This Chroniques Criminelle episode, presented by Jacques Pradel, retells the 2007 attack on Eric Vanderlinden in Évère, near Brussels. Found on his living-room floor with a harpoon through his skull, he survived but could not remember the attack.
The investigation first explored a burglary, then turned to his wife and a family friend, whose secret relationship came to light through phone records and a lease. Listeners will hear how toxicology revealed sedatives, how the couple's confessions described a harpoon plot, and how the 2009 trial in Brussels ended with prison sentences.
The story also follows Eric's long recovery and his daughters' accounts of the family's struggle.
In this episode Jacques Pradel, Aurélie Vanderlinden, Bernard Dauchot, Eric Vanderlinden, Jean-Christophe Van Den Steen, Jean-Pierre de Stark, Nathalie Ginaud, Samantha Vanderlinden, Xavier Bénérozo
This transcript of the 2007 Brussels harpoon attack case involving Eric Vanderlinden was made with the technology behind HappyScribe's AI notetaker.
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Crimes passionnels, disparitions inquiétantes ou machinations diaboliques : percez les secrets des faits divers les plus marquants, et plongez au cœur des affaires les plus étonnantes de l'histoire judiciaire. La découverte de la vérité ne tient parfois qu'à un fil. Bienvenue dans « Chronique Criminelle ». Dans cet épisode : l'affaire Eric Vanderlinden. Lorsque les secours pénètrent dans un appartement bruxellois, ce dimanche 21 octobre 2007, ils n'en croient pas leurs yeux.
Face à eux, un homme à terre, avec une flèche qui lui transperce le crâne. Il est conscient, mais sa vie ne tient qu'à un fil. À ses côtés, son épouse, affolée, et un ami de la famille complètement choqué : que s'est-il passé ? La réponse, dans ce podcast inédit de « Chronique Criminelle ».
Tout commence le 21 octobre 2007, à Évère, une commune située au nord-est de Bruxelles, en Belgique. Cela ressemble à un dimanche après-midi paisible et agréable. Pourtant, au dernier étage d'un immeuble résidentiel, un homme fait une découverte sidérante : plus rien ne sera jamais comme avant.
À 15 h 32, un monsieur va appeler pour signaler qu'il vient de rentrer au domicile de son amie.
Nathalie Ginaud, avocate des parties civiles.
Et qu'il vient de trouver au sol le mari de son amie. Il ne bouge pas.
Un homme est trouvé inanimé dans le salon.
Jean-Pierre de Stark, journaliste spécialiste des faits divers.
Avec un harpon dans la tête.
Qui, lui, traverse le crâne de la gauche vers la droite.
Xavier Bénérozo, journaliste spécialiste des faits divers.
Comme une flèche d'indien dans un chapeau de cow-boy de bande dessinée.
C'est assez extraordinaire, mais dans le mauvais sens du terme.
Au centre d'appel, la femme qui recueille ce témoignage sait que l'homme au téléphone n'est pas seul.
Et l'opératrice entend une voix de femme dans le fond qui dit : « Il n'y a pas de trace de sang. »
Voilà. Il respire encore. Il est toujours conscient.
Cet homme, entre la vie et la mort, avec une flèche dans la tête, s'appelle Eric. Il a 39 ans. C'est la compagne de la victime et cette amie du couple qui viennent de découvrir la scène. Les secours arrivent aussitôt sur place, avec les forces de police.
Alors, ce que voient les secouristes, c'est pratiquement du jamais vu. Cette tige de fer, elle fait 1,40 mètre, c'est-à-dire comme ça. Ce n'est pas une flèche d'une arbalète à la Guillaume Tell, ce n'est pas ça. C'est beaucoup plus grand, et c'est en fait un harpon. Harpon, un harpon, c'est-à-dire une arme pour attraper des poissons. Voilà, ok. 1,40 mètre, donc pour attraper des gros poissons.
Pour les secouristes, la taille de la tige plantée dans la tête de la victime pose un vrai problème.
La problématique qui va très rapidement se poser, c'est : comment évacuer cette victime ? Comment le sortir de l'immeuble ? Parce qu'en réalité, il ne rentre pas dans l'ascenseur. Il ne rentre pas parce que cette flèche est trop grande, et même la cage d'escalier est trop étroite. On ne sait pas le sortir.
Il faut trouver une solution. On ne peut pas le balader dans l'ascenseur comme ça, sans réfléchir. Est-ce qu'on va prendre... Non, ça va prendre trop de temps. Il est inanimé, mais il vit. Son cœur bat. On peut le sauver. Ce n'est pas certain, c'est très peu certain, mais on peut le sauver. Alors les services de secours, les ambulanciers, prennent la décision de couper le harpon de chaque côté pour qu'on puisse le transporter sur une civière et qu'il soit conduit immédiatement aux cliniques universitaires.
Il est certain que ses heures sont en danger.
Eric est transporté aux urgences. Le moindre mouvement sur le harpon risque de le tuer. Lorsqu'il entre au bloc, sa vie est en suspens. Mais que s'est-il passé ? Inconscient, Eric ne peut rien dire. Alors les policiers doivent comprendre qui est cet homme dans la force de l'âge, attaqué chez lui par un acte d'une violence inouïe.
La victime, c'est un bon gars. C'est un peu monsieur tout le monde, c'est-à-dire que c'est le gars, il mange de la choucroute le fameux dimanche où ça se passe. Il regarde même le Grand Prix de Formule 1.
C'est un homme qui travaille énormément, avec des horaires parfois compliqués. Il peut travailler très tôt le matin comme très tard le soir. Il est chauffeur-livreur. Il est plutôt courageux. C'est celui qui ramène vraiment le salaire à la maison.
C'est un père de famille, c'est un papa qui a deux enfants d'une première relation.
Jean-Christophe Van Den Steen, avocat des parties civiles.
Et qui a deux enfants avec sa compagne à l'époque des faits.
Après un divorce difficile, Eric a connu des conflits pour la garde des enfants. Et depuis quelques années, il ne voit plus ses deux aînés. Cela fait maintenant 13 ans qu'il s'est installé avec la femme de sa vie. Un bonheur sans nuages.
Il a eu deux enfants avec sa nouvelle compagne, qui ont 8 et 11 ans. Il a refait sa vie, cet homme de 39 ans, et c'est un papa poule.
