Cet épisode du podcast EX raconte l'histoire de Paul, ancien membre des forces spéciales, qui quitte l'armée en 2018 et traverse un syndrome post-traumatique avant de se reconstruire. Il revient sur la fin de son premier couple, sa nouvelle vie près de Genève, puis sa rencontre avec Alicia, d'abord par messages puis en personne.
Engagé sur un bateau expérimental pour un tour du monde de plusieurs années, il évoque la distance, une nouvelle séparation et des retrouvailles à Saint-Malo. Le témoignage montre ce que l'amour peut réparer, et ce qu'il ne peut pas effacer.
Dans cet épisode Agathe Lecaron
Cette transcription de l'épisode sur le parcours de Paul a été réalisée grâce à la technologie HappyScribe, la même que celle qui permet de transcrire une réunion Google Meet.
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Synchronisé : le texte suit maintenant l'audio.
Bonjour, je suis Agathe Lecaron. Bienvenue dans EX, le podcast qui vous parle d'amour au travers d'histoires toujours extraordinaires. Quand l'histoire que vous allez entendre commence, Paul est en choc post-traumatique après une carrière dans les forces spéciales. Alors, l'amour peut-il tout réparer ? L'amour peut-il effacer le besoin de se reconstruire ? L'amour est une épopée, et dans le cas de Paul, c'est au sens propre.
Alors attention, cette histoire va vous faire pleurer, mais de joie et d'émotion.
Je m'appelle Paul. Nous sommes en 2018, je viens tout juste de quitter les forces spéciales, où j'ai passé plusieurs années. Donc, à travers différentes missions dans différents pays, au service de mon pays, la France. J'ai donc passé plusieurs années très intenses, émotionnellement, professionnellement. Et là, c'est le saut dans le grand bain : je quitte l'institution pour une nouvelle vie dans le civil. Je décide de quitter mon unité pour différentes raisons.
Il faut savoir que le temps qu'on passe dans ce genre de métier-passion est vraiment très important, ça représente plus de 85 % de son temps sur une année. Et puis, mon mariage, à l'époque, bat fortement de l'aile, justement parce que je suis très souvent absent. Je fais le choix de quitter cet engagement professionnel pour essayer de reconstruire une vie personnelle plus stable. Ce qui m'a amené à pousser la porte des forces spéciales, c'est beaucoup de choses.
C'est l'envie de servir son prochain, d'une façon ou d'une autre, de servir une cause qui nous dépasse, dont on fait partie tout de même. Et puis, évidemment, un goût d'aventure, un goût de dépassement de soi, une envie de ne jamais avoir une vie qui se conforme et qui se fixe dans une forme de monotonie. C'est beaucoup d'humilité, d'abord, parce que c'est un métier très exigeant, physiquement, moralement, émotionnellement. D'abord, on apprend beaucoup sur soi, et ça, ça fait parfois un peu mal, parce qu'on se retrouve confronté qu'à nous-mêmes, au fond, qu'à nos défauts et qu'à nos qualités.
Et on en a tous. Et en fait, c'est une forme de rituel qui vous amène à vous regarder en face. Et j'en garde des amitiés pour la vie, avant tout. Ça, c'est quelque chose d'exceptionnel, c'est un cadeau qui n'a aucun prix. Les gens que j'ai rencontrés là-bas sont des gens qui m'accompagneront jusqu'à mes derniers jours. C'est très, très compliqué, d'autant plus que moi, je suis ce qu'on appelle un célibat géographique, c'est-à-dire que mon unité n'est basée qu'à des centaines de kilomètres de là où j'habite. Donc, quand je suis en France, je passe la semaine dans mon unité et je rentre le week-end.
Donc, ça veut dire que sur un mois, on ne se voit pas tout le temps. Après, c'est des départs en mission qui sont entre 4 et 5 mois, parfois plusieurs fois dans l'année. Donc, il ne reste plus beaucoup de temps entre la famille, proches, et puis ma compagne. Et c'est dur de pouvoir concilier une vie personnelle, une vie sentimentale, avec un métier comme ça. Le quotidien, c'est évidemment des moments de tension, parce qu'en plus de ne pas être là, on ne peut pas dire où on est et ce qu'on fait, pour la plupart des cas.
