinq ans d'expérience, un client qui ait lu, relu et re-relu son dossier de la première à la dernière cote. C'est un dossier qui fait plus de 12 000 cotes, et il est prêt. Il est prêt à en découdre.
Oui, on a un accusé très, très froid dans sa tête, qui maintient sa version sans aucune inflexion de sa part. À aucun moment, il était susceptible de craquer dans ce procès.
L'accusé clame toujours son innocence, peu importe la parole des experts ou celle des proches qu'il a utilisés pour nuire à l'enquête, comme Séverine, sa voisine et amie qu'il avait pourtant, elle, tellement défendue après la mort de sa femme.
Je me suis rendu compte qu'en fait, j'étais sa marionnette, quoi. Il m'a bourré le crâne. Il savait comment faire pour manipuler les gens. Et puis je suis tombée dedans, malheureusement.
Séverine, amie et voisine du couple Franz.
Surtout par rapport à Sandra, du coup. Parce que Sandra, la fille de Marie-Claude, je ne la connais pas, on ne s'était jamais vues. Je l'ai dénigrée, j'ai été méchante, j'ai eu des propos méchants, et je m'en veux aujourd'hui. Et je me suis excusée envers elle, et je m'excuse encore. C'est impardonnable, en fait. Et tout ça, c'était à cause de lui. Il m'a manipulée, il m'a montée contre elle sans que je connaisse la personne, en fait.
Il apparaît sûr de lui, il apparaît vindicatif, il a une vision parfois un petit peu hautaine de la justice, des enquêteurs.
Au fil des audiences, le comportement de Fabrice Franz exaspère tout le monde, y compris ses propres avocats. Le procureur et les parties civiles n'ont plus qu'à l'accabler. Préméditation, mise en scène orchestrée de A à Z, manipulation des témoins, rien n'est laissé au hasard.
Ce n'est pas la même chose d'avoir réfléchi pendant 20 minutes à la commission du crime et de l'avoir réfléchi pendant presque deux ans.
L'un des griefs principaux que je lui ai faits dans ma plaidoirie.
Jérôme Pischoff, avocat des parties civiles.
C'est non seulement d'avoir assassiné son épouse, qui avait une confiance aveugle en lui, mais également d'avoir voulu dissimuler son forfait en allant calomnier la fille de la victime.
Il a tué ma maman, il m'a menacée, il m'a volé son enterrement, il m'a dénigrée.
Sandra, fille de Marie-Claude.
Il a été odieux avec moi. C'est quelqu'un d'extrêmement mauvais, d'extrêmement méchant.
Dans son box, l'accusé reste de marbre. Après cinq jours d'un procès très éprouvant, le jury rend son verdict. Fabrice Franz est condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour assassinat. La théorie du suicide ou de l'accident vient d'être balayée par la justice.
Je me dis : « On a été entendus. Ils ont quand même rendu hommage à ma maman en le condamnant. »
C'est vrai que quand on a entendu les 30 ans de réclusion criminelle. Monique, sœur de Marie-Claude. Ça fait un effet de soulagement énorme.
Plusieurs années se sont écoulées dans ce département du Doubs depuis la mort de Marie-Claude. La justice est passée. Fabrice Franz, son mari, n'a pas fait appel de sa condamnation. Mais pour Sandra, la fille de la victime, pour ses trois petites-filles, pour sa sœur Monique, rien n'effacera jamais les cicatrices laissées par cette tragédie.
Il m'a pris ma maman. Il a détruit ma famille. Il a détruit mes enfants. Mes filles, elles ont énormément souffert de la perte de leur mamie.
Il n'avait pas le droit de faire ça, ce n'est pas possible. Non, c'est un monstre. C'est un monstre. Aucune humanité. Aucun regret, et en plus, aucun regret.
Et tout ça, ça a vraiment changé le cours de ma vie. J'ai perdu ma maman, mais ça a détruit une partie de ma vie aussi.
L'affaire Fabrice Franz : un faux suicide pour une vraie machination qui, sans l'acharnement de la famille des victimes et des enquêteurs, aurait pu constituer le crime parfait. Vous venez d'écouter « Chronique Criminelle ». Si l'épisode vous a plu, n'hésitez pas à mettre des étoiles, à commenter ou à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée. Et retrouvez dès la semaine prochaine un nouvel épisode de « Chronique Criminelle ».
Pour ce podcast inédit, direction Trévenans, un petit village situé près de Belfort. C’est là que le 28 octobre 2019, les secours sont appelés chez la famille Franz. Fabrice, le mari, vient de découvrir sa femme Marie-Claude, morte dans son lit d’une balle dans la tête. En larmes, Fabrice est inconsolable : cela faisait plus de trente ans qu’ils étaient en couple…
A première vue, il s’agit d’un suicide… Mais les gendarmes vont rapidement mettre au jour un meurtre machiavélique, orchestré d’une main de maître par un coupable manipulateur et rusé…
« Le suicide cachait un meurtre», un nouveau podcast de Chroniques Criminelles, raconté par Jacques Pradel
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