C'est un couple sans histoire, c'est un couple qui n'a pas de problème financier. Il tient très fort à Muriel. Il est vraiment très amoureux d'elle. C'est vraiment important pour lui que ce couple fonctionne.
Et le couple, visiblement, a l'air comblé. Lui travaille beaucoup pour assurer les revenus du foyer. Elle fait parfois des extras comme serveuse, mais elle se consacre essentiellement à leur vie de famille.
Muriel est une femme de 36 ans. C'est une femme qui, à ce moment-là, ne travaille pas. Elle s'occupe des enfants. Elle aime très fort ses enfants. Elle est d'ailleurs assez fusionnelle avec ses enfants. Elle a un enfant d'une première union. Il y a parfois des fréquentations un peu compliquées, et donc ça peut créer de la dispute au sein de la famille.
L'ado rebelle, c'est a priori la seule ombre au tableau. Aux côtés de cette famille, il y a aussi Alain, l'ami du couple. Il a 40 ans, il est divorcé, et ce jardinier municipal aime rendre des services. D'ailleurs, le jour du drame, c'est lui qui a conduit les enfants à leurs activités avec leur mère pendant qu'Eric faisait la sieste. Depuis quelque temps, il s'est presque rendu indispensable.
Alors Alain et la femme du couple, ça fait belle lurette qu'ils se connaissent. C'est un ami d'enfance, mais il s'était un peu perdu de vue. Et il y a environ trois ans, Alain, j'allais dire, a pu renouer avec cette femme qu'il apprécie. Et depuis, ils se sont tellement bien entendus que finalement, progressivement, Alain va rentrer dans la vie de ce couple comme le bon ami de la famille.
La tradition, depuis plusieurs années, c'est qu'ils venaient manger le dimanche midi à la maison, chez Muriel et Eric.
Sauf que c'est peut-être une proximité qui peut laisser un peu songeur. Il est là, Alain, tout le temps, souvent, très souvent.
À l'hôpital de Bruxelles, Eric est toujours entre la vie et la mort.
Alors cet homme doit mourir, ou alors, passez-moi l'expression, devenir un légume à tout jamais, c'est-à-dire quelqu'un qui est paralysé, ou alors, autre option, il finit dans le coma. Il faut imaginer la pression dans la salle d'opération, l'opération qui consiste à lui retirer ce morceau de fer sans qu'à l'intérieur il y ait une hémorragie. C'est quitte ou double. Soit il y reste, soit il s'en sort.
Sur la table d'opération, le cas Eric, c'est du jamais vu. L'intervention s'annonce longue et délicate, une épreuve pour la famille. Pendant ce temps, les enfants sont chez leurs grands-parents. Aurélie, l'aînée du couple, avait tout juste 11 ans quand elle a appris la terrible nouvelle. Aujourd'hui, à 26 ans, ce drame la hante toujours.
Ce jour-là, j'étais chez mes grands-parents. Ma maman m'a téléphonée pour me dire que mon papa a eu un grave accident. Elle nous annonce qu'il a eu un harpon dans la tête. Elle nous explique que c'est un fusil de pêche.
Aurélie Vanderlinden, fille de la victime.
Elle nous explique que, tout simplement, on ne pourra pas le voir pour le moment, car la police le décide de cette manière-là. À ce moment-là, je pleure, parce que j'ai peur. Je me demande pourquoi lui. J'ai peur de le perdre. Je me demande est-ce qu'il va s'en sortir.
C'est le drame absolu pour toute la famille. Le père est plus mort que vivant, mais il est encore un peu vivant. Il se bat pour survivre. Muriel et Alain sont angoissés parce qu'ils croient, ils ont l'espoir qu'Eric Vanderlinden va s'en sortir.
À ce stade, son pronostic vital reste très engagé. Les policiers, eux, n'ont pour l'instant qu'une préoccupation : protéger cet homme, car ils redoutent que l'auteur de l'attaque, toujours en liberté, puisse encore s'en prendre à lui. L'enquête démarre donc dans un climat de méfiance, et surtout avec de nombreux points d'interrogation.
Les enquêteurs sont dans l'expectative. Comment ça s'est fait ? Qui a fait quoi ? Qu'est-ce qui s'est exactement passé ?
Bernard Dauchot, ancien procureur du Roi.
On n'en sait rien pendant les premiers jours. On n'en sait strictement rien. On a peur qu'il y ait une tentative de mettre fin à Bourdon à ces jours.
Donc, du coup, les enquêteurs, le juge qui est en charge de ce dossier, vont décider qu'il faut laisser une surveillance devant la chambre d'Eric. Donc, un à deux policiers sont de faction devant sa porte.
C'est un climat de suspicion.
D'emblée, les enquêteurs cherchent à reconstituer le fil de la journée. Ils commencent par interroger la compagne d'Eric pour savoir si elle a remarqué quelque chose de suspect. Elle explique qu'ils ont passé un dimanche banal. Déjeuner en famille, puis Alain les a rejoints pour le café. Très vite, Eric s'est assoupi devant le Grand Prix de Formule 1. C'est donc Alain, leur ami, qui a conduit les enfants avec leur mère au scoot et chez les grands-parents.
Et c'est seulement à leur retour qu'ils découvrent Eric inanimé. Pour elles, c'est incompréhensible.
Les enquêteurs vont évidemment lui demander ce détail qui est important : est-ce que votre compagnon avait des ennemis ?
Xavier Bénérozo, journaliste spécialiste des faits divers.
Est-ce que quelqu'un a pu agresser l'homme qui est dans votre vie ? Pourquoi ? Est-ce qu'il joue ? Est-ce qu'il a des problèmes d'argent ? Voilà, c'est le genre de questions que se posent les enquêteurs.
Et en ce qui concerne la victime, c'est très simple, on ne lui connaît aucun, aucun, absolument aucun ennemi.
Elle connaît forcément bien son mari. Ça fait 13 ans qu'ils sont ensemble. Ils partagent tout.
Nathalie Ginot, avocate des parties civiles.
Ils n'ont pas de secret. Et elle se dit que la seule possibilité est que ce soit un rôdeur qui soit arrivé au niveau de leur appartement.
La compagne d'Eric pense justement à cette piste du cambriolage. Parce que leur appartement est facile d'accès. Situé au dernier étage, l'ascenseur fait office de porte d'entrée.