Ce qui rend les situations un peu compliquées. Alors, je quitte l'armée en 2018, six mois après être entré en mission. On vit des moments dramatiques au sein de l'unité. Je suis irritable et irrité, en profonde déconnexion avec le monde qui m'entoure. Et donc, pour le nommer tout simplement, c'est un syndrome post-traumatique qui commence à s'installer dans ma vie.
Et donc, de là, c'est le début d'une dépression. Et je deviens encore plus inaccessible. Donc, je quitte un environnement professionnel qui m'apporte énormément, en termes de fraternité et de soutien, pour arriver dans un monde civil, avec toutes ces belles choses, mais qui est profondément déconnecté avec le monde d'où je viens. Et je me sens très seul aussi. On en discute avec ma femme. C'est quelque chose qu'on essaie de vivre tous les deux, mais c'est très compliqué.
Moi, je fais des démarches pour aller voir une psychologue. Malgré ça, des tensions s'installent de plus en plus entre elle et moi. Et donc, on décide de se séparer pendant au moins quelques mois, donc de vivre chacun de son côté. Je me sens complètement incompris. C'est l'une des définitions d'un syndrome post-traumatique, et puis d'une dépression. Et puis, de plus en plus déconnecté avec ma femme. Des vieux démons refont surface, et ça amène encore plus de tensions dans notre relation. On arrive au constat qu'on ne peut plus rester ensemble.
Il y avait de l'amour, sans aucun problème, mais peut-être pas assez, ou peut-être pas sous cette forme, ou peut-être trop abîmé. Après autant d'années de séparation, de va-et-vient, de « je pars, je reviens », de peur, de déconnexion, de reconnexion. Et donc, on décide de se séparer. Suite à cette séparation, moi, je m'installe dans la région lémanique, à côté de Genève, au pied du Jura. Rapidement, je tombe amoureux de l'endroit, parce qu'il y a beaucoup de nature. Je passe beaucoup de temps dans le Jura, en forêt, dans le Valais suisse, en montagne.
Et je me jette à corps perdu dans le travail. Je trouve un travail à Genève de cadre. Je commence une nouvelle vie. Et puis, voilà, je vis entre mon bureau, la forêt, la montagne. Et puis, ça me fait du bien. Je m'inscris sur un site de rencontres. Plusieurs rencontres qui n'aboutissent pas à grand-chose, même si j'ai rencontré de très belles personnes. Et puis, un jour, je match avec le profil d'une jeune fille. Puis, on commence à discuter. Et puis, très vite, on s'écrit sur une application de messagerie, en dehors de l'application de rencontres.
On est en décembre, et puis, en fait, on passe tout le mois de décembre à discuter par messages, à s'envoyer des musiques, à s'envoyer des pensées, à se partager un peu notre vie. C'est une relation épistolaire 2.0, si je puis dire, avec les technologies actuelles. Et j'aime bien cette approche, parce qu'au-delà d'une attirance physique ou autre, c'est d'abord une attirance émotionnelle et intellectuelle. Alors, on décide de se rencontrer, c'est un peu atypique, mais le 1er janvier. Et donc, on se donne rendez-vous dans un café à Lausanne, à côté de la gare.
Quand j'arrive au rendez-vous, moi, je dois dire que je ne suis pas dans ma meilleure forme physique. Je porte un peu sur moi toutes mes blessures. Et Alicia, elle est lumineuse. C'est vraiment un soleil. C'est la première chose qui me frappe. Elle a des grands yeux bleus, elle a un visage très ouvert, très avenante. Et donc, toute cette lumière qu'elle dégage, en fait, cette énergie d'amour, c'est quelque chose qui m'attire tout de suite. Je ressens tout de suite chez elle beaucoup de douceur, beaucoup de délicatesse, et comme une candeur qui n'a jamais cessé d'exister, en fait.
Donc, on prend ce café, on discute énormément. On décide d'aller au cinéma, qui est juste à côté. Puis après, on va au restaurant, et puis je la ramène chez une amie chez qui elle loge. On discute encore un peu dans la voiture, et puis je m'en vais. Et moi, je suis bouleversé par cette première rencontre. J'ai l'impression d'être un peu dans un monde parallèle. Et je me dis : « Ok, il faut vraiment qu'on se revoie. » Je tombe sous son charme. On se revoit quelques jours plus tard, on passe la journée ensemble, on discute énormément, on fait plein d'activités.