Et vous allez me dire, l'hypothèse d'un cambrioleur, l'hypothèse d'un voleur, l'hypothèse d'un rôdeur, mais ce n'est pas aussi fou que ça en a l'air. Et pourquoi ? Parce que précisément, dans cet immeuble de huit étages, ils habitaient au dernier étage.
Il faut aussi expliquer que l'ascenseur arrive directement dans l'appartement.
La serrure s'ouvre et se ferme directement depuis l'intérieur de l'ascenseur. Donc, si on oublie de verrouiller, n'importe qui peut entrer. Peu à peu, un scénario prend forme.
Un rôdeur a pu aller donc chez Eric si la porte n'est pas verrouillée. Or, il se trouve qu'il n'y a pas de trace d'effraction. Donc, c'est plausible.
Nous, la plupart du temps, on ne fermait pas la porte. Donc, n'importe qui pouvait rentrer.
Les enquêteurs imaginent qu'un voleur aurait pu pénétrer dans l'appartement.
Le voleur arrive avec cette espèce d'arme bizarroïde, voit Eric, et boum, tire et neutralise Eric.
Mais les enquêteurs sont perplexes. Se servir d'un fusil harpon pour attaquer quelqu'un, c'est surréaliste.
Cette affaire est exceptionnelle, parce qu'imaginons que ce soit un rôdeur.
Jean-Pierre de Stark, journaliste spécialiste des faits divers.
Mais est-ce qu'on imagine un cambrioleur, un rôdeur qui se balade avec un harpon ?
Ce qui est quand même singulier, c'est qu'en général, les cambrioleurs, ils transportent éventuellement un couteau, une arme à feu. Se promener avec un harpon, ça, c'est loin d'être banal. Donc, les enquêteurs commencent à se poser des questions.
Un cambrioleur qui se manifeste par une flèche d'un mètre 40 de part et d'autre du crâne de quelqu'un, ça n'existe pas.
On pourrait imaginer qu'Eric fasse de la pêche sous-marine et qu'un type un peu paniqué se saisisse d'une arme parce qu'elle était... Mais il ne fait pas de la pêche sous-marine, Eric.
Il n'y a pas de trace de lutte, il n'y a pas de trace de cambriolage comme on peut l'avoir parfois quand tout est retourné dans un appartement. Et il n'y a pas d'arme qui est retrouvée non plus au moment où les services de secours et la police débarquent sur les lieux.
Tout ça est invraisemblable.
D'autant que rien n'a été volé. L'hypothèse d'un cambriolage qui aurait mal tourné paraît peu plausible. La police est dans le flou. Cette tentative de meurtre au harpon est pour l'instant un mystère. À l'hôpital, le lendemain de son agression, Eric ouvre les yeux. C'est un miracle. Il est sauvé.
Voici le témoignage bouleversant de cet homme rescapé d'une tentative d'assassinat. Il a accepté de nous raconter son histoire, pour le moins extraordinaire.
Le 22 octobre, je me réveille, je suis dans une chambre d'hôpital. Je ne comprends pas ce qui s'est passé. J'ai un bandage sur la tête, je suis tout le côté gauche paralysé. Et j'ai un aide-soignant qui est dans la chambre et qui me pose la question si je sais ce qui m'est arrivé.
Eric Vanderlinden, victime rescapée.
Quand on a un gros choc à la tête, oui, ça peut arriver. On fait un blackout et on ne se souvient pas de ce qui s'est passé juste avant et tout ça. Et puis là, il me dit : « Vous avez pris un harpon dans la tête. » Ce à quoi je lui réponds gentiment : « T'es con, toi ou quoi ? » J'y crois pas vraiment. Je n'arrive pas à visualiser ma tête avec un harpon dans la tête. C'est encore plus compliqué.
Eric ne se souvient de rien. Et il est loin d'imaginer à quel point la réalité a dépassé la fiction. Pour ses proches, son réveil est inespéré. Eric est sous protection judiciaire, deux agents sont toujours en faction devant sa chambre, et chacun de ses visiteurs est fouillé. Lorsque sa fille Aurélie arrive, elle est bouleversée, car son père a visiblement gardé de graves séquelles.
Lorsqu'on apprend qu'il est réveillé, effectivement, pour moi, c'est un miracle. Et je me dis qu'on nous laisse une deuxième chance, en fait, de pouvoir vivre avec lui. Quand on rentre dans la chambre, qu'on le voit avec les pansements à la tête, qu'on voit qu'il ne sait pas bouger, c'est difficile.
Qu'est-ce que je vais devenir ? Puisque je suis hémiplégique côté gauche, et bon, entre-temps, les médecins sont passés aussi et me disent que je ne récupérerai pas mon bras, je ne récupérerai pas ma jambe, donc je vais rester dans cet état-là. Je ne voyais plus mon avenir, en fait. Je ne voyais pas d'avenir.
C'était très difficile pour nous de le voir dans cet état-là. Pour moi, c'est un miraculé. Pour moi, mon papa, il s'est battu. Pour être celui qu'il est devenu maintenant, il s'est énormément battu.
À son réveil, Eric est paralysé sur tout le côté gauche. Il a de terribles migraines et des problèmes de mémoire. Sa priorité est de se reconstruire, et c'est un long combat qui commence. Mais ce drame, Eric le vit aussi comme une seconde chance. Samantha, sa fille aînée qu'il ne voyait plus, l'appelle dès qu'elle apprend qu'il est à l'hôpital.
Oui, mon papa était très, très ému que je prenne contact avec lui. Il ne s'y attendait pas. Je ne le voyais plus, je n'avais plus de nouvelles depuis des années. Je crois que j'avais une histoire de 6 ou 8 ans.
Samantha Vanderlinden, fille de la victime.
Et quand j'ai appris qu'il avait eu un harpon dans la tête, j'avais 15 ans. J'avais vraiment besoin, en fait, moi, de savoir si mon papa allait bien. Voilà, j'avais besoin de savoir. Je ne voulais pas perdre mon papa, malgré tout.
La police aussi se réjouit de son réveil. Dès le lendemain, elle s'empresse d'aller l'interroger. Les enquêteurs espèrent qu'Eric puisse leur dire ce qu'il s'est passé, et surtout, qu'il puisse décrire son agresseur.