On va au lac aussi, parce qu'il y a un magnifique lac dans cette région. Elle avait prévu de partir au Costa Rica. Ça fait à peine un mois qu'on se connaît, et moi, j'ai un souci avec ma voiture. Et elle me dit : « Écoute, je pars 15 jours au Costa Rica, prends ma voiture, il n'y a pas de problème. Et puis, comme ça, ta voiture, tu pourras la mettre au garage. » Et moi, je sais que c'est un truc qui m'a marqué. Je me suis dit : « Waouh, on se connaît depuis à peine un mois, elle me prête déjà sa voiture. » Alicia a confiance en l'humain. Ça me touche énormément, parce qu'avec un parcours un peu atypique qui est le mien, je n'ai pas forcément les mêmes rapports avec mes contemporains.
Elle revient du Costa Rica, on se retrouve, et puis on commence à passer de plus en plus de temps ensemble. On se voit très régulièrement. On se voit tous les week-ends, et parfois même en semaine. Moi, je suis à côté de Genève. Elle, elle est à Lausanne, donc c'est relativement facile pour qu'on passe du temps ensemble. Et puis, en fait, on sort ensemble tout naturellement. Alicia a un parcours aussi un peu chaotique. Elle n'a pas forcément eu de modèle amoureux dans son enfance, avec ses parents. Et puis, quand on s'est rencontrés, à leur retraite d'Australie, où elle avait passé un an, je crois, quelque chose comme ça.
Et donc, ça faisait à peu près 6 mois qu'elle était rentrée, où elle a vécu une relation qui était compliquée, avec un homme violent. En fait, c'est un peu une rencontre de deux personnes qui ont leurs blessures propres et qui s'apprivoisent un petit peu à travers tout ça. On est très amoureux, on est très complices, on passe beaucoup de temps ensemble. Rapidement, on part à Milan pour un week-end. Il y a vraiment une connexion profonde qui s'installe entre nous. Mais on ne se dira jamais qu'on est amoureux. Peut-être par pudeur, par peur aussi.
On ne se dit pas qu'on s'aime. Ça fait un an qu'on est ensemble. On vit un idylle, même si, évidemment, il y a toujours ce truc où on est un peu activés par des blessures l'un l'autre. Un jour, un ami avec qui j'étais en mission, lui aussi ancien opérateur, m'appelle et me dit : « J'ai une proposition à te faire. J'embarque sur un bateau qui va faire le tour du monde pendant 4 ans et demi ou 5 ans, et on a besoin de quelqu'un d'autre.
Est-ce que ça t'intéresse ? » Quand j'entends sa proposition, je saute de joie. Je suis dans mon bureau. J'ai l'impression que je vais pouvoir reconnecter avec une vie d'aventure, que je mets entre parenthèses, et que finalement, il y a encore d'autres choses extraordinaires à vivre, choses que je n'en doutais pas, mais là, elles viennent frapper à ma porte, et je trouve ça exceptionnel. Et donc, évidemment, j'appelle Alicia quelque temps plus tard pour lui expliquer cette proposition que mon ami vient de me faire.
Elle reçoit l'information avec un teint de tristesse, même si elle est heureuse pour moi, parce qu'elle sait que ça implique que je vais partir, avec des allers-retours, et que cette fréquence à laquelle on se voit, et cet amour qu'on entretient, sans se le dire, va forcément en pâtir. Donc, mon ami m'appelle pour me proposer de venir bosser sur un bateau en tant que maître d'équipage. Et c'est un bateau un peu particulier, parce que c'est un bateau expérimental qui fonctionne avec un mix énergétique.
Donc, c'est un projet industriel et écologique au second plan. Et donc, l'idée, c'est d'embarquer toute une flopée de nouvelles technologies et de les intégrer sur un bateau, et puis de les tester dans des environnements maritimes à travers des voyages, et en même temps de promouvoir toute cette technologie. Et donc, le projet, c'est de partir depuis Saint-Malo pour une odyssée qui va durer à peu près 5 ans, avec des centaines d'escales à travers le monde entier.