Quand les policiers arrivent, là, on se dit que, voilà, il y a du vrai quelque part. Donc, on commence à se poser des questions. Pourquoi ? Qui ? Quand ? Comment ? Je ne sais pas y répondre. Il m'a demandé de quoi je me souvenais. J'ai dit : « Je ne me souviens de rien. »
Son dernier souvenir, c'est d'avoir bu un café avant de s'écrouler sur le canapé. Et puis, plus rien. Il n'a aucune idée de qui aurait pu vouloir s'en prendre à lui. En parallèle, les enquêteurs commencent l'examen de la fameuse flèche d'un mètre 40 qui a été sectionnée. Et ils vont faire des découvertes stupéfiantes.
Et là, on va s'apercevoir d'un détail incroyable.
L'ergot, c'est-à-dire l'hameçon, en quelque sorte.
Qui sert à accrocher, si vous voulez, le poisson, accrocher la proie une fois qu'elle a pénétré dans les chairs du poisson.
On a limé l'ergot. Et on a limé la pointe pour qu'elle soit le plus piquante, la plus pointue possible.
La pointe de l'arme a été travaillée.
J'imaginais un peu les enquêteurs qui tombent là-dessus et qui disent : « Mais qu'est-ce que c'est que ça ? »
Le légiste, aidé par la police, quand il voit que l'arme a été travaillée, pour eux, il y a une conclusion qui s'impose, c'est qu'on voulait tuer.
Mais qui ? Pourquoi manigancer un tel crime contre Eric ? Et surtout, pourquoi avec un harpon ? En l'état, les policiers n'ont pas la moindre piste pour identifier l'agresseur.
Pour les enquêteurs, pour retrouver l'auteur, il faut retrouver le lieu où cette arme a pu être achetée. Et c'est très compliqué.
Un harpon, tout le monde peut s'en procurer librement dans un magasin de plongée, de sport.
Donc, impossible d'aller interroger tel ou tel ou tel magasin pour identifier l'auteur de l'achat.
Le lien entre l'arme et l'auteur du crime paraît difficile à établir. En revanche, les enquêteurs ont acquis la conviction que cette flèche aiguisée est la preuve d'un acte préparé méthodiquement, et que l'attaque était donc bien ciblée. Mais alors, qui aurait pu vouloir s'en prendre à Eric ? Pour tenter de répondre à cette question, les policiers reprennent tout depuis le début.
Les enquêteurs interrogent tous azimuts. Comme une affaire exceptionnelle, on y met des moyens exceptionnels. Et on continue à interroger Alain et Muriel. Ils auraient peut-être oublié quelque chose. Et Alain va dire : « Eric, on ne lui connaît pas d'ennemis, mais il était en froid avec son ex-belle-famille. »
Eh bien, il y a quelqu'un qu'il n'aime pas. Et cette personne qu'il n'aime pas, c'est son ancien beau-père.
Xavier Beneroso, journaliste spécialiste des faits divers.
Et son ancien beau-père, il ne l'aime pas du tout. Et Alain dit devant les enquêteurs : « Lui, il a proféré des menaces contre Eric. » Eh oui, ça se tient, parce qu'Eric, il a très mauvais rapport avec son ex. Parce que son ex, elle le prive de ses enfants.
Surtout que, bon, bah oui, il y a eu des bagarres juridiques entre eux. Mon grand-père défendait sa fille. C'était le seul, en fait, je pense, avec qui il n'y avait pas une bonne entente. Et on pouvait prouver la mauvaise entente, en fait.
Son ex-belle-famille aurait-elle toujours des griefs à l'égard d'Eric ? La mère et le grand-père de Samantha ont-ils un alibi pour ce jour-là ? Pour en avoir le cœur net, les enquêteurs décident de les convoquer.
L'ex-beau-père d'Eric Vanderlinden et son ex-épouse sont interrogés.
Jean-Pierre de Stark, journaliste spécialiste des faits divers.
Ils tombent des nues. Ils ne savent pas, ils n'ont rien à dire.
Et donc, il n'y a pas tellement de mobiles à se dire que finalement, le père de son ancienne compagne.
Jean-Christophe Van Denstine, avocat des parties civiles.
Veuille attenter à sa vie aussi longtemps après la séparation qu'il a pu avoir avec sa fille. C'est assez peu plausible, finalement.
Pour moi, non, ce n'est pas possible. Ce n'est pas eux. Parce que mon grand-père, il a sa petite vie tranquille. Ce serait un peu bête, quoi, de gâcher sa vie pour ça. Et ma maman, je ne la vois pas du tout faire ça, même si elle ne porte pas mon papa dans son cœur. Je ne la vois pas du tout aller jusque chez lui, tirer un harpon dans la tête. Non. Non. Pour moi, elle n'est pas capable de faire ça.
Après l'hypothèse du cambriolage suggérée par la compagne d'Eric, puis la piste de la vengeance familiale évoquée par Alain, pour les enquêteurs, rien ne colle. Ils semblent dans l'impasse, enfin, officiellement. Car en réalité, ils commencent à avoir quelques soupçons. Depuis son admission à l'hôpital, Eric a fait une batterie d'examens.
Et en particulier, des recherches toxicologiques. Une procédure classique, mais qui va bouleverser l'enquête.
Les policiers qui cherchent dans tous les sens sont avertis quand même par les médecins de la clinique. On a fait des prélèvements sanguins.
On va découvrir que dans le sang de la victime, il y a du benzodiazépame.
Ce sont, vulgairement, ce qu'on appelle des somnifères. Mais le taux de somnifères dans son sang est stupéfiant.
Alors, question qui brûle les lèvres des enquêteurs, c'est de savoir s'il prend lui-même des somnifères. Non, je ne prenais pas de somnifères.
Eric Vanderlinden, victime rescapée.
Je comptais aller chez le médecin parce que ça faisait quelque temps que je dormais beaucoup d'heures pendant le week-end.
Et là, on va découvrir que cet homme ne s'est pas endormi ou n'a pas fait une petite sieste tranquillement dans son canapé. On l'a drogué.
Évidemment, mettre ce genre de substance dans une boisson ou dans un repas.
Nathalie Ginot, avocate des parties civiles.
Nécessite d'avoir une certaine proximité avec la victime. Et donc, ça ne peut être finalement qu'un proche d'Eric qui a agi.
Les enquêteurs s'interrogent. Dans le même temps, Eric recouvre peu à peu la mémoire, et il vient d'avoir un flash pour le moins troublant.
Il y a un détail qui me revient, anodin. Mon café, souvent, il avait un mauvais goût.