C'est un peu fou comme mission. C'est beaucoup de temps. Après, le rythme, ce n'est pas 5 ans complètement embarqués sans revenir à la maison. En général, on part sur des rythmes d'embarque d'à peu près un mois et demi, deux mois, avec à peu près un mois rentrés à la maison. Parce que dans les équipages, il y a des gens qui ont des familles, et évidemment, c'est compliqué de faire compatir la vie de famille avec la vie de marin. On en discute, mais elle sent bien que je suis vraiment très enthousiaste à l'idée de vivre cette aventure et cette expérience.
Évidemment, elle est profondément triste. Moi, je ressens aussi au fond de moi que c'est peut-être quelque chose qui va beaucoup m'aider dans mon parcours de reconstruction. Peu de temps avant de partir, j'ai un rendez-vous avec ma psy. Ça sera le dernier rendez-vous dans notre programme. Et ma psy me dit : « Vous savez, cette odyssée sera au moins aussi efficace que tous nos rendez-vous, et peut-être même plus. » Et j'entends ça comme une belle opportunité de me retrouver et puis de guérir de tout ce que j'ai pu traverser.
On décide de trouver un équilibre entre les temps à terre et puis les temps en mer. C'est quelque chose qui nous paraît possible. Le premier départ, c'est début mars 2020. Pourquoi c'est intéressant ? Parce qu'à cette époque, un virus fait son apparition. Et en fait, on ne sait pas encore trop ce que c'est, mais à moins de 24 heures, moi, je suis en Bretagne, je suis sur le bateau qui est à quai, et puis on attend le bon moment pour partir et s'engager dans le golfe de Gascogne. Et une fenêtre météo se dessine.
Et c'est aussi la veille que le président a déclaré le confinement. Et donc, on prend la mer le premier jour du confinement. Ça nous plonge dans un environnement et dans une ambiance un peu particulière. Et finalement, le premier embarque, pour moi, devait être de 10 ou 15 jours, avec une arrivée au Portugal, pour que je puisse aussi me familiariser et puis confirmer mon engagement. Et finalement, après ce départ de Bretagne, on aura du mal à accoster, à cause du Covid.
Et on aura l'occasion de faire une escale aux Canaries, pour après continuer sur une transatlantique et arriver en Martinique. Donc, le premier embarquement doit durer 15 jours. Et finalement, on part pour deux mois, puisque d'escale en escale, on se rend compte que la meilleure option, c'est de traverser l'Atlantique et d'arriver en Martinique. On communique un peu quand on est à bord, entre Alicia et moi. Nous arrivons en Martinique, et là, on rentre en France.
On se retrouve enfin avec Alicia. Donc, on a tous les deux souffert du manque de l'un de l'autre. On est vraiment très heureux de se retrouver. Et en parallèle, moi, je sais qu'une porte s'est ouverte en moi, où je me retrouve peu à peu, après avoir passé du temps en mer, avoir connecté avec cet élément qui ne fait que vous ramener à vous-même. On est très heureux de se retrouver. On passe tout le moment ensemble, et puis c'est magique, comme à chaque fois. Et puis, le mois passe très vite.
Il faut que je rembarque. Il faut que je retrouve le bateau qui est resté dans les Caraïbes. Donc là, c'est de nouveau une déchirure, parce que je pars pour un mois et demi. Je suis tiraillé entre l'envie de me retrouver et puis l'envie de connecter à ce milieu que je connaissais, mais pas autant, qui me fait beaucoup de bien. Et en même temps, je sais que mon amour, elle reste en Suisse. Et donc, c'est compliqué à vivre pour tous les deux. On doit se retrouver après un mois. Donc, je passe un mois sur le bateau dans les Caraïbes.
On a plein de projets avec le bateau, donc c'est vraiment chouette. La vie à bord me plaît beaucoup. Pour le coup, là, on est une douzaine à bord. Il y a beaucoup d'effervescence. Il y a des caméramans, il y a des experts biologiques. Moi, je suis vraiment épanoui dans cet environnement. On est toujours au contact de la nature, et ça, c'est quelque chose que j'aime beaucoup. On a la chance de voir des requins, des globicéphales. Bref, c'est vraiment quelque chose qui est exceptionnel. Et donc, après un mois de cet embarquement, on rentre chez nous.