Effectivement, ce goût particulier, quand on met en lien cet élément avec d'autres éléments du dossier, on va petit à petit réaliser un puzzle qui va permettre d'élaborer certaines pistes.
Eric révèle aussi aux policiers que c'est sa femme qui lui prépare gentiment tous les jours son café. Pour autant, il ne voit aucun lien avec ce qui lui est arrivé. Mais les enquêteurs, eux, commencent à avoir de forts soupçons. Alors, en toute discrétion, ils interrogent les voisins du couple. Ont-ils remarqué quelque chose de suspect chez cette femme ou dans son entourage ?
Une enquête de voisinage va être réalisée dans l'immeuble. Outre les disputes du couple ou avec le fils aîné, les voisins vont aussi expliquer qu'ils remarquent qu'Alain est quand même souvent présent.
Petit à petit, ça va déclencher une certaine suspicion, peut-être, par rapport au rôle qu'il aurait pu avoir au niveau des faits.
Alain et ma maman étaient très amis parce qu'ils ont grandi, entre guillemets, ensemble. Alain était une personne très présente dans nos vies. Il venait nous chercher à l'école, nous déposer à l'école, la plupart du temps.
Aurélie Vanderlinden, fille de la victime.
Donc, on était souvent avec lui. Il venait souvent à la maison. Il passait beaucoup de moments, il allait faire les courses avec nous. On était tout le temps avec eux. Avec lui, avec ses enfants aussi qu'on connaissait. Et donc, c'est vrai que moi, je rigolais beaucoup et je l'appréciais.
Oui, il venait à la maison. Et le jour d'avant les faits, il devait déménager. Je lui ai donné un coup de main, comme je donne souvent des coups de main à des potes.
Un bon copain qui rend des services et à qui on rend l'appareil. Possible. Mais les policiers trouvent cela un peu suspect. Ces nombreux allers-venues intriguent. Alors, ils se focalisent sur cet ami quelque peu envahissant. Et ce qu'ils vont découvrir va faire basculer l'enquête.
Les enquêteurs vont interroger aussi les collègues d'Alain à la commune de Schaerbeek.
L'employé communal, tout le monde l'aime bien.
Et il est décrit comme un très bon travailleur, comme un type réglo, impeccable.
Ce n'est pas un employé modèle, il ne faut pas, mais ce n'est pas loin. Puis après, à un moment donné, on va voir Pierre, un de ses collègues de boulot.
Et ce collègue va dire : « Alain a une petite amie qui s'appelle Muriel et il vient de déménager dans une maison où il compte vivre avec Muriel. »
Cela fait tilt pour les enquêteurs. Les masques tombent. En fait, la mère de famille entretiendrait une liaison avec Alain, et ce, visiblement, depuis des mois.
C'est un secret de polichinelle. Tout le monde sait très, très bien que Louis et Muriel sont en couple.
Bernard Dachaud, ancien procureur du Roi.
Ils sont en couple depuis pas mal de temps. Et c'est à ce moment-là le retournement de l'enquête.
Alors là, évidemment, les choses deviennent beaucoup plus claires pour les enquêteurs, parce qu'on est dans le mensonge depuis tout un temps, dans les déclarations de Muriel et d'Alain, qui ont toujours prétendu être des bons copains, des amis proches, des amis d'enfance. Et une autre réalité commence à émerger.
Ce n'est plus une histoire d'amitié, ce n'est plus une histoire de donner des coups de main. On est dans le cadre d'une histoire d'amour cachée.
Pire encore, la maison dans laquelle Alain venait d'emménager avec l'aide d'Eric, c'est justement là que les deux amants comptaient s'installer.
Eric, c'est le cocu de l'histoire. Et ça se sait.
Et les enquêteurs vont plus loin encore. Ils vont trouver le propriétaire de la maison et examiner le bail qui est signé par Alain et par Muriel. Les enquêteurs n'en croyaient pas leurs yeux, n'en croyaient pas leurs oreilles. Ça paraissait inimaginable.
Non seulement le bail est à leurs deux noms, mais il est signé depuis le 1er octobre, soit 21 jours avant l'agression. C'est la confirmation que les amants avaient déjà préparé leur projet de vie à deux. Pour les enquêteurs, il n'y a pas de doute. La découverte de ce triangle amoureux constitue un mobile. Les deux amants auraient pu vouloir éliminer le mari gênant. Encore faut-il le prouver.
Alors, les policiers se penchent sur leur téléphonie, à la recherche d'un élément confirmant leur intuition.
On va découvrir que d'abord, dans les semaines qui précèdent les faits, un nombre assez impressionnant, 350, quelque chose comme ça, d'appels téléphoniques entre eux.
Et puis, ce qui va aussi leur mettre la puce à l'oreille, c'est qu'ils vont voir que le jour des faits, ce fameux 21 octobre, le GSM d'Alain est coupé entre 13h51 et le moment où les secours seront appelés, 15h32.
Là, il n'y a plus de téléphone. Le téléphone, il est éteint.
Alors quand on coupe son téléphone, c'est souvent dans l'intention qu'on ne puisse pas vous localiser.
Et pendant ce laps de temps, c'est là, oh, comme c'est bizarre, où Eric prend une flèche dans la tempe.
Pour les enquêteurs, avec la découverte de cette liaison et l'interruption inexpliquée du téléphone au moment des faits, les taux se resserrent autour des deux amants. Le 6 novembre 2007, deux semaines après la tentative d'assassinat, la police vient les arrêter dans leur nouvelle maison. Eric, lui, est toujours à l'hôpital. Placés en salle d'interrogatoire, ils sont entendus chacun de leur côté, car pour les policiers, l'enjeu est de taille.
D'abord, il faut obtenir des aveux, mais surtout, il faut définir quel a été le rôle de chacun.
Dans un premier temps, quand Muriel va être auditionnée, elle va décrire Eric comme étant un mec super.
Jean-Christophe Van Denstine, avocat des parties civiles.
Je crois que c'est le mot employé dans son audition, quelqu'un qui, finalement, est un chouette compagnon et un très chouette papa.
Alors Alain, lui, il est plutôt énervé. Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il trouve cette situation vraiment déplaisante. Il commence à entendre des bruits qui courent. À son encontre, il est plutôt fâché.
Aucun des deux ne semble prêt à avouer quoi que ce soit. Et lorsqu'on leur demande s'ils entretiennent une liaison, la réponse est catégorique : ils sont de bons amis, c'est tout. Alors, les enquêteurs changent de ton.
Ils vont les mettre face à leurs mensonges en expliquant : « Quand on est tellement amis simples du couple, on ne décide pas de partir avec madame et d'aller louer une maison à partir du 1er octobre. »
Et ils vont leur dire : « Bon, écoutez, ça suffit. »
Xavier Benenoso, journaliste spécialiste des faits divers.
Voilà. Vous avez une liaison. La mère de famille, elle est coincée.
Après plusieurs heures d'audition, la compagne d'Eric craque et passe enfin aux aveux.
Elle dit : « Oui, Alain et moi avons noué une relation depuis environ un an et demi. »
Jean-Pierre de Stark, journaliste spécialiste des faits divers.
Et Muriel explique aux enquêteurs qu'elle avait peur de quitter Eric Vanderlinden.
Face à la pression, la mère de famille s'écroule. Elle raconte que son compagnon l'aurait déjà menacée : « Si tu me quittes, je te tue. » Elle ne voyait pas d'autre issue que de le supprimer pour échapper à sa violence. Elle aurait alors imploré l'aide de son amant.
Et elle, elle dit : « Moi, je veux me débarrasser d'un type qui me frappe, d'un type qui me bat. J'en peux plus. » Donc, c'est une pauvre femme qui n'avait comme échappatoire que de se débarrasser de ce type abominable. Voilà.
Alain, il est fou raide d'orgue, Muriel.
Nathalie Ginot, avocate des parties civiles.
Et Alain va lui dire à un moment donné : « Écoute, on va essayer de trouver une solution pour que cet enfer pour toi cesse, s'arrête et qu'on puisse, nous, vivre enfin notre histoire d'amour. »
Confronté aux aveux de Muriel, Alain ne peut plus nier. Et à son tour, il craque. Il raconte qu'il a voulu sauver celle qu'il aime. Certes, il n'a pas été témoin de scènes de violence, mais il est persuadé qu'elle dit vrai. Alors, trois mois avant les faits, ils ont commencé à échafauder un plan. Un plan très original pour ces apprentis meurtriers.
L'idée du harpon, ça reste quand même une idée pour le moins très, très saugrenue. C'est une idée qui vient à Alain, qui voit en portage sur la pêche sous-marine.
Alors, on imagine les raies manta, on imagine les thons, et puis voilà, et puis tout d'un coup, spounk.
Et là, Alain se dit : « Ça, c'est la bonne idée, c'est le harpon. »
C'est un projet qui est très préparé. Il va acheter l'arme du crime, le harpon, dans un magasin.
Alain va reconnaître qu'il a effilé le bout de la flèche. Il va reconnaître qu'il a retiré l'air égo pour permettre cette meilleure pénétration dans le crâne d'Eric.
Et il va sur une planche de bois, pim, pim, pim, pim, pim. Il va s'entraîner.
Dimanche 21 octobre, tout est prêt. La mère de famille cuisine à Eric une bonne choucroute. Puis elle lui prépare son fameux café au goût amer, qu'elle agrémente de quatre somnifères finement broyés. Eric le boit d'un seul trait et il s'écroule. Les deux amants partent ensuite déposer les enfants à leurs activités. Et à leur retour, ils se saisissent du harpon.
Alain arrive. Et maintenant, c'est au tireur de passer à l'action. Il y a Eric qui ronfle dans le canapé et le tireur qui est là avec son arme à la main, son harpon. J'y vais, j'y vais pas, j'y vais, j'y vais pas, j'y vais, j'y vais pas. Et puis finalement, il s'installe. Et là, il vise la tempe, il est quasiment à bout touchant d'Eric.
Et là, il tire, schlamp.
Eric s'est effondré à terre et était semi-conscient. Et là, quelque part, il y a un instinct qui l'a poussé et c'est lui qui a appelé les secours.
Voyant qu'Eric respire toujours, Alain aurait été pris de remords. Il explique aux policiers avoir tout fait pour le maintenir en vie jusqu'à l'arrivée des secours. Quelques minutes avant, le couple avait caché le harpon dans le coffre de la voiture. Et ils avaient inventé cette histoire de cambriolage. Abasourdis par ces déclarations, les enquêteurs n'en reviennent pas. Mais les amants diaboliques n'ont pas fini leur récit.
Et ils vont aller de révélation en révélation. En réalité, ils n'en étaient pas à leur coup d'essai.
Le couple avait déjà imaginé une multitude d'autres scénarios.
Le premier des projets qui était envisagé, c'était d'utiliser un revolver pour le tuer de manière somme toute assez classique. Ce qui est beaucoup moins classique, c'est qu'ils ont mêlé finalement le fils de Muriel dans cette recherche d'une arme. Il va avoir 16 ans.
Et elle va oser demander à son garçon : « Est-ce que tu pourrais pas me trouver un revolver ? » Et pour quoi faire ? Et elle dit : « Pour tuer Eric. »
Et puis finalement, il va faire marche arrière, se rendant compte que ce n'est pas à lui de jouer cet affreux rôle-là.
Mais la mère de famille, elle, ne renonce pas. Et là, une nouvelle idée voit le jour, un scénario qui fait froid dans le dos.
Elle demande à ce moment-là à un de ses bons amis comment on pourrait tuer, j'allais dire dans le silence, son conjoint. Il dit : « Tu n'as qu'à utiliser une seringue et puis tu laisses une bulle d'air à l'intérieur de la seringue. » Et la bulle d'air, quand elle rentre à l'intérieur des vaisseaux sanguins, elle bouche les vaisseaux sanguins et ça provoque une embolie pulmonaire et ça provoque une asphyxie et ça peut être mortel. Et donc, il passe à l'acte.
Il drogue le mari et on imagine le couple se penchant au-dessus de lui en cherchant évidemment, voilà, où piquer.
Est-ce que vous imaginez cet exemple même de la préméditation ?
Bernard Dochot, ancien procureur du roi.
De la planification de la mort d'autrui.
Ils vont essayer une fois, deux fois, et puis ils vont comprendre que ce n'est pas non plus la méthode qui permettra d'arriver à leur fin.
À l'issue de leurs aveux fracassants, les deux amants sont placés en détention dans l'attente de leur procès. Ils sont mis en examen pour tentative d'assassinat. De son côté, Eric apprend la terrible nouvelle sur son lit d'hôpital.