Et je retrouve Alicia à Lausanne. Alors, on est toujours très heureux de se retrouver, mais un décalage commence à s'installer. Alicia, à juste titre, ne se projette pas dans une relation où je pars un mois et demi et je reviens un mois, ou je pars deux mois et je reviens un mois. Et on sent tous les deux que c'est compliqué. On doit partir en vacances quelques jours dans le sud de la France. Finalement, je pars marcher dans le Jura tout seul pendant plusieurs jours. Et puis, elle part de son côté. Il y a une déconnexion qui est en train de s'opérer, et on le sent tous les deux, et on en souffre.
Voilà, c'est difficilement tenable. Moi, je ne veux pas arrêter, parce que je suis épanoui et que ça m'apporte quelque chose que j'aime beaucoup. Et donc, j'annonce à Alicia qu'on doit se séparer. Je lui annonce ça un soir, et on passe la nuit à pleurer, à discuter. Et au petit matin, je m'en vais, et je dois aller en Bretagne. Je pars en voiture depuis Lausanne, et je vais pleurer à peu près toute la route, en pensant à elle chaque jour.
Je reste en Bretagne à peu près un mois, parce qu'on a des bureaux en Bretagne qui sont liés au bateau. Et chaque jour, j'imagine qu'elle arrive et qu'elle me dise : « Ce n'est pas une bonne idée, il faut qu'on trouve une solution. » Mais elle n'est pas là, et moi non plus, je ne fais pas le pas de revenir vers elle. Je repars en mer. C'est une odyssée extraordinaire. On parcourt plein de pays. Moi, pendant mes temps off, au lieu de rentrer sur le continent européen, je décide de mettre à profit ce temps pour aller dans des pays où on s'est arrêté avec le bateau, ou à côté.
Et donc, je voyage énormément. Je pense tout le temps à Alicia. Il m'arrive même de lui parler en regardant la mer. On s'écrit quelques fois pour les anniversaires. Mais voilà, on est distants. On a aussi besoin, quelque part, de couper complètement cette relation qui nous empêche d'avancer l'un l'autre. Mais c'est compliqué. Et même sur les mers, à l'autre bout du monde, je ne peux pas m'empêcher de penser à elle. Je poursuis mon rêve entre toutes les mers du globe, le Pacifique, l'Atlantique, en passant par les Galápagos, le Népal, la Mongolie, la Namibie, bref, New York, Washington.
On va à beaucoup d'endroits avec le bateau, donc c'est vraiment génial. J'ai un peu de nouvelles comme ça de loin, et je me dis que peut-être j'ai simplement pris la mauvaise décision et que j'ai refusé l'amour dans ma vie en faisant ce choix. J'ai un peu de mal à l'accepter, j'ai même beaucoup de mal à l'accepter, et je me dis que bon, c'est comme ça. Le tour du monde dure 4 ans et demi. Au-delà des voyages, moi, il m'apporte une sérénité intérieure que j'avais perdue depuis longtemps.
Et la mer me purge de beaucoup de mauvais souvenirs et de beaucoup de choses pas très cool à vivre. Et j'ai cette chance. Et puis, les derniers 6 mois, on est en Amérique du Nord. Je suis sur le bateau, sur la transat nord, retour, entre Saint-Pierre et Miquelon et Saint-Malo. C'est un tronçon assez intéressant. On aura beaucoup de mauvais temps. Et puis, c'est la dernière grande traversée du bateau, donc c'est un moment quand même un peu magique. C'est toujours magique.
J'ai toujours beaucoup d'amour pour ce bateau que je surnomme Bijou, d'ailleurs. Et donc, le retour en France est prévu après 4 ans et demi d'odyssée. Le retour en France est rendu public. On est sur plein de plateformes de communication. Et donc, un événement est organisé à Saint-Malo en juin pour notre retour. Alors, je pense toujours à Alicia. Je me rends compte aussi qu'on a vraiment eu très peu de contacts, parce qu'en fait, il faut absolument couper.
Et malgré tout, au fond de moi, je me dis que j'aimerais la retrouver. J'aimerais au moins qu'on puisse discuter. J'aimerais au moins donner une chance, peut-être, à cet amour qu'on n'a pas su attraper au bon moment, parce que j'ai pris la décision de partir, parce qu'il y avait aussi des choses entre nous qu'on n'a pas su mettre à plat. Je pense qu'on avait aussi besoin de faire un parcours individuel, chacun de son côté. Je me dis aussi que c'est hors de question d'endosser un rôle de celui qui part en espérant que quand on rentre, rien n'aura changé et que les gens peuvent m'attendre comme tel.