Les deux agents qui sont devant la porte me disent : « On a fini notre boulot. »
Eric Vanderlinden, victime rescapée.
Et je fais : « C'est qui ? C'est elle ? » Je crois qu'inconsciemment, je savais que c'était elle. Je ne l'admettais pas ou je ne voulais pas le voir ou je ne sais pas. Déjà, prendre un harpon dans la tête, c'est déjà assez machiavélique. Il faut déjà y penser de le faire, ce genre de choses-là. Ça fait quand même un choc de se dire : « Ce n'est pas une fois, mais trois fois qu'on a essayé. » Ça fait mal.
Eric est toujours paralysé du côté gauche. Mais l'arrestation de sa compagne lui donne la force de se battre coûte que coûte.
Il y avait un kiné, il s'appelait Christian, à l'hôpital. Quand il m'annonce ça, je suis dans ma chaise roulante, j'arrive dans le couloir, je l'attrape et je le regarde droit dans les yeux et je lui dis : « Tu as deux semaines pour me faire marcher. » Je ne sais pas encore marcher à ce moment-là. Ses yeux disaient non, parce que pour eux, médicalement, ce n'était pas possible, mais sa bouche a dit oui. Je me dis qu'il y a deux enfants qui vont avoir besoin de moi et que je n'ai pas envie qu'ils soient placés.
Même s'il est anéanti, Eric voit cette trahison comme un moteur pour sa guérison. Il est plus déterminé que jamais à vouloir s'en sortir. Le combat s'annonce long et difficile, mais il est prêt à tout pour ses enfants. À cette époque, Aurélie vit avec son petit frère chez ses grands-parents. Et lorsqu'elle apprend l'arrestation de sa maman, elle est bouleversée.
C'est elle qui a fait cet acte avec Alain. C'est elle qui nous l'annonce. Et là, on est tous en pleurs. On ne comprend pas pourquoi. C'est plein de choses dans notre tête. Mais pourquoi tu as fait ça ? Qu'est-ce qui va t'arriver ? Et elle nous dit qu'elle part en prison.
Aurélie Vanderlinden, fille de la victime.
Et là, on a l'impression que notre monde s'effondre. Pour moi, l'acte a bousillé ma vie, parce que comment se construire en tant qu'enfant en ayant perdu, entre guillemets, son papa qui n'est plus le même ? On ne sait toujours pas s'il va remarcher, on ne sait pas. Est-ce que moi, je perds, entre guillemets, ma maman ? Et pour moi, ça, c'est très, très, très difficile.
Mais Aurélie est aussi terrifiée, parce que du haut de ses 11 ans, la petite fille porte un lourd secret. En réalité, elle était au courant des infidélités de sa mère depuis le début.
J'ai vécu avec énormément de culpabilité d'avoir menti à mon papa pendant des années, parce que j'étais au courant des liaisons de ma maman. Je n'ai rien dit. J'ai voulu un jour en parler, mais ma maman m'a dit : « Mais tu ne te rends pas compte de ce qui va se passer si tu en parles. » Je me rappellerai être toujours dans cette salle de bain et lui dire : « Maman, je n'arrive plus à me taire. J'ai besoin de le dire à papa. » Et elle ne voulait pas et j'ai fini par ne rien dire. Mais c'était très, très difficile pour moi.
J'ai toujours essayé de la déculpabiliser avec mes moyens à moi, mais ça a laissé des traces indélébiles en elle.
À sa sortie de l'hôpital, deux mois après son agression, Eric récupère ses enfants. Mais le retour à la réalité est terrible. Le père de famille a gardé des séquelles et il ne peut plus travailler comme avant.
J'ai un appartement sous scellés, 750 euros loyer. J'ai un appartement dans lequel je suis, 350 euros loyer. J'ai deux enfants à charge. Il faut manger. Et j'ai 800 euros de rentrée. Comment on fait ? On range sa dignité derrière tout et on va à la banque alimentaire pour avoir à manger.
On savait que parfois, les soirs, pour manger, on n'avait quasiment rien. Et il se privait de manger, lui, on va dire, pour que mon frère et moi, on puisse manger. Et donc, nous, clairement, on se privait pour qu'il mange aussi. On coupait encore un morceau pour lui donner à chaque fois.
C'est beau le geste. Le geste, il est beau, mais ils ont dû se priver, eux, pour que leur père puisse manger. Ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal.
Et ça, on a vécu pendant des mois de quasiment avoir rien dans notre assiette, de ne plus être comme les autres enfants.
Une véritable descente aux enfers pour cette famille qui reste encore aujourd'hui marquée par ce drame. Le 22 juin 2009, presque deux ans et demi après la tentative d'assassinat au harpon, le procès du couple diabolique s'ouvre à la cour d'assises de Bruxelles. Toute la presse est au rendez-vous. C'est un procès très attendu par la famille et surtout par Eric, le rescapé miraculé.
On a quand même pratiquement tous les éléments qu'on peut imaginer pour en faire un procès tout à fait hors normes.
Jean-Christophe Van Den Steen, avocat des parties civiles.
On a le triangle amoureux, on a le modus operandi qui est utilisé, le harpon, c'est juste invraisemblable. On a finalement une victime qui réchappe de cette tentative d'assassinat et qui peut s'exprimer.
L'enjeu de ce procès est de taille, avec une question centrale, le mobile. Si les amants diaboliques ont tenté d'assassiner Eric pour vivre leur amour librement, ils risquent jusqu'à 30 ans de prison. Mais si la défense arrive à convaincre les jurés qu'ils ont agi pour échapper à son emprise, alors ils peuvent s'en sortir avec moins de 10 ans. À la demande de leurs clients, les avocats des accusés n'ont pas souhaité répondre à nos questions.
À l'époque du procès, dès l'ouverture des débats, ils orientent leur défense sur les violences conjugales.
Pour Eric, à l'audience, il va y avoir une épreuve extrêmement difficile à subir.
Xavier Bénéroseau, journaliste spécialiste des faits divers.
Il va devoir affronter, entre guillemets, la stratégie de sa femme.
Il va dire : « Je suis victime de violences conjugales. » Une femme battue, c'est quand même une femme qui a la tête au carré, on voit les traces et tout le bazar et tout. Et ses parents n'ont jamais vu de traces de coups. Non, il fallait qu'elle se justifie par rapport à l'acte qu'elle avait fait.