Et en même temps, je nourris le secret espoir au fond de moi qu'elle sera pas avec quelqu'un. Parce que ça me rendrait triste pour moi, mais évidemment très heureux pour elle. C'est le poids des décisions qu'on prend et elle accepte. Je m'attends complètement à la voir si on se revoit avec quelqu'un dans sa vie. Et c'est une idée à laquelle je me suis fait. On est début juin. Le retour du bateau est organisé depuis longue date avec plein d'événements. La presse est conviée.
Nos familles aussi sont évidemment conviées. Tous les partenaires qui nous ont accompagnés. Donc, des centaines de personnes se donnent rendez-vous sur le quai à Saint-Malo. Donc, moi, je suis sur le bateau à ce moment-là. Et donc, mes parents sont là, dans la foule, avec ma sœur, à attendre que le bateau accoste et puis que je puisse les revoir. J'ai un sentiment, une vision où j'en sais rien. Et je me dis : « Mais si Alicia était là, ça serait tellement exceptionnel. » Et donc, je demande à ma maman qui est sur le quai.
On arrive d'ici 30 minutes et tout le monde est là. Et je dis : « Maman, est-ce que tu vois Alicia ? » Et donc, vous savez, c'est le genre de choses qu'on peut demander qu'à une maman. Et donc, elle regarde rapidement autour d'elle. Elle me dit : « Non, non, elle n'est pas là. » On fait la manœuvre d'arrivée à quai. Et puis, il y a du champagne. Tout le monde est content. Il y a beaucoup de gens, les caméras, les partenaires. Bref, c'est une effervescence très joyeuse. Je vois mes parents et ma sœur sur le quai. Donc, je débarque du bateau et puis on se prend dans les bras.
Il y a beaucoup d'émotions. C'est vraiment un moment exceptionnel parce qu'on a quand même passé beaucoup de temps en mer. On s'est peu vus. C'est une odyssée qui a eu un énorme impact dans ma vie. Et fait aussi revoir mes parents et ma sœur, forcément, me comble de joie. Et puis là, elle apparaît. Elle se positionne de façon à ce que je la vois. Et là, elle apparaît. Et je la reconnais tout de suite.
Et je suis abasourdi. Je ne sais pas trop comment réagir. Et en même temps, c'est une vague énorme qui me submerge. Parce que je me rends compte qu'en fait, la porte de l'amour n'est pas fermée. Et qu'en fait, malgré tout ça, on a continué à s'aimer. On a continué à penser l'un à l'autre. Évidemment, je me dis : « Ok, en fait, tout ce temps-là, je ne me suis pas trompé. Tout le temps où j'ai pensé à elle et tout ce que j'ai ressenti de connexion, c'était vrai.
Elle aussi. » Et le plus fou dans l'histoire, c'est qu'en fait, moi, je pense qu'on a été des amoureux incapables, parce qu'à l'époque, on s'aimait énormément. Et jamais on n'a su faire un pas qui nous mette dans une position où on offre nos vulnérabilités à l'autre. Et là, le fait qu'elle soit là, la rend extrêmement vulnérable. Et c'est quelque chose qui me touche énormément. Et il faut savoir qu'Alicia a pris la décision de venir à l'arrivée du bateau le matin même. Et que le matin même, depuis Lausanne, elle est partie très tôt et elle a traversé toute la France pour arriver à Saint-Malo.
Et être là à l'arrivée du bateau l'après-midi, pour moi. Moi, je pleure, évidemment. On se prend dans les bras. On s'échange quelques banalités, mais ça se passe de mots. Ce n'est pas parce qu'elle était là que forcément on allait se remettre ensemble et que oui, c'était gagné. Moi, je suis sur un nuage. J'ai du mal à croire à ce que je vis. Elle a plus de courage que moi, parce que je n'aurais pas osé faire ça. Elle me dira après : « Tu sais, j'avais accepté l'idée que potentiellement quelqu'un d'autre, une autre femme, t'attende sur le quai et que je vous vois ensemble.
» Et moi, je m'étais aussi fait à l'idée que peut-être je la croiserais un jour aux bras de quelqu'un d'autre. Et puis voilà, c'est la vie. Cette journée-là, de l'arrivée, elle passe très, très vite. On est très pris parce qu'on a invité à une cérémonie, à un cocktail de bienvenue. Donc, j'ai vraiment très peu de temps avec Alicia. Elle dîne avec mes parents et ma sœur. Et puis, j'arrive à m'extraire un peu de tout ce tumulte pour la retrouver quelques heures. Et puis, avec mes parents pendant qu'ils dînent. Et elle repart le matin très, très tôt.