Moi, je n'ai jamais vu de scène de violence à la maison. Effectivement, il est impulsif, ça, je le reconnais. Mais impulsif et violent, il y a un monde de différence.
De leur côté, les avocats d'Eric contre-attaquent. Pas de plainte, pas de constat médical de la moindre trace de violence. Et après quelques jours d'audience, c'est maintenant à Eric, le survivant de cette attaque au harpon, de venir à la barre. Il s'avance timidement, fixe un point au loin pour ne pas flancher, car il a une annonce incroyable à faire. La salle retient son souffle.
Et là, quand il va déposer, Eric, chauffeur-livreur, qu'on vient de décrire comme une brute épaisse, qu'on vient de salir d'une certaine manière, on s'attend à ce qu'il y ait un discours de vengeance. Ça serait normal. Mais c'est l'inverse.
Et à un moment, je dis : « Bah oui, quelque part, grâce à l'harpon, j'ai quand même pu me remettre aussi en question. » Je me souviens bien du...
Il va dire : « Ça peut paraître exceptionnel. »
Jean-Pierre de Stark, journaliste spécialiste des faits divers.
Cette tentative d'assassinat a donné un nouveau sens à ma vie. Je l'aime toujours et j'attends qu'elle sorte pour qu'elle revienne chez moi. Je l'attends. Je ne voulais pas que ça soit une bagarre. Je n'ai pas vraiment expliqué dans l'esprit. C'est vrai que j'avais encore les sentiments pour elle et tout le bazar et tout, et que j'avais quand même connu des belles choses avec elle malgré tout.
Le harpon a joué le rôle de la flèche de Cupidon. Eric demande purement et simplement la clémence aux jurés. Mais c'est maintenant au procureur du roi, Bernard Dochot, de prendre la parole. Et il rappelle à la cour à quel point les deux amants n'ont eu aucun scrupule. Ils ont élaboré leur projet machiavélique pendant des mois. Puis ils ont dissimulé leur crime en gardant tout leur sang-froid.
Moi, j'avais demandé une peine de 15 à 20 ans.
Bernard Dochot, ancien procureur du roi.
Mais que l'on fasse la distinction entre le muriel au sens où je souhaitais une peine plus forte à charge de Muriel qu'à charge d'Alain dès lors qu'elle était l'instigatrice.
Les jurés se retirent. Vont-ils se laisser attendrir par la demande d'Eric de voir sortir sa femme le plus tôt possible ou, au contraire, condamner lourdement les deux amants qui n'ont exprimé aucun regret ?
Donc, le verdict va tomber. Nathalie Ginaud, avocate des parties civiles.
Alain va être condamné à une peine de 14 ans et Muriel écopera d'un an de plus, donc à 15 ans de prison.
Moi, j'avais un certain soulagement parce qu'en me disant : « Voilà 15 ans, elle va pouvoir sortir après 5 ans. » Elle avait déjà fait deux ans.
Eric Vanderlinden, victime rescapée.
C'était un soulagement au point de vue de ma vie personnelle aussi.
Ça va être dur, oui, mais effectivement, il y a un énorme soulagement.
En Belgique, à l'époque des faits, il est possible de sortir pour bonne conduite au tiers de sa condamnation. Les deux accusés sont donc libérés avec un aménagement de peine environ trois ans après leur procès. Comme prévu, Eric attend celle qu'il aime d'un amour inconditionnel. Ils se remettent ensemble. Mais seulement trois semaines après sa sortie de prison, elle l'aurait de nouveau trompé. Alors cette fois, le couple se sépare définitivement.
Ce drame a finalement soudé la famille, qui voit cette attaque au harpon comme un nouveau départ.
Grâce à ça, il y a des bonnes choses qui sont arrivées. Ça m'a permis d'ouvrir les yeux avec qui je vivais. J'ai mis le temps, mais j'ai fini par comprendre. Grâce au harpon, j'ai remarqué que j'avais un sacré caractère pour pouvoir vouloir remarcher. Maintenant, j'en suis fier. Je suis remonté la pente. Il a fallu l'harpon pour le savoir que j'avais ça en moi.
J'ai retrouvé mon papa. J'ai pu apprendre à connaître mon papa.
Samantha Vanderlinden, fille de la victime.
Et j'ai aussi retrouvé ma petite sœur. Sans l'harpon, je n'aurais jamais eu le lien fusionnel que j'ai avec mon papa maintenant. Mon papa, c'est une personne que j'aime énormément et je suis fière de là où il est maintenant, de tout ce qu'il a reconstruit, de nous avoir apporté autant de choses.
Aurélie Vanderlinden, fille de la victime.
Parce que si je suis celle que je suis devenue maintenant, c'est aussi le chemin qu'il m'a montré. Et toute cette histoire m'a permis de retrouver ma sœur. Et pour moi, ça, c'est une chose aussi qui est très importante. Avec Samantha et avec papa, ma belle-mère, on est une famille.
Eric et ses proches gardent des séquelles de cet épisode douloureux de leur vie. Mais aujourd'hui, les enfants prennent soin de leur père et il est devenu leur modèle, un héros. Vous venez d'écouter Chronique Criminelle. Si l'épisode vous a plu, n'hésitez pas à mettre des étoiles, à commenter ou à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée.
Et retrouvez dès la semaine prochaine un nouvel épisode de Chronique Criminelle.
Pour ce podcast inédit, direction Bruxelles, en Belgique. Lorsque les secours pénètrent dans un appartement au nord-est de la ville, ce dimanche 21 octobre 2007, ils n’en croient pas leurs yeux : Face à eux, un homme à terre, avec une flèche de plus d’1 mètre plantée dans le crâne.
Eric Vanderlinden est conscient, mais sa vie ne tient qu’à un fil. A ses côtés, son épouse, affolée, et un ami de la famille, complètement choqué...
Une scène surréaliste… Et surtout le point de départ d’une affaire criminelle hors-normes : L’arme du crime ? Un harpon.
La victime ? Un homme sans histoires qui a miraculeusement survécu, mais qui ne se souvient de rien et qui ne peut désigner ses bourreaux.
Le scénario du drame ? Un complot machiavélique organisé par deux amants diaboliques…
« Une flèche pour le mari », un nouveau podcast de Chroniques Criminelles racontée par Jacques Pradel
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