Donc, moi, je dors à bord. Je me réveille à 6 h pour marcher un peu avec elle, discuter. Et puis, elle prend la route. Et donc, elle rentre à Lausanne. Et donc, on se dit qu'on va se revoir dès que je suis revenu dans la région. Et c'est ce qu'on fait. On se revoit quelques fois. On discute énormément. On sent bien que l'un comme l'autre, on a changé. Et je pense que c'est le plus beau cadeau qu'on se soit fait, d'une certaine façon. Parce que ce temps qu'on a passé loin l'un de l'autre, on l'a employé à se rendre meilleur, à se rendre plus beau, à travailler sur nos blessures individuelles, celles qui nous ont peut-être empêchés aussi de s'aimer pleinement quelques années en arrière.
Et on appelle un peu entre nous ce moment la rencontre. Et donc, je rencontre Alicia une deuxième fois dans ma vie. Et elle me rencontre aussi une deuxième fois dans sa vie. Et c'est magique. On décide de partir en road trip. Elle doit aller à Bordeaux quelques semaines. Donc, je la rejoins là-bas. Et puis de là, on prend la route et puis on file vers l'Espagne.
On s'arrête après à Toulouse, à Avignon. Et puis, on va chez mes parents dans la région de Tours pour passer les fêtes de fin d'année. C'est chouette. On a vraiment de belles discussions. On réapprend à se connaître. Et je sens aussi qu'il n'y a plus de masque. C'est Alicia tout entière et c'est Paul tout entier. Et c'est beau, avec évidemment encore des peurs, comme tout un chacun. Mais plus aucun problème pour les exprimer, pour les partager, pour se montrer vulnérable, pour se montrer aussi fort, pour plus avoir peur de la rupture ou quoi qu'est-ce.
Et juste une relation qui tend vers l'entièreté. Alicia doit bientôt rendre son appartement. Son bail arrive à son terme. Et donc, je lui propose naturellement de venir vivre chez moi. Je vais récupérer mon appartement. Et on aménage ensemble pour la première fois. Et puis, on construit notre vie tous les deux. On vit ensemble. C'est génial. J'adore passer du temps avec elle et elle aussi.
Aujourd'hui, on continue notre chemin. Et on a traversé aussi des moments un peu compliqués. Alicia a fait une fausse couche il y a quelques mois. Et aujourd'hui, elle est de nouveau enceinte. Et tout se passe très bien. Et l'avenir entre nous va voir venir au monde le fruit de notre amour. Je pense qu'aimer, ce n'est pas tout le temps évident.
Mais je pense aussi que le premier obstacle, c'est souvent soi-même. Et qu'il faut croire en l'amour. C'est l'une des plus belles choses au monde. Je n'y ai pas tout le temps cru. Et Alicia m'a prouvé le contraire. Et je trouve que c'est le plus beau cadeau qu'elle ait pu me faire. Merci à Clémentine de Lagrange d'avoir recueilli ce témoignage et de l'avoir réalisé de façon extraordinaire.
Et puis merci à Stéphane Bidart de l'avoir monté et mis en musique avec amour. Emco Beauty, der große Beauty-Hype aus Australien, kommt endlich nach Deutschland. Millionen Menschen weltweit sind schon überzeugt, aber hört selbst. Meine Haut sah noch nie so schön aus. Der Concealer hat so schön abgedeckt. Ich glaube, mein Make-up saß noch nie so gut. Emco Beauty hat nämlich eine High-End-Formulierung, aber ohne diese gigantischen Preise.
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Quand l’histoire que vous allez entendre commence, Paul est en choc post-traumatique après une carrière dans les forces spéciales. L’amour peut-il tout réparer ? L’amour peut-il effacer le besoin de se reconstruire ?
L’amour est une épopée, et dans le cas de Paul c’est au sens propre !
Attention cette histoire va vous faire pleurer ! (Mais de joie, et d’émotion)
Clémentine De La Grange a réalisé cet épisode, Stéphane Bidart l'a monté et mis en musique.